Le Grand Géocoucou, parfois aussi appelé Géocoucou de Californie (Geococcyx californianus), est une espèce d'oiseaux coureurs nord-américains de la famille des Cuculidae qui compte, entre autres, les coucous.
Les habitudes terrestres du Grand Géocoucou lui ont valu le nom de « coureur de route » en anglais (Roadrunner) et en espagnol (Correcaminos) ; il est de fait plus apte à la course qu'au vol. Omnivore et opportuniste, il présente de nombreuses adaptations aux milieux arides. Il lui arrive de réaliser un parasitisme de couvée, mais pas d'une manière systématique comme le Coucou gris (Cuculus canorus).
Cet oiseau à l'aspect longiligne et au plumage strié, pourvu d'une longue queue et doté d'une crête qu'il tient souvent érigée, est une figure connue en Amérique du Nord, que ce soit dans le bestiaire rituel de peuples amérindiens ou comme symbole de plusieurs organismes américains. Le Grand Géocoucou est devenu mondialement célèbre depuis le succès du personnage de Bip Bip dans le dessin animé Bip Bip et Coyote.
Description morphologique Plumage L'ensemble du plumage est brun strié de beige clair, à l'exception du ventre qui est uni, de couleur beige clair. La crête, le dos, le dessus des ailes et de la queue sont plus foncés que la gorge, la poitrine et le ventre. Lorsque les ailes sont ouvertes, on distingue un croissant blanc sur leur partie supérieure. L'œil est entouré d'une zone dépourvue de plumes. Cette zone s'étend vers l'arrière de l'œil et à ce niveau, la peau est teintée de rouge, de blanc et de bleu. Le mâle et la femelle sont identiques : il n'y a pas de dimorphisme sexuel. L'immature ressemble à l'adulte, mais en plus terne, car il ne possède pas les reflets de couleur bronze de l'adulte...
Caractères distinctifs Le Grand Géocoucou a une allure typée difficile à confondre. Sa grande taille, sa crête foncée souvent dressée, son bec fort, sa grande queue, ses pattes longues et fortes et ses habitudes terrestres le distinguent de toutes autres espèces d'oiseaux. Il hoche souvent la queue, en la relevant rapidement puis en la rabaissant lentement.. Les iris de ses yeux sont jaunes..
Le Grand Géocoucou est morphologiquement adapté à la locomotion terrestre. Comparée aux autres membres arboricoles de la famille des Cuculidés, notamment la sous-famille des Neomorphinae, la masse musculaire associée aux pattes est plus développée et assure une plus grande puissance et un meilleur équilibre lors de la course. Les doigts des pattes, plus flexibles, permettent à l'oiseau autant d'aisance sur le sol que perché sur une branche..
L'allure générale singulière et comique du Grand Géocoucou fait de lui l'espèce la plus caractéristique de l'avifaune des milieux arides américains. Les commentaires des premiers observateurs sont éloquents à ce sujet. Pour Elliott Coues, le Grand Géocoucou est « un oiseau singulier – un coucou combiné avec un poulet et une pie » (1903, dans A.C. Bent 1964.). Pour Madame Bailey, il était « le plus original et le plus divertissant des oiseaux de l'Ouest » (1902 dans A.C. Bent 1964).
Traduction :
Mensurations La longueur moyenne du Grand Géocoucou est de , variant entre ., pour une envergure moyenne de . La longueur moyenne de la queue est de . La longueur du tarse varie de et celle du culmen (arête supérieure du bec) de ..
La masse moyenne des adultes est de , avec un minimum de et un maximum de .. Une importante variation de masse existe, les populations de l'ouest étant de plus grande taille que celles de l'est.
Écologie et comportement Locomotion Course
Le Grand Géocoucou peut maintenir une vitesse à la course d'au moins . sur de longues distances.. Lorsqu'il court rapidement, il place sa tête et sa queue parallèlement au sol, et utilise sa queue comme gouvernail pour l'aider à changer de direction. Il préfère courir dans les endroits dégagés, comme les routes, les sentiers bien tassés et les lits de rivières asséchées plutôt que dans la végétation dense.
