La cathédrale Saint-Dié de Saint-Dié-des-Vosges est une cathédrale catholique romaine située à Saint-Dié-des-Vosges, dans le département des Vosges. Elle forme avec l'église Notre-Dame de Galilée et le cloître qui les relie, un ensemble architectural remarquable, véritable groupe cathédral, riche d'apports successifs et de styles différents, mais unifié par une couleur caractéristique, celle du grès rose des Vosges.

Historique L’origine de l’église de Saint-Dié-des-Vosges remonte à saint Déodat (Dié ou Dieudonné), moine irlandais qui fonda au la cité qui porte encore son nom. D'abord église abbatiale, elle devint, au cours du dixième siècle, la collégiale d’un chapitre de chanoines séculiers. thumb|redresse|left|La cathédrale en 1889. René II, duc de Lorraine (1473-1508), la considérait comme la quatrième « cathédrale » de son duché, après celles des Trois-Évêchés lorrains, Metz, Toul et Verdun. En 1777, l'église fut élevée au rang de cathédrale lorsque le pape Pie VI octroya la bulle d'érection de l'évêché de Saint-Dié.

Elle fait l'objet d'une protection au titre des monuments historiques depuis son classement par l'arrêté du ..

Déjà plusieurs fois incendiée au cours de son histoire, elle fut dynamitée par les Allemands (malgré les engagements contraires initialement pris par ceux-ci) en 194416 novembre 1944 : la cathédrale dynamitée Vosges Matin 17 avril 2019. et perdit l’ensemble de sa voûte. Reconstruite à l’identique, elle reçut un nouveau mobilier et fut à nouveau consacrée en 1974 (28-)Date relevée sur la médaille frappée pour l'occasion.. Au milieu des années 1980, des vitraux modernes non-figuratifs furent réalisés sur les dessins d’artistes contemporains réputés.

Le tilleul, arbre remarquable

Un tilleul situé sur la place Georges Trimouille, proche de la cathédrale, qui daterait du , a obtenu le label arbre remarquable en 2017.. Il a été célébré par nombre d'écrivains, Henry de Montherlant, mais aussi quelques enfants du pays tels Henri Thomas ou encore Fernand Baldensperger qui exprimait sa nostalgie en 1947 : « Le tilleul que nous admirions en revenant de l'excursion, en même temps que son analogue, l'orme du plateau de Saint-Roch, m'a laissé un souvenir plus confiant que les cryptomères du Pacifique »Images et aperçus du Vieux Saint-Dié..

Architecture Nef et bas-côtés gauche|thumb|220px|La nef et le chœur. thumb|Un tilleul plusieurs fois centenaire. thumb|Le chevet. La nef romane, élevée après le second des trois incendies qui ravagèrent l'édifice (1065, 1155 et 1554), possède un style caractéristique de la Lorraine du Sud.

Elle est animée, côté nord, d’une frise de trois cordons entrelacés et côté sud, d'une frise à motifs cordiformes fleurdelisés tête-bêche. Chacune de ces deux frises surmontent trois chapiteaux sculptés au dessus des piliers 3, 5 et 7. Au-dessus des piliers 3, se trouvent deux chapiteaux composites.

Les chapiteaux romans de la deuxième moitié du ont été prodigieusement épargnés après le dynamitage criminel par les nazis fin . Ces chapiteaux ont une symbolique remarquable, non encore publiée.

