Nicolas Flamel (né vers 1330 ou 1340, peut-être à Pontoise – à Paris) est un bourgeois parisien du , écrivain public, copiste, libraire-juré — entrée « Libraire » du TLFi, sur le site du CNRTL. et alchimiste.
Sa carrière prospère, son mariage avec Pernelle, une veuve ayant du bien, et ses spéculations immobilières lui assurèrent une fortune confortable, qu'il consacra, à la fin de sa vie, à des fondations et constructions pieuses. Cette fortune, que la rumeur amplifia, est à l'origine du mythe qui fit de lui un alchimiste ayant réussi dans la quête de la pierre philosophale permettant de transmuter les métaux en or. À cause de cette réputation, plusieurs traités alchimiques lui furent attribués, de la fin du au , le plus célèbre étant Le Livre des figures hiéroglyphiques paru en 1612. Ainsi, « le plus populaire des alchimistes français ne fit jamais d'alchimieDidier Kahn, « Recherches sur l’alchimie française des , », Chrysopœia, V, 1992-1996 (= Kahn 1993), . ».
Biographie thumb|L'entrée de la reine Isabeau de Bavière à Paris en 1389, (manuscrit enluminé du , British Library).|alt=Enluminure de l'entrée de la reine Isabeau de Bavière à Paris.
Pour un personnage de l'époque n'appartenant pas à la noblesse, une documentation relativement importante existe sur Nicolas Flamel. : les actes de la paroisse de Saint-Jacques-la-Boucherie, réunis au , divers documents personnels de lui et de sa femme dont son testament, ainsi que des descriptions et des illustrations, postérieures à sa mort, des bâtiments et monuments religieux qu'il fit bâtir.
Flamel écrivain-public et libraire-juré Nicolas Flamel naquit vers 1340 (plutôt que vers 1330 comme souvent indiqué.), peut-être à « Pontoise à sept lieues de Paris »La Croix du Maine La Bibliotheque françoise (1584).. Il échappa dans sa jeunesse à la peste noire de 1348, qui emporta entre un tiers et la moitié de la population européenne. Sa vie s'écoula à Paris pendant la guerre de Cent Ans, de la bataille de Crécy en 1346 à celle d'Azincourt en 1415. Il dut assister en 1389, avec tous les bourgeois de Paris vêtus de rouge et vert, à l'entrée à Paris de la reine Isabeau de Bavière, et il vécut peu avant sa mort en 1418, les troubles parisiens de la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons et la révolte des Cabochiens (1413).. À partir du , la fondation des universités mais aussi le développement de la littérature profane et de la lecture dans la noblesse et la haute-bourgeoisie entraîna la constitution d'ateliers laïcs de copie et d'enluminure, qui étaient jusqu'alors l'apanage des monastères. Ils se constituèrent dans les grandes villes, et tout particulièrement à Paris..
thumb|alt=Plan de 1552 représentant le Paris de Nicolas Flamel, de sa maison au coin de la rue de Marivaux et de la rue des Écrivains au cimetière des Innocents|Le Paris de Nicolas Flamel, de sa maison au coin de la rue de Marivaux et de la rue des Écrivains au cimetière des Innocents - Plan de Truschet et Hoyau (1552) dit « plan de Bâle ».
Il commença à Paris une carrière de copiste et d'écrivain public, dans une petite échoppe adossée à l'église Saint-Jacques-la-Boucherie., dans la rue des Écrivains. Il était peut-être le frère aîné, ou un parent, de Jean Flamel, secrétaire et bibliothécaire du grand bibliophile Jean de Berry (celui des Très Riches Heures du duc de Berry)Guillebert de Mets Description de la ville de Paris (1434) : « Gobert le souverain escripvain qui composa l'art d'escripre et de taillier plumes, et ses disciples par leur bien escripre furent retenus des princes, comme le jeune Flamel, du duc de Berry ; Sicart, du roy d'Angleterre ; Guillemin, du grand ministre de Rodes ; Crespy, du duc d'Orléans ; Perrin de l'Empereur Sigemundus de Romme » - « Item Flamel l'aisné, escripvain qui faisoit tant d'aumosnes et d'hospitalitez et fit plusieurs maisons ou gens de mestiers demouroient en bas et du loyer qu'ils paioent, estoient soutenus povres laboureurs en haut. » ch. Le problème des deux Flamel.. Il acheta par la suite une maison en face de l'échoppe, au coin de la rue des Écrivains et de la rue de Marivaux (renommée rue Nicolas-Flamel en 1851Félix Lazare Dictionnaire historique des rues et monuments de Paris (1855), Rue Nicolas-Flamel ), dans laquelle il habita et installa son atelier, à l'enseigne de La fleur de Lys. Cette maison, décorée de gravures et d'inscriptions religieuses, et de la maxime « Chacun soit content de ses biens, Qui n'a souffisance il n'a riens », témoigne de l'aisance alors acquise par Flamel, sans que celle-ci, par comparaison avec d'autres demeures bourgeoises bien plus luxueuses de l'époque, semble avoir été exceptionnelle.. La rue de Rivoli, bien plus large, recouvre aujourd'hui la rue des Écrivains, l'emplacement de la maison de Flamel et la majeure partie de l'église, dont il ne reste que la tour Saint-Jacques (construite au début du , un siècle après la mort de Flamel).