Vol Le Grand Géocoucou vole peu. Il plane en s'élançant d'un perchoir – un arbre ou une construction humaine. Il est plus rare de le voir voler entre des perchoirs potentiels sur de courtes distances de 4 ou .
Adaptation physiologique et comportementale au milieu de vie Le Grand Géocoucou, oiseau diurne, montre diverses adaptations physiologiques et comportementales pour réduire le stress lié aux températures excessives et au manque d'eau fréquent dans les milieux arides. Pendant la saison chaude, il s'active surtout le matin – du lever du soleil jusqu'au milieu de l'avant-midi – et en fin de journée – de 15h30 jusqu'à 20h00. Il se repose à l'ombre pendant la période la plus chaude de la journée.. L'eau du corps peut être conservée par la réabsorption du liquide des muqueuses du cloaque, du rectum et du cæcum. Les sels, en concentration élevée dans le corps de l'oiseau, sont éliminés par des glandes nasales...
Il réduit l'excès de chaleur par la formation de vapeur d'eau, rejetée par la respiration ou au travers de la peau.. Il halète parfois par grosse chaleur, afin d'accentuer ce phénomène.. La nuit, il diminue sa dépense énergétique de plus de 30 % en abaissant la température de son corps de 40 à 34 °C.. Le matin, il accélère la récupération de chaleur par des bains de soleil. L'hiver, il se réfugie dans la végétation dense ou parmi des rochers pour s'abriter des vents froids.
Le Grand Géocoucou prend fréquemment des bains de soleil pour se réchauffer. Sur un poteau de clôture, un toit ou simplement au sol, il s'oriente perpendiculairement aux rayons et le dos tourné vers le soleil. Les ailes écartées, il ébouriffe les plumes noires de son dos et de sa tête et expose de ce fait sa peau noire. Peau et plumes sombres absorbent ainsi la chaleur des rayons solaires.. Tôt le matin, il peut rester dans cette posture durant deux ou trois heures. En hiver, lorsque les températures avoisinent les , il lui arrive de se chauffer au soleil plusieurs fois dans le cours de la journée, et ce, durant plus d'une demi-heure.
Les Grands Géocoucous ne sont pas adaptés au froid. N'étant pas migrateurs, ces oiseaux succombent en nombre lors des hivers où le gel est trop intense.
Alimentation Le Grand Géocoucou est un omnivore opportuniste. Il se nourrit de presque tous les petits animaux et insectes qu'il peut attraper : lézards, petits serpents, scorpions, mygales et autres araignées, mille-pattes, rongeurs (souris, sigmodons, spermophiles, campagnols), jeunes lapins, petits oiseaux et leurs œufs, divers insectes (criquets, sauterelles, coléoptères, chenilles, fourmis, abeilles, guêpes), escargots, crapauds... ; il se nourrit même de jeunes chauves-souris. Il lui arrive parfois de se nourrir de charognes.
Il consomme à l'occasion des fruits d'opuntia et de rhus. Il frappe les fruits d'opuntia au sol afin d'en enlever les épines. Fruits et graines peuvent représenter jusqu'à 10 % de son régime alimentaire.
Il recherche généralement sa nourriture dans des zones dégagées de végétation.. Il explore parfois les buissons et les arbres de faible hauteur, glanant çà et là les invertébrés qu'il y trouve avec toutefois moins d'agilité que lorsqu'il est au sol. Il capture aussi les oiseaux qu'il trouve aux mangeoires., aux nichoirs d'oiseaux et dans les filets japonais..
Les oiseaux capturés sont partiellement ou totalement déplumés avant d'être consommés. Les scorpions sont saisis par la queue. Les petits mammifères sont tués d'un coup de bec à la base du crâne. Généralement, il étourdit ou tue les plus grosses proies (mammifères, reptiles) en les frappant rudement au sol de façon répétée tout en les tenant fermement avec son bec. On a compté, dans ce cas, jusqu'à 21 coups à la minute.. Comme il avale ses proies entières, ce martelage a pour principale fonction de les démembrer pour les rendre plus faciles à avaler..
