Luigi Nono, né le à Venise (Italie) et mort le dans la même ville, est un compositeur italien de musique contemporaine.

Biographie

Né le à Venise, il est nommé Luigi, d'après son grand-père paternel, le peintre Luigi Nono.

Nono rencontre Gian Francesco Malipiero en 1941 et commence à suivre ses cours de composition au Conservatoire Benedetto Marcello de Venise. Il entame parallèlement des études de droit à l'université de Padoue. En 1946, ses études de droit achevées, Nono fait la connaissance à Rome de Luigi Dallapiccola et de Bruno Maderna. Ce dernier devient rapidement un ami et un aîné admiré. Deux ans plus tard, il assiste avec Maderna aux cours de direction d'orchestre donnés à Venise par Hermann Scherchen.

En 1952, Nono rejoint le Parti communiste italien (PCI).. Son engagement communiste, en réalité marqué par le communisme révolutionnaire, ne sera ébranlé que par les événements de qui conduiront à la radicalisation de certains groupes d'extrême gauche, passant à l'action terroriste.

En , Nono rencontre Nuria Schönberg, la fille d'Arnold Schönberg, à Hambourg où il assiste à la première mondiale, en version concertante, de l'opéra Moïse et Aaron du compositeur autrichien disparu trois ans auparavant. Nono épouse Nuria en 1955. Le couple aura deux filles : Silvia, née en 1959, traductrice, ex-compagne du metteur en scène Nanni Moretti et mère de son fils Pietro Serena Bastiana, née en 1964, sculptrice et peintre.

Nono et sa famille s'installent sur l'île de Giudecca (Venise) en 1956.

Parcours musical

De 1950 à 1960, Nono participe à l’Internationale Ferienkurse für Neue Musik (Université d'été internationale pour la nouvelle musique) à Darmstadt, qui lui permet de rencontrer notamment Edgar Varèse et Karlheinz Stockhausen. D'abord étudiant, il enseignera avec Maderna à partir de 1956. Les œuvres de cette première période comprennent : Polifonica-Monodica-Ritmica (1950), Epitaffio per Federico García Lorca (1952-1953), La victoire de Guernica (1954) et Liebeslied (« Chant d'amour », 1954). En 1954, Nono participe à un colloque sur les nouvelles techniques de composition au Elektroakustische Experimentalstudio fondé par Hermann Scherchen à Gravesano. Il rejette progressivement l'approche analytique du sérialisme pour préserver l'intégrité du phénomène musical : Incontri (« Rencontres », 1955), Il canto sospeso (« Le Chant suspendu », 1956) et Cori di Didone (« Chœurs de Didon », 1958). À Darmstadt en 1959, sa conférence Presenza storica nella musica d’oggi (« Présence historique dans la musique d'aujourd'hui ») est violemment controversée et provoque sa rupture avec Stockhausen.

Sa musique d'avant-garde est aussi l'expression d'une révolte contre la culture bourgeoise, concrétisée par son engagement communiste révolutionnaire. Il évite d'ailleurs la plupart des concerts traditionnels, auxquels il préfère l'opéra et la musique à l'usine. Il a fréquemment recours aux textes politiques dans ses œuvres, qui sont souvent ouvertement politiques. Ainsi, Il canto sospeso s'élabore sur les lettres de victimes de l'oppression durant la Seconde Guerre mondiale et lui vaut une renommée internationale. Cette connotation politique se retrouve également dans La fabbrica illuminata (« L'Usine illuminée », 1964), Ricorda cosa ti hanno fatto ad Auschwitz (« Rappelle-toi ce qu'ils t'ont fait à Auschwitz », 1966), Non consumiamo Marx (« Ne consommons pas Marx », 1969), Ein Gespenst geht um in Europa (« Un spectre hante l'Europe », 1971, allusion directe à Karl Marx et au début du Manifeste du parti communiste), Siamo la gioventù del Vietnam (« Nous sommes la jeunesse du Vietnam », 1973), et le fameux Al gran sole carico d'amore (« Au grand soleil chargé d'amour », 1975). Nono met également en musique des textes ou de la poésie, notamment de Cesare Pavese, Federico García Lorca, Pablo Neruda ou Paul Éluard.

