Abydos (en égyptien ancien : Abdjou) est une ville de l'Égypte antique, située dans le nome Thinite ( de Haute-Égypte), dans le sud du pays, à au nord-ouest de Louxor. implanté sur la rive occidentale du Nil et en bordure du désert de Libye, ce site archéologique couvre une superficie de plus de . Les vestiges abydéniens sont datés de toutes les phases de l'histoire de l'Égypte antique.

Du point de vue religieux, Abydos est le principal lieu de culte d'Osiris, le plus populaire des dieux funéraires. Selon le mythe, le dieu a été dépecé par son frère Seth et les prêtres du lieu se sont vu confier la garde de la tête d'Osiris conservée dans un reliquaire. Plusieurs lieux de culte sont dédiés au dieu et les vastes cimetières qui se sont développés autour de la ville démontrent le fait, qu'en plus de la population locale, des Égyptiens non-locaux ont décidé d'édifier là leurs tombes ou leurs monuments funéraires. Abydos serait également le lieu de culte de Khentamentiou (plus tard supplanté par le culte d'Osiris), d'Oupouaout et d'Anubis.

Durant la période prédynastique et la période thinite, Abydos semble principalement fonctionner comme un centre funéraire satellite à la ville de This. L'importance d'Abydos dépasse toutefois le stade de simple centre funéraire régional. Pour preuve, les souverains des et s ont fait le choix de s'y faire inhumer. Par la suite, durant l'Ancien et le Moyen Empire, Abydos se présente comme un centre religieux de grande importance. Les monuments abydéens les plus fameux et les mieux préservés sont datés du Nouvel Empire. Il s'agit du temple funéraire de et de celui de son fils, . Parmi les plus anciens monuments figurent l'enceinte funéraire du pharaon Khâsekhemouy (Chounet el-Zébib) et l'enceinte dite du Kom es-Sultan où est localisée la ville ancienne et le principal temple dédié à Osiris. Toutefois, la majeure partie du site demeure cachée par le sable ; un fait qui transparaît dans le nom moderne du lieu : Araba el-Madfuna « Araba l'enterrée ».

Le site a été proposé en 2003 pour une inscription au patrimoine mondial de l’Unesco et figure sur la « liste indicative » de l’Unesco dans la catégorie patrimoine culturel.

Toponyme

Abydos est la forme grecque du toponyme égyptien Abdjou. Les Anciens Grecs l'ont ainsi nommée en référence à la colonie milésienne d'Abydos (en grec ) située en Troade, sans doute par rapprochement phonétique avec le toponyme égyptien. Dans les textes égyptiens, le nom de la ville est souvent accompagné de celui de son nome Ta Our « grande terre » dans l'expression Ta-Our Abdjou « Abydos de la grande terre ». Au Nouvel Empire, le nom du nome (région) sert parfois à désigner la seule ville pour marquer son importance sur le plan religieux.

Dans l'écriture hiéroglyphique, le terme Abdjou, en forme longue, s'écrit avec le phonogramme ab qui représente un ciseau ou un poinçon ; le phonogramme b (pied) ; l'idéogramme djou qui représente deux collines encadrant un oued ; le phonogramme ou (poussin de caille) et le déterminatif des noms de lieux habités (respectivement les glyphes U23, D58, N26, G43 et O49 de la classification de Gardiner). En forme courte, les variantes peuvent omettre le phonogramme du poussin, voire les deux phonogrammes du pied et du poussin mais aussi remplacer le déterminatif des localités par celui des nomes qui représente une parcelle de terre cultivée (glyphe N24).

|+ |- ! scope="col" | Transcription ! scope="col" | Hiéroglyphe ! scope="col" | Traduction |- |align=center| abdjou ||align=center|U23-D58-N26-G43-O49 ||align=center | Abydos |- |align=center| abdjou ||align=center|U23-D58-N26-O49||align=center | Abydos |- |align=center|abdjou ||align=center|U23-N26-O49 ||align=center | Abydos |- |align=center| abdjou ||align=center|U23-N26-N24 ||align=center | Abydos |- |align=center|ta-our ||align=center|N16-G36:D21-R18 ||align=center | Grande-Terre |- |align=center|ta-our ||align=center|P5-G36:D21-O49 ||align=center | Grande-Terre |- |align=center|ta-our ||align=center|R17 ||align=center | Grande-Terre

Ville sainte vignette|alt=Représentation partielle d'un homme en ronde bosse|Fragment d'une statue colossale découverte à Abydos - - Penn Museum.