Nef nord : un jeu de couronnes, généralement végétales, semble évoquer la vie éternelle, comme sur le bas-relief représentant saint Jacques couronnant le pèlerin (chapelle Saint-Nicolas dans le déambulatoire du chœur de la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau). Ce sont des couronnes de vie. On y remarque également des jeux de masques à travers les végétaux, un arbre de vie, des palmes et palmettes, des fleurs de lis, de la vigne et des pommes de pin. Les deux seules représentations animales sont des insectes: une abeille (au-dessus du pilier 1) et un scarabée (niveau frise, pilier 7). Sur le chapiteau ouest du pilier 1, côté sud, une abeille est sculptée sous un arc de frondaisons végétales. Le chapiteau est du pilier 1 représente une feuille de nymphéa faisant apparaître par transparence le réseau des tiges sous-marines dont les trois faces dessinent sept liens et annoncent la récurrence des nombres 1, 3 et 7 dans la nef. Le pilier 2 comporte quatre chapiteaux : trois représentent chacun une fleur de lis à trois pétales et le quatrième, face sud, représente une palmette à sept feuilles. On retrouve le mêmes motifs dans les abbayes cisterciennes, dont celle de Baumgarten (ou Bongart) entre les villages de Bernardvillé et Reichsfeld (Bas-Rhin, Alsace), liée avec l'église de Saint-Dié. Sur le haut du chapiteau ouest du pilier 3, deux motifs (côté nord : un essaim et côté sud : une tête de roi couronné) clôturent des extraits du Traité des Abeilles.. Sur le bas du chapiteau ouest du pilier 3, une couronne de plumes d'autruche est sculptée. Toujours sur le pilier 3, le chapiteau est représente un cep de vigne dédoublé dont une des douze feuilles est composée d'un motif de trois fleurs de lis ayant chacune un pétale commun, d'où un total de sept pétales : renforçant la trilogie des nombres 1, 3 et 7. La vigne est chargée de grappes de raisin. Sur le pilier 4, tout comme sur le pilier 2, une sorte de cube en pierre dessine quatre faces en frise quasi-végétale liée avec des triples liens. La face nord évoque un masque. La face sud, par un jeu d'ombres et de lumières, vue de près ou de loin, évoque une sorte de masque divin dont le nez est la tête d'un petit homme, et dont la langue dessine le reste du corps du petit homme bien campé sur ses deux pieds écartés et revêtu d'une tunique longue munie d'un rebord inférieur et nouée par une ceinture en x.

Nef sud : sur le pilier 1, des griffons ibis-autruches tiennent dans leurs griffes deux masques évoquant la mort ; sur les piliers 3, 4 et 5, les chapiteaux évoquent des végétaux en croissance; sur le pilier 6, une évocation paradisiaque (Ap 22), et sur le pilier 7, la naissance est notamment évoquée par l'image de la sirène donnant la vie ; le thème central de l'ouest vers l'est serait le passage victorieux de la mort vers la seconde vie, la vie éternelle.

Parmi les 52 chapiteaux de la nef, disposés sur 7 rangées de piliers, douze quasi identiques sont jalonnés d'un mince croissant de lune. Les quarante autres chapiteaux soigneusement sculptés, au-dessus des piliers et au niveau des frises, figurent des créatures imaginaires, des hybrides fantastiques : des griffons adossés et affrontés à bec d'ibis, dont les queues se rejoignent pour former un cœur fleurdelisé. Ce coeur évoque la tête d'une autruche. Les cuisses des deux griffons affrontés sur la face centrale forment le corps de l'autruche, splité en deux. Au niveau de la frise se trouvent deux ânes monstrueux à bec de canard et avec une queue terminée en tête de serpent semblant mordre la queue de l'âne. La tête du serpent est accompagnée d'une tête de vautour semblant aussi mordre la queue de l'âne monstrueux. Sur le pilier le plus massif de la nef (pilier 7, nef sud), au niveau de l'ancien jubé, se trouve l'image de la sirène bifidée aux six poissons, munis de quarante nageoires (sirène y comprise). D'où le couple des nombres 7 et 40, évoquant les quarante semaines de la gestation, ou l'allaitement intra-utérin, évoquant, notamment dans l'Égypte ancienne, le cheminement de l'âme du défunt, de son corps vers l'au-delà éternel.

Cette sirène est ainsi liée avec la sirène allaitante de Strasbourg (transept nord, frise nord d'un ancien portail roman coiffé d'un ciborium - aujourd'hui au-dessus des fonts baptismaux - et liée avec trois autres sirènes allaitantes : celle d'un chapiteau du chœur de la cathédrale de Bâle en Suisse, au-dessus de l'entrée de la crypte, celle sur le portail du déambulatoire du chœur dans le transept sud de la cathédrale de Fribourg-en-Brisgau dans la Forêt-Noire, et celle sur le portail roman de la collégiale de Saint-Ursanne dans le Jura suisse). Sculptées après la deuxième croisade, ces cinq sirènes, chacune située à un endroit de passage, se complétant notamment dans leur typologie, jalonnent un paysage insigne : la plaine rhénane de Bâle à Strasbourg, flanquée à l'est et à l'ouest de deux massifs jumeaux à ligne de crête quasi rectiligne (Forêt-Noire et Vosges), en grès et en granite. Ce paysage aurait alors fait allusion à la plaine du Nil bordée en crête rectiligne entre Assouan et Louxor, fleuve s'écoulant aussi du sud vers le nord, comme le Rhin, et se terminant en delta...

