vignette|redresse=1.3|Fra Angelico, La Communion des apôtres, musée San Marco.

L'Eucharistie Prononciation en français de France standardisé retranscrite selon la norme API. (du , « action de grâce »), appelée également Saint-Sacrement, est un sacrement chrétien. Elle occupe une place centrale dans la doctrine et la vie religieuse des confessions chrétiennes. Alors que les catholiques et les orthodoxes parlent d'Eucharistie, le terme de Sainte-Cène est généralement utilisé par les protestants pour désigner le même rite.

L'origine de ce rite est commune à tous les chrétiens : selon le Nouveau Testament, en particulier la Première épître aux Corinthiens et les Évangiles synoptiques, il fut institué par Jésus-Christ la veille de sa Passion, en distribuant du pain et du vin aux apôtres, et en leur disant : « Ceci est mon corps […], ceci est mon sang […]. Vous ferez cela en mémoire de moi. »

Les catholiques et les orthodoxes décrivent l’Eucharistie comme une véritable « actualisation », non sanglante, du sacrifice du Christ en vue du salut, par le ministère du prêtre. De leur côté, les protestants affirment que le texte biblique ne soutient pas la théorie de la transsubstantiation. Les luthériens emploient le terme de consubstantiation. La tradition calviniste professe la notion de présence spirituelle. Chez les chrétiens évangéliques, on parle d'un mémorial du sacrifice de Jésus-Christ.

Origines

L'institution de l'Eucharistie par Jésus s'inscrit dans le cadre de la tradition juive qui attache une grande importance aux actions de grâce et aux bénédictions (berakhot) que l'on prononce, spécialement lors des repas, afin de remercier Dieu pour ses bienfaits. Dans le rite l'homme répond à l'initiative divine par le remerciement, en particulier, lors des berakhot du séder de Pessa'h (repas pascal) qui rendent grâce en mémoire de la libération de l'esclavage en Égypte, libération non définitive, car l'histoire d'Israël est marquée par l'esclavage et le péché , en sorte que le mémorial de la libération d'Égypte s'ouvre à une attente de libération définitive. L'usage liturgique de ces bénédictions fut maintenue dans les prières des premières communautés chrétiennes.

La fraction du pain À l'Eucharistie, on donne divers noms, par exemple « le repas du Seigneur, la fraction du pain, la Sainte-Cène, la Cène, la Divine LiturgieDocument ..

Le terme biblique est celui de « fraction du pain », employé plusieurs fois dans le Nouveau Testament, en Luc-Actes, soit comme substantif ( ; ), soit comme verbe ( et ; ; ; ). Des allusions à la fraction du pain comme repas eucharistique se trouvent aussi dans des sources néotestamentaires plus anciennes, comme la Première épître aux Corinthiens (). Dans ces passages, le repas et l'Eucharistie ne semblent pas différer : le repas précédé de la fraction du pain devait être suivi des bénédictions habituelles de la Birkat ha-mazon juive.

Cette pratique du séder, repas rituel juif, est entendue dans un sens chrétien comme un renvoi à la Cène.

Les repas communautaires Les repas communautaires anticipant l'avènement du Messie et l'arrivée du Royaume de Dieu existaient dans le judaïsme de l'époque, entre autres chez les esséniens.. Le récit de ce repas de Jésus avec les Douze Apôtres, nombre symbolique des douze tribus d'Israël restauré selon l'eschatologie juive, va dans le sens de l'historicité de la Cène. Ces repas se caractérisaient par la présence du pain et du vin, à titre symbolique, cité par .. Néanmoins, ce rapprochement est contesté, notamment par Simon Claude Mimouni, qui estime que l'hypothèse tendant à voir dans l'essénisme l'une des origines du christianisme « ne repose sur aucune source »..

