Nuno Oliveira, né le à Lisbonne et mort le à Perth, est un écuyer portugais, considéré comme le plus grand maître de l'art équestre au . Formé à partir de onze ans à l'équitation, il est reconnu comme un maître écuyer dès l'âge de vingt-trois ans. Deux décennies plus tard, son influence dépasse largement les frontières de son Portugal natal.
Il a peu côtoyé le monde de la compétition, qui ne lui permet pas de s'exprimer. Nuno Oliveira aborde l'équitation comme un art véritable, auquel il accorde une dimension spirituelle. Il décrit lui-même son équitation comme « la sublimation de sa technique par l'amour ». Nourri d'une immense culture équestre et de la musique des opéras, en particulier de Verdi, Nuno Oliveira donne des stages partout dans le monde. Réputé pour son côté excessif, il possède aussi de grands talents de pédagogue qu'il met à profit pour former des centaines de cavaliers. Le courant qu'il a initié se nomme l'« oliveirisme ».
Biographie Enfance et adolescence Nuno Oliveira est issu d'une famille aisée, il est le fils d'un pasteur Protestant qui travaille pour une banque, Guido Oliveira. Sa mère est très pieuse. Il fréquente le monde du cheval dès son plus jeune âge puisque son cousin Joaquim Goncalves de Miranda, ancien écuyer de l'école royale portugaise probablement devenu un autodidacte, le prend comme élève alors qu'il est âgé de 11 ans, jusqu'à son décès en 1940. Nuno Oliveira suit parallèlement sa scolarité au collège anglo-portugais, de 7 à 14 ans. Il a l'occasion de se documenter sur l'équitation classique grâce à la bibliothèque de Manuel de Barros, un riche propriétaire d'équidés. C'est également durant l'adolescence que son père l'initie à l’opéra. Il obtient son baccalauréat.
Débuts Nuno Oliveira fait immédiatement carrière dans l’équitation, en travaillant les chevaux de riches familles et de commerçants portugais, sans avoir d'écurie ou de manège propre dans un temps. Il ne reste pas longtemps dans les rues de Lisbonne puisqu'un propriétaire équin le remarque, et l'installe dans une écurie en banlieue. Il commence à se produire en spectacle au Colisée des Recreios, sa réputation va dès lors se construire si bien qu'en 1948, année de son mariage, il est reconnu comme un maître écuyer au Portugal.
Il enseigne principalement et plus longuement à Póvoa de Santo Adrião. À l'âge de trente-cinq ans, il travaille dans un manège modeste de la banlieue de Lisbonne, à Odivelas. Sa journée commence à six heures du matin avec le dressage des jeunes chevaux. Il reprend aussi en main des chevaux de saut d'obstacles qui font des refus, et des chevaux de tauromachie perturbés. Parmi ses élèves figurent déjà les Ambassadeurs de France et de Suisse au Portugal, et la princesse de Barcelone. Il est présenté officiellement au monde équestre français en 1964, sur une initiative du rédacteur en chef du magazine L'Éperon. La presse française, les meilleurs cavaliers professionnels, les écuyers du Cadre noir et la Fédération Française le découvrent à cette occasion.
Reconnaissance En 1967, Nuno Oliveira donne ses premières leçons hors du Portugal, en Belgique où il est réinvité deux fois chaque année. Il ouvre sa propre école équestre dans une ancienne bergerie, à Aveçada au nord de Lisbonne, qui attire au fil du temps des centaines d'élèves écuyers du monde entier. Grâce à son talent pédagogique rare, Nuno Oliveira enseigne son art. Il voyage beaucoup, y compris en Australie et au Pérou.
Il inspire les écuyers du Cadre noir de Saumur sur l'invitation du colonel Durand, et se fait régulièrement inviter aux grands événements équestres internationaux. Le général de Champvallier, écuyer bauchériste, adresse à Oliveira une phrase restée célèbre, tout en s'inclinant devant lui : . Michel Henriquet lui demande « comment êtes vous ce que vous êtes ? », ce à quoi Oliveira lui répondra « Par nos chevaux ». Malgré sa popularité, n'ayant pas fréquenté le milieu de la compétition équestre, Oliveira vit dans une relative pauvreté. Il refuse la direction de l'école portugaise d'art équestre pour conserver son indépendance.