Probablement après 1368 : il n'est pas cité en 1368 dans l'Ordonnance de Charles V portant exemption du guet et de la garde des portes., il devint libraire-juré (juré parce qu'il dut prêter serment à l'université de Paris)voir le Serment prêté par Geoffroy de Saint-Léger, libraire-juré de l'Université, d'exercer loyalement son office : 26 novembre 1316., membre de la catégorie privilégiée des « libraires, parcheminiers, enlumineurs, écrivains et lieurs de livres, tous gens de métier appartenant aux diverses sciences et connus au Moyen Âge sous l'appellation générique de clercs. Ils dépendaient de l'Université et non de la juridiction du prévôt de Paris, comme les autres marchands »R. de Lespinasse, Les Métiers et corporations de la Ville de Paris, III, Paris 1897 cité par .. Ils sont notamment exemptés en principe des tailles (impôts directs). Flamel essaya d'ailleurs en 1415 de faire valoir ce privilège pour éviter de payer une taxe..
Nicolas et Pernelle thumb|left|Portail de l'église Saint-Jacques-la-Boucherie, financé en 1389 par Nicolas Flamel, et sur lequel il s'était fait représenter avec son épouse.|alt=Enluminure du portail de l'église Saint-Jacques-la-Boucherie. Vers 1370, il épousa une femme deux fois veuve, Pernelle., et en 1372 ils se firent devant notaire un legs mutuel de leurs biens, don qui fut renouvelé à plusieurs reprises, et qui excluait de l'héritage de Pernelle sa sœur et les enfants de celle-ci.. Eux-mêmes sans enfants, les deux époux Flamel commencèrent à financer des œuvres et constructions pieuses.
Afin de vider les fosses du cimetière des Innocents, les bourgeois de Paris firent construire tout autour, au et des charniers où les ossements exhumés étaient entassés et mis à sécher, en hauteur, au-dessus d'arcades. En 1389, Nicolas Flamel fit construire et décorer l'une de ces arcades, du côté de la rue de la Lingerie, où se trouvaient également des échoppes d'écrivains publics. Y étaient gravés, autour d'un homme noir figurant la mort, les initiales de Nicolas Flamel en lettres gothiques, un poème et des inscriptions religieuses, « escriptures pour esmouvoir les gens à dévotion » selon Guillebert de Mets dans sa Description de Paris (1434).. La même année, il finança la réfection du portail de Saint-Jacques-la-Boucherie, en s'y faisant représenter en prière avec sa femme, au pied de la Vierge Marie, de saint Jacques et de saint Jean.
Pernelle mourut en 1397. Juste avant sa mort, sa famille essaya de faire annuler le legs mutuel entre les époux. Il s'ensuivit un procès entre les héritiers de la sœur de Pernelle et Nicolas Flamel que ce dernier finit par gagner.. Après la mort de son épouse, il continua à financer des constructions dévotes, et s'engagea dans des investissements immobiliers à Paris et dans les alentours.