Institution de l'Eucharistie par Jésus

La Cène, dernier repas du Christ avant sa Passion, est évoquée dans l'un des textes les plus anciens du christianisme : la Première épître aux Corinthiens, écrite dans les années 50. Pendant ce « repas du Seigneur » (en grec : .), Jésus rend grâces () et rompt le pain :

vignette|redresse=1.3|gauche|La Cène, fresque du , Sofia, Bulgarie.

La Cène figure également dans les trois Évangiles synoptiques : Matthieu, Marc et Luc ; ; ..

" Quand l'heure fut venue, il se mit à table, et les apôtres avec lui. Et il leur dit : " j'ai ardemment désiré manger cette pâque avec vous avant de souffrir " (...) Puis, prenant du pain, il rendit grâces, le rompit et le leur donna en disant : ceci est mon corps livré pour vous; faites cela en mémoire de moi." Il fit de même pour la coupe après le repas, disant :" Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang"." (Luc 22, 14-20) Matthieu précise à propos de la coupe que Jésus dit à son sujet : " Buvez en tous, car ceci est mon sang, le sang de l'Alliance qui va être répandu pour une multitude en rémission des péchés." (Matthieu 26, 27)

De son côté, l'Évangile selon Jean, qui mentionne ce repas (13:2-23), ne relate pas le récit de l'institution ; mais il évoque ailleurs la célébration eucharistique, particulièrement en 6:51, où Jésus se présente ainsi : «je suis le pain vivant descendu du ciel (...) et le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde (...) Si vous ne mangez la chair du Fils de l'homme, et ne buvez son sang vous n'aurez pas la vie en vous » (Jean 6, 51-53) .. Ce passage, nommé le « discours du pain », est généralement interprété comme une allusion directe à la Cène..

Ainsi, dans la tradition chrétienne, l'Eucharistie fut instituée par Jésus-Christ le soir du Jeudi saint au cours d'un repas qui, selon les synoptiques, était un repas pascal, mais qui, selon Jean, fut célébré un jour avant la fête juive de Pessa'h.

Aspects sacramentels Consécration dans le catholicisme redresse=1.3|vignette|L'Eucharistie, par Xavier Leprince, 1825. Dans la doctrine catholique, la célébration eucharistique est .. Le caractère propre de la messe réside dans l’actualisation du sacrifice du Christ accomplie par un prêtre. En vertu du sacrement de l'ordre, les prêtres rendent présents et appliquent dans le sacrifice de la messe l'unique sacrifice du Christ s'offrant, une fois pour toutes à son Père en victime immaculée.

Cette actualisation se traduit par la transsubstantiation du pain et du vin, qui deviennent le corps et le sang du Christ ; le pain et le vin changent de substance tout en conservant leurs caractéristiques physiques ou « espèces ». La présence réelle du Christ commence au moment de la consécration et dure aussi longtemps que les espèces eucharistiques subsistent. Le Christ est tout entier présent dans chacune des espèces et tout entier dans chacune de leurs parties, de sorte que la fraction du pain ne divise pas le Christ..

Eucharistie et communion

Depuis la Première épître aux Corinthiens (1 Co 10:14-22), l’Eucharistie est appelée « communion » au sang et au corps du Christ. Dans ce passage, Paul opère une distinction entre la tradition ecclésiale de la Cène (terme utilisé ici dans le sens de l'Eucharistie, non pas de la Cène, le dernier repas que Jésus-Christ prit avec les douze apôtres le soir du Jeudi saint) et les pratiques cultuelles du paganisme, désormais interdites.. Il ne parle pas des pratiques cultuelles en général mais concrètement des repas rituels à base de viande d'animaux offerts en sacrifice aux dieux païens, et il déclare que les chrétiens, qui s'unissent au Christ en participant à l'Eucharistie, ne doivent pas participer aux banquets idolâtres par lesquels ils entreraient en communion avec les faux dieux...

