Le cauchois est une variété de parler normand utilisée dans le pays de Caux, qui constitue la majeure partie du département de Seine-Maritime.
Le pays de Caux est l'un des derniers bastions de la langue normande en dehors du Cotentin. Le nombre de locuteurs est statistiquement très variable : entre 0,3 %Données INSEE/INED, 1999. et 19,1 %La Langue vivante, Thierry Bulot, 2006, . des habitants de la Seine-Maritime interrogés s'identifient eux-mêmes comme parlant le cauchois.
Caractéristiques Phonétiques Le cauchois se situe sur le plan dialectal à la fois dans le domaine du grand Ouest et le domaine du Nord-Ouest, tout comme les différents dialectes de Normandie septentrionaleC'est-à-dire : Bray, Roumois, nord du pays d'Auge, Bessin, Caen, Nord- Cotentin.. le domaine du grand Ouest inclut tous les parlers normands, l'angevin, le gallo (parler non celtique de Bretagne) et le poitevin-saintongeais (dont le poitevin et le saintongeais, dit aussi charentais) le domaine du Nord-Ouest qui ne comprend que le normand septentrional (Seine-Maritime, nord de l'Eure, nord du Calvados, Nord-Cotentin), ainsi que le picard (dont le parler ch'ti) et le wallo-picard, à savoir les régions limitées au sud et au sud-est par la ligne Joret.
Traits phonétiques communs au grand Ouest La différence avec le français standard est surtout perceptible dans le traitement phonétique des voyelles : traitement du [e] long et [i] bref latins : ils ont donné une diphtongue [ei] dans le plus ancien français, mais alors qu'elle évoluait vers [wa] dans les dialectes du français central et oriental, à l'ouest la diphtongue s'est monophtonguée en [e] ou [ɛ]
Exemplesouestcauchoisfrançaismé, té, sé mei, tei, sei moi, toi, soifé, dret, véturefei, dreit, veintûefoi, droit, voitureneir, pessoun, veisinneî, pesson, veisinnoir, poisson, voisin
☞ Le é [e] du grand Ouest a tendance à s'ouvrir en è [ɛ] en cauchois (et au-delà en Haute-Normandie), ce qui explique les différences entre le cauchois et les formes standards du grand Ouest. Cependant, des différences locales persistent au sein même du pays de Caux.
non-labialisation de [e] derrière labiale.
Exemplesancien françaisOuest (dont cauchois)Françaispelepêlepoêleaveneavèneavoinefeinfeinfoinmeinsmeinsmoins
Traits phonétiques communs au nord ouest Il s'agit pour l'essentiel de traits consonnantiques communs au nord de la ligne Joret, c'est-à-dire en normand septentrional, picard (sauf partie est) et wallo-picard. On regroupe souvent l'ensemble de ces traits sous l'appellation « normanno-picards » :
Maintien de /ka/ : cat « chat », vaque « vache » ou évolution quien, quin « chien ».
Exemplesnord ouestpicardcauchoisFrançaiscatcatcatchatcairecaïèle (anciennement caïère)caîe (anciennement caire)chaise (ancien français chaiere)kênekeinnekeŷnechênecminkémincmincheminfaukerfaukerfâokerfauchervakevakevakevache
☞ Même chose pour /ɔka/ : pouque « pouche » (sac), pouquette « poche (de vêtement) » (l'anglais pocket « poche » est issu du normand) etc.
« Chuintement » de /s/ : plache « place » ; chouque « souche » ; cache « chasse », etc. Les exemples suivants combinent ce fait avec le fait précédent :
Exemplesnord ouestpicardcauchoisFrançaiscauche (bas)cauchecâoche« chausse » (ancien français chauce)canchoncanchoncanchonchansoncachecachecachechasse
☞ L'évolution de /w/ en /v/ : vrêpe « guêpe »; vaule « gaule », etc. est notée en Normandie par une isoglosse parallèle à la ligne Joret. En Picardie, la tendance est au maintien du /w/ et au-delà, puisque le maintien de /w/ concerne également le champenois, le bourguignon et le bas-lorrain.
