Lopération militaire israélienne au Sud-Liban en 1996, appelé par Israël , est une opération de grande envergure déclenchée en , d'une durée de , visant dans un premier temps les forces du Hezbollah au Liban du Sud, au nord de la partie sous occupation israélienne, puis des infrastructures civiles sur différentes parties du territoire libanais. Le bombardement de Cana, une installation de l'ONU touchée par les obus israéliens, a entraîné la mort de libanais ; ce drame constitue un des moments les plus marquants du conflit. Le but déclaré de l'intervention israélienne était de faire cesser les tirs de lance-roquettes multiple du Hezbollah contre des villes du nord d'Israël.
L'armée de l'air israélienne largue en plus de au cours de plus de sur le territoire libanais. Ces bombardements ont fait et , pour l'essentiel des civils, et ont jeté sur les routes du Liban plus de . Le nord d'Israël est visé par du Hezbollah, sans faire de mort.
À la suite de la médiation de la France et des États-Unis, un cessez-le-feu est conclu le pour empêcher davantage de victimes civiles.
Cette intervention militaire est considérée comme un échec pour Israël.
Contexte de l'escalade
L'opération se produit alors que le Sud-Liban est occupé par Israël depuis 1978, sur une superficie de entre 1978 et 1982, puis de soit 10% du Liban, de 1982 à 2000. Ce territoire, que l'État hébreu appelle «zone de sécurité», est habité par libanais, et contrôlé militairement par des supplétifs de l'armée israélienne, qui forment l'Armée du Liban sud. Par cette zone dite "de sécurité" ou zone tampon, Israël cherche à maintenir la guérilla en dehors de son propre territoire.
Le Liban est aussi, de fait, sous tutelle syrienne. Le Hezbollah libanais, milice islamiste pro-iranienne, est dans une large mesure contrôlé par la Syrie de Hafez el-Assad, qui maintient une présence militaire dans le pays de en 1996 ; cette occupation militaire commence en 1976, et se poursuit jusqu'en 2005. La Syrie instrumentalise le Hezbollah, « sa carte maîtresse » dans le cadre de négociations plus larges entre la Syrie et Israël ; la milice armée qui harcèle l'armée israélienne au Sud-Liban lui sert à faire pression sur Israël.
En , Israël déjà intervenu militairement au Liban en 1978, 1982, 1993, intervient dans un contexte interne particulier. Shimon Peres est Premier ministre d'Israël et souhaite retrouver les faveurs de l'opinion publique israélienne : d'une part, une série d'attentats-suicides meurtriers commis par le Hamas à Jérusalem fin et à Tel Aviv début ont fait civiles ; d'autre part, il doit affronter lors des élections fixées au le nouveau leader du puissant parti de droite le Likoud, Benyamin Netanyahou«Le gouvernement de Shimon Peres était sous pression intérieure à la suite d'une série d'attentats-suicides à Jérusalem et à Netanya perpétrés par des militants du Hamas qui avaient fait plus de 50 victimes en février et mars 1996. Les tirs de roquettes Katyacha depuis le sud du Liban ont compliqué la situation. Hezbollah a lancé ce dernier barrage d'échanges de missiles et d'artillerie en réponse au meurtre présumé par Israël de deux enfants libanais à l'intérieur de la zone de sécurité autoproclamée d'Israël. Déjà à la traîne dans les sondages d'opinion après les attentats suicides, Peres a adopté une position ferme vis-à-vis du Hezbollah pour restaurer la confiance du public. ainsi que d'augmenter ses chances lors des élections de mai contre le candidat du Likoud Benyamin Netanyahu», . Des tirs de roquette du Hezbollah depuis le Sud-Liban « compliquent la situation », selon P.R. Kumaraswamy. L'opposition israélienne se déchaîne. La droite conservatrice et religieuse accuse le gouvernement d’avoir négligé la sécurité de la population civile israélienne habitant à proximité de la frontière libanaise et exposée aux tirs répétés de katiouchas du Hezbollah, notamment à Kyriet Shemona, petite ville de tout au nord d'Israël.
Selon le spécialiste du Moyen-Orient P.R. Kumaraswamy le Hezbollah a intensifié ses tirs « en réponse au meurtre présumé par Israël de deux enfants libanais à l'intérieur de ce qu'Israël appelle sa "zone de sécurité" ». Durant une période de courant , les combattants du Hezbollah parviennent à tuer six soldats israéliens et à en blesser 26 autres dans la zone de sécurité ou à proximité. Par ailleurs le , deux hommes sont tués par un blindé de l’armée israélienne à Yater au Liban. Le deux enfants libanais sont tués en bordure de la zone de sécurité et le lendemain, la réplique du Hezbollah blesse 13 autres personnes en Galilée.
L’état-major de l'armée israélienne annonce le le déclenchement de l’opération contre le Liban qui commence le lendemain.
Objectifs Objectifs officiels Shimon Peres déclare et dès le premier jour de cette offensive, Ehud Barak annonce que . Militairement, le principal objectif est de détruire les capacités militaires du Hezbollah et les empêcher de tirer des Katiousha.
Réponses Face à la pression des objectifs du gouvernement israélien, le premier ministre libanais, Rafiq Hariri, répond .
