La Sainte Lance (ou « lance de Longin (Longinus) ») est l’une des reliques de la Passion du Christ. Elle est considérée comme étant l’arme qui aurait percé le flanc droit de Jésus lors de sa Crucifixion.

Présentation La vénération de cette relique est mentionnée pour la première fois au , à Jérusalem. Elle fut transférée à Constantinople au début du et, à partir du , fit partie des Reliques de la Passion conservées par les empereurs byzantins dans leur chapelle palatine, l’église de la Vierge Théotokos du Phare. La détention de cette collection de reliques faisait de Constantinople la nouvelle Jérusalem et de l’empereur le chef légitime de la chrétienté.

Cette relique prit une importance particulière à partir de la première croisade, ce qui entraîna sa multiplication au après le sac de Constantinople et le déclin de l’Empire byzantin. En 1098, les croisés qui contestaient déjà les droits de l’empereur sur la Terre sainte en découvrirent une autre à Antioche, mais elle disparut peu après. Cette découverte rendit toutefois la Sainte Lance fameuse en Occident : Turold la mentionne dans la Chanson de Roland, et Chrétien de Troyes associe une « lance sanglante » au Saint Graal dans Perceval. En 1244, le roi de France achète les Reliques de la Passion de Constantinople, dont la pointe de la Sainte Lance brisée, et les transfère à la Sainte-Chapelle, à Paris. Peu auparavant l’empereur germanique fit considérer comme « Sainte Lance » la lance de Saint Maurice, conservée à Magdebourg, qui faisait partie depuis le des attributs impériaux. À la même époque, les Arméniens déclarent posséder la Sainte Lance au monastère Geghardavank près d’Erevan. À Constantinople, les derniers empereurs byzantins possèdent toujours le corps de la Sainte Lance dont un fragment est à Paris.

En 1492, le sultan ottoman Bajazed offre la relique de Constantinople au pape . Celle de Paris disparaît pendant la Révolution française. Celles du Vatican et d’Arménie sont aujourd’hui conservées respectivement à Saint-Pierre de Rome et au musée Manougian d’Etchmiadzin. Après bien des péripéties, celle des empereurs germaniques est aujourd’hui conservée au palais du Hofburg, à Vienne. Cette dernière est devenue, depuis la Seconde Guerre mondiale, un sujet de fascination dans la culture populaire anglo-saxonne.

La Sainte Lance dans la tradition chrétienne thumb|right|Enluminure de l’Évangéliaire syriaque de Rabula (586). Ce supplice étant fréquent de la part des autorités romaines durant l'Antiquité, les détails de l'exécution et l'ensevelissement de Jésus sont relatés par les seuls évangiles et ont, dès l'Âge apostolique, revêtu une riche signification théologique..

La transfixion (transpercement par un coup de lance) n’est pas mentionnée dans les Évangiles synoptiques (Matthieu, Marc et Luc)., qui, pour leur part, insistent sur d'autres détails de l'événement de la Crucifixion de Jésus-Christ. Seul l’Évangile selon Jean (19, 33-35) précise que : (trad. Louis Segond). Indépendamment du fait matériel, l'évangéliste Jean y a perçu un caractère théologique, voyant dans le sang et l'« eau » le symbole du vin (mêlé d'eau) du sacrifice eucharistique, et en même temps un caractère prophétique, l'auteur, ainsi que toute l'Église après lui, y reconnaissant l'accomplissement de la vision, répondant à du prophète Zacharie..

Une tradition chrétienne veut que le soldat romain qui a percé le flanc du Christ sur la Croix à l’aide de sa lance (lance de la Passion appelée en latin dominica hasta ou sacra hasta) se nomme Longinus (en français Longin), d’où le nom latin de la relique : Lancea Longini.

