Moshe ben Maïmon, plus couramment connu en français sous le nom de Moïse Maïmonide ( Rabbi Moshé ben Maïmon ; Abou Imran Moussa ibn Maïmoun ibn Abdallah al-Kourtoubi al-Yahoudi « Moïse fils de Maïmoun fils de Abdallah le cordouan juif » ; Moyses Maïmonides) et mentionné dans la littérature juive sous une forme vocalisée de l'acronyme formé à partir des lettres hébraïques initiales de Rabbi Moshe Ben Maïmon (RMBM) : HaRambam (הרמב"ם , transcrit en français : « Le Rambam »), né à Cordoue (Espagne actuelle) le et mort à Fostat (Égypte actuelle), le , est un rabbin séfarade du , considéré comme un savant religieux et l'une des plus éminentes autorités rabbiniques du Moyen Âge.

Talmudiste, commentateur de la Mishna, jurisconsulte et décisionnaire, il est l’auteur du Mishné Torah, l’un des plus importants codes de loi juive.

Philosophe, métaphysicien et théologien, il entreprend comme son contemporain Averroès une synthèse entre la révélation et la vérité scientifique, laquelle est représentée de son temps par le système d'Aristote dans la version arabe d’Al-Fârâbî.

Médecin de cour et astronome, il publie aussi des traités dans ces domaines qui accroissent son prestige parmi ses contemporains.

Dirigeant de la communauté juive d'Égypte, il s’emploie à juguler l’influence du karaïsme et répond aux questions et requêtes de centres aussi éloignés que l’Irak et le Yémen.

Il est cependant accueilli avec plus de circonspection voire d’hostilité en France et en Espagne, où ses écrits et son rationalisme sont sujets à controverse des siècles durant. L'histoire retiendra néanmoins de lui une appréciation positive, comme en témoigne son épitaphe :

Il est l’une des rares autorités juives à avoir influencé les mondes arabo-musulman et chrétien, notamment le dominicain Thomas d'Aquin, qui le surnomme Besson, 2013..

Biographie vignette|250 px|Statue de Maïmonide dans l’ancienne Juderia de Cordoue.

Moshe ben Maïmon naît à Cordoue en Espagne actuelle en 1138, qui est alors sous la domination de la dynastie berbère d'Afrique du nord des AlmoravidesLa date de 1135, avancée notamment par , est basée sur une épître attribuée à David Maïmonide, qui aurait donné comme date de naissance le 14 nissan 4895 AM (1135 selon le calendrier julien). Cependant, les manuscrits du Commentaire sur la Mishna comportent en conclusion une note où l’auteur indique l’avoir entamé à l’âge de et l’avoir achevé sept ans plus tard en Égypte, en l’an 1479 de l’ère séleucide, correspondant à l’an 1168 du calendrier julien. Il est par conséquent admis actuellement que 1135 résulte d’une erreur de copiste et qu’il ne faut pas lire ד'תתצ"ה (4895 AM) mais ד'תתצ"ח (4898 AM) - & .. Sa famille a pris le nom d’Ibn Abdallah, et siège au tribunal rabbinique de la ville depuis sept générationsUne tradition communément interprétée comme établissant l’ascendance de cette famille à Juda Hanassi, le codificateur de la Mishna, pourrait simplement indiquer qu’il y eut entre l’ancêtre de Maïmonide, Ovadia, et son père, Rabbi Maïmon, sept générations, de même qu'il y en eut sept entre Juda Hanassi et son ancêtre Hillel l’Ancien.. Son père, Rabbi Maïmon ben Yossef HaDayan, est une autorité respectée, consultée de part et d’autre de la communauté juive arabophone. Il assume, après la mort de son épouse, le parentage de Moïse, et lui transmet les enseignements du rabbin espagnol Joseph ibn Migash, que Maïmonide désigne dans ses écrits comme son maître, bien qu’il soit mort alors que Moïse avait trois ans. Maïmonide se considère aussi comme le disciple des maîtres de Joseph ibn Migash, Isaac Alfassi et Hananel ben Houshiel, et il acquiert une connaissance solide des enseignements de Samuel ben Hofni, l’un des derniers gueonim, qui influencera sa méthode.. Il manifeste aussi un intérêt précoce pour les sciences et la philosophie grecque, qu’il dit avoir lues avec le fils de Jabir Ibn Aflah dans les traductions arabesGuide des Égarés 2:9, cf. ..

vignette|gauche|La maison de la famille Maïmoun à Fès.

