Bien que l'on considère souvent l'athéisme comme un phénomène moderne, l'histoire de l'athéisme remonte à l'Antiquité. Toutefois, le sens attribué à athée et athéisme varie d'une époque à l'autre, d'un contexte à l'autre, d'un auteur à l'autre : en 1926, André Lalande écrit : « ce terme nous paraît donc ne comporter qu'une valeur historique à déterminer dans chaque cas particulier, plutôt qu'une signification théorique définie ; ce qui, pour l'un, est affirmation de la divinité, peut être athéisme pour l'autre. Il convient donc mieux aux polémiques religieuses qu'à la discussion philosophique, d'où il tend d'ailleurs à disparaître »Vocabulaire technique et critique de la philosophie, à Athéisme..

Selon Michel Onfray, philosophe et fondateur de l'université populaire de Caen, Dans L'archipel pré-chrétien, premier tome de La Contre-histoire de la philosophie. pour cause légale et sociale. Plus avant dans sa conférence d'introduction, il expose que les philosophes antiques que nous nommons aujourd'hui « athées » présentent en fait plusieurs variantes de scepticisme.. Pour d'autres historiens, remettant en cause les conclusions de Lucien Febvre, « les plus vieilles civilisations ont connu une part d'athéisme ».

Aux temps préhistoriques (qui représentent une durée largement supérieure à celle de l'histoire), l'absence de trace écrite rend aléatoire toute supputation sur la nature des éventuelles préoccupations métaphysiques humaines, et sur la pertinence d'une transposition des notions modernes de croyance religieuse et d'athéisme.

L'anthropologie, l'ethnographie et plus généralement toutes les sciences humaines exposent, à la plupart des époques connues, l'association systématique de concepts religieux extrêmement variés dans la naissance de toutes les sociétés examinées ; le principe religieux et le principe politique ne font alors qu'unSi des ouvrages de Mircea Eliade ou de Georges Dumézil (en particulier quand il expose en quoi la triade capitoline est un principe politique), l'ouvrage le plus accessible est peut-être La Concurrence des Bonnes Nouvelles de Peter Sloterdijk, 1001 nuits et une prise de connaissance de son tour de pensée peut se faire dans sa Conférence de l'Université de tous les savoirs, le 22 novembre 2000, Finitude et ouverture : vers une éthique de l'espace. Sur les fondements de la société. À l'inverse, l'athéisme, qui suppose d'abord une critique, puis éventuellement un rejet de ces concepts religieux, émerge au fil des siècles, dès que ce système religieux ne rend plus compte de la société qui l'a sécrété. Pour l'Occident, d'après Michel Onfray, c'est au ..

À l'origine de l'humanité

Premières études À la fin du , déterminer si les hommes primitifs de l'humanité originelle étaient croyants ou athées était un enjeu politique en Europe, car l'athéisme se développait et contestait la place de la religion dans tous les domaines de la société, et la légitimité semblait aller à l'attitude (théiste ou athée) la plus ancienne chez l'humain. Les modèles d'hommes primitifs étant les peuples non-européens d'Océanie, Mélanésie, d'Amérique du Sud, Polynésie, les Malgaches, les Aborigènes ; ce qui apparaît, rétrospectivement, comme une présomption autocentrique.