Il ne peut y avoir de messe sans communion, puisque le prêtre communie nécessairement, mais la communion des fidèles n’est pas obligatoireOn distingue la communion de l'Eucharistie au sens où l'expression de « ministre de l'Eucharistie » ne peut s'appliquer qu'au prêtre, mais le diacre et même des laïcs peuvent être des « ministres extraordinaires de la sainte communion », cf. Congrégation pour le culte divin et la discipline des sacrements, Instruction Redemptionis Sacramentum sur certaines choses à observer et à éviter concernant la très sainte Eucharistie, 154–156.. Inversement, la communion est possible en dehors de la messe (par exemple, pour les malades), mais les espèces sont nécessairement consacrées au cours d’une messe.

Elle porte également le nom de « », car elle est le sacrement par excellence, et ce terme est employé, par métonymie, pour désigner le pain et le vin consacrés qui deviennent respectivement le corps et le sang du Christ et qui s'applique particulièrement aux hosties consacrées conservées dans le tabernacle ou exposées à l'Adoration eucharistique.

Dans l'Église catholique, seuls ceux qui sont en état de grâce, c'est-à-dire sans aucun péché mortel, peuvent recevoir l'Eucharistie.. Cette doctrine se fonde sur 1 Co 11:27-29.. Dans ce cas, il est nécessaire avant de communier de recevoir le pardon des péchés grâce au sacrement de pénitence et de réconciliation.

Les deux espèces

vignette|redresse=1|droite|Les deux espèces dans une liturgie occidentale. Dans les liturgies d'Occident (et contrairement aux liturgies orientales, qu'elles soient catholiques ou orthodoxes), les hosties qui sont consacrées sont du pain azyme, c'est-à-dire sans levain, à base de farine de blé. Ainsi, elles se conservent bien et prennent peu d’espace. Les fidèles ont libre choix de recevoir l'hostie sur la langue ou dans la mainInstruction Redemptionis Sacramentum #92 (2004)..

Depuis plusieurs siècles, dans l’Église latine on utilise généralement, mais non pas exclusivement, du vin blanc pour des raisons purement pratiques, le vin rouge risquant de tacher les linges blancs ; mais on reconnaît une plus grande valeur symbolique au vin rouge dans la célébration de l'EucharistiePierre-Marie Gy, Le vin rouge est-il préférable pour l’Eucharistie ?, dans : Liturgia et Unitas. Études liturgiques et œcuméniques sur l’Eucharistie et la vie liturgique en Suisse. In honorem Bruno Bürki. Ed. par M. Klöckener – A. Join-Lambert. Fribourg – Genève 2001, ., et le Vatican n'a toujours utilisé que du vin de messe rougeYves Mailloux, Petite histoire du vin de messe, dans Huffpost, le 15 septembre 2016..

vignette|gauche|Les deux espèces dans une liturgie orientale.

La communion est valable sous l’une ou l’autre des espèces, ou sous les deux. En Occident, elle se limite souvent au pain, sous forme d’hostie. La communion au sang du Christ, sous forme de vin où ont été déposées des fractions de pain, ne soulève pas de questions d’hygiène chez les orthodoxes. Il existe aussi la communion par « intinction », où le prêtre trempe une partie de l'hostie dans le « précieux sang » et la dépose aussitôt sur la langue du communiant.

Après la communion, le prêtre doit finir le vin consacré, et procéder à une purification des récipients vides pour en éliminer les traces de matière consacrée. S’il reste des hosties, elles peuvent être placées dans un ciboire couvert, que l'on enferme dans le tabernacle. À l'exception des processions du Saint-Sacrement, ou encore dans le cas de la custode (une petite boîte) destinée à la communion des malades, il est rigoureusement prohibé de faire sortir une hostie consacrée de l’église où elle se trouve. Si le prêtre ne peut placer les hosties consacrées dans le tabernacle, il doit les consommer, ou les faire consommer à des fidèles.

Positions théologiques Période patristique vignette|Sandro Botticelli : Viatique de saint Jérôme, v. 1495.

Premiers siècles