Traits phonétiques plus spécifiques au cauchois Parmi les traits qui distinguent le cauchois d'autres variétés de normand : Les terminaisons féminines en -ée sont en -èye. On note quelques exceptions, ex : eune pougnie « une poignée » et anciennement eune cauchie « une chaussée, une route » cf. picard. -in- se réalise en -i nasal ou plutôt en -é fermé nasal. L'absence d'« aspiration » du h- (d'abord mué en /r/, puis disparu), cependant certains termes conservent /r/ initial. La perte de l'intervocalique /r/ (comme dans le Val de Saire), ex : laboûer « labourer », cûé « curé » ou alors son assimilation à la consonne précédente avec laquelle il entre en contact par suite de la chute d'un e sourd, ex : pilîe « pilerie » (moulin à pommes). On peut noter un accent circonflexe sur la voyelle précédente afin de noter la disparition de cet r, ex : veitûe au lieu de veiture, cûé au lieu de curé. Les produits du latin -atura au lieu de faire -eur ou -eu se réalise en -euse peut-être pour faire la distinction avec les produits du latin -or > -eu. Une plus forte tendance à la métathèse que dans les dialectes occidentaux, par exemple, Ej au lieu de jé, em au lieu de j'me, ed au lieu de dé, euq au lieu de qué, el au lieu de lé. Frémie pour fourmie, etc.
Grammaticales Conjugaison Quelques exemples : La première personne du singulier du verbe être : ej sieus Le verbe beî (de beire), boire : ej beux, tu beux, etc. (comme deî = devoir) Le verbe creî (de creire), croire : ej crei Le verbe veî (de veir), voir : ej vèye Participe passé des verbes du premier groupe -er en -è : el cûé est arrivè. Nos = nous (pronom personnel complément conjoint) ou on Ôs signifie « avez-vous ? », ex : L'ôs ouï ? L'avez-vous entendu ?; N'n'ôs ? En avez-vous ? ou le pronom de la deuxième personne dans des phrases interrogatives, ex : Crey-ôs ? Croyez-vous ? (à comparer le jersiais criy'-ous ? et le normand occidental crey-ouos ?); Ven-ôs ? Venez vous ? (à comparer avec le guernesiais v'n-ous ? et avec le normand ven-ouos ?), etc.
Le nombre Exemples : Les substantifs en -è (ancien -el) font leur pluriel en -iâs : eun osè, des osiâs = un oiseau, des oiseaux ; eun coutè, des coutiâs = un couteau, des couteaux, etc.
Littérature Il existe des auteurs écrivant en cauchois tels que Gabriel Benoist (auteur de Les Histouères de Thanase Péqueu), Ernest Morel, Gaston Demongé, Maurice Lesieutre et Marceau Rieul. Jehan Le Povremoyne (pseudonyme d'Ernest Coquin) a écrit des histoires du genre mixte de dialogue, comme l'a fait Raymond Mensire.
Petit lexique aboli : abattu (au sens figuré) abrier : abriter, protégerÉtym. : du b. lat. apricare, lat. class. apricari « se chauffer au soleil », d'après TLF acanté : avec, ensemble, en même tempsÉtym. : Du lat. quando, conj. et adv. interr. « à la fois », d'après TLF, mot Quand, A, sens 6, formes a) quant et et b) quant et quant. (s')accouver : s'accroupir amouhocque : bouton d'or (fleur) anthemis cotulaD'après Pierre Bulliard, Flora Parisiensis ou descriptions et figures des plantes, paris, 1783, et manuels de botaniques. attincher : agacer, exciterD'apr. Louis du Bois, Glossaire du patois normand. Donne comme comparatif en ce sens atticier dans le Roman de la rose, proche d'attiser, « exciter, irriter, envenimer » empr. au lat. pop. *attītiare formé sur titio « tison » ( s., Celse, 2, 17 ds Forc.., in TLF bailler : tomber banque : talus peu élevéÉtymologie 1 : du norrois *banki ; Étymologie 2 : du germ. *bank- (Brüch, p. 58), mot masc. et fém., par l'intermédiaire du lat. vulg. bancus attesté au Moyen Âge. Cf. l'anglais bank.. barbouquet : herpès des lèvresDans L. du Bois, Glossaire du patois Normand : « bouton aux lèvres ». Haute-Normandie - Faire un barbouquet : remplacer la bride d'un cheval au moyen de sa longe qu'on lui passe dans la bouche, et dont on lui entoure la mâchoire inférieure. Terme encore utilisé en médecine vétérinaire. barre : barrière becquémiette : petit mangeur sans appétit besson : boissonÉtym. : du b. lat. bibitione acc. de bibitio « action de boire »,TLF. bessonner : boire tropVerbe formé sur besson. bésot ou bézot : dernier enfant né, fréquentatif de beddrot « dernier né d'une couvée » ou peut-être mauvaise graphie pour *baisot, du verbe baiser (dans son sens vulgaire, par euphémisme de s'accoupler) + suffixe diminutif / péjoratif -ot, d'où le féminin bésotte. Le bésot étant le fruit de l'acte amoureux. bind : nœud en forme de 8Étym. : du norrois binda, « lier ». blèque : blet, blette, n'est pas une altération phonétique du françaisIl s'agit un terme d'origine anglo-saxonne et norrois. Il se superpose au vieux norrois bleikr, au vieux saxon blēc et au vieil anglais blæc « sombre, foncé, brun gris ». boujou : bonjour, au revoirPhonétique cauchoise, normand boujouo correspondant au français bonjour. Bru : belle-fille, jeune mariéeÉtymologie 1 : du norrois brúðr « bru / jeune mariée / fiancée » ; Étymologie 2 : du gothique bruths : « jeune mariée, jeune femme », d'apr. Feist) ; bru a été en français évincé par belle-fille. Bruman : nouveau marié, gendreÉtym. : du norrois brúðmaðr, accusatif brúðmann « homme de la bru », cf Madeleine Hacquet-Cavelier, Mémento du langage elbeuvien, Elbeuf, 1987, p. 17. busoquer : être occupé à des travaux sans utilité cache : la chasse cacher : chasser, enfoncer (un clou), aller vite, pousser devant soi. cailleu : caillou calimachon : escargot, d'où calimachonneux : chiffonné ; mot à mot « limaçon à coquille » cf. français, (escalier en) colimaçon. camucher : cacher capleuse, carpleuse : chenille, cf. ancien français chatepelose et anglais caterpillar. canne : cruche à cidreÉtym. : du norrois kanne chicard : morceau de falaise qui se détache chouler : jouer à la choule. coinquer : pleurer (enfants), crier, grincer. crèque : prune sauvageÉtym. : du norrois kraka. dalle : évierÉtym. : du norrois dalr d'chend : descendre, avoir beaucoup plu « cha a rien d'chendu » déjouquer, déjuquer : faire descendre de son perchoir, faire lever de son lit démucher : découvrir diguer : piquer, planter digonner : taquiner, piquer, essayer de débloquer avec un « digon »Étym. : du germanique dig-. cf. anglais to dig. douchiner : dorloter, cajoler. dérivé de doux, douche : doux / ce. dragie : dragée écliche : petite seringue eud : de eul : le éluger : fatiguer, ennuyer, excéder enraquer : embourber entoupiner : enjôler, enchevêtrer épléter : se dépêcher; éplet : grande activité. « Il est d'éplet » étivoquer : taquiner étruque : écharde falle : peau qui pend à la gorge, plastron d'une chemise; défallèye : décolletée; fallu : nigaudÉtym. : du norrois falr fau, faule : gai, gaie, joyeux, joyeuse ferme : rassis (en parlant du pain) feurre : paille pour couvrir en chaumeÉtym : le mot existait en français, plus fréquemment sous la forme fouarre et encore par son dérivé fourrage, terme issu de l'ancien bas francique *fodar. fieu : fils, garçon fossé : talus foutinette : grog au calvados frémi : fourmi. garde, gade : groseille à confiture ; guerdelle, gradelle : petite groseille ; gadelier ou gradelier ou gardier : groseillierÉtym. : du norrois gadr, groseille gaviot : gorge, gosierExiste aussi en argot français. gernotte : terre-noixdu norrois jorðnotr glajeu : glaïeul griller : glisser, patinerdu norrois skriðla, jadis égriller (cf. cotentinais et égrillard), sans rapport avec le français griller haguer : hacher en petits morceaux ; haguignoler : même sens hanter : fréquenter, faire la cour. Terme normand passé en français. harengueux : bateau de pêche au hareng incamot : intelligence incuit : saignant (en parlant de la viande cuite) itou : aussi (expressions : mei itou, tei itou : moi aussi, toi aussi) jougler : gambader juquer : jucher, percher lachet : lacet, cordon lapider : fatiguer, importuner machu : têtu malaucœuheux : nauséeux (avoir « mal au cœur »), prétentieux (Yport) maquè : 1- mangé 2- ruiné mauve : goëland, mouetteÉtym. : fr francique mauwe, norrois mafr. miner : énerver, lasser mouque à miè : abeille mucher : cacher; muche : cachette. cf. ancien français muscier écrit aussi mucier mucre : humide ; mucreur : humidité, brouillard ; ramucrir : humecterÉtym. : du norrois mygla. neyer : noyer niaunt : niais, sot nune part : nulle part ongue : ongle parer : peler pain de beurre : motte de beurre parlaunt : affable picot : dindon, cf. l'anglais peacock, paon. piau : peau