vignette|Exemple de polylithisme, le calvaire de Plougastel-Daoulas qui alterne les pierres de Kersanton sombres dont les paillettes de biotite donnent à la roche un aspect brillant caractéristique, et les pierres de Logonna ocre rehaussées de cernes concentriques. vignette|Filon de kersantite de Kerdreolet (L'Hôpital-Camfrout) : la roche sombre et microgrenue est à phénocristaux de biotite et avec une pâte de plagioclases calciques (de chlorite, de biotite et de quartz). Elle acquiert une teinte brune sous l'effet de l'altération des biotites (paillettes mordorées) et offre des débits caractéristiques en boules écailleuses, témoins d'une desquamation en surface et de fissurations dans la masse.
La kersantiteSon nom s'écrivait aussi kerzanton ou kersauton par le passé, et encore au début du . Cf Charles Barrois, Sur le kerzanton de la rade de Brest, Annales de la Société géologique du Nord, 1886, Gallica. (dont le nom, initialement proposé par Achille Delesse en 1850, dérive d'un toponyme breton, Kersanton, petit hameau de Loperhet dans la rade de Brest), est une roche magmatique filonienne, de la famille des lamprophyres. Bien que relativement rare, cette variété de roche se rencontre sur tous les continents. Appelée localement, de manière impropre, “granite de Kersanton“, elle présente un grand intérêt pour la sculpture. Sa tendreté à la taille, sa grande résistance à l’érosion et ses différents faciès exploités (se distinguant par un grain et des nuances de couleur variables, de noir verdâtre à gris très clair) expliquent son emploi dans l'architecture et la statuaire locales (enclos paroissiaux, statues de Roland Doré ou de Yann Larc'hantec) mais aussi plus distales (cependant, malgré une légende relayée par les médias, le socle de la statue de la Liberté à New York n'est pas en kersantite)..
Roche qui émarge à la nomenclature internationale des roches magmatiques depuis les travaux de Carl Wilhelm von Gümbel en 1874 (Die palāolithischen eruptivgesteine des Fichtelgebirges; Franz, Munich), elle est la seule dont le nom officiel international soit directement issu d'un toponyme de Bretagne (il en existe d'autres, moins connues, et dont les noms ne sont pas des termes officiels, comme la sizuniteJ. Cogné, La sizunite (Cap Sizun, Finistère) et le problème de l'origine des lamprophyres, Bulletin de la Société française de géologie, 1962., une roche proche de la kersantite dont le nom provient du cap Sizun, ou la morbihannite , gneiss alumineux dans le golfe du Morbihan.). Elle fournit un exemple de destruction partielle d'un patrimoine géologique mondial, la carrière de Kersanton, nom du lithotype de la kersantite, ayant été comblée avec des déchets ménagers. L'exploitation de cette pierre indissociable de l'architecture bretonne a connu une destinée exceptionnelle, depuis l'âge du fer (utilisation pour des stèles) jusqu'au milieu du . Elle est abandonnée après la Seconde Guerre mondiale (aspect noirâtre, concurrence du granite rose de l'Aber-Ildut ou « déferlante » de ceux d'origine étrangère , « emprise irrésistible du béton », situation reculée des carrières).. Le savant géologue et érudit historien Louis Chauris prône sa réhabilitation : . Faisant partie intégrante du parc naturel régional d'Armorique, cet élément patrimonial est mis en avant lors du dossier de candidature du projet Geopark Armorique auprès de l'UNESCO en Geopark Armorique. Dossier de candidature Géoparc mondial UNESCO Novembre 2019., dans le but de rejoindre le Réseau mondial des Géoparcs.
Gisements armoricains La kersantite tire son nom du hameau de Kersanton"La kersantite de Kersanton", Bretagne vivante, section rade de Brest,Infini.fr. (commune de Loperhet) situé à proximité de la rade de Brest, à environ au sud-est de la ville de Brest. La carrière de Rhun-Vras (Run), à l'Hôpital-Camfrout exploite aussi cette roche .. On en trouve aussi des gisements à Penallan en Plougastel-Daoulas, à Penavoas au Faou, à Kerascoët et Tréoc en l'Hôpital-Camfrout, à Kersanton en Loperhet, à Moulin-Mer et Le Roz en Logonna-Daoulas, etc., tous ces gisements étant proches de la rade de Brest. L'île Ronde en face de Plougastel avait aussi un gisement, abandonné depuis longtemps.