Alors qu’il a , Cordoue est conquise par les Almohades, qui entendent revenir à un islam sans compromis avec les influences extérieures. Il ne peut donc y avoir sur leurs possessions de non-musulmans. La dhimma qui imposait à ces derniers un statut de citoyens inférieurs mais leur accordait dans le même temps une mesure de protection pour peu qu’ils s’acquittent de leurs tâches, est abolie et ils n’ont dès lors plus pour choix que la mort, la conversion à l'islam ou l’exil.

La famille Ibn Abdallah, qui comprend désormais un fils David et une fille dont nous ne connaissons pas le nom, erre dans le sud de l’Espagne pendant dix ans avant de rejoindre Fès au Maroc en 1159 ou 1160. Elle y demeure environ cinq ans, au cours desquels Maïmonide aurait fréquenté l’université Al Quaraouiyine., jusqu’à ce que la ville devienne à son tour le théâtre de disputes et persécutions sur fond d’intolérance religieuse, et que le rabbin Yehouda Hacohen Ibn Shoushan, directeur de l’académie talmudique locale, ne meure en martyr pour avoir refusé la conversion à l’islam. La famille fait route vers la terre d’Israël dix jours plus tard, en 1165Shlomo Pines. « Maimonides » in Dictionary of scientific biography lire en ligne. Le parcours singulier des Ibn Abdallah, qui se dirigent vers le centre du pouvoir de la dynastie almohade plutôt que de le fuir, suscite des légendes mais aussi des interrogations sur une éventuelle conversion de la famille à l’islam, fût-ce du bout des lèvres, pendant cette périodeL’hypothèse de la conversion des Ibn Abdallah et par conséquent de Moïse Maïmonide, repose sur trois déclarations :

