L'intelligence civique est une forme d'intelligence orientée sur l'intérêt public et le civisme. Elle peut se manifester chez des individus isolés, ou collectivement au sein d'organisations, d'institutions ou de sociétés, ayant ainsi été utilisée au cours de l'histoire par divers groupes humains cherchant à atteindre un objectif politique. L'éducation, sous ses multiples formes, a aidé certains pays à accroître la sensibilisation et l'engagement politiques en amplifiant l'intelligence civique des groupes collaboratifs. Au début du , l'intelligence artificielle et les médias sociaux, deux innovations récemment introduites dans les sociétés humaines, sont de plus en plus utilisés par des groupes organisés pour résoudre des problèmes politiques, économiques et sociétaux.
vignette|upright=1|alt=Dessin représentant plusieurs personnages marchant vers la droite, sur fond orange|Affiche du GISWatch 2011 illustrant l'intelligence civique à l'œuvre sur le thème des droits et de la démocratisation d'Internet.
Le concept À l'instar du terme de capital social, celui d'intelligence civique est utilisé indépendamment par plusieurs auteurs depuis le début du XXe siècle. Bien qu'il y ait eu peu ou pas de contacts directs entre eux, les différentes significations associées au terme sont généralement complémentaires les unes des autres.
Le terme est utilisé pour la première fois en 1902 par Samuel T. Dutton, superintendant du Teachers College Schools à l'occasion de l'inauguration de l'école Horace Mann lorsqu'il note que « l'augmentation de l'intelligence civique est un véritable objectif de l'éducation dans ce pays ». Plus récemment, en 1985, David Matthews, président de la Fondation Kettering, rédige un article intitulé Civic Intelligence dans lequel il évoque le déclin de l'engagement civique aux États-Unis.
Un emploi encore plus récent du terme se trouve dans un article intitulé Cultivating Society's Civic Intelligence: Patterns for a New World Brain (Cultiver l'intelligence civique des sociétés : modèles pour un nouveau cerveau mondial) de Douglas Schuler. Selon cet auteur, l'intelligence civique concerne des groupes d'individus car c'est à ce niveau que se forme l'opinion publique et que les décisions sont prises ou au moins influencées. Elle s'applique à des groupes, formels ou informels, qui travaillent à des objectifs civiques tels que l'amélioration de l'environnement ou la non-violence entre les personnes. Cette version est liée à de nombreux autres concepts qui sont depuis les années 2010 l'objet d'une grande attention : l'intelligence collective, l'engagement civique, la démocratie participative, l'émergence, les nouveaux mouvements sociaux, la résolution collaborative de problèmes et le Web 2.0.
Lorsqu'il propose ses modèles de langage (pattern langages) Liberating Voices pour la révolution de la communication, Schuler fait de l'intelligence civique le premier de ses 136 modèles.
Selon cet auteur, l'intelligence civique s'apparente à « l'intelligence coopérative » de John Dewey ou à la « foi démocratique » lorsqu'il affirme :
L'intelligence civique est implicitement invoquée par le sous-titre du livre de Jared Diamond de 2004, Effondrement - Comment les sociétés décident de leur disparition ou de leur survie (Collapse: Why Some Societies Choose to Fail or Succeed) et par la question posée dans le livre de Thomas Homer-Dixon de 2000 Ingenuity Gap: How Can We Solve the Problems of the Future ? (le Fossé de la naïveté : comment résoudre les problèmes du futur ?) qui suggère que l'intelligence civique sera nécessaire à l'humanité pour faire face aux problèmes liés au changement climatique et à d'autres événements potentiellement catastrophiques. Avec ces significations, l'intelligence civique est moins un phénomène à étudier qu'un processus ou un outil dynamique à façonner et à manier par des individus ou des groupes. Selon cette logique, elle peut affecter la façon dont se construit la société lorsqu’elle est employée comme outil de réflexion ou d'action collective. L'intelligence civique peut impliquer des groupes de grandes ou seulement quelques individus, peut être plus apparente dans les petits groupes de petite taille en raison d'interactions plus intimes et de la dynamique de groupe.
Robert Putnam, qui est largement responsable de la prise en compte généralisée du « capital social », a écrit que l'innovation sociale survient souvent en réponse aux besoins sociaux. Cela fait écho aux découvertes de George Basalla relatives à l'innovation technologique, qui elle-même facilite et répond à l'innovation sociale. Le concept d'« intelligence civique », exemple d'innovation sociale, est une réponse à un besoin perçu. L'accueil qu'il reçoit ou non sera proportionnel à son besoin perçu par les autres. Ainsi, les besoins sociaux sont à l'origine de l'innovation sociale et de l'intelligence civique collective.