D'autres gisements se trouvent un peu plus en Bretagne intérieure comme au Moulin du Crann en Lennon, Guervénec en Rumengol, Resthervé en Poullaouen, Saint-Roch en Carhaix ou aux alentours du TréhouCharles Barrois, Sur le kerzanton de la rade de Brest, Annales de la Société géologique du Nord, 1886, Gallica..
Données scientifiques thumb|Kersantite trouvée au Run en L'Hôpital-Camfrout La kersantite n'est pas un granite (roche magmatique plutonique felsique) mais un granit (terme de carrier). C'est une roche mafique subvolcanique (c'est-à-dire intrusive, possiblement - mais pas obligatoirement - formée à l'aplomb de volcans), qui fait partie de la famille des lamprophyres.. En conséquence, ces roches affleurent sous forme de filons Cf Charles Vélain, Conférences de pétrographie, 1er fascicule, 1889, Gallica. et ont un grain de fin à modérément grossier. Constituées généralement d'au moins 35 % de mica noir (biotite et/ou phlogopite), les kersantites sont de couleur sombre (mélanocrates) ou grise (mésocrates).
Une étude récente très complète des kersantites ouest-armoricaines. a permis d'apporter de nombreuses informations inédites.
Toutes les kersantites W-armoricaines ont une géochimie comparable, quels qu'en soient le grain ou la couleur. La teinte grise du faciès clair, caractéristique en particulier des kersantites prélevées dans la carrière de Rhun-Vras à l'Hôpital-Camfrout ou à la Pointe du Château à Logonna-Daoulas, est due à la chloritisation des micas noirs par hydrothermalisme. Les kersantites W-armoricaines se sont mises en place sous forme de filons (sills ou dykes), à une profondeur comprise entre 7,5 et 11,5 km. Ces roches sont actuellement observables à l'affleurement car elles ont été dégagées par l'érosion. Les kersantites W-armoricaines sont systématiquement associées à des microgranodiorites, dont le représentant le plus célèbre est la Pierre du Roz à Logonna-Daoulas, ou à des microgranites, comme l'intrusion de l'Île Longue. Il est à remarquer que ces roches, qui ont un lien génétique et se sont mises en place en même temps et dans les mêmes zones, se retrouvent aussi associées dans de très nombreux calvaires bretons, comme celui de Plougastel-Daoulas ou de Coatnant à Irvillac. Le socle est en Pierre du Roz (microgranodiorite) tandis que les fûts et la statuaire sont en kersantite. Les kersantites et les roches associées (microgranodiorites et microgranites) sont des filons syntectoniques, c'est-à-dire qu'ils se sont mis en place au cours de la compression hercynienne (entre 330 et 310 Ma). Les magmas correspondants ont évolué dans des réservoirs magmatiques initialement situés à une profondeur comprise entre 26 et 30 km. Le liquide primaire à l'origine des magmas kersantitiques provient de la fusion partielle de la lithosphère mantellique métasomatisée par du sédiment subducté, à une profondeur d'environ 80 km. Dans l'histoire hercynienne du Massif armoricain, les kersantites et les filons associés apparaissent après un événement magmatique majeur anté-tectonique qui affecte l'ensemble des domaines centre/nord armoricains : l'intrusion du gabbro de Saint-Jean-du-Doigt. (vers 347 Ma.) et des dolérites carbonifères nord-armoricaines et de la rade de Brest (340-330 Ma), ainsi que l'effusion des basaltes associés aux bassins viséens de Châteaulin, Laval et Ouessant-Sud (336 Ma pour Ouessant.). La formation des gabbros/dolérites/basaltes entre 347 et 330 Ma par fusion asthénosphérique, puis celle des kersantites/microgranodiorites/microgranites entre 330 et 310 Ma par fusion lithosphérique (après métasomatose) implique une extension profonde dans les premiers temps de la convergence Avalonia/Armorica. Pour cela, il faut envisager un probable mécanisme de subduction continentale avec verticalisation de la lithosphère plongeante. Des filons de kersantite carbonifères de syn- à post-tectoniques s'observent également dans le Massif central, notamment dans les Cévennes. où la roche est nommée localement « fraidonite » ou « fraidronite » dans le premier article mentionnant leur découverte en 1844..
