La préfecture du prétoire d’Illyricum (en latin : praefectura praetorio per Illyricum; en grec : ἐπαρχότης/ὑπαρχία [τῶν πραιτωρίων] τοῦ Ἰλλυρικοῦ) était l’une des grandes divisions administratives de l’Empire romain tardif. Elle comprenait les deux diocèses de Dacie et de Macédoine. Au moment de sa plus grande extension, elle s’étendait sur la Pannonie, le Norique, la Crète et la presque totalité de la péninsule des Balkans moins la Thrace. Sa capitale administrative fut d’abord Sirmium (aujourd’hui Sremska Mitrovica en Serbie), puis ThessaloniqueNew Advent Catholic Encyclopedia, « Thessalonica » et « Illyria ». Elle fut souvent morcelée et eut une histoire mouvementée, due à sa situation géographique à la frontière entre l’Orient et l’Occident.

Contexte historique Les provinces romaines font leur apparition au lendemain de la première guerre punique, alors que la République romaine s'étend hors de la péninsule italienne. La Sicile (à l’exception de Syracuse) devint ainsi la première province en 241 av. J.-C.Le Bohec (2001), et fut bientôt suivie après la guerre des Mercenaires par la Corse-Sardaigne en 227 av. J.-C.Decret (1977), Le Bohec (2003), . Après les conquêtes d’Auguste et de ses successeurs, leur nombre ne cessa d'augmenter : d’une dizaine à la mort d’Auguste, elles furent quarante-sept sous Dioclétien (r. 284-305). Ce dernier empereur en doubla le nombre, scindant les provinces existantes en unités plus petitesPar exemple la Gaule lyonnaise est divisée (en deux étapes) en quatre provinces (les Lyonnaises I, II, puis III et IV), la Gaule belgique l'est en deux provinces (I et II). (elles passèrent de 47 à 85)Barnes (1996) Rees (2004) , pour les regrouper vers 297 en douze diocèsesSelon la "Liste de Véronne". À la fin du ils seront au nombre de quatorze(Ostrogorsky (1983) ) gérés par des « vicaires »Kazhdan (1991) , « Dioceses » , « Diocletian » et, , « Vicar » . Les diocèses où l’on parlait habituellement latin (Gaules et Italie) furent confiés à son coempereur, Maximien (r. 286 – 305), assisté d’un césar, Constance Chlore, jusque-là son préfet du prétoireSouthern (2001) .. Les diocèses où l’on parlait grec formèrent la préfecture du prétoire d’Orient.

Histoire

Sous le règne de Constantin Achevant les réformes administratives de Dioclétien, Constantin poursuivit la séparation des carrières militaire et civile. Le préfet du prétoire perdit le commandement des armées au profit d’un dux, choisi parmi les officiers militaires, et devint essentiellement un administrateur civilGrant (1993) . Il est difficile d’établir précisément à quel moment se fit la transformation de ce qui était jusque-là une fonction militaire (préfet du prétoire) en une juridiction territoriale (préfecture du prétoire)Kelly (2006), .

Selon l’historien Zosime, les préfectures auraient été créées par Constantin en 218 ou 224. Mais pour l’historienne et byzantiniste Cécile Morrisson, il s’agit là d’un anachronisme : en effet, à la mort de Constantin, lorsque ses trois fils survivants se partagèrent l’empire, chacun continua à avoir son propre préfet du prétoire qui lui servait de chef d’État-major. Ce n’est que vers le milieu du que les préfectures se seraient transformées en juridictions administrativesMorrisson, 2007, . Ainsi naquirent les préfectures des Gaules à l’Ouest, d’Italie au centre et d’Orient à l’Est. L’Illyricum pour sa part serait ballotée entre Orient et Occident.

Contrairement aux autres préfectures, celle d’Illyricum eut une existence agitée, marquée par sa création, son abolition, son rétablissement et la modification à maintes reprises de ses frontières. Sous la Tétrarchie, les Balkans étaient considérés comme un pont jeté entre l’Orient et l’Occident. Le diocèse de Thrace, qui contrôlait l’accès aux détroits et à la mer Noire, fut bientôt rattaché à la préfecture d’Orient, le reste du territoire étant gouverné depuis l’Italie.