L'intelligence civique se concentre sur le rôle de la société civile et du public pour plusieurs raisons. Au minimum, la participation du public est nécessaire pour ratifier les décisions importantes prises par les entreprises ou le gouvernement. Au-delà de cela, cependant, la société civile est à l'origine et a assuré la direction d'un certain nombre de mouvements sociaux vitaux. Toute enquête sur la nature de l'intelligence civique est également collaborative et participative. L'intelligence civique est intrinsèquement multidisciplinaire et évolutive. Les scientifiques cognitifs abordent certaines de ces questions dans l'étude de la « cognition distribuée ». Les spécialistes des sciences sociales en étudient certains aspects avec leurs travaux sur la dynamique de groupe, la théorie démocratique, les systèmes sociaux et de nombreux autres sous-domaines. Le concept est important dans la littérature commerciale (« apprentissage organisationnel ») et dans l'étude des « communautés épistémiques » (communautés de recherche scientifique, notamment).
Intelligence civique et politique Politiquement, l'intelligence civique rassemble les gens pour former des pensées ou des idées collectives pour résoudre des problèmes politiques. Historiquement, Jane Addams était une militante qui a réformé les quartiers de Chicago en termes de logement des immigrants, en organisant des conférences sur les problèmes actuels, en construisant le premier terrain de jeu public et en menant des recherches sur les éléments culturels et politiques des communautés qui l'entourent. Elle n'est qu'un exemple de la façon dont l'intelligence civique peut influencer la société. Les mouvements historiques en Amérique tels que ceux liés aux droits de l'homme, à l'environnement et à l'équité économique ont été lancés par des citoyens ordinaires, et non par des gouvernements ou des entreprises. Pour obtenir des changements dans ces sujets, des personnes d'horizons différents se réunissent pour résoudre des problèmes locaux et mondiaux. Un autre exemple d'intelligence civique est la façon dont les gouvernements se sont réunis en 2015 à Paris pour formuler un plan visant à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à atténuer certains effets du réchauffement climatique. alt=https://en.wikipedia.org/wiki/File:Debate_between_Suffrage_%26_Anti-Suffrage_Societies_held_at_Free_Trade_Hall,_Manchester.jpg|vignette|240x240px| Groupe qui a débattu du suffrage des femmes au Free Trade Hall, Manchester Au niveau politique il n'existe aucun véritable atlas de l'intelligence civique. Pourtant la quantité et la qualité des exemples dans le monde sont énormes. Bien qu'un atlas complet ne soit pas nécessairement un objectif, des ressources en ligne sont développées pour enregistrer au moins une fraction de ces efforts. L'augmentation du nombre de réseaux de défense juridique transnationaux les manifestations mondiales coordonnées contre l'invasion de l'Irak, et les Forums sociaux mondiaux qui ont fourni un "espace libre" à des milliers de militants du monde entier, tous soutiennent l'idée que l'intelligence civique se développe. On peut noter aussi des efforts de moindre envergure comme le travail du groupe des Amis de la Nature visant à créer une « carte verte » de la ville de Pékin.
L'engagement politique des citoyens provient parfois de l'intelligence collective de l'engagement des communautés locales par le biais de l'éducation politique. Les exemples traditionnels d'engagement politique comprennent le vote, la discussion de problèmes avec des voisins et des amis, le travail pour une campagne politique, la participation à des rassemblements, la formation de groupes d'action politique, etc. Des scientifiques sociaux et économiques tels que Jason Corburn et Elinor Ostrom continuent d'analyser comment les gens se rassemblent pour atteindre des objectifs collectifs tels que le partage des ressources naturelles, la lutte contre les maladies, la formulation de plans d'action politiques et la préservation de l'environnement.
Selon Harry C. Boyte, il pourrait être utile pour les établissements d'enseignement tels que les collèges ou même les lycées d'éduquer les élèves sur l'importance de l'intelligence civique en politique en vue de meilleurs choix pour aborder les problèmes de société grâce à une intelligence citoyenne collective : les écoles serviraient en quelque sorte d'«espace libre» pour des efforts d'engagement communautaire de la part des élèves. Les écoles, selon Boyte, permettent aux gens d'agir dans leurs communautés, ralliant ainsi un nombre croissant de personnes pour en apprendre davantage sur la politique et se former des opinions politiques. Il soutient que cette réaction en chaîne est ce qui conduit ensuite à l'intelligence civique et à l'effort collectif pour résoudre des problèmes spécifiques dans les communautés locales. Il ressort d'une étude que des citoyens plus informés et plus attentifs au monde politique qui les entoure sont plus engagés politiquement tant au niveau local que national. Une étude, regroupant les résultats de 70 articles sur la conscience politique, constate que la conscience politique est importante dans le début de la participation citoyenne et de l'expression de l'opinion. On assiste depuis la fin des années 2010 à un changement dans la façon dont les citoyens restent informés et deviennent attentifs au monde politique. Bien que les méthodes traditionnelles d'engagement politique soient encore utilisées par la plupart des individus, en particulier les personnes âgées, il y a une tendance à se déplacer vers les médias sociaux et Internet en termes d'engagement politique et d'intelligence civique.
Économie et engagement citoyen