Abd al-Latif, un contemporain de Maïmonide le présente comme un homme rusé, visant à détruire les bases du judaïsme des masses tout en prétendant l’affermir. La question de la conversion n’est certes pas abordée mais au vu des talents de dissimulation du maître, elle n’en paraît que plus plausible. Ibn al Qifti, historien des sciences arabes, affirme que Maïmonide, ne pouvant se résoudre à perdre ses biens, aurait pris le turban tout en menant une vie de crypto-juif et serait revenu au judaïsme à Fostat. Accusé d’apostasie par un certain Abul Arab ben Moischa, jurisconsulte musulman originaire comme Maïmonide d’Andalus, il aurait été acquitté de cette accusation par al-Kadi al-Fadil, lequel aurait fait valoir l’invalidité d’une conversion obtenue sous la contrainte. Ibn Abi Usaybi'a, historien de la médecine, rapporte qu’ Maïmonide lui-même excuse dans son Épître de la Conversion ceux des Juifs qui se sont convertis pour autant qu’ils demeurent fidèles au judaïsme en secret, et ajoute dans son Épître aux Juifs du Yémen qu’il n’y a ni honte ni disgrâce à se convertir sous la contrainte, et qu’un Juif continuant à pratiquer clandestinement en attendant de pouvoir le faire ouvertement, vaut mieux qu’un Juif mort. Toutefois, il encourage les Juifs confrontés à ce dilemme, à prendre la route de l’exil, ajoutant avoir été sauvé de la conversion parce qu’il avait fait ce choix pour lui-même. Il statue de surcroît dans son Mishné Torah (Sefer Hamada, Hilkhot Yessodei HaTorah 5:4), qu’en cas de persécution généralisée, il est préférable de mourir que de transgresser.Au , Eliakim Carmoly émet, sans preuve semble-t-il, l’hypothèse d’une conversion de Maïmonide. Il est suivi par Isaac Marcus Jost qui semble s’être rétracté par la suite puis par Salomon Munk qui « excuse » Maïmonide en arguant de son jeune âge. Sa thèse est démontée par Fürchtegott Lebrecht, mais relancée par Abraham Geiger, et lorsque Heinrich Graetz rédige son Histoire des Juifs, l’affaire est pour lui entendue et seuls des esprits crédules ou bornés pourraient douter que les Ibn Abdallah fussent musulmans, au moins en apparence, lors de leur séjour à Fès. Ismar Elbogen dénonce cependant cette opinion, estimant comme Lebrecht qu’elle ne repose que sur une lecture faussée des Epîtres de Maïmonide et sur des témoignages tardifs de médecins musulmans dont la . Le témoignage d’Ibn al Qifti pourrait même reposer sur celui de Joseph ben Juda de Ceuta, destinataire du Guide des Égarés qui aurait, selon plusieurs sources, pris le parcours qu’il imputerait à son maître.Maurice Ruben-Hayoun souscrit à l’avis d’Elbogen. Convenant que Rabbi Maïmon (et, partant, ses fils) a dû « se montrer plutôt discret sur sa véritable religion », il argüe que Maïmonide n’aurait jamais pu jouir d’une si grande estime auprès de ses contemporains et disciples s’il avait pris le turban, et que son Épître aux Juifs du Yémen comporte une réfutation de l’Ifham al-Yahoud, diatribe antijuive appelant à leur conversion — .À l’inverse, Sarah Stroumsa juge la conversion de Maïmonide plausible au vu des nombreuses convergences entre l’œuvre de Maïmonide d’une part et les méthodologie et théologie almohades d’autre part : le Mishné Torah énonce en loi des sentences laconiques sans s’embarrasser du processus qui y a mené, comme le code d’Ibn Toumart, et Maïmonide rejette comme lui toute tentative d’antropomorphiser le divin, concevant ce rejet catégorique comme l’une des fondations imprescriptibles de la Torah. Ces points avaient déjà été soulevés par Joseph Heinemann qui note aussi les ressemblances entre la vision maïmonidienne des temps messianiques et le jihad ; Maïmonide prescrit même aux Juifs de contraindre les idolâtres entre l’adoption des sept lois noahides ou la mort, proscrivant ensuite le séjour, fût-il temporaire, d’idolâtres dans les terres sous contrôle juif — & ..

vignette|Place de Maimonide à Cordoue

Rabbi Maïmon et sa famille sont accueillis par le rabbin Yefet ben Eliyahou, dirigeant de la communauté de Saint-Jean d’Acre (Akko), avec lequel il était probablement en relation épistolaire. Il les mènera cinq mois plus tard en pèlerinage sur le mont du Temple à Jérusalem, ainsi que dans le tombeau des Patriarches à Hébron. Moïse Maïmonide se fait connaître du monde juif lorsqu’il joue un rôle instrumental dans la rescousse des Juifs de Bilbéis, pris en otage lors du siège de cette ville par le roi Amaury ; accomplissant le devoir religieux de rédemption des captifs (Pidyon shvuyim), Maïmonide correspond avec cinq communautés de Basse-Égypte, obtient d’eux la rançon réclamée, et fait parvenir la somme par deux juges, dépêchés en Palestine pour négocier la libération avec les CroisésCohen, Mark R. Poverty and Charity in the Jewish Community of Medieval Egypt. Princeton University Press, 2005 , .. Les Ibn Abdallah reprennent une nouvelle fois la route vers l’Égypte, contraints à ce choix par la précarité des conditions de vie à Saint-Jean d’Acre, à moins que le rôle joué par Maïmonide dans la rédemption des Juifs de Bilbéis ne lui ait ouvert de nouvelles perspectives. Rabbi Maïmon, son père, meurt à Fostat, et son corps est rapatrié à Tibériade pour être enterré en terre d'Israël.

D’Alexandrie, Maïmonide, son frère David et sa sœur, font route vers Fostat, en périphérie du Caire, où il est nommé Raïs al Yahoud (« dirigeant des Juifs ») vers 1171.