Les développements légendaires postérieurs à travers le temps La tradition veut que cette lance ne cesse jamais de saigner à sa pointe. Le détenteur de cette lance est le même que celui du Graal dans les légendes arthuriennes. Le nom de Longin n’apparaît qu’avec l’Évangile de Nicodème, un apocryphe du . Une enluminure des Évangiles de Rabula (en syriaque) copiés en 586, et conservés à la bibliothèque Laurentienne de Florence, représente le soldat romain perçant le flanc du Christ, avec la légende (en grec) (Loginos). Par la suite, c’est ainsi qu’on nomme traditionnellement ce soldat, et il monte en grade puisqu’on en fait souvent le centurion qui commandait la garde au pied de la Croix et qui, selon Matthieu (27, 54) se serait converti juste après la mort du Christ. Une légende populaire ancienne voulait qu'en perçant la poitrine du Christ, Longin, à moitié aveugle, ait reçu une goutte du sang et de l’eau du cœur percé, et qu'il en ait instantanément recouvré la vue..

Selon une tradition locale, la ville catalane de Llança (« Lance »), qui arbore trois lances dans son blason, prétend que Longin était originaire de ce lieu. Dans les vitraux de la cathédrale de Metz, Jacques Villon a représenté la lance de manière qu'elle traverse également le spectateur en réalisant une perspective qui relie le point de vue au point de fuite..

Au cours de l’invention de la Vraie Croix (invention au sens propre, c'est-à-dire redécouverte) près du Saint-Sépulcre par sainte Hélène en 326, la mère de l'empereur Constantin recueille d'autres reliques de la Passion, dont les clous et la lance utilisés lors de la Crucifixion. Ce récit d’inventio (invention au sens de découverte, mise au jour) pourrait être en partie légendaire, car à partir des années 350, l'Anonyme de Bordeaux qui raconte un pèlerinage à Jérusalem en l'an 333 ne mentionne pas ces découvertes.. Ce récit légendaire peut avoir été élaboré comme une réponse aux questions des pèlerins qui s'interrogeaient sur l'origine de la présence des reliques de la Passion à Jérusalem mais peut s'interpréter aussi comme une compétition entre les diocèses de Césarée et de Jérusalem qui revendiquent la primauté de l'Église dans la province palestinienne. La découverte et la détention de reliques, même fausses, à Jérusalem légitime alors la primauté de cette dernière..

La lance est conservée selon les traditions., et est vénérée à Jérusalem au .

Revendications successives et concurrentes concernant la relique de la Sainte Lance La Sainte Lance de Jérusalem Aucun document ne mentionne cette relique avant le . Le pèlerin Antonin de Plaisance qui décrit les lieux saints en 570 rapporte avoir vu à la basilique du mont Sion à Jérusalem . Un autre document de la même époque mentionne la présence de la Lance dans la basilique de la Résurrection (Saint-Sépulcre). D’autres auteurs comme CassiodoreIn Ps. lxxxvi, Patrologia Latina LXX, 621. ou encore Grégoire de Tours évoquent la présence à Jérusalem de cette Lance, mais sans l’avoir eux-mêmes vue.

Le fragment de Paris Selon le Chronicon Paschale, en 615, année de la prise de Jérusalem par les Perses, la pointe de la Sainte Lance fut brisée et remise au patrice Nicétas, qui la rapporta en même temps que la Sainte Éponge à Constantinople et la déposa dans l’église Sainte-Sophie le Il existe plusieurs versions byzantines de cet événement qui fit grand bruit, au moment où la prise de Jérusalem par les « barbares » était ressentie comme la plus grande catastrophe de tous les temps. Le Chronicon Paschale précise : « Sacra spongia […] veneranda lancea e sacris Hierosolymarum locis allata est, quam quidam familiaris execrabilis Sarbaræ, acceptam a barbaris, dedit Nicetæ » : « la Sainte éponge […] la lance vénérable fut rapportée des lieux saints de Jérusalem ; un familier de l’exécrable Sarbaras l’avait reçue des barbares et donnée à Nicétas ».. Selon l'historien Walter Emil Kaegi, qui se base également sur le Chronicon Paschale, mais en utilisant une autre datation, la Sainte Lance fut apportée à Constantinople par un autre Nikétas, fils du général perse Schahr-Barâz, en 629, lorsque les Byzantins et Schahr-Barâz étaient alliésWalter Emil Kaegi, Heraclius, Emperor of Byzantium, , Cambridge University Press, 2003.. Après avoir échappé au sac de Constantinople en 1204, cette pointe fut revendue en 1244 par , empereur latin de Constantinople, à et transportée à Paris. Le roi la déposa dans la Sainte-Chapelle à côté de la Couronne d’Épines. Elle y serait restée jusqu’à la Révolution et aurait été brièvement déposée à la Bibliothèque nationale de Paris avant de disparaître.