Dès 1954, Nono s'intéresse à la musique électronique. Ses premières compositions incluant un travail sur bande magnétique datent du début des années 1960, avec Omaggio a Vedova, pour bande magnétique en 1960 et Intolleranza 1960 pour solistes, chœur, chœur sur bande magnétique et orchestre en 1961. Il écrira plus tard notamment Como una ola de fuerza y luz pour soprano, piano, orchestre et magnétophone (1972), ... sofferte onde serene... pour piano et magnétophone (1976), ou encore Al gran sole carico d'amore.

Après 1980, Nono travaille au Experimentalstudio der Heinrich Strobel-Stiftung des Südwestfunks à Fribourg-en-Brisgau où il se tourne alors résolument vers la musique électronique en direct ou aléatoire. Il s'intéresse particulièrement aux propriétés du son en tant que tel. Cette nouvelle approche se traduit par des œuvres telles que Quando Stanno Morendo. Diario polacco (1982), Guai ai gelidi mostri (1983), Omaggio a György Kurtág (1983) et avec éclat dans son dernier opéra Prometeo. Tragedia dell'ascolto (1984).

Œuvres

Variazioni canoniche sulla serie dell’op. 41 di Arnold Schönberg, pour orchestre, 1949

1950 - 1959

Polifonica - Monodia - Ritmica, pour 6 instruments et percussions, 1950 Composizione per orchestra (), pour orchestre, 1951 Epitaffio per Federico García Lorca : España en el corazón, pour soprano, baryton, chœur récitant et instruments, 1951 Epitaffio per Federico García Lorca : Y su sangre ya viene cantando, pour flûte et petit orchestre, 1952 Epitaffio per Federico García Lorca : Memento. Romance de la Guardia civil española pour voix récitante, chœur parlé et orchestre, 1953 Due espressioni, pour orchestre, 1953 La victoire de Guernica, chants d'après Paul Éluard pour chœur et orchestre, 1954 Der rote Mantel (« Le manteau rouge »), ballet, 1954 Der rote Mantel suite (« Le manteau rouge, suite N° 1 »), pour soprano, baryton, chœur et orchestre, 1955 Der rote Mantel suite , pour orchestre, 1955 Musique de scène pour Comme il vous plaira de William Shakespeare, pour baryton et 5 instruments, 1954 Liebeslied, pour chœur mixte et instruments, dédiée à sa femme Nuria, 1954 Canti per 13, pour 13 instruments, 1955 Incontri, pour 24 instruments, 1955 Il canto sospeso pour soprano, alto, ténor, chœur mixte et orchestre, 1956 Varianti, pour violon solo, bois et cordes, 1957 La terra e la compagna, chants d'après Cesare Pavese pour soprano, ténor, chœur et instruments, 1957 Piccola gala notturna veneziana in onore dei 60 anni di Heinrich Strobel, pour 14 instruments, 1958 Cori di Didone, pour chœur et percussions, 1958 Composizione per orchestra () : Diario polacco ‘58 (Journal polonais de 1958), pour orchestre, 1959

1960 - 1969

Sarà dolce tacere (« Ce sera un doux silence »), chant pour 8 solistes, d'après « La terra e la morte » de Cesare Pavese, 1960 « Ha venido ». Canciones para Silvia, pour soprano et chœur de 6 sopranos, 1960 Omaggio a Vedova (« Hommage à Vedova »), pour bande magnétique, 1960 Intolleranza 1960, action en deux tableaux d'après une idée d'Angelo Maria Ripellino, pour solistes, chœur, chœur sur bande magnétique et orchestre, 1961 Canti di vita e d’amore : Sul Ponte di Hiroshima, pour soprano, ténor et orchestre, 1962 Canti di vita e d’amore :Djamila Boupacha : monodie a cappella pour soprano solo Canciones a Guiomar, pour soprano, chœur de femmes à 6 voix et instruments, 1963 Da un diario italiano, pour 2 chœurs, 1964 La fabbrica illuminata, pour voix et bande magnétique sur des textes de Giuliano Scabia et Cesare Pavese, 1964 Musique de scène pour Die Ermittlung de Peter Weiss, pour bande magnétique, 1965 Ricorda cosa ti hanno fatto in Auschwitz, pour bande magnétique, 1966 A floresta é jovem e cheja de vida, pour soprano, 3 voix récitantes, clarinette, feuille métallique et bande magnétique, sur un texte de Giovanni Pirelli, 1966 Per Bastiana - Tai-Yang Cheng, pour bande magnétique et orchestre en 3 groupes, 1967 Contrappunto dialettico alla mente, pour bande magnétique, 1968 Musica - Manifesto : Un volto, del mare pour soprano, voix récitante et bande magnétique, sur un texte de Cesare Pavese 1969 Musica-manifesto : Non consumiamo Marx, pour bande magnétique, 1969 Musiche per Manzù (musique de film), bande magnétique, 1969 Suite de concert de l’Intolleranza 1960, pour soprano, chœur et orchestre, 1969