Une synthèse des études de ces kersantites met en évidence les caractéristiques suivantes.:
Ces lamprophyres se caractérisent par une teinte très sombre due à l'abondance de biotite dans la roche. La texture microgrenue peut être vacuolaire, suggérant une mise en place en contexte subvolcanique. La plupart de ces filons sont globalement orientés N-S mais nombre d’entre eux sont parallèles à la schistosité. Ils se sont mis en place il y a 310 à 300 millions d’années (datation 40Ar/39Ar sur biotite) lors de la phase d’extension post-orogénique de la chaîne varisque.. Leur formation est contemporaine de la mise en place de granodiorites observées au mont Aigoual, le Saint-Guiral, le Liron et le mont Lozère.. Ils ont traversé les schistes formés il y a 340 millions d’années. lors de l'orogénèse varisque.
Les minéraux caractéristiques Les micas noirs (biotite et phlogopite), qui donnent son éclat très particulier à cette variété de lamprophyre. Le plagioclase (oligoclase, andésine ou labrador).
Des minéraux moins abondants La calcite primaire (magmatique) et/ou secondaire (d'altération). La dolomite provenant de la transformation de l’amphibole (échantillons des Cévennes). Le clinopyroxène, généralement de composition augitique ou diopsidique, dans certains échantillons (Le Faou, Hanvec). L'amphibole (magnésiohastingsite, hastingsite, magnésiohornblende, tschermakite), dans certains échantillons (Logonna-Daoulas). L'olivine (toujours altérée): c'est un silicate ferromagnésien, comme son nom l'indique de couleur vert olive, de formule générale (Fe, Mg)2SiO4. L'apatite : c'est un phosphate de calcium de formule Ca5(PO4)3(OH, F, CL). Les feldspaths alcalins. La chlorite. La magnétite. Les sulfures (échantillons des Cévennes). On note également la présence régulière de quartz, mais seulement sous la forme de xénocristaux ou bien de minéraux secondaires, c'est-à-dire d'altération.
L'exploitation de la pierre de Kersanton thumb|Les affleurements de kersantite dans les parages de la rade de Brest La pierre de Kersanton est exploitée depuis la Préhistoire comme l'attestent des haches polies façonnées dans ce matériau et trouvées dans la région d'Hanvec ; une statue gauloise trouvée à Plougastel était déjà en Kersanton. ; son exploitation pour la statuaire et la construction d'édifices religieux commence au , dans des perrières, nom qui à l'époque était utilisé pour nommer une carrière, comme en témoignent les plus vieux monuments retrouvés. Concernant la carrière du Roz en Logonna-Daoulas, un acte du et un autre de 1625 font obligation de « tenir la dicte perrière nette, désencombrée et délivrée de tous attraits ». Les églises du Folgoët, de Rumengol, de L'Hôpital-Camfrout, etc., ont été les premières construites avec ce matériau, utilisés aussi aux et dans les ateliers de sculpture de Roland Doré, Julien Ozanne [par exemple pour le calvaire de Pleyben], Jean Le Bescont [par exemple l'enclos paroissial de Saint-Thégonnec], etc.). Après un ralentissement de l'activité au , l'exploitation reprend de manière industrielle dans la seconde moitié du , de nouveaux débouchés s'étant ouverts, notamment pour la construction d'ouvrages d'art (par exemple des viaducs des lignes de chemin de fer et des phares), d'églises (de nombreuses églises sont reconstruites sous le Second Empire) et dans les monuments funéraires (y compris les monuments aux morts). thumb|Les carrières de kersanton à L'Hôpital-Camfrout (vers 1910 ?). Camille Vallaux décrit ainsi l'activité en 1906 :