Une "messe romane" orne le pilier 2, nef sud. Elle évoque les offrandes du pain que tient un homme à genoux et du vin, avec le calice sur l'aube du prêtre célébrant debout et levant les bras en orant. Le sous-diacre porte l'encensoir. Le prêtre semble prier pour les âmes des défunts, évoquées par les étoiles, gravées sur le pilier 3, au-dessous d'un chapiteau aux papyrus, pouvant évoquer le Nil papyrifère, et notamment un passage des Métamorphoses d'Ovide illustrant l'apothéose de Jules César (Livre 15, vers 745-754).

Sur le pilier 6, nef sud, se trouve un palmier flanqué de deux palmes, au milieu d'une forme ondoyante ponctuée de 12 brillants (cabochons en pierre) taillés comme des bourgeons. Cette image illustre un extrait du chapitre 22 de l'Apocalypse : Au milieu de deux flots ondoyants, brillants comme du cristal, se dresse un arbre de vie dont les feuilles guériront les nations et qui produira une récolte par mois (Le séjour des bienheureux, véritable image paradisiaque)

Dans la nef, les puissantes voûtes à croisées d'ogives sont éclairées par de toutes petites baies en plein-cintre. Les bas-côtés sont voûtés d'arêtes. vignette|180px|Le chevet. Cette partie de la cathédrale est l'une des rares à avoir surmonté le traumatisme de la guerre : Si les voûtes se sont effondrées, seul un chapiteau sculpté a été restitué, d'après l'original qui se trouve actuellement dans une aile du cloître.

Chœur, abside et transept Construits en harmonie avec la partie romane, ces éléments sont d'un gothique plus tardif (fin ), inspirés de la technique du gothique champenois.

Le chœur est à une seule travée, mais il est largement ouvert sur la lumière par une abside à cinq pans de la même époque ; le transept à cinq travées a été élevé un peu plus tard.

D'une grande sobriété, les chapiteaux sont à corbeille nue, bordée d'un mince croissant de lune.

Façade vignette|gauche|200px|La façade. La façade fut élevée de 1711 à 1714 par l'Italien Giovan Betto, qui participa par ailleurs à la construction de plusieurs églises lorraines. La façade, sans les tours, possède des proportions palladiennes; son modèle le plus rapprochant est la basilique palladienne San Giorgio Maggiore à Venise, rappelant sans doute les liens de cette cité avec le duc de Lorraine René II, titré patricien de Venise le , admis au Grand Conseil; le lendemain , René II scellait un traité avec le doge Jean Mocenigo et était nommé Lieutenant Général de la Seigneurie. Trois ans plus tard, le , accompagné d'une troupe armée, René Il était reçu en grande pompe à Venise, et le , il remportait une brillante victoire sur les troupes d'Ercole d'Este, duc de Ferrare, alors en guerre avec Venise. Il fut alors nommé Capitaine Général des troupes vénitiennes, le .

Sobre et massive, de style classique, elle est rythmée par un avant-corps encadré de quatre colonnes doubles supportant un fronton triangulaire. Deux tours surmontées de bulbes complètent l’ensemble.

Au-dessus du portail une inscription en latin invite à la confiance en Dieu : « IACTA COGITATUM TUUM (IN DOMINUM) ET IPSE TE ENUTRIET (Jette tes pensées en Dieu, et lui-même te nourrira) ». Plus prosaïque, un disque de fonte placé entre les deux escaliers d'accès indique l'altitude : .

Mobilier Quelques objets mobiliers sont dignes d'intérêt, tels que cet enfeu de la fin du , une statue en calcaire de la Vierge à l'Enfant., dite Notre-Dame de Galilée, une des madones lorraines les plus célèbres (vers 1320), le tombeau gothique de Burnequin de Parroye (1369). ou encore des copies de peintures murales du .