Sous les fils de Constantin : , et Selon la division de l’empire envisagée par , il semble que les trois diocèses de Macédoine, de Dacie et de Pannonie aient dû revenir à Flavius Dalmatius, petit-fils de Constance Chlore, élevé en 335 au rang de césarAurelius Victor, 41 :20. Mais celui-ci fut assassiné, ainsi que d’autres membres de la famille de Constantin après la mort de celui-ciMaraval (2013), .

Les trois frères survivants, , et , se rencontrèrent le pour diviser l’empire entre eux. , qui en tant que fils ainé revendiquait une certaine prééminence, obtint les Gaules et la partie ouest de l’empire, l’Italie et l’Afrique sous l’autorité de son frère ainé, alors que obtenait l’Orient.

Mécontent de ce premier partage, Constant exigea une nouvelle division du territoire, lors d’une seconde rencontre qui eut lieu l’année suivante à Viminacium (aujourd’hui en Serbie). Il obtint alors les diocèses de Dacie et de Macédoine, qui firent ainsi partie de la préfecture du prétoire d’Italie, d’Illyricum et d’Afrique. Très vite cependant, la dispute reprit entre les deux frères au sujet des territoires d’AfriqueZozime, 2:41-42. En 340, envahit l’ItalieVictor, 41:21, mais il fut encerclé à Aquilée où il perdit la vie, laissant Constant maitre de ses territoiresEutrope, 10:9.Barnes (1982) .

Il semble que les trois diocèses de Macédoine, de Dacie et de Pannonie aient été regroupés en une préfecture prétorienne autonome en 347, ou même un peu plus tôt, en 343, lorsque Constant nomma un préfet distinct pour l’ItalieBarnes (2011) .

Sous le règne de Julien Émule de Marc Aurèle, l’empereur Julien (r. 361-363) s’emploiera à démembrer les institutions mises en place par son oncle . Il s’attaqua en particulier à la lourde bureaucratie de l’empire pour redonner plus d’autonomie aux cités. Dès son arrivée au pouvoir, il réunit une commission de fonctionnaires et de militaires chargés de punir les crimes commis sous ConstancePetit (1974) .

Parmi les accusés se trouvait l’ancien préfet d’Illyricum, Florentius, nommé par Constance à la mort de Vindonius Anatolius. Ce dernier fut condamné à mort in abstenciaAmmianus Marcellinus, Res Gestae, 20.8.20, 20.8.21, 21.6.5., 21.9.4. La préfecture disparut en même temps que le préfet, pour réapparaitre en 364 lorsque Sextus Claudius Petronius Probus, auparavant préfet de Rome puis proconsul en Afrique (358), fut nommé à ce posteJones & Martindale (1971 .

Sous les règne de , Gratien, et En 364, (r. 364-375) partagea l’empire avec son frère Valens (r. 364-378). Il garda pour lui les deux préfectures occidentales (Gaules et Italie-Illyricum-Afrique) et laissa l’Orient à son frère. Retenu alors par la lutte contre les barbares sur le Rhin, il dirigea les préfectures occidentales à partir de TrèvesDemougeot (1947) . Jusqu’en 375, l’Illyricum demeurera sous l’administration du préfet d’Italie Probus (en charge 367-375).

Il est possible qu’en 376 l’Illyricum ait été séparée de l’Italie, comme le laissent supposer deux lois datées de 376 et de 378 (?). Probus semble alors avoir conservé son poste et fut suivi par Olybrius et Ausone l’AncienDemougeot (1947) .

Toutefois les invasions des Goths et le désastre d’Andrinople devaient amener un réaménagement des préfectures : Théodose qui avait reçu la préfecture d’Orient se vit attribuer également les diocèses de Macédoine et de Dacie, alors que Gratien qui conservait l’Occident ne retint que la moitié occidentale de l’Illyricum.

En 379, l’Illyricum est donc dédoublé : sa partie Ouest est rattachée à l’Occident, alors que sa partie Est constitue une préfecture autonome plus petite que celles de 357 et 376. Sirmium étant dévolu à l’Occident, la capitale passe à ThessaloniqueDemougeot (1947) .