Ainsi, en 1870, John Lubbock affirme-t-il, après avoir étudié de tels peuples, que l'humanité originelle était athée, qu'elle n'avait aucune idée d'un monde divin. Il décrit également une évolution de l'homme primitif passant par des phases telles que le fétichisme, le totémisme, etc. Lubbock cite également des peuples entièrement athées (Cafres, Mélanésiens, Yagans, Aruntas). Dès l'année suivante, Edward Tylor contesta ce travail en montrant que l'idée d'absence de Dieu chez les primitifs était dû à l'inadéquation du concept occidental de croyance pour décrire les croyances primitives : celles-ci seraient plutôt des conceptions surhumaines ou extra-humaines de la réalité. Se succèdent ensuite des études d'auteurs divers (Herbert Spencer, Alfred William Howitt, Andrew Land, Wilhelm Schmidt, etc) décrivant en détail les cultes mais concluant souvent qu'un dieu monothéiste originel se retrouve chez nombre de peuples primitifs, quelques autres auteurs concluant à l'inverse à l'absence de sentiments religieux. Mais émergent aussi quelques études décrivant les croyances primitives par le « mana », décrit par comme une « puissance ou influence surnaturelle qui entre en jeu pour effectuer tout ce qui est au-delà du pouvoir ordinaire de l'homme, en dehors du processus commun de la nature », dont la définition sera remaniée ensuite.

En 1912, Émile Durkheim se saisit du débat sur les formes élémentaires de la vie religieuse (titre de son livre). Décrivant la religion comme centrée sur le totem, les rites et les tabous, il la considère comme un miroir de la société : « Si la religion a engendré tout ce qu'il y a d'essentiel dans la société, c'est que l'idée de société est l'âme de la religion ». Pour Durkheim, toutes les catégories fondamentales de la pensée sont d'origine religieuse, et sont présentes dans les religions des peuples les plus primitifs, donc à l'origine de l'humanité. Le culte étant autant social que religieux, il n'y a aucune place pour l'athéisme chez un peuple primitif. Durkheim s'accorde ainsi avec la majorité des ethnologues et sociologues de son époque, sans pour autant expliciter la distinction entre les croyances religieuses contemporaines et les croyances primitives, voire originelles.

Le mana Le mana serait largement répandu chez les peuples primitifs, et constituerait une étape incontournable dans l'évolution des croyances humaines.

Décelé dès 1891 par chez les mélanésiens, son intérêt est surtout mis en avant par Lehmann en 1915 qui voit le mana présent chez nombre de peuples et sous d'autres noms, et qu'il décrit comme une sorte d'objectivation de la crainte à l'égard de l'objet, ou de l'être, comme si les objets étaient chargés d'intentions, sans notion de divin ou de sacré, une sorte de pré-animisme. D'après Georges Gusdorf, « le mana est immanent à l'existence dans sa spontanéité, mais il peut se rencontrer aussi bien du côté du sujet que du côté de l'objet. [...] l'intention mana ne désigne pas particulièrement une situation proprement religieuse : elle indique une certaine polarisation de l'existence dans son ensemble, en dehors de toute référence à des dieux ou même des esprits, si imprécis qu'ils soient ». D'après Lehmann, du mana découleraient la magie et la religion suivant que le pouvoir est attribué à l'objet lui-même ou à un esprit qui dirige l'objet. Cette racine commune à la magie et à la religion est également reprise par Henri Bergson et Claude Levi-Strauss.

Les mythes L'importance des mythes aux origines des religions est reconnue. L'homme primitif est immergé dans une réalité mythique, vivant ainsi dans le sacré, sans le conceptualiser, sans distinction entre profane et divin, mais il peut réagir négativement vis-à-vis du mythe. Toutefois, il n'y a pas de distinction entre religion et athéisme à ce stade car il n'y a pas de distinction entre un monde humain et un monde divin, de même qu'il n'existe pas de mana détaché des objets, événements ou êtres comme le précise Mircea Eliade.

L'attitude religieuse nait de la conceptualisation du mythe, de son organisation par un discours cohérent distinguant le sacré du profane. Le mythe devient représenté, joué, pensé, le monde divin prend son autonomie et sa transcendance, et peut être alors rejeté, au moins en partie, dans la pratique du culte ou dans la pensée.

Les plus anciens athéismes

Il semble que l'on puisse identifier des athées en Inde avant Jésus Christ. De manière plus certaine, toujours en Inde et à partir du , les philosophies Vaisheshika et Sâmkhya sont qualifiables d'athées, et on en retrouve des adeptes jusqu'aux temps modernes.

