L′hippophagie est une pratique alimentaire consistant à consommer de la viande de cheval. Connue depuis la Préhistoire et pratiquée par de nombreux peuples eurasiatiques durant l'Antiquité, elle est souvent associée à des pratiques rituelles païennes qui poussent l'Église catholique du Moyen Âge à la prohiber. Elle demeure lors des périodes de disette, et chez les peuples nomades comme les Mongols. Pratiquée à grande échelle en France à partir de la fin du , elle y a fortement baissé depuis les années 1960. Les États-Unis l'ont rendue illégale dans plusieurs États. Le scandale sanitaire de la trichinellose, les des transports d'animaux de boucherie et la place symbolique et historique du cheval entretiennent une controverse, expliquant la désaffection pour l'hippophagie dans certains pays occidentaux. Les pays scandinaves, d'Asie centrale et de l'Est sont traditionnellement hippophages, par opposition aux pays anglo-saxons, considérés comme non hippophages. Les tabous alimentaires sur la viande de cheval peuvent avoir des origines culturelles ou religieuses. À l'échelle mondiale, l'hippophagie augmente et de chevaux par an sont destinés aux huit pays les plus consommateurs. En janvier 2013 éclate une fraude européenne impliquant le remplacement de viande bovine par la viande chevaline. thumb|Devanture d'une ancienne boucherie chevaline
Les animaux concernés par l'hippophagie sont en majorité réformés des activités équestres, ce qui rend leur revente aux abattoirs économiquement plus intéressante. Les poulains de trait de moins de dix-huit mois et les chevaux de course peu performants peuvent aussi être abattus. L'hippophagie a des partisans pour des raisons économiques, et chez les professionnels de la santé qui louent les qualités alimentaires de cette viande. Les principaux opposants à l'hippophagie sont les associations de protection animale, qui dénoncent les conditions de transport et d'abattage des chevaux.
Des campagnes de communication sont lancées de part et d'autre dans les pays occidentaux, pour défendre ou condamner l'hippophagie. Le cheval sert souvent les activités humaines sans bénéficier d'une retraite ou d'une fin plus éthique. Son rôle ayant fortement évolué dans ces pays, il est désormais perçu par certains comme proche d'un animal de compagnie. Les alternatives à l'hippophagie incluent leur mise à la retraite, leur euthanasie et la crémation des cadavres.
Étymologie Le terme d' vient du grec (), « le cheval », et de (, « manger »), et décrit donc la consommation de viande de cheval.. Sa première utilisation date du (1832)..
Bien que le mot puisse désigner toute forme de consommation de viande chevaline, il est surtout utilisé pour l'alimentation humaine. Les boucheries chevalines étaient autrefois nommées des Jacques Cellard, Les Racines grecques du vocabulaire français, Entre guillemets, Édition 3, De Boeck Université, 2004, , 41..
Histoire L'histoire de l'hippophagie est à la fois longue et complexe. Pour la majeure partie de celle-ci, les chevaux sauvages étaient chassés et consommés comme source de protéines... Les principales oppositions historiques à l'hippophagie ont une base religieuse (hindouisme, bouddhisme, judaïsme, catholicisme) Toutefois, le rejet naturel de l'hippophagie est tout aussi lié au statut particulier du cheval par rapport à l'homme, à la haute considération envers cet animal et à son lien étroit avec les divinités.. De manière générale, un décalage existe entre les peuples cavaliers, comme les Mongols (où le cheval est omniprésent dans la langue, la religion et l’alimentation) et les sociétés où l’équitation manifeste la supériorité d'une classe sociale, dans l'Occident chrétien notamment. Si le cheval a valeur d’emblème, cela induit la condamnation de l’hippophagie.