En 1402, il fit reconstruire le portail de l'église Sainte-Geneviève-la-Petite, qui était située sur l’île de la Cité, le long de la rue Neuve-Notre-Dame, sur l’emplacement de l’actuel « parvis Notre-Dame - place Jean-Paul-II ». Elle fut appelée Sainte-Geneviève-des-Ardents à partir du début du et détruite en 1747. Sa statue, en robe longue à capuchon, et avec l’écritoire, symbole de sa profession, fut placée dans une niche à côté du portail.. En 1411, il finança une nouvelle chapelle de l’hôpital Saint-Gervais (qui était en face de l’église Saint-Gervais), et semble avoir contribué aux réfections des églises Saint-Côme et de Saint-Martin-des-Champs. En 1407, il fit élever un tombeau pour Pernelle au cimetière des Innocents, sur lequel il fit graver une épitaphe en versH. Verlet Épitaphier du vieux Paris : VI Les Saints Innocents Paris, 1989, cité par :
NICOLAS FLAMEL ET PERNELLE SA FEMME
LES POVRES AMES TRESPASSEES QUI DE LEURS HOIRS SONT OUBLIEES REQUIERENT DES PASSANS PAR CY QU'ILS PRIENT A DIEU QUE MERCY VEUILLENT AVOIR D'ELLE ET LEUR FACE PARDON ET A VOUS DONT SA GRACE
L'EGLISE ET LES LIEUX DE CEANS SONT A PARIS MOULT BIEN SEANS CAR TOUTE POVRE CREATURE Y EST RECEU A SEPULTURE ET QUI BIEN Y FERA SOIT MIS EN PARADIS ET SES AMIS
QUI CEANS VINT DEVOTEMENT TOUS LES LUNDIS OU AUTREMENT ET DE SON POUVOIR A FAIT DONS INDULGENCE A ET PARDONS ESCRITS CEANS EN PLUSIEURS TABLES MOULT NECESSAIRE ET PROUFITABLE
NUL NE SAIT QUE TELS PARDONS VAILLENT QUI DURENT QUAND D'AUTRES BIENS FAILLENT
DE MON PARADIS POUR MES BONS AMIS DESCENDU JADIS POUR ESTRE EN CROIX MIS.
thumb|left|L'arcade du Petit charnier du cimetière des Innocents, bâtie par Nicolas Flamel en 1407 - dessin de Charles-Louis Bernier en 1786.|alt=Dessin de l'arcade du Petit charnier du cimetière des Innocents. La même année, il fit construire une nouvelle arcade (celle qui allait principalement retenir l'attention des alchimistes), cette fois du côté du charnier de la rue Saint Denis, et la fit décorer de sculptures. Il y était à nouveau représenté avec sa femme, en prière au pied du Christ, de saint Pierre et de saint Paul, entourés d'anges, et avec ses initiales NF dans des écritoires. Au-dessous, se trouvait une frise de cinq bas-reliefs représentant diverses figures religieuses conventionnelles : un lion ailé, des anges, une scène de résurrection, deux dragons combattant, etc. Au-dessous encore, trois panneaux représentaient le Massacre des Innocents, qui avait donné son nom au cimetière. L'iconographie de ces sculptures est similaire à celle d'autres monuments funéraires du cimetière des Innocents.. Ces constructions et ornementations étaient courantes à l'époque : en 1408, le duc de Berry fit sculpter sur le portail de l'église du cimetière le Dit des trois morts et des trois vifs et, en 1423-1424, il fit peindre la grande fresque de la Danse macabre, sur les arcades du charnier sud (le long de la rue de la Ferronnerie). En 1786, lors de la destruction complète du cimetière des Innocents, plusieurs dessins en furent réalisés par Charles-Louis Bernier (1755-1830), dont l'arcade de Flamelvoir Charles Louis Bernier sur le catalogue Gallica de la BNF..
thumb|La maison de Nicolas Flamel ou maison « au grand Pignon », au 51, rue de Montmorency, aujourd'hui auberge Nicolas Flamel.|alt=Photo de l'auberge Nicolas-Flamel.
Toujours en 1407, Flamel fit construire plusieurs maisons destinées à accueillir les pauvres, et sur lesquelles on voyait « quantité de figures gravées dans les pierres avec un N et un F gothiques de chaque côté ».. La plus connue, et la seule qui existe encore aujourd'hui, est la maison de Nicolas Flamel, aussi dite « au grand pignon », rue de Montmorency (aujourd'hui au ). Outre les initiales de Flamel et diverses figures dont des anges musiciens, elle porte l'inscription : « Nous homes et femes laboureurs demourans ou porche de ceste maison qui fut faite en l'an de grâce mil quatre cens et sept somes tenus chascun en droit soy dire tous les jours une paternostre et un ave maria en priant Dieu que sa grâce face pardon aus povres pescheurs trespasses Amen. » Baptisée aujourd'hui « maison de Nicolas Flamel », bien que rien n'indique qu'il y ait jamais habité, elle est réputée être l'une des plus anciennes demeures de Paris.