Décès Son rythme de travail effréné, partagé entre l'équitation et l'écriture de ses livres, est certainement à l'origine de son décès précoce. À soixante ans, Nuno Oliveira souffre du dos et d'insuffisance cardiaque. Le , il est retrouvé mort sur son lit d'hôtel en Australie en écoutant Verdi, musique qu'il aimait faire résonner dans son manège pour se cadencer. Il n'a pas, sur son compte bancaire, la somme nécessaire pour faire rapatrier son corps au Portugal : son fils João doit vendre certains de ses chevaux d'instruction pour la réunir.
Caractère et sensibilités Nuno Oliveira est connu pour son exceptionnelle sensibilité artistique, mais aussi reconnu de ses pairs comme un homme colérique et excessif. Il reconnaissait lui-même ses débordements, notamment dans ses lettres. Il s'est fâché avec un certain nombre de cavaliers et d'écuyers, dont René Bacharach, qui faisait pourtant partie de ses admirateurs. Sa personnalité transparaît dans ses écrits, notamment à travers l'usage fréquent de la caricature. Il montre également une vision dualiste, voire binaire, opposant notamment le cavalier de compétition, technicien robotisé, à l'artiste équestre. Sa démarche est à contre-courant du milieu de la compétition, qu'il est réputé détester. Sa pensée peut paraître réductrice par manque de mesure : il dévalorise, voire « démolit » les écuyers opposés à son approche équestre, notamment à travers sa détestation de l'équitation germanique, qu'il combat, face à l'équitation latine qu'il défend. Il s'est également montré très critique envers le bauchérisme. Si quelqu'un lui déplaît, il s'adresse à lui dans une attitude dominante, quelle que soit sa position sociale.
Il fait preuve en contrepartie d'une immense empathie, tant envers les personnes qu'envers le cheval, et parle longuement de la dimension spirituelle de l'équitation, ce qui explique son rejet de l'équitation « mécanique », qui ignore l'aspect sensible et psychologique. Carlos Henriques Pereira l'analyse comme une expression d'un certain mal-être, dû à la position d'écuyer incompris d'Oliveira, qui avait atteint « un niveau tel qu'il ne rencontrait plus personne ». Pour Michel Henriquet, « il avait les réactions imprévisibles d'un artiste écorché par l'inquiétude ». Il ne pouvait s'empêcher de conseiller les cavaliers de son entourage pour les aider à progresser, quitte à les critiquer vivement, sans jamais cacher ne serait-ce qu'une partie de son savoir. Il s'est montré très généreux tout au long de sa vie, en permettant à des cavaliers aux faibles revenus financiers de suivre gratuitement son enseignement, allant jusqu'à offrir un cheval à un écuyer qu'il appréciait.
Approche et sources d'inspiration Nuno Oliveira n'a jamais rédigé de méthode de dressage, considérant que chaque cheval est unique et demande un dressage unique. Il approche l'équitation comme un art, et non comme un sport. D'après tous les témoignages, chaque cheval qu'il monte est sublimé et change d'attitude lorsqu'il se met en selle : Oliveira tire le meilleur du cheval, et assure que le cœur peut surpasser la technique. Il possède un don rare pour exprimer verbalement ce qui est de l'ordre de la sensation.
Son équitation a été catégorisée de différentes façons : lui-même la qualifie de « latine ». Certains observateurs l'ont rapprochée de l'équitation de tradition française telle qu'elle se pratiquait au , d'un bauchérisme modéré, voire d'une synthèse de différents courants équestres provenant de différents paysCarlos Pereira, Naissance et renaissance de l'équitation portugaise du d'après l'étude des textes fondateurs, éditions L'Harmattan, 2010, , p. 25. Son école et ses principes sont l'expression directe des socles de l'art équestre : la légèreté et l'amour du cheval. Grand lecteur des maîtres d'équitation classiques, il possède une culture équestre encyclopédique qui dépasse toute frontière, tout nationalisme. Ses principaux inspirateurs sont La Guérinière, Steinbrecht et Baucher. Il perçoit dans ses lectures une unité fondamentale entre ces différents maîtres. Il développe la légèreté en limitant les interventions du cavalier le plus possible.