Elle est souvent le fait d'une nécessité économique (guerre, famine ou pauvreté, la viande de cheval étant, notamment en Occident, nettement moins chère que les autres), et parfois (mais beaucoup plus tard) une recommandation diététiqueÉcole pratique des hautes études, L'Homme : revue française d'anthropologie, , : Sciences économiques et sociales, Mouton, 1999, , .. Le développement de cette pratique alimentaire accompagne souvent la fin de la traction hippomobile et de l'utilisation militaire du cheval, car une civilisation . Les chevaux sont alors envoyés massivement à l'abattoir pour demeurer rentables...
Origines et Antiquité thumb|left|Tête de cheval sculptée découverte dans la grotte du mas d'Azil, époque magdalénienne.|alt=Reproduction d'une sculpture de tête de cheval avec la bouche ouverte.
Attestée dès le Paléolithique inférieur, l'hippophagie aurait été l'un des premiers modes d'alimentation carnée de l'homme.. Le cheval est un gibier très consommé au Paléolithique supérieur, la découverte d'ossements sur de nombreux sites archéologiques (en Palestine par exemple) ainsi que l'art préhistorique le prouvent. Lorsqu'il est domestiqué pour devenir une monture et un animal d'attelage, sa viande est consommée dans des proportions plus modestes.. Les hommes de la culture Kourgane, avant notre ère, chassent les animaux des grands troupeaux sauvages pour leur chair et sont parmi les premiers à domestiquer le cheval. Bien que les historiens ne puissent connaître leurs motivations, la volonté de rendre l'accès à une source de nourriture plus aisé n'est pas à exclure.. Du jusqu'à l'époque gauloise, l'hippophagie augmente quelque peu, elle est pratiquée entre autres par les HyksôsRevue archéologique, , Ernest Leroux, 1933, .. Les premiers sacrifices équins afin d'offrir le cheval aux puissances élémentaires et aux dieux, accompagnés ou non d'hippophagie, sont attestés peu après dans de nombreuses cultures indo-européennes en Ukraine, Russie, Scandinavie, Germanie, Royaume-Uni, Irlande, Italie, et Grèce.. L'hippophagie se développe surtout dans les territoires offrant de vastes plaines et des prairies, où vivent des civilisations pastorales..
De nombreuses preuves attestent de l'hippophagie des anciens Slaves (notamment en Russie.), des anciens Irlandais. et des Perses.. La viande de cheval est appréciée des peuples asiatiques de l'Antiquité, comme les Mongols, chez qui sa consommation inclut un sacrifice chamanique. Ce rite est plus tard combattu par les bouddhistes qui parviennent à l'éliminer, mais l'hippophagie demeure. Pline l'Ancien mentionne la coutume des Sarmates, peuple cavalier de l'Antiquité, de prélever du sang sur leur cheval pour se nourrirPline l'Ancien, Histoire naturelle, , 24 (100)..
Les Gaulois sont longtemps considérés comme un peuple non hippophage, à la suite des travaux de Salomon Reinach qui évoquait l'existence d'un tabou fortReinach conjecture notamment que si Vercingétorix a renvoyé sa cavalerie avant d'être totalement encerclé par Jules César à Alésia, c'est qu'il ne lui est pas paru concevable d'utiliser les chevaux pour alimenter ses troupes.. Toutefois, les découvertes archéologiques (par exemple à Acy-Romance) tendent à prouver que certains habitants consomment régulièrement la viande de cheval, tandis que d'autres la bannissent complètement. Attestée en Gaule belgique à la fin du premier âge du fer, l'hippophagie aurait été ordinaire en Gaule septentrionale, plus rare ou absente dans d'autres régions, souvent ritualisée et accompagnée de sacrifices de chevaux. Le cheval jouant un rôle important, tant militaire que rituel., cela expliquerait qu'il soit considéré comme une monture avant d'être une source de nourriture., auquel cas sa consommation ne dépasse jamais 10 % de l'alimentation carnée des Gaulois. L'hippophagie gauloise semble par ailleurs décroître au fil du temps.. Les Gallois de l'Antiquité, eux aussi initialement hippophages, cessent peu à peu cette pratique. Au sud de la Gaule, l'hippophagie est toujours liée à une situation de crise (guerre, famine…) qui affecte toute une région..