Depuis l'Antiquité, en Chine, la majorité de la population a des attitudes, des pratiques et des religions syncrétiques sans dieu, divinité ni miracle, dont le confucianisme qui peut être qualifié à lui seul de « kaléidoscope athéico-religieux ».

Dans l'Antiquité En Grèce thumb|Socrate est accusé d'impiété. Dans la Grèce antique, un atheos est celui qui ne croit pas aux dieux traditionnels ; il peut donc être croyant envers d'autres dieux, ou superstitieux. L'incroyance et la croyance sont mêlées dans les multiples courants philosophiques qui se développent.

D'après Georges Minois, l'évolution de la religiosité dans l'Antiquité grecque peut se décrire par trois époques : Avant le , une grande liberté de penser et d'expression est admise à Athènes. La religion officielle d’Athènes, pleine de dieux mythiques présents au quotidien par les oracles et le clergé des temples, est accompagnée de superstitions et de pratiques magiques. Les philosophes donnent souvent des explications matérialistes du monde : il serait constitué d'une matière unique (l'apeiron, le feu, la terre, les atomes, ou plusieurs éléments, suivant les auteurs) incréée et éternelle, dotée souvent d'une capacité d'organisation ou de vie. Ceci les rapproche d'un panthéisme, mais aussi, pour certains d'un athéisme tant la conception du monde peut être dégagée de tout Être. Les dieux du Panthéon sont relégués au rang de croyances populaires, de croyances nécessaires à l'ordre moral ou social, de simulacres explicables. À Athènes, à partir de 432 av. J.-C., et durant environ un siècle, le décret de Diopeithès permet des poursuites envers les impies, ceux qui ne croient pas aux dieux reconnus par l’État, mais cela ne freinera pas la multiplication des philosophies matérialistes, toujours panthéistes. Des accusations d'impiétés s’abattent sur des philosophes, qui sont condamnés à l'exil, la prison ou la mort. Anaxagore de Clazomènes, Protagoras, Socrate entre autres en sont victimes. Platon répertorie trois sortes d'incroyants : ceux qui ne croient pas du tout à l'existence des dieux, ceux qui croient que les dieux sont indifférents aux affaires humaines, et ceux qui croient pouvoir les faire changer d'avis par leurs prières et leurs sacrifices. Platon, dans son texte Les Lois, est favorable aux condamnations des impies, les considérant comme immoraux, incapables de « dominer leur jouissance et leurs passions », mais aussi incapables d'accéder au monde des idées, propre à la vision platonicienne du monde. Du au , le culte officiel s'affaiblit dans les pratiques de tous, même chez le petit peuple, le doute et l'indifférence progressent, et les promesses d'immortalité disparaissent sur les pierres tombales. Un panthéisme stoïcien (qualifié de « religiosité sans dieu » par Maria Daraki) se fait jour, mais aussi un athéisme pratique, voire théorique, et des cultes divers fleurissent (cultes du mystère, de la magie, de la sorcellerie). Des souverains divinisés font leur apparition (Démétrios et son épouse). Les dieux sont expliqués par les sophistes, en particulier par Évhémère qui les considère comme d'anciens hommes célèbres divinisés après leur mort, ou de leur vivant, suivant les versions. Le panthéisme stoïcien sacralise l'homme, surtout le sage qui, par sa personne, rend consciente la volonté de la nature, le Grand Tout ; ce qui serait assimilable à une forme d'athéisme. Plus athéiste encore, l'épicurisme trouverait son origine dans un rejet de la crainte qu'inspirent les dieux, et serait la première tentative de fonder une morale athée à partir de la recherche du bonheur individuel terrestre (d'autant que l'âme est mortelle comme le corps) que l'on trouve dans l'ataraxie, plus proche de l'ascétisme que du divertissement.

À Rome