vignette|Richard Dawkins, scientifique et militant, créateur de la Fondation Richard-Dawkins pour la raison et la science. Le scientisme est une position apparue au selon laquelle la science expérimentale est la seule source fiable de savoir sur le monde, par opposition aux révélations religieuses, aux superstitions, aux philosophies spiritualistes, aux traditions et aux coutumes, également à toute autre forme de savoir.

Le scientisme se propose en conséquence, selon la formule d'Ernest Renan, d' . Il s'agit donc d'une confiance ou d'une espérance dans l'application des principes et méthodes de la science y compris moderne dans tous les domaines. On peut résumer le cœur de cette position en : La mécanique quantique montre que cette vision est d'ailleurs plus complexe que ce qu'on en savait alors, achevant l'abandon d'un essentialisme du monde, et le définissant juste comme tel qu'il répond à nos sollicitations (.

Le terme scientisme est aussi utilisé pour désigner l'approche selon laquelle les problèmes concernant l'humanité et le monde pourraient être réglés au mieux, si ce n'est parfaitement, suivant le paradigme de la méthode scientifique. Le scientisme considère que ..

Le principe d'une pratique ou quête idéale de la science, ne coïncide pas nécessairement avec le scientisme. Le scientisme s'apparente à la modernité, au rationalisme, à la « loi des trois états » d'Auguste Comte, mais aussi bien à des formes de réductionnisme, ou de retour au dualisme cartésien.

Le scientisme est également l'objet de critiques venant de divers horizons : religieux sur la question du sens de la vie, philosophique, écologique, politique, scientifique

Principe Le scientisme consiste à affirmer l'applicabilité universelle de la méthode et de l'approche scientifique, et l'idée que la science empirique constitue la vision du monde la plus légitime ou la partie la plus valide de la connaissance humaine, à l'exclusion d'autres points de vue d'origine philosophique, religieuse, esthétique ou morale. Il a été défini comme .

Le politique devrait, dans cette optique, s'effacer devant la gestion scientifique des problèmes sociaux, et les désaccords ne pourraient dès lors que relever d'une erreur de méthode, sauf si entrent à la base des intérêts particuliers, voire la volonté de nuire. Cette position est voisine de celle de Leibniz qui espérait parvenir à résoudre les divergences entre les hommes par le calcul (une fois trouvé le modèle adéquat).

Assez fréquemment, le terme « scientisme » est mobilisé pour évoquer une science appliquée « avec excès ». Cette utilisation du terme scientisme renvoie en fait à deux sens : L'usage abusif de la science ou d'allégations scientifiques. Cet usage concerne d'abord des contextes où la science pourrait ne pas s'appliquer, par exemple lorsque la question traitée dépasse par sa complexité la portée "raisonnable" de la démarche scientifique, ou dans des contextes où les preuves empiriques sont insuffisantes pour qualifier de scientifique une quelconque conclusion. Cela peut procéder notamment du fait d'une vénération excessive pour les affirmations des scientifiques ou d'un empressement à accepter un résultat décrit comme scientifique court-circuitant l'esprit critique. Il peut également s'agir de la volonté d'appliquer la méthodologie des "sciences dures" et des prétentions de certitude aux sciences sociales, ce que Friedrich Hayek a pour sa part considéré comme étant impossible, car cette méthodologie implique souvent de déployer des efforts afin d'éliminer le facteur humain, alors que les sciences sociales (y compris son propre domaine de l'économie) sont précisément focalisées très largement sur l'action humaine. , ou que "la science, et seulement la science, décrit le monde tel qu'il est en lui-même, indépendamment de toute perspective" avec comme corollaire l'élimination des dimensions psychologiques [et spirituelles] de l'expérience. Ceci amène Tom Sorell à proposer cette définition : « Le scientisme consiste à accorder une trop grande valeur aux sciences naturelles par rapport à d'autres branches de l'apprentissage ou de la culture ».

Origine du terme Le terme « scientisme » apparaît au tournant du au , l'auteur Romain Rolland l'ayant utilisé dans sa pièce Les loups. Ernest Renan l'utilise en 1890 pour annoncer son renoncement à la foi chrétienne et sa croyance aux vertus de la science, alors que Brunetière dénonce avec le même mot le fait de souscrire aux illusions de cette dernière. Le biologiste Félix Le Dantec l'utilise à son tour pour définir sa foi en la science dans un article paru en 1911 dans la Grande Revue :

C'est donc dans un contexte polémique sur les apports et limites de la science que le terme apparaît.

Le scientisme plonge néanmoins ses racines dans des philosophies bien antérieures, parmi lesquellesFriedrich Hayek, « La source de l’orgueil scientiste : L’École polytechnique », un extrait – traduit – de The Counter-Revolution of Science, lire en ligne. : au , le rationalisme de Descartes, qui voyait déjà dans la science une source universelle du savoir ; au , les idées de Lagrange et de Condorcet sur les sciences positives ; au , l'idéologie saint-simonienne, qui prônait la réorganisation scientifique de la société, ainsi que le positivisme d'Auguste Comte.

Ainsi, Friedrich Hayek voit dans l'École polytechnique la « source de l'orgueil scientiste ».

Description Le scientisme, selon Nadeau, renvoie à trois idéesVoir l'entrée « scientisme » de R. Nadeau, Vocabulaire technique et analytique de l'épistémologie, PUF, 1999. : la science peut se substituer à la philosophie comme à la métaphysique dans la recherche de solutions aux grands problèmes éthiques ou moraux la science porterait en elle la solution des souffrances de l'humanité seules les méthodes des sciences exactes seraient scientifiques, et il conviendrait de les appliquer dans la mesure du possible aux sciences humaines et sociales

Popper considère qu'est scientisteAttention au faux-ami partiel : le nom commun anglais scientist peut signifier à la fois scientifique ou scientiste. celui qui, ne percevant pas les conditions d'application limitées des sciences exactes, en fait un usage naïf en science humaine ou sociale.

