La pastèque (Citrullus lanatus (Thunb.) Matsum. & Nakai, 1916), parfois appelée melon d'eau, est une espèce de plantes à fleurs dicotylédones de la famille des Cucurbitacées, originaire d'AfriqueL’INPN, l’Inventaire National du Patrimoine Naturel, donne en plus comme noms vernaculaires Pastèque laineuse, et Citrulle laineux. C’est une plante herbacée annuelle à tige rampante, pourvue de longs poils blancs, à feuilles très découpées à 3-5 lobes, et dont le fruit est une très grosse baie à pulpe gorgée d’eau. Elle est largement cultivée pour ses gros fruits lisses, à chair rouge et à graines noires.
Le poids d’une pastèque varie généralement entre . Les variétés miniatures, appelées sugar baby, sont plus légères, pesant en moyenne entre . Certaines pastèques de grande taille peuvent toutefois dépasser les . Dans le cadre de concours agricoles, certains spécimens spécialement cultivés atteignent des poids exceptionnels, dépassant parfois les , avec des records mondiaux franchissant la barre des .
Quoique composée à plus de 90 % d’eau, la pastèque contient des composés nutritionnels intéressants, notamment des sucres, du lycopène (pigment rouge) et des acides aminés, favorisant la santé cardiovasculaire, tels que la citrulline, l'arginine et le glutathion.
Il faut distinguer la pastèque Citrullus lanatus, domestiquée il y a quatre millénaires, à pulpe rouge, sucrée, consommable crue, de Citrullus amarus Schrad, une autre espèce nommée melon d'eau à confiture ou citre, dont la chair blanche, à graines rouges ou verdâtres, doit être cuite pour être consommée (en France, on en fait de la confiture). Cette citreaussi communément appelée courge gigérine ou courge barbarine, tsamma, en anglais citron melon a longtemps été considérée comme proche de la pastèque cultivée mais les travaux de phylogénie moléculaire ont montré qu’elle n’est ni une espèce sœur ni un parent très proche de la pastèque (Chomicki et Renner, 2015).
Comme souvent avec les plantes cultivées, le même terme de « pastèque » désigne suivant le contexte la plante ou son fruit, par métonymie. À noter que le Grand Robert mentionne cependant que le fruit de la pastèque est le melon d’eau, même si « pastèque » est plus couramment utilisé pour désigner le fruit. thumb|upright=0.84|Morceaux de pastèque sucrée, cultivée thumb|upright=0.94|La pastèque à confiture (Gigérine /Citrullus amarus) est une autre espèce
Dénominations en français À La Réunion, la pastèque était appelée « melon ». Cette appellation vient du fait que ce fruit a été introduit pour la première fois dans l'île par des navigateurs anglais au milieu du . « Pastèque » se disant en anglais, les insulaires, ne connaissant pas encore à l'époque le melon (Cucumis melo), ont tout naturellement désigné la pastèque par le vocable « melon ». Par la suite, au début du , quand les métropolitains leur ont fait découvrir le melon, l'appellation « melon de France » a été adoptée. Cette terminologie est toujours employée par certains Réunionnais plus âgés.
Les pastèques ont aussi été appelées « melons d'eau », « citrouilles pastèques », « batecs », « melons de Moscovie », « melons d’Amérique ».
Au Québec, c'est le terme de «melon d'eau» qui est à peu près exclusivement utilisé.
Synonymie
Selon POWO, le nom valide Citrullus lanatus possède 58 synonymes dontvoir aussi la page du taxon WFO (2023) Citrullus lanatus (Thunb.) Matsum. & Nakai, publié sur internet
3 synonymes homotypiques
Citrullus battich var. lanatus (Thunb.) H.Hara in Bot. Mag. (Tokyo) 61: 4 (1948) Citrullus vulgaris var. lanatus (Thunb.) L.H.Bailey in Gentes Herbarum 2: 186 (1930) Momordica lanata Thunb. in Prodr. Pl. Cap.: 13 (1794), nom. cons.