La Sainte Lance de Saint-Pierre de Rome En 1357, Jean de Mandeville assura avoir vu la Sainte Lance à Paris et à Constantinople, cette dernière plus grande que le fragment de Paris : il s’agissait de la partie inférieure de la relique.

En effet, si, comme on l’a vu, les Perses avaient remis la pointe de la lance au patrice Nicétas en 615, ils avaient emporté les principales reliques (dont la Vraie Croix) en Iran, et c’est l’empereur Héraclius qui les récupéra lors d’une contre-offensive victorieuse. Il les rapporta à Jérusalem. Mais plus tard, cette partie inférieure de la Sainte Lance de Jérusalem dut être transférée à Constantinople, peut-être au . C’est ainsi qu’elle y est toujours signalée au .

Après la prise de la ville en 1453, elle tomba aux mains des Turcs. En 1489, le pape passa alors un accord avec le sultan : le pape garderait prisonnier à Rome le prince Djem, jeune frère et rival du sultan, en échange d’une rançon annuelle payée par les Turcs et de l'envoi de la Sainte Lance à Rome. C’est ainsi que la relique parvint au port d'Ancône, et de là à Rome, le , au terme d'une marche triomphale de ville en ville. À l'entrée de la Ville éternelle, le pape Innocent VIII la vénéra et la tint dans ses mains en procession solennelle, porté sur la sedia gestatoria jusqu'à la basilique Saint-Pierre où elle est depuis gardée, événement immortalisé par une fresque située dans les Grottes vaticanes. Cet événement fut marquant au point qu'Antonio Pollaiuolo, dans le tombeau en bronze d'Innocent VIII qu'il sculpta l'année suivante, dans la basilique Saint-Pierre, représenta le pape en trône tenant en sa main la Sainte Lance.

Au début du , fit aménager par Le Bernin quatre loggias dans les quatre piliers soutenant le dôme de la basilique, pour y placer les quatre plus importantes reliques de Saint-Pierre de Rome : des fragments de la Vraie Croix, provenant des églises romaines Sainte-Croix de Jérusalem et Sainte-Anastasie, dans le Pilier de sainte Hélène ; le Volto Santo (Sainte Face), linge portant l’image d’un homme barbu (provenant de Jérusalem) dans le Pilier de sainte Véronique ; le crâne de Saint André rapporté de Constantinople à Venise en 1460 par Thomas Paléologue et offert à , dans le Pilier de saint André ; enfin, le fragment de la Lance dans le Pilier de saint Longin.

Deux statues visibles dans la basilique représentent cette Sainte Lance : la statue en bronze du tombeau d’, par Antonio Pollaiuolo, représentant ce pape tenant le fer de la Sainte Lance, et une statue en marbre de saint Longin par le Bernin.

Au , le pape De Beat. et Canon., , ii, 31. déclara avoir fait réaliser un dessin précis de la pointe de lance parisienne, dont la forme complétait parfaitement le fragment de Saint-Pierre de Rome. Les trois reliques christiques (Vraie Croix, Sainte Face et Sainte Lance) sont aujourd’hui rassemblées dans la chapelle du Pilier de Sainte Véronique, et sont exposées aux fidèles le cinquième dimanche de Carême. Toutefois, l’Église catholique romaine ne tranche ni pour ni contre l’authenticité de ces reliques et permet qu'elles soient exposées, à dates précises, à la vénération des fidèles.

La Sainte Lance d’Antioche Un miracle en 1098