thumb|180px|Thémistocle, stratège, coiffé d’un casque corinthien (400 av. J.-C.) Copie romaine.
Un stratège (du grec ancien , au sens premier « chef d'armée, général ») est un membre du pouvoir exécutif d'une cité grecque, qu'il soit élu ou coopté. Il est utilisé en grec pour désigner un militaire général. Dans le monde hellénistique et l'Empire byzantin, le terme a également été utilisé pour décrire un gouverneur militaire. Dans la Grèce contemporaine ( jusqu'à nos jours), le stratège est un général et a le rang d'officier le plus élevéOxford Classical Dictionary.
À l'époque où les cités grecques avaient chacune leur propre milice et leur propre politique étrangère, les questions de politique militaire étaient incluses dans les responsabilités des dirigeants de ces cités comme le montre le parcours des stratèges les plus connus tels que Périclès et Cléon.
Grèce classique À l'époque homérique, le commandement des armées revenait aux rois et à l'époque archaïque aux nobles alors que dans la cité grecque de l'époque classique, les stratèges sont des magistrats civils, dont la charge inclut la conduite des affaires militaires, donc celle de l'armée. De ce fait, à Athènes, le bureau des stratèges existait déjà au , mais ce ne fut qu'avec les réformes de Clisthène vers 508-507. av. J.-C, qu'elle prend sa forme classique : les stratèges, au nombre de dix, étaient élus chaque année, au sein de chacune des dix tribus (phylai) créées après la réforme de Clisthène. Les dix avaient un statut égal et ont remplacé les Polémarques, qui avaient jusque-là le commandement militaire de haut rang. Les dix généraux ont été choisis parmi une centaine d'officiers, qui étaient élus, et parmi eux, c'étaient les plus importants. Pendant la démocratie il y avait une tendance à sélectionner les officiers parmi le peuple, mais le général devait posséder à la fois une expérience en temps de guerre et une expertise dans les rapports diplomatiques, une tâche généralement réservée aux membres de la classe aristocratique.
Après la bataille de Marathon en 490. av. J.-C. (selon Hérodote), ils ont décrété la stratégie par un vote majoritaire et chacun a tenu la présidence dans une rotation quotidienne. À cette date, les polémarques avaient une voix prépondérante parmi plusieurs candidats puisqu'ils étaient commandants en chef. Sur cette bataille, les 10 stratèges athéniens étant partagés, c'est le polémarque Callimachos d'Aphidna, le onzième votant, qui entraîne la décision de combattre (Hérodote, VI, 110-111). Mais dès 486. av. J.-C., les polémarques, comme les autres archontes, ont été nommés par tirage au sort. L’élection annuelle du stratège a eu lieu au printemps, et leur mandat coïncidait avec l'année athénienne ordinaire, à partir de la mi-été jusqu'à la mi-été suivante. Si un stratège meurt ou est démis de ses fonctions, une élection partielle peut avoir lieu pour le remplacer. À la Bataille de Salamine en 480. av. J.-C, Thémistocle, le général athénien, utilise la ruse pour pousser les Perses à engager la bataille. À leur tour, Aristide et Cimon exploitaient jusqu'à leur terme les premiers succès grecs.
Le strict respect du principe d'un stratège pour chaque tribu a duré jusqu'à 440. av. J.-C. Après cette date, deux stratèges pouvaient être sélectionnés pour la même tribu et une autre tribu était laissée sans stratège, parfois parce qu'aucun candidat n'était disponible. Ce système est poursuivi jusqu'à 356/357. av. J.-C., mais lorsque Aristote écrit sa Constitution des Athéniens en 330. av. J.-C., les nominations ont été faites sans aucune référence à l'appartenance tribale. Par conséquent, au cours de la période hellénistique, bien que le nombre des tribus fût augmenté, le nombre de stratèges resta à dix. thumb|Périclès, élu stratège dont de suite entre 461. av. J.-C et 429. av. J.-C Mais les stratèges étant avant tout des hommes politiques, leur expérience militaire est souvent limitée. Le stratège Démosthène connaît un échec en Etolie en 426. av. J.-C. et ne parvient pas à s'emparer de l'île de Sphactérie en 424. av. J.-C., alors que Cléon réussit là où son collègue avait échoué et réalise l'exploit de capturer un contingent de Spartiates. L'historien Thucydide, qui est stratège, ne peut empêcher les Spartiates de s'emparer d'Amphipolis, ce qui va lui coûter une condamnation et lui donne le temps d'écrit Histoire de la guerre du Péléponnèse. Pour ce qui est de Nicias, décrit comme un homme intègre par Thucydide mais aussi soucieux du bien de sa cité, Athènes, son manque d'esprit de décision va entraîner la défaite finale du corps expéditionnaire Athénien en Sicile en 413. av. J.-C. Alcibiade va s'efforcer de tirer avantage de la guerre pour ses visées personnelles. Ainsi, ces exemples montrent le caractère particulier de la stratégie à Athènes au : les stratèges sont avant tout des politiciens et non des militaires même s'ils sont commandants de milice. Certains ont combiné leur bureau militaire avec un rôle politique comme Thémistocle, Aristide le Juste, Cimon ou Périclès : leur pouvoir venait surtout de leur charisme politique personnel. Périclès a pris les rênes du gouvernement de 443. av. J.-C. à 430. av. J.-C., à Athènes, en étant plusieurs fois stratège. Selon Thucydide, son influence était si grande à Athènes, qu'il aurait mis en place un régime monarchique.