55 synonymes hétérotypiques
Anguria citrullus Mill. in Gard. Dict., ed. 8.: Add. (1768) Citrullus anguria (Duchesne) H.Hara in Taxon 2: 134 (1953) Citrullus aquosus Schur in Enum. Pl. Transsilv.: 221 (1866) Citrullus lanatus subsp. cordophanus Ter-Avan. in Bot. Zhurn. (Moscow & Leningrad) 51: 423 (1966), pas de type indiqué Citrullus lanatus subsp. vulgaris (Schrad.) Fursa in Bot. Zhurn. (Moscow & Leningrad) 57: 37 (1972) etc. Cucurbita pinnatifida Schrank in Syll. Pl. Nov. 1: 190 (1824) Nomenclature et étymologie vignette|Nature morte avec pastèques et pommes..., Luis Meléndez () En 1794, l’espèce a d'abord été décrite et nommée Momordica lanata par le naturaliste suédois Carl Peter Thunberg dans Prodromus Plantarum Capensium 13. Lors de son voyage au Japon, il s’arrêta au Cap de 1771 à 1775, où il fit des expéditions dans l’intérieur des terres afin de collecter des spécimens de plantes et d’animaux.
En 1916, les botanistes japonais Jinzô Matsumura (1856–1928) et Takenoshin Nakai (1882–1952) transfèrent l’espèce du genre Momordica au genre Citrullus Schrader.
Le nom de genre Citrullus est un nom latin, diminutif de citrus « cédrat, cédratier ».
L’épithète spécifique lanatus est un mot latin qui signifie « laineux », en référence aux longs poils blancs qui recouvrent les tiges de la pastèque.
En français commun, le terme de « pastèque » est l’altération d’abord graphique (en 1619, prononcée pa-) puis phonétique, de pateque (1530 ?), emprunté à l’arabe bittīẖa بطيخ « melon d’eau ».
Description La pastèque est une plante annuelle à tiges rampantes, pourvues de longs poils blancs, pouvant atteindre de long.
La feuille possède un pétiole de 3 à , densément pubescent, et un limbe de forme généralement triangulaire ovale, de de long sur de large, très découpé, cordé, généralement profondément palmé à 3–5 lobes, les lobes de contour elliptique, peu profonds à généralement profondément ± penné lobulé, sous-entier à profondément incisés mais aux sinus également arrondis, couvert de poils hispides. À l’aisselle de la feuille, peuvent se développer une fleur et une vrille 2 à 3-fide. La pastèque qui est plutôt une plante rampante que grimpante, développe des vrilles à l'aisselle des feuilles, souvent opposées ou alternant avec les pédoncules floraux.
Les fleurs, solitaires, à corolle jaune pâle sont, comme sur la plupart des cucurbitacées soit mâles, soit femelles, mais toutes sont présentes sur le même pied (plante monoïque). Elles ont 5 sépales et 5 pétales étalés et soudés à la base. La fleur mâle est portée par un pédicelle de , velu, le tube du calice est densément velu, les étamines sont presque libres. La fleur femelle, portée par un pédicelle de 3 à , possède un calice et une corolle comme celui et celle du mâle, un ovaire de velu, 3 stigmates réniformes.
Les fruits de plantes sauvages sont des baies particulières, des péponides, de forme sphérique plus ou moins oblongue, de 1,5 à de diamètre, verdâtres tachetées de vert plus foncé. Les fruits des plantes cultivées atteignent , subglobuleuses ou ellipsoïdes, vertes ou jaunâtres, concolores ou diversement marbrées ou rayées. Les espèces sauvages ont une pulpe blanche et amère, alors que la pastèque domestiquée a une chair rouge et douce.
Les graines de pastèque sont différentes selon la variété. Elles mesurent quelques millimètres et sont de couleur noire, rouge, brune ou autres.
Le diamètre du fruit est de et son poids peut aller de pour la variété Sugar Baby et jusqu'à pour la variété Yellow Belly.
La floraison et la fructification ont lieu d’avril à octobre.
Il faut noter que cette description correspond aux pastèques actuelles, fruits d'une intense sélection par l'être humain, comme le montre un célèbre tableau de Giovanni Stanchi.
