Victor Cousin est un philosophe et homme politique français, né le à Paris et mort le à Cannes.

Philosophe spiritualiste, chef de l'école éclectique, il édita les œuvres de Descartes, traduisit Platon et Proclus, écrivit une Histoire de la philosophie au (1829), Du Vrai, du Beau et du Bien (1853), et plusieurs monographies sur les femmes célèbres du . En assumant, au long de sa carrière, les prestigieuses fonctions de professeur de philosophie à l’École normale supérieure, pair de France, conseiller d’État, directeur de l’École normale supérieure, recteur de l’Université et ministre de l’Instruction publique, il put acquérir en son temps un magistère qui lui permit d’établir le spiritualisme éclectique comme la « doctrine officielle de l’Université » durant la monarchie de JuilletÉmile Bréhier, Histoire de la philosophie, t. III, (1932), Paris, Presses universitaires de France, nouvelle édition, 1981, p. 578..

Il est considéré en France comme le fondateur de la tradition des études d'histoire de la philosophie et le réformateur de l'enseignement philosophique dans les lycéesDenis Huisman : De Socrate à Foucault (pages célèbres de la philosophie occidentale), Perrin, Paris, 1989..

Biographie Origines familiales Victor Cousin est issu d'une famille modeste : né dans le faubourg Saint-Antoine, il est le fils d'un ouvrier joaillier au Marché-Neuf et d'une repasseuse. Il nait en pleine Révolution française, dont il est à sa manière un héritier.

Formation Le lycée Charlemagne Il bénéficie du système scolaire institué par Napoléon Bonaparte, alors Premier Consul, créateur des lycées en 1802. À l'âge de , Victor devient élève du lycée Charlemagne, où il va faire de brillantes études jusqu’à l’âge de dix-huit ans.

La formation classique reçue au lycée lui donne le goût de la littérature. Il est aussi réputé parmi ses camarades pour sa connaissance du grec. Il se lie alors avec François Guizot et Abel-François Villemain.

Il obtient le prix d'honneur du Concours général de 1810, ce qui lui permet d'être exempté du service militaire et admis de droit au Pensionnat normal.

Études supérieures Bachelier dès quatorze ans, il est reçu à l'agrégation de lettres à .

gauche|vignette|Victor Cousin avant 1840 (lithographie de Charles Philipon)

Le , Victor Cousin soutient une thèse latine de philosophiehttps://eslettres.bis-sorbonne.fr/notice/Doctorant/4994, consulté le 23 octobre 2023, intitulée De Methodo sive de analysiVictor Cousin, De Methodo sive de analysi [en ligne], Paris, Fain, 1813, URL : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k53281322, consulté le 02 octobre 2023 . La Bibliothèque interuniversitaire de la Sorbonne conserve aujourd’hui ses brouillons préparatoires à une thèse française consacrée à l’étude de ThucydideVictor Cousin, Notes sur Thucydide : matériaux inédits pour une thèse de doctorat [en ligne], 1812-1813, Paris, URL : https://nubis.univ-paris1.fr/ark:/15733/mv2w, consulté le 02 octobre 2023, mais elle n’a jamais été soutenue par son auteur« La thèse abandonnée de Victor Cousin » in "Devenir savants : thèses et doctorats ès lettres au XIXe siècle" [archive], exposition virtuelle sur NuBIS, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque de la Sorbonne.

Les maîtres de Victor Cousin Pierre Laromiguière est alors chargé du cours de philosophie. Dans la deuxième préface aux Fragments philosophiques, où il expose les influences philosophiques qui ont marqué sa vie, Cousin parle avec émotion de la reconnaissance qu’il éprouvait en se souvenant de ce jour où il avait entendu Laromiguière pour la première fois. Il prétend que ce jour avait décidé de sa vie entière, car Laromiguière enseignait la philosophie de Locke et de Condillac, en la modifiant intelligemment sur certains points, avec une clarté et une grâce qui, au moins en apparence, faisaient disparaître les difficultés, et avec un charme et une bonhomie spirituelle qui pénétraient et soumettaient.