La même controverse existe chez les Indiens védiques, certains historiens arguent que le cheval est un animal trop rare et précieux pour être mangé (en effet, il supporte mal le climat du sous-continent indien), d'autres s'appuient sur le Rig-Veda pour affirmer que la viande des chevaux sacrifiés durant le rituel sacrificiel nommé Ashvamedha ne peut être que consommée. L'hippophagie pourrait être pratiquée par une faible partie de la population, ce qui semble cohérent avec le fait que la majorité des Indiens du la réprouvent. L'Ashvamedha perdure jusqu'au ..
thumb|Les Romains, qui par ailleurs ont adopté le culte de la divinité équestre Épona, n'étaient pas hippophages. Ici, un bas-relief de Macédoine au .|alt=Bas-relief représentant une femme assise entre deux chevaux. Le premier tabou hippophagique remonte à l'établissement des interdits alimentaires du judaïsme, qui désigne dans la Torah les mammifères ruminants au sabot fendu comme les seuls licites pour l'homme.. Si les Grecs ont pratiqué l'hippophagie, c'est uniquement dans un cadre rituel et de manière très sporadique., en effet, elle est strictement bannie., tout comme chez les Romains et par extension les qui la considèrent comme une pratique barbare.. et immorale en dehors de grandes nécessités telles les famines et les campagnes militaires. De ce fait, au , l'hippophagie régresse fortement chez tous les peuples intégrés à l'Empire romain, notamment les Gallo-romains de Gaule septentrionale qui l'abandonnent en quelques décennies., témoignant de la forte influence culturelle romaine. Une autre preuve réside dans le fait qu'au , lorsque l'Empire romain perd son influence, l'hippophagie réapparaît..
Le cheval étant absent des continents américain et océanien jusqu'à leur colonisation par les Eurasiens, ainsi que d'une grande partie de l'Afrique dont le climat lui convient peu, l'hippophagie demeure très longtemps inconnue hors d'Eurasie et d'une petite partie d'Afrique du Nord.
Du Moyen Âge au Avec la féodalité, le cheval devient l'animal de statut de la noblesse, ce qui contribue à rendre l'hippophagie taboue, dès l'Antiquité tardive et le Haut Moyen Âge pour la France..
Lutte contre l'hippophagie rituelle Ce sont les peuples germaniques qui réintroduisent l'hippophagie en Europe jusqu'au (les chrétiens d'Orient, à la même époque, ne sont pas hippophages.), surtout dans le cadre de pratiques rituelles liées au sacrifice de l'animal, réputées apporter protection et fertilité. La viande consommée. est censée transmettre la force du cheval, , à celui qui en mange. Les Vikings continentaux de Gern effectuaient des sacrifices de chevaux blancs avant d'en consommer la viande. Incarnation du cycle vital cosmique, le cheval devait l'entretenir par son sacrifice régulier.. Régis Boyer pense que le , texte où une famille scandinave mange son cheval après sa mort et garde le pénis de l'animal en le considérant comme un dieu, témoigne de ces « pratiques rituelles fort anciennes. », et souligne le caractère sacré du cheval..
Les Irlandais pratiquent le sacrifice rituel d'une jument blanche dont la chair bouillie est consommée par le roi prétendant au trône. Les Francs font parfois des sacrifices comme le faisaient les Gaulois, avant de consommer la viande chevaline.. En Norvège, manger son cheval est signe de richesse et de bonne santé, le sacrifier aux dieux le plus grand cadeau qu'un homme puisse offrir.. Ces coutumes païennes sont rejetées par les évangélisateurs, lesquels n'y font aucune concession, sauf en Islande où l'hippophagie est tolérée en raison des rudes conditions climatiques de l'île et de l'absence de viande rouge consommable autre que celle du cheval.....
thumb|, pape à l'origine du bannissement de l'hippophagie en Occident.