Sous-espèces
Selon Guo et al 2012, Citrullus lanatus comprend les sous-espèces suivantesles noms valides (acceptés) changent au fur à mesure des recherches. Les deux premiers noms donnés par Guo et al 2012 ne sont plus acceptés par Plant List (Snapshot of taxonomy) en juin 2023, ils passent du statut de sous-espèce à celui de nouvelle espèce du genre Citrullus. Le nom donné entre parenthèses est le nom valide selon l’instantané de juin 2023 de WFO World Flora Online.: C. lanatus subsp. lanatus, (=Citrullus amarus Schrad., accepté par WFO ) qui, pensait-on, représentait un groupe d'anciens cultigènes, la pastèque tsamma en langues khoïsan d’après le Wiktionary tsamma (ou citron) ou gigérine ou melon d’eau à confiture (en Provence, et en Charentes), qui prospère naturellement en Afrique australe ; C. lanatus subsp. mucosospermus, (=Citrullus mucosospermus (Fursa) T.B.Fursa, accepté par WFO en ) qui représente le groupe des pastèques egusi, possédant de grosses graines comestibles avec un péricarpe charnu, riche lipide et protéine, cultivé en Afrique de l’Ouest, servant à faire un ragout aux graines (Sénégal, Mali, Guinée, Ghana, Niger, Nigeria), C. lanatus subsp. vulgaris, qui représente le groupe des pastèques sucrées (à dessert) qui a donné naissance à la pastèque cultivée moderne, portant de gros fruits à la chair croustillante, sucrée, juteuse et rouge et à l'écorce verte avec des rayures noires.
Des recherches de Renner et al (2021) suggèrent que le centre de diversité et d'origine de la pastèque moderne, qui est maintenant cultivée et consommée partout dans le monde, est situé dans le Kordofan, une ancienne région du Soudan. Le nom de « melon du Kordofan » (C. lanatus subsp. cordophanus) lui a été donnéle nom vulgaire « melon du Kordofan », employé dans la langue commune, ne doit pas faire illusion sur sa nature botanique, car c’est bien une espèce du genre Citrullus, donc une « pastèque » et non du genre Cucumis comme les melons.
Répartition et habitat
Selon POWO, l’aire de distribution d’origine de la pastèque (sucrée) est l’Est du Sahara : Égypte, Éthiopie, Libye, Soudan.
Elle a été introduite dans de nombreux pays où elle s’est naturalisée : tous les pays d’Afrique (moins le Maghreb), Arabie, Irak, Turquie, Transcaucasie, Asie centrale, Afghanistan, Pakistan, Inde, Chine du Sud-Est, Australie, Pays scandinaves, États-Unis, Amérique centrale (côte est), certains pays d’Amérique du Sud.
Origine de la pastèque douce cultivée
Nombre de botanistes et d’agronomes, ont longtemps cru que la pastèque était originaire du désert du Kalahari dans l’Afrique australe. Son nom local était stamma et elle existait sous deux formes : une forme amère et une forme non amère, utilisée par les Bushmen (San) comme source d’eau et comme aliment (Pitrat et Foury, 2003).
De nombreuses propositions ont été avancées sur les progéniteurs sauvages de la pastèque douce telles que 1) la coloquinte (Citrullus colocynthis, Afrique du Nord) 2) la tsamma, la gigérine, ou melon d’eau à confiture (Citrullus amarus) ou plus récemment 3) la pastèque egusi (Citrullus mucosospermus), suggérée par Guo et al 2013. Une approche multidisciplinaire utilisant les données botaniques, d’horticulture, de cuisine, de philologie et d’archéologie aide à bien assoir l’histoire des plantes cultivées. Ainsi, l’examen détaillé des sources archéologiques, de la littérature égyptienne, grecque, latine et hébraïque permet de confronter ces hypothèses d’origine avec l’observation botanique de terrain et les données archéologiques. Pour Harris Paris, diverses données de cette approche multidisciplinaire indiquent que le centre d’origine de la pastèque à dessert est l’Afrique du Nord-Est (Soudan, Égypte), qu’elle a été domestiquée pour son eau et ses nutriments en région méditerranéenne il y a et que la forme douce de la pastèque à dessert remonte à environ .
En 1773, l'élève de Linné, Peter Thunberg, récolta des spécimens de Citrullus lanatus dans les dunes près du Cap et les déposa à l’herbier d’Uppsala en Suède. En tant qu’élève de Linné, il connaissait parfaitement la description de la pastèque faite par son professeur que celui-ci avait nommée Cucurbita citrullus L. Spec. Pl., 1753 (= Citrullus battich Forsk. 1775 = Citrullus vulgaris Schrad. 1836). C’est pourquoi, dans sa description en 1774 de son spécimen de C. lanatus, il insista sur le caractère rugueux de ses feuilles (foliis scabris) et le caractère poilu de ses fruits (fructu lanato), pour bien marquer la différence.