Déroulement de l'opération Bombardements par l'aviation israélienne
L’opération militaire israélienne est massive. Des bombardements intensifs font intervenir l’aviation avec plus de , la marine, l’artillerie et des hélicoptères ; il n’y a pas d’intervention des troupes israéliennes au sol. Les cibles sont dans un premier temps les installations du Hezbollah et de ses combattants dans le sud du Liban et dans la Bekaa. L'armée israélienne cible ensuite les installations et les infrastructures civiles et économiques du Liban sur tout le territoire, y compris à Tyr., à Beyrouth. et jusqu’à Tripoli, détruisant des routes, des ponts, des installations portuaires et les centrales électriques. alimentant la capitale. Ces destructions conduisent le premier ministre libanais, Hariri, à déclarer que l'objectif d'Israël est de détruire l'économie de son pays.
sont larguées par l'armée israélienne sur le territoire libanais.. Ces bombardements s'accompagnent de victimes civiles dont trois événements majeurs feront basculer l'opinion. Celui de l'attaque de est le premier. Ce jour-là, le , un hélicoptère israélien détruit une ambulance à quelques kilomètres de Tyr, tuant deux femmes et quatre enfants avec une roquette AGM-114C de fabrication américaine et contredisant les affirmations des officiels israéliens sur la précision des frappes qu'ils qualifient de « chirurgicales » sur des positions chiites. À ce moment-là, près de libanais avaient été tués et 85 autres blessés dans le Sud-Liban. À cela s'ajoute déjà près de fuyant les bombardements. Le deuxième bombardement causant la mort de plusieurs civils est l'attaque, encore par hélicoptère, du village de Nabatieh dans lequel ont été tués. Le troisième, le plus meurtrier, sera le bombardement de Cana.
De son côté, le Hezbollah aurait lancé sur toute la période du conflit, pas moins de dont 639 tombés sur le territoire israélien sans faire de mort..
Par la voie de messages radio et télévisés, l’armée israélienne somme la population du Sud-Liban à évacuer les villes et les villages pour isoler et frapper les forces du Hezbollah. Plus de sont jetés sur les routes et cherchent refuge vers le nord. L’objectif annoncé par le gouvernement israélien est d’annihiler définitivement la capacité militaire du Hezbollah et de forcer le gouvernement libanais à mettre un terme aux activités des milices sur son territoire. Côté israélien évacuent la zone frontalière pour échapper aux attaques du Hezbollah.
Massacre de Cana
vignette|Canons de calibre de l'armée israélienne bombardant le sol libanais. Le peu après , des tirs d’artillerie issus de deux batteries israéliennes installées sur la frontière avec le Liban frappent pendant près de quinze minutes un camp de la FINUL (Force intérimaire des Nations unies au Liban) situé à proximité du village de Cana où se trouvaient un bataillon de soldats fidjiens, mais aussi près de venus y chercher refuge pour fuir les opérations militaires. Bilan : , , presque tous des réfugiés libanais.
Selon Israël, il s'agit d'une erreur de tir. L'ONU contredit cette version des faits : dans une lettre accompagnant le rapport des Nations unies, le secrétaire général de l'ONU écrit : « bien que la possibilité ne puisse être écartée, l'emplacement des impacts dans le secteur de Cana rend improbable que le pilonnage de la base de l'ONU ait été le résultat d'erreurs techniques ou de procédure ».
Ce drame va changer la donne. Les États-Unis, qui avaient jusqu’alors laissé Israël mener son offensive, cherchent désormais une issue négociée au conflit et envoient Warren Christopher, qui arrive sur place le . Shimon Peres est de son côté prêt à transiger, la Syrie aussi.
Initiative française
D’emblée l’opération militaire israélienne a soulevé beaucoup d’émotion et d’interrogations à Paris. Le Président français Jacques Chirac et le Premier ministre libanais Rafiq Hariri avaient des liens personnels étroits. Quelques jours avant le début du conflit, Jacques Chirac avait fait un voyage d’État au Liban et en Égypte. Devant le Parlement libanais il avait insisté sur l’attachement de la France à et à la du Liban. Lors de son voyage officiel en Égypte, dans un discours prononcé devant les étudiants de l’université du Caire, il avait lancé avec solennité . L’opération militaire israélienne venait ainsi comme un défi aux initiatives diplomatiques de la France dans la région.
C’est dans ce contexte que le Président français décide d’envoyer le ministre des Affaires étrangères Hervé de Charette sur place avec mission (déclaration d’Alain Juppé devant l’Assemblée nationale le ). De fait, le ministre français va devoir s’imposer comme médiateur, allant de Tel Aviv à Damas, en passant par Beyrouth et même par Le Caire pendant jusqu’à la pleine résolution de la crise, réinventant un exercice de cette shuttle diplomacy chère à Henry Kissinger, mais absente des usages diplomatiques en France.
La médiation française n’allait cependant pas de soi. Les réactions furent plutôt contrastées : pour le Liban en général, et pour Rafiq Hariri personnellement, c’était comme une bouée de sauvetage; à Tel Aviv, au contraire, l’initiative française troublait le jeu ; à Damas, le Président syrien Hafez el-Assad, d’abord hésitant, s’est bientôt montré ouvert aux démarches françaises. Reste l’attitude américaine : Warren Christopher, le secrétaire d’État du Président Bill Clinton, a très mal accueilli les démarches françaises et a cherché de bout en bout à éliminer la France du règlement de la crise. Dans ses mémoires, Jacques Chirac raconte avoir été avisé de bonne source que si la France voulait se mêler de cette négociation, elle .
Fin du conflit et cessez-le-feu