La deuxième grande influence philosophique dans sa vie est celle de Pierre-Paul Royer-Collard (1763-1845). Cet enseignant, dit-il, par la sévérité de sa logique, la gravité et le poids de chacun de ses mots, l’avait peu à peu détourné, mais non sans résistance, des sentiers battus de Condillac, pour le mener dans la voie qui devait devenir si facile, mais qui était alors pénible à suivre et peu fréquentée, celle de la philosophie du bon sens du philosophe écossais Thomas Reid.

Débuts dans l'enseignement sous l'Empire Cousin refuse le poste d'auditeur au Conseil d'État que lui offre Jean-Pierre de Montalivet, ministre de l'Intérieur de Napoléon de 1809 à 1814, car il veut lui aussi enseigner la philosophie.

Nommé professeur au lycée Napoléon (actuel lycée Louis-le-Grand), il obtient rapidement un poste de maître de conférences à l’École normale supérieure, où ses premiers élèves sont Jean-Philibert Damiron et Théodore Simon Jouffroy.

Période de la Restauration (1815-1830) Professeur suppléant à la Sorbonne (1815-1821) En 1815, Cousin est nommé suppléant de Royer-Collard, titulaire de la chaire d’histoire de la philosophie moderne à la SorbonneLes cours de cette période seront publiés en six volumes entre 1836 et 1842.. Honoré de Balzac est, de 1816 à 1819, un de ses élèves les plus admiratifsGraham Robb, Balzac, a Biography, New York, Norton & Company, 1994, .

Rapprochement avec les philosophes allemands (1815-1817) , tandis que la métaphysique est réduite à .

Son intérêt pour la pensée allemande postérieure à Leibniz se manifeste dès son cours de 1815-1816. Il se lance dans l'étude de la philosophie de Kant, qu'il lit dans une traduction en latin. C'est lui qui parle pour la première fois de Kant dans une université française.

Il s'éloigne alors de l'école écossaise du sens commun.

Voyage en Allemagne (été 1817) Sa rencontre durant l'hiver 1816-1817 avec Auguste Schlegel et Germaine de StaëlVictor Cousin, « Souvenirs d'Allemagne », Mélanges philosophiques, tome V, Paris, 1862, cité dans Cotten, 1992, -220 : Victor Cousin cite Fichte et Schelling dès 1815-1816., qui a écrit dans De l'Allemagne que « la nation allemande peut être considérée comme la nation métaphysique par excellence », l'amène à faire un premier voyage en Allemagne, à Heidelberg, pendant les vacances de l'été 1817.

Au cours de ce voyage, il fait la connaissance de Hegel et d'autres philosophes. Hegel écrira que Cousin est venu en Allemagne faire des « courses philosophiques ». Il lui offre un exemplaire de son Encyclopédie des sciences philosophiques. .

À son retour, Cousin se détache de la philosophie écossaise pour se tourner vers les pensées de Kant, de Fichte, de Schelling et de Hegel. Il introduit alors les notions d'absolu et d'idéal dans la philosophie française. .

Un autre penseur qui l'influence à cette époque est Maine de Biran, .

thumb|right|Victor Cousin(photographié par Nadar).

Le cours sur le Beau (1817-1818) et la méthode éclectique En 1817-1818, il fait un cours sur le beau à l'École normale supérieure, puis à la faculté des lettres, qui lui assure une audience considérable parmi ses contemporains. Ce cours, publié par la suite sous le titre Du Vrai, du Beau et du Bien puis constamment révisé, est son ouvrage le plus célèbre et l'exposé le plus général de sa philosophie.

Il y expose sa méthode éclectique, qui consiste à étudier les différents systèmes apparus au cours de l'histoire de la philosophie et à les analyser afin d'en distinguer les éléments de vrai et de faux et de parvenir à un système valable du point de vue d'une raison impersonnelle. Il ne s'agit donc pas de concilier entre elles les écoles de philosophie, mais il ne s'agit pas non plus, comme pour Hegel, de considérer le faux comme un moment du vrai. La méthode éclectique est en ce sens le contraire de la méthode dialectique.