La prouesse la plus spectaculaire du Grand Géocoucou est sans doute sa capacité à maîtriser et tuer les crotales. W. Meinzer décrit, photographies à l'appui, comment le volatile s'y prend pour terrasser des crotales (Sistrurus catenatus, Sistrurus miliarius) d'une taille pouvant aller jusqu'à de long. L'oiseau s'accroupit et, les ailes tombantes, commence par tourner autour du reptile lové afin de mettre sa vitesse à l'épreuve. Au moment où le serpent s'élance pour frapper le géocoucou, celui-ci se replie avec rapidité pour aussitôt après se jeter sur sa proie, momentanément vulnérable, et la saisir par la tête. Le géocoucou frappe vigoureusement le crotale au sol pendant plusieurs minutes, après quoi il l'avale ou l'emporte pour nourrir ses petits. Un couple de géocoucous peut unir ses efforts pour terrasser un crotale. Les deux oiseaux tournent alors ensemble autour du serpent en attendant une ouverture. Le premier qui en a l'occasion bondit sur le serpent et le tue.
Comportement social Chant
Le répertoire vocal du Grand Géocoucou se décline en sept variantes distinctes. Le chant le plus fréquent est « une suite lente et descendante d'environ six cou graves et résonnants » émis par le mâle et qui s'entend à Entendre une série de « cou » sur le site suivant : . Ce chant est le plus souvent produit tôt le matin à partir d'un perchoir élevé – un poteau de clôture, un arbre mort ou un cactus. La femelle émet une série de jappements (jusqu'à 22) secs et courts, de basse fréquence, ressemblant au glapissement du coyote et qui peut s'entendre à de distance. Le mâle et la femelle émettent aussi des séries de claquements de bec (5 ou 6), accompagnés d'un gémissement, suffisamment fort pour être entendus à . Ces claquements de bec sont la communication sonore la plus fréquente pendant la période d'incubation et l'élevage des jeunes..
Territorialité Le couple défend un territoire d'environ de côté, les valeurs mesurées par une étude au Texas s'échelonnaient de de côté.. Le mâle est plus vigilant dans la défense que la femelle. Il chante pour avertir ses congénères et n'hésite pas à repousser physiquement les intrus hors du territoire. Certains couples défendent le même territoire tout le long de l'année.
Reproduction Accouplement Le Grand Géocoucou atteint la maturité sexuelle à un an.. Cette espèce est monogame et le couple est de longue durée. Les couples commencent à se former dès la fin de l'hiver. La parade nuptiale est très élaborée et comprend plusieurs étapes, de la formation du couple jusqu'à la copulation. Les oiseaux commencent par des poursuites fébriles au sol entrecoupées de vols planés à faible hauteur, le mâle portant une proie dans le bec. Ces poursuites peuvent durer plusieurs heures. Elles sont associées à des vocalises et des claquements de bec. Lorsque la femelle cesse de fuir et accepte la proie, la première étape est franchie et la parade se réduit surtout à des hochements de queue, des mouvements des ailes et de la huppe. Cette parade survient tous les ans, même dans les couples ayant déjà eu des petits ensemble. La période entre la formation des couples d'une part, et la copulation et le début de la construction du nid d'autre part, dure presque deux semaines..
Nidification La construction du nid débute vers la fin mars. Il est généralement situé dans un fourré de buissons ou d'arbres de de hauteur, à proximité de zones dégagées, souvent un lit de rivière asséché ou un sentier tracé par le bétail. La femelle construit le nid, le mâle se bornant à lui apporter les matériaux.
Au Texas, le nid est communément construit dans Celtis spp., Prosopis glandulosa, Aloysia gratissima, Rhus spp. ou Zanthoxylum fagara. En Arizona, il se trouve souvent dans Cylindropuntia versicolor et Cylindropuntia fulgida.