Durant la période pharaonique, Abydos est un centre administratif et économique d'une certaine importance. Mais la ville est bien plus perçue comme une terre sacrée, vouée à Osiris, le dieu des morts. Sur le plan national, le statut de la ville est ambivalent. D'un point de vue politique, Abydos tient le rang d'une simple ville de province. Durant l'Histoire, elle n'a jamais égalé le statut prestigieux de Memphis et de Thèbes. Cependant, dans une perspective plus large — à la fois civilisationnelle, religieuse et culturelle — Abydos surpasse toutes les autres villes du pays par sa valeur symbolique.

Cette ambivalence se reflète dans la richesse de son temple. En termes d'effectifs, de possessions agricoles et de dotations royales, le temple n'est pas l'égal des grands sanctuaires nationaux (Thèbes, Memphis et Héliopolis), mais de ceux des autres temples provinciaux. Malgré ce rang modeste, d'autres indications, surtout les textes funéraires, révèlent que la valeur symbolique du territoire abydénien surpasse celle de toutes les autres villes. Pris ainsi, Abydos n'est égalée que par Héliopolis, la ville de Rê, le dieu solaire.

Il va de soi que ces textes funéraires, vis-à-vis d'Abydos, ont connu d'importantes modifications selon les époques. Mais de très fortes continuités sont décelables. Bien que pour la plupart des Égyptiens le passage vers l'éternité soit assuré par des rites funéraires locaux, ces rites sont considérés comme équivalents entre eux et, en quelque sorte intégrés dans un processus funéraire d'une portée plus nationale. En ce sens, le défunt navigue vers Abydos qui, en tant que centre cultuel d'Osiris, est le principal accès à l'Au-delà. Ce monde des morts est à la fois liminal, souterrain et céleste. Ainsi, selon les textes des sarcophages, les Égyptiens s'imaginent arriver à Abydos afin de traverser les portails de Geb, le dieu de la terre. Arrivés dans le monde souterrain, ils sont capables d'accéder au ciel étoilé, devenus identiques à une étoile circumpolaire. En passant par Abydos, même par un rite symbolique, le défunt espère connaître une bonne destinée post-mortem, la paix dans le cœur à l'instar d'Osiris.

Description générale du site

À vol d'oiseau, Abydos est située à onze kilomètres au sud-ouest de la petite ville d'El-Balyana et à quatre-vingt-onze kilomètres au nord-ouest de Thèbes (Louxor), dans l'actuel Gouvernorat de la Nouvelle-Vallée, en Haute-Égypte. C'est un site archéologique considérable où de nombreux vestiges de l'époque pharaonique sont dispersés sur une superficie de plus de huit kilomètres carrés (huit cents hectares). Abydos est placée en lisière du désert de Libye avec la plaine agricole, à environ quinze kilomètres du Nil, sur la rive occidentale. De ce fait, la plupart des vestiges se trouvent dans les sables du désert, tandis que d'autres sont cachés par les alluvions du Nil. Durant les quatre premiers millénaires avant notre ère, Abydos a grandement profité des activités architecturales des anciens Égyptiens. Des temples divins, des temples funéraires, des tombes royales, des cénotaphes et des chapelles ont été édifiées sur son territoire par de nombreux pharaons et particuliers. Comme sur d'autres sites égyptiens, la plupart des vestiges d'Abydos ont soit été engloutis par les sables, soit démantelés et recouverts par des constructions ultérieures.