D'après Maxime Le Forestier, qui a fait partie de ses élèves, il faisait toujours appel à un palefrenier pour tenir son cheval avant de se mettre en selle, afin que la monture ne recule pas. Nuno Oliveira a laissé quelques phrases et maximes devenues célèbres :
« Après trente ans sur le dos d'innombrables chevaux, je demande aux cavaliers qui me lisent et qui dressent leurs chevaux de regarder leur monture lorsqu'ils mettent pied à terre après une séance de travail, de contempler son œil et de faire un examen de conscience pour se demander s'ils ont bien agi envers cet extraordinaire être vivant, ce compagnon adorable : le cheval. »Réflexions sur l’art équestre 1965 ; Annexe à la troisième édition 1981 ; Œuvres complètes Belin, 2006, p. 76
« On a tendance, de nos jours, à oublier que l'équitation est un art. Or, l'art n'existe pas sans amour. Mais celui qui n'a pas la discipline nécessaire et qui ne possède pas la technique ne peut prétendre à l'art. L'art, c'est la sublimation de la technique par l'amour. L'amour, afin qu'après la mort du cheval, vous ayez gardé en votre cœur le souvenir de cette entente, de ces sensations qui ont quand même élevé votre esprit au-dessus des misères d'une vie humaine. »Cité par Carlos Pereira dans Parler aux chevaux autrement, éditions Amphora, 2009, , p. 25
« Il y a deux choses en équitation : la technique et l'âme. »
« L'art équestre commence par la perfection des choses simples. »
« Faites du cheval un compagnon et non un esclave, vous verrez quel ami extraordinaire il est. »
: cette phrase de Baucher reprise par Oliveira est souvent attribuée au Général Faverot de Kerbrech, l'un de ses élèves les plus connus.
Opéra et musique Nuno Oliveira est resté toute sa vie durant un grand amateur d'opéras. Selon Maxime Le Forestier, il a eu deux grandes périodes dans sa vie, celle où il écoutait Beethoven et la période Verdi. Il raconte, lorsqu'Oliveira lui a demandé de chanter dans son manège, avoir souhaité que le maître monte pour l'occasion un vieux cheval nommé Ansioso, qui « ressemble physiquement à Beethoven ». Il a fait interpréter Le Concerto de l'Empereur à l'animal, qui donnait l'impression d'être un centaure avec Oliveira. Ses chevaux ont un rapport particulier avec la musique, ils sont habitués à se cadencer sur des rythmes musicaux.
Héritage vignette|gauche|Le cheval de race lusitanienne a été nettement popularisé par Oliveira Nuno Oliveira est reconnu comme un « maître de l'art équestre », le plus grand du : il est à l'origine de la renaissance de l'équitation portugaise dans les années 1950, et d'un grand regain d’intérêt pour le cheval de race lusitanienneCarlos Pereira, Naissance et renaissance de l'équitation portugaise du XVe au XVIIIe siècle d'après l'étude des textes fondateurs, éditions L'Harmattan, 2010, , p. 403-404. Une salle lui est dédiée à l'académie du spectacle équestre de Versailles. Après sa mort, de nombreux cavaliers d’Europe se passionnent pour les chevaux ibériques. Antoine de Coux, l'un de ses plus fidèle disciples, entreprend de trier et publier après sa mort les conseils que le maître a prodigués toute sa vie pour ne pas perdre cette mine de conseils pertinents et précieux. Il décède avant d'avoir fini, mais Madame Laurenty reprend le flambeau et l'ouvrage Paroles du maître sort en 2007, complétant les écrits foisonnants de Nuno Oliveira.
Deux documentaires lui sont consacrés : Nuno Oliveira, l’écuyer du distribué par 24 images production en 2007, et Nuno Oliveira, 20 ans après, sorti en 2009.