Il s’agissait toutefois d’une situation temporaire, et il semble que dès que le péril barbare se fût éloigné, l’Illyricum ait réintégré l’Italie-Illyricum-Afrique en 380 ou 381Demougeot (1947) . Chose certaine, en 386, c’est de Milan que administre les mines de Mésie, de Dardanie, de Dacie méditerranéenne et de MacédoineDemougeot (1947) . En , doit se réfugier à Thessalonique avec le préfet Probus devant l’avance de l’usurpateur Maxime. L’Illyricum fait donc encore partie du territoire qu'il contrôle en OccidentDemougeot (1947) .

Un territoire disputé entre Orient et Occident après la division de l'Empire Ce n'est qu’après la mort de Théodose en 395 et la division de l’empire, que l’Illyricum prit la forme sous laquelle elle apparait dans la Notitia DignitatumDocument administratif romain plusieurs fois remanié mais datant de la fin du ou du début du donnant un tableau, sous forme de listes, de l’organisation hiérarchique des fonctions civiles et militaires de l'Empire romain, dans ses deux composantes, occidentale et orientale. : on distinguait un « diocèse d’Illyricum » (nouveau nom du "diocèse de Pannonie") rattaché à la préfecture italienne, et une « préfecture du prétoire d’Illyricum », partie intégrante de l’empire d’OrientDemougeot (1947) ..

Toutefois, afin de s’allier Arcadius (395 – 408) qui avait hérité de l’Orient, Stilichon (régent de 395 à 408) lui céda l’Illyricum. Il devait bientôt se raviser et réclamer à partir de 403 cette portion des Balkans. Longtemps après sa chute, l’Occident continuera à en revendiquer la possessionDemougeot (1947) Bavant (2004) . Ce n’est qu’en 437, alors qu’elle constituera une partie de la dot de Licinia Eudoxie, que (r. 425 – 455) reconnut la souveraineté de l’Empire d’Orient sur la préfecture.

Époque byzantine Après les invasions slaves du , les Byzantins perdirent le contrôle de l’arrière-pays des Balkans. Ils ne conservaient plus que la partie de la Thrace jouxtant Constantinople, Thessalonique et ses environs ainsi que certaines parties de la côte grecque. Si l’existence du préfet du prétoire (ὕπαρχος) est attestée jusque dans les premières années du E. Stein, « Untersuchungen über das Officium der Prätorianerpräfektur » (Vienne, 1922), le dernier préfet connu est Basilidès en 529. Cette fonction sera l’une des derniers survivants du système administratif mis en place par Constantin pour l’ensemble de l’empire. La préfecture dut continuer à exister sur le papier, mais Thessalonique finit probablement par devenir, selon les mots de Paul Lemerle, « le seul endroit de l’Illyricum où continuait de s’exercer une administration byzantine régulière ». Le préfet de la préfecture d’Illyrie n’était sans doute plus que l’éparque de la ville.

Subdivisions administratives

Les provinces

Les provinces existant sous Constantin peuvent être classées en fonction de leur localisation géographiqueBavant (2004) :

Au sud, trois provinces que n’ont pas touché les réformes de Dioclétien : la Crète (capitale : Gortyne), l’Achaïe ou Hellade (capitale : Corinthe) et l’Épire « ancienne » (capitale : Nicopolis). Au centre, trois provinces résultant du démembrement par Dioclétien de l’ancienne province de Macédoine : la Macédoine (capitale : Thessalonique), la Thessalie (capitale : Larissa) et l’Épire nouvelle (capitale : Dirrachium). Au nord, trois provinces, fruits de la division de l’ancienne Mésie supérieure : la Dacie ripuaire (capitale : Ratiaria), la Dacie méditerranéenne (capitale : Serdica) et la Dardanie (Scupi). À l’ouest, la Prévalitaine (capitale : Doclea) et la Mésie I (capitale : Viminacium).

Les diocèses

Sous Dioclétien, ces provinces forment un seul diocèse, celui de Mésie, plus tard partagé sous Constantin en un diocèse de Macédoine regroupant les provinces du sud et du centre et un diocèse de Dacie, regroupant celles du nord et de l’ouest. Trois changements importants se produisent entre le milieu du et la fin du :

Dans la seconde moitié du , la Macédoine est divisée en deux, la Macédoine I et la Macédoine II ; Au cours du , la pointe orientale de la Pannonie II est rattachée, avec les villes de Sirmium et de Bassiana, au diocèse de DacieBavant (2004) ; Vers la fin du , la Dalmatie est rattachée à l’Illyricum.

La capitale