Ensuite, le pouvoir politique passa aux orateurs après le , les stratèges étant limités à leurs fonctions militaires. Au début, les stratèges étaient nommés ad hoc (ici quelqu'un de compétent pour une tâche précise, avec une notion de temporalité, de mission avec une durée) à différentes missions. En campagne, plusieurs stratèges, généralement jusqu'à trois, pouvaient être placés conjointement dans la bataille, et, contrairement à d'autres États grecs où le bureau de Navarque commandait la marine, le stratège athénien commandait à la fois en mer et sur terre. Dès le , le stratège a reçu de plus en plus des missions spécifiques, telles que la défense de l'Attique, ou une mission chargée des expéditions à l'étranger ; deux stratèges responsables du port de guerre du Pirée ou encore des stratèges, responsable de l'équipement des navires de guerre. Cela fut généralisé à l'époque hellénistique, lorsque chaque stratège a reçu des avantages spécifiques.
Le peuple athénien garde un œil sur ses stratèges. Comme d'autres magistrats à la fin de leur mandat, ils étaient soumis aux Euthynai, et en plus, il y avait un vote à l'Ecclésia au cours de chaque prytanie où était posée la question de savoir s'ils effectuaient bien leurs fonctions: c'était donc des enquêtes qui menaient à un procès public, dans lesquels ont été entendus ceux qui avaient combattu sous le commandement du général. Si le vote était défavorable, il était déposé et jugé par un jury. Périclès a été démis de ses fonctions en 430. av. J.-C en tant que stratège avec une amende, et en 406. av. J.-C., les huit stratèges qui commandaient la flotte à la bataille des Arginuses, ont tous été démis de leurs fonctions et condamnés à mort pour avoir omis de récupérer les survivants.
Le titre de stratège apparaît pour d'autres États grecs à l'époque classique, mais il est difficile de savoir si c'est une fonction réelle, ou s'il était utilisé comme un terme générique pour le commandant militaire. Les stratèges, comme bureau est attesté au moins pour Syracuse à partir de la fin du , Érythrée et dans le Koinon des Arcadiens vers 360. av. J.-C.
Sparte offre une image contrastée. L'un des rois de Sparte fut appelé à prendre la tête de l'armée lorsqu'elle part en expédition, alors que l'autre ne quitte pas la cité. Le roi s'expose au risque de prendre une autorité disproportionnée, ce qui peut entraîner sa condamnation. Lysandre, le vainqueur de la bataille d'Aigos Potamos et auteur de la victoire finale sur Athènes (405-404. av. J.-C.), s'impose par ses qualités militaires et politiques, mais il ouvre la voie à l'exercice du pouvoir personnel. Le roi Agésilas, dont Xénophon est un admirateur, conduit avec succès des expéditions largement personnelles en Asie Mineure (en 398-394. av. J.-C.).
Au , par le modèle des stratèges qui commandent la troupe des Dix Mille, la professionnalisation de rôle du commandant militaire s'accentue. L'ambition des officiers est la gloire personnelle, la fortune et non plus le bien de la cité en priorité. Le chef doit diriger une communauté de soldats. Elle est présente chez Iphicrate, qui passe maître dans le commandement de détachements de troupes légèrement armées. Au milieu du , les Athéniens confient leur sort à trois stratèges : Charès, Chabrias et Charidémos, dont l'action sera contestée par les orateurs. Peu soutenus par les Athéniens, ils se tournent contre les alliés ou les navires de commerce pour assurer la solde de leurs hommes. Timoléon de Corinthe, est envoyé en Sicile en 345-344. av. J.-C. à la tête d'une petite troupe de mercenaires. Grâce à ses conquêtes (Syracuse, Leontinoi), il acquiert une puissance exceptionnelle par le bon usage de son armée, à l'inverse du pouvoir civil des cités qu'il était censé secourir. Les stratèges sont devenus des hommes de guerre et non plus des politiques comme au , ils laissent ce pouvoir politique aux orateurs. Durant cette période, les stratèges participent aux batailles. Certains sont tués au combat, sans savoir à quels postes de la phalange ils se situent lors de l'engagement. Si à Sparte, le roi combattait au premier rang, dans d'autres armées le commandant en chef reste en retrait pour mieux diriger les opérations. Alexandre le Grand, s'élançait toujours à la tête de la cavalerie.
Les stratèges, bien qu’élus en principe parmi l’ensemble des citoyens, étaient dans les faits majoritairement issus des couches sociales les plus aisées et influentes. La fonction impliquait en effet des responsabilités militaires, diplomatiques et financières importantes, favorisant l’accès à des citoyens disposant d’un capital social et économique élevé, comme l’illustre le cas du stratège athénien Nicias, membre de l’aristocratie.
La mort ou la défaillance d’un stratège pouvait avoir des conséquences significatives sur le moral des troupes et sur l’issue d’un conflit, le commandement militaire étant fortement personnalisé dans les armées grecques. L’exemple du stratège thébain Épaminondas, dont la mort lors de la bataille de Mantinée en 362 av. J.-C. marqua un tournant politique et militaire pour la Grèce, est fréquemment cité par les historiens.
Le titre de Stratège Autocrate a également été utilisé pour les généraux dotés de larges pouvoirs. Ainsi, a été élu Stratège autocrate(commandant en chef avec les pleins pouvoirs) de la Ligue de Corinthe.
Époque hellénistique et romaine