1970 - 1979

Y entonces comprendió, pour bande magnétique, 3 soprani, 3 voix récitantes et chœur, sur un texte de Carlos Franqui, 1970 Ein Gespenst geht um in der Welt, pour soprano, chœur et orchestre, sur des textes de Karl Marx, Celia Sánchez et Haydée Santamaria, 1971 Como una ola de fuerza y luz, pour soprano, piano, orchestre et bande magnétique, 1972 Siamo la gioventù del Vietnam, pour chœur à une voix, 1973 Per Paul Dessau, pour bande magnétique, 1974 Al gran sole carico d'amore (« Au grand soleil d'amour chargé »), action en deux tableaux(entré au répertoire de l'opéra), pour solistes, grand chœur et petit chœur, orchestre et bande magnétique, 1975 ...sofferte onde serene..., pour piano et bande magnétique, 1976 Fragments de Al gran sole carico d'amore pour solistes, chœur, orchestre et bande magnétique, 1976 Con Luigi Dallapiccola, pour 6 percussionnistes, quatre tourne-disques, trois modulateurs en anneau et amplification, 1979

1980 - 1989

Fragmente - Stille, an Diotima, pour quatuor à cordes, 1980 Das atmende Klarsein, Fragmente, pour flûte basse, bande magnétique, et électronique ad libitum, 1981 Io, frammento dal Prometeo, pour 3 soprani, petit chœur, flûte basse, clarinette contrebasse et électronique, sur un texte de Massimo Cacciari, 1981 Quando stanno morendo. Diario polacco , pour 4 voix de femmes, flûte, violoncelle et électronique, sur des textes de Czesław Miłosz, Boris Pasternak, Velimir Khlebnikov, Endre Ady, Alexandre Blok, adaptation de Massimo Cacciari, 1982 ¿Donde estàs, hermano?, pour 2 soprani, une mezzo-soprano et une contralto, 1982 Omaggio a György Kurtág, pour contralto, flûte, clarinette, tuba et électronique, 1983 Guai ai gelidi mostri, pour 2 contralti, flûto, clarinette, tuba, alto, violoncelle, contrebasse et électronique, sur un texte de Massimo Cacciari, 1983 Prometeo. Tragedia dell'ascolto, pour 2 soprani, 2 contralti, ténor, 2 voix récitantes, flûte basse, clarinette contrebasse, trombone, alto, violoncelle, contrebasse, 2 joueurs de verres, chœur de solistes, 4 groupes orchestraux et électronique, 1984 A Carlo Scarpa, architetto, ai suoi infiniti possibili, pour orchestre à microintervalles, 1984 A Pierre. Dell'azzurro silenzio, inquietum, flûte basse, clarinette contrebasse et électronique, 1985 Risonanze erranti. Liederzyklus a Massimo Cacciari, pour mezzosoprano, flûte basse, tuba, percussions, et électronique, 1986 No hay caminos, hay que caminar... Andrej Tarkovskij, pour 7 groupes instrumentaux et vocaux, 1987 Caminantes... Ayacucho, pour contralto, flûte basse, orgue, 2 chœurs, orchestre (en trois groupes) et électronique, sur un texte de Giordano Bruno, 1987 Découvrir la subversion. Hommage à Edmond Jabès (composition incomplète), pour contralto, basse, voix récitante, flûte, cor, tuba et dispositif électro-acoustique, 1987 Post-prae-ludium « per Donau », pour tuba en fa et électronique, 1987 La lontananza nostalgica utopica futura. Madrigale per più caminantes con Gidon Kremer, pour violon solo et huit bandes magnétiques, 1988 Post-prae- ludium « BAAB-ARR » (composition incomplète), pour flûte piccolo et électronique, 1988 « Hay que caminar », soñando, pour 2 violons, 1989

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Martine Cadieu, Présence de Luigi Nono, Paris, éditions Promusica, 1995, 187 p.

Interview Nuria Schönberg Nono pour le Journal du Conservatoire ()

Documentaire Le Quatuor des Possibles (1992), film d'Edna Politi ; évoque en particulier la composition du Quatuor Fragmente-Stille an Diotima de Luigi Nono.

Liens externes

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