De par sa vaste étendue, Abydos se divise en trois grands secteurs archéologiques : le secteur nord (Abydos-Nord), le secteur central et le secteur sud (Abydos-Sud). Le secteur nord intègre le noyau urbain ancien, le Kom es-Sultan, le temple d'Osiris, la nécropole de Oumm el-Qa'ab, des enceintes funéraires thinites, le cimetière nord et le cimetière central. Abydos-Sud représente l'expansion maximale du site, avec l'aménagement des complexes funéraires des pharaons et . Entre les deux, le secteur central est connu des touristes grâce au fameux grand temple d'Abydos, localement le mieux préservé des monuments et aussi connu sous le nom de . Non loin de là se trouvent les vestiges non encore fouillés du temple de et la partie inférieure des murs du temple de .

vignette|centre|redresse=2.5|alt=|Carte du site archéologique d'Abydos figurant les secteurs Nord et Central - 1914.

Historique des fouilles archéologiques vignette|droite|Jarres en céramique, Abydos - Prédynastique, ca. 3500-3200 BC (culture Nagada II) - Musée national d'Écosse, Édimbourg.

Les principales fouilles du site sont les suivantes : 1858-1877 : dix-huit années de fouilles d'Auguste Mariette dans les temples du Nouvel Empire et dans les nécropoles d'Abydos, 1894-1898 : fouilles d'Émile Amélineau dans la nécropole d'Oumm el-Qa'ab, 1899-1903 : fouilles de William Flinders Petrie dans la nécropole d'Oumm el-Qa'ab, les enclos funéraires et Kom es-Sultan, 1909-1913 : fouilles de Henri Édouard Naville et Thomas Eric Peet dans les nécropoles d'Abydos dont Oumm el-Qa'ab, 1921-1922 : nouvelles fouilles de William Flinders Petrie dans les enclos et les tombes royales, depuis 1967 : fouilles de David O'Connor, puis à partir de 2017 de Matthew Adams, dans les enclos et Kom es-Sultan, depuis 1973 : fouilles allemandes (Kaiser puis Günter Dreyer) dans la nécropole d'Oumm el-Qa'ab, depuis 1993 : fouilles de Stephen Harvey dans le complexe d', depuis 1994 : fouilles de Josef Wegner dans le complexe funéraire de puis dans la nécropole adjacente de la et de la Deuxième Période intermédiaire.

Secteur nord

Centre urbain (Kôm es-Sultan) (Coordonnées géographiques : ) vignette|redresse=1.5|Vue sur le Kôm es-Sultan à Abydos. Abydos-nord est le principal site où sont attestés localement les plus anciennes activités sédentaires humaines. La ville antique est adjacente au village moderne de Beni Mansour (anciennement El-Kerbeh) et s'étend probablement aussi sous lui. Abydos devait se présenter sous la forme d'un , ou ville-colline, culminant à une hauteur de douze mètres près du désert. Son aire rectangulaire peut être estimé à environ de côtés. Il est aussi probable qu'Abydos ait été entourée d'une épaisse muraille en briques crues. Un mélange de constructions de différentes époques postérieures au Nouvel Empire, ainsi que l'activité des Sebakhin (creusement du sol à la recherche d'engrais naturels), ont fortement perturbé le kôm. Il y a toutefois l’exception de l'angle occidental, recouvert par une énorme butte sillonnée de murs et appelée du nom arabe de Kôm es-Sultan, ou « coline du souverain ».

En 1902-1903, Flinders Petrie découvre les maigres restes d'habitations des périodes prédynastique et thinite à l'occasion des premières fouilles archéologiques. Toutefois, malgré les nombreuses fouilles entreprises depuis, la plus grande partie de la ville archaïque demeure recouverte des vestiges des époques suivantes et en dessous de la nappe phréatique.

Malgré toutes ces détériorations, Abydos et plus largement le nome thinite contribuent à la compréhension de l'urbanisme égyptien. Durant les temps préhistoriques, le nome est parsemé de nombreux petits hameaux en bordure du désert. Cependant, vers -3000, on assiste a un déplacement des populations vers la plaine du Nil, et à un mode d'habitation moins diffus. Thinis et Abydos sont probablement les deux principales localités.