Sous des acceptions moins techniques, le scientisme peut être associé à l'idée que seules les connaissances scientifiquement éprouvées peuvent être réputées sûres, mais peut aussi renvoyer à l'idée d'un excès de confiance en la science qui pourrait se transformer en dogme, voire en une foi nouvelle se substituant aux religions. Victor Hugo, cité par Henri Guillemin, déplore qu'il existe aussi selon lui Voir sur youtube.com de 27:13 à 27:31.. Flaubert le décrira par son Monsieur Homais.

Dans L'Hypnotisme dans la littérature, Anatole France a prédit que, Voir l'article de la Wikipédia anglophone :en:Quantum mysticism également nommé sur la Toile quantum woo, rappelant qu'on ne peut évaluer une idée que dans l'opposition qu'on en fait avec d'autres (dialectique). Claude Lévi-Strauss rappellera plus tard que les peuples ne connaissant pas la cuissonVoir Le Cru et le Cuit, 1964. n'ont pas de mot non plus pour dire « cru ».

Objectif et moyens À objectif donné (augmenter le taux d'alphabétisation, réduire la mortalité infantile…), l'arsenal des méthodes scientifiques est censé permettre de dégager le meilleur moyen de l'atteindre, si ce moyen existe. Cet objectif semblait raisonnable au . Mais aujourd'hui on sait qu'un problème un tant soit peu complexe entraîne une explosion combinatoire qui empêche de calculer la meilleure solution. Le scientiste reste sur le présupposé qu'existe pour chaque problème une solution qui peut s'imposer sans que volonté, desiderata ou subjectivité d'un décideur ou des populations concernées n'influencent le débat. Ernest Renan explique :

L'hypothèse scientiste voudrait que l'éducation, en libérant des illusions métaphysiques et théologiques, rende possible une gestion "rationnelle" de la société, bien que cette recherche ne puisse se faire que si l'on a au préalable fixé quoi chercher, c'est-à-dire que fixer comme but politique, comme cap au navire.

Le souhait et sa critique De même que Platon voulait que les rois fussent philosophesVoir sur franceculture.fr., les scientistes les plus radicaux estiment que le pouvoir politique devrait être confié à des savants plutôt qu'à des politiciens élus ou non et à leurs bureaucrates. Cette conception, qu'on peut rapprocher de la technocratie, se veut donc plus proche d'une aristocratie (« gouvernement par les meilleurs ») que d'une démocratie : une solution élaborée par des experts compétents à objectif donné n'aurait pas à être discutée, sinon pour signaler des omissions de faits, ou bien par d'autres experts. En revanche, la fixation des objectifs est effectuée par ailleurs, ce peut être par un souverain, un conseil des sages ou un vote. La deuxième de ces perspectives enthousiasma Renan, mais la troisième inquiéta plus tard sérieusement Bernanos (La France contre les robots).

Paul Valéry soulevait déjà ce problème dès 1919 : Paul Valéry, Regards sur le monde actuel. : l'instruction, même accompagnée de vertus morales, ne montrait pas constituer une garantie de bonheur. L'essai L'Homme stupide, de Charles Richet, qui l'avait précédé en 1919, se voulait tout aussi pessimiste : l'instruction était sans doute préférable à son absence, mais avait montré ne pas garantir des choix heureux ni rationnels. Position voisine de celle de l'Ecclésiaste sur les limitations de la seule sagesse.

Edgar Quinet avait déjà mis en garde Edgar Quinet, La Révolution religieuse au (1857). contre le fait que , en citant que sous Caligula le superbe réseau de voies romaines de l'empire ne servait plus qu'à . La Deuxième Guerre mondiale montrera qu'un tel danger perdurait.

Science et valeurs La démarche scientifique n'a pas pour objet de dégager des valeurs, mais peut fort bien être utilisée pour modéliser des conséquences de tel ou tel système de valeurs, grâce à la théorie des jeux et aux techniques de simulationDavid Gauthier, Morale et contrat, Mardaga, 1986. ou ce que propose Robert Wright dans L'Animal moral.

Sam HarrisVoir sur nytimes.com. et Richard Dawkins estiment que l'approche consistant à évaluer par les neurosciences le bien ou le mal plus ou moins grand d'un système éthique en mesurant la souffrance moyenne qui lui est associéeVoir sur youtube.com. pourrait constituer à terme une idée viableVoir sur youtube.com., mais que nous en sommes pour le moment loin.

Sam Harris a cependant consacré un ouvrage à l'inventaire des outils possibles pour l'étude des conséquences de plusieurs systèmes de valeur : The Moral Landscape.

Le diagramme de Pournelle illustre comment on peut imaginer quatre versions différentes et contraires du bien avec une continuité d'intermédiaires possibles de l'une à l'autre.

Critiques Critique philosophique Le philosophe Louis Jugnet (1913-1973) a résumé en trois paragraphes une critique philosophique possible du scientisme :

Critique religieuse L'encyclique Fides et ratio de Jean-Paul II de 1998 (§ 88) mentionne le scientisme comme l'un des dangers à prendre en considération dans la philosophie actuelle, notamment parce qu'il occulte la question du sens de la vie :

Cette encyclique mentionne la nécessité de philosophies qui présentent une ouverture métaphysique pour l'intelligence de la foi :

Dans son encyclique Laudato si’ de 2015 sur la sauvegarde de notre maison commune, le pape François estime que les causes des problèmes écologiques et sociaux de notre époque sont à rechercher dans la « globalisation du paradigme technocratique »Laudato si’, § 106-114.

Critique épistémologique