L'éloquence de Cousin suscite un grand enthousiasme dans la jeunesse cultivée, mais, en 1821, son cours est suspendu à cause de ses idées libérales.

vignette|Victor Cousin, Cours inédit de philosophie en douze leçons, décembre 1819-février 1820 (extrait), Bibliothèque de la Sorbonne, NuBIS, cote MS 1906. |gauche

Exclus de l'université (1821-1828) Victor Cousin se trouve alors privé d'emploi public car il est aussi évincé de l'École normale supérieure. .

Il travaille aussi à l'édition d'œuvres inédites de Proclus (412-485)Texte grec avec commentaire latin, 6 volumes, 1820-1827 ; , 1865, 1 volume., des œuvres complètes de Descartes11 volumes, 1826. ainsi qu'à une traduction intégrale des œuvres de Platon13 volumes, 1825-1840..

Sa traduction du corpus platonicien est la première intégrale en France. Toutefois, entreprise lorsqu'il se retrouve privé de toute charge d'enseignement avec la fermeture de l'École normale en 1822, elle vise plus à poursuivre sa « campagne philosophique » qu'à présenter Platon. Michel Narcy juge ainsi que « Platon l'intéresse moins en lui-même que pour les idées qu'il permet de véhiculer ou l'appui qu'il peut fournir à son entreprise de restauration de la métaphysique. ».

Un second voyage en Allemagne en 1824 est marqué par son arrestation pour motifs politiques, sans doute sur dénonciation venue de France. Accusé de carbonarismeVictor Cousin, sur le site du Comité des travaux historiques et scientifiques., il est arrêté à Dresde, puis transféré à Berlin, où il est assigné à résidence jusqu'en . Il fréquente alors assidument Hegel et fait la connaissance de ses disciples comme Eduard Gans ou Heinrich Gustav Hotho. Il obtient des cahiers des cours de Hegel sur la philosophie de l'histoire, l'histoire de la philosophie et l'esthétique, qu'il mettra à profit dans son propre enseignementAlain Patrick Olivier (éditeur), Hegel, Esthétique. Cahier de notes inédit de Victor Cousin, Paris, Vrin, ..

Il est finalement libéré grâce à l'intervention de Hegel, aidé par la diplomatie françaiseAndré Stanguennec, Hegel : une philosophie de la raison vivante, Paris, Vrin, 1997, ..

Cousin revient en France assez découragé. « Je trouve les affaires publiques si déplorablement conduites que je ne veux pas m'en occuper. Pythagore m'occupe plus que M. de Villèle, et j'en suis à ne pas comprendre M. Royer-Collard, mon meilleur ami politique, qui essaye de se placer entre deux partis aveugles qui ne le comprennent pas. »Victor Cousin, Lettre à Lamennais, , citée par le Dictionnaire des parlementaires français..

Réintégration à la Sorbonne (1828-1830) Le ministère libéral dirigé par Martignac lui permet de retrouver () sa chaire d'Histoire de la philosophie moderne à la Sorbonne aux côtés de Villemain et de Guizot. Il fait alors un cours célèbre qui marque sa réapparition triomphale sur la scène académique et qui est un manifeste de politique libérale autant qu'un cours de philosophie..

C'est à cette époque que se rapporte ce témoignage de Jules Barthélemy-Saint-Hilaire (1805-1895)Jules Barthélemy-Saint-Hilaire sera l'exécuteur testamentaire de Cousin. :

Le témoignage de Paul-François Dubois (1793-1874) va dans le même sens :

L'apogée sous la monarchie de Juillet (1830-1848) Après la révolution de juillet 1830, qui porte au pouvoir Louis-Philippe, Victor Cousin est nommé professeur titulaire à la Sorbonne, membre du Conseil royal de l'Instruction publique et directeur de l'École normale supérieure. Il est fait commandeur de la Légion d'honneur, et promu conseiller d'État et pair de France (). Selon Jules Simon Citation reprise de , ..

Il écrit alors à Schelling : Introduction de Dominique Bourel, directeur de recherches au CNRS, à : Victor Cousin, Souvenirs d'Allemagne, Paris, CNRS éditions, 2011, p. 16..