En harmonie tonale, une modulation désigne un changement de tonalité, sans interruption du discours musical. Celle-ci peut s'accompagner d'un ou de plusieurs changements de mode, mais pas obligatoirement. Elle peut ainsi désigner : un changement de tonique, un changement de mode et de tonique, le fragment musical qui évolue dans la nouvelle tonalité.
C'est une des caractéristiques de la musique tonale que de pouvoir traverser successivement des tonalités différentes au cours d'un même morceau.
Pour qu'il y ait véritablement modulation, il faut qu'il y ait au moins deux accords appartenant à la nouvelle tonalité : un accord de dominante suivi d'un accord de tonique, autrement dit, une cadence parfaite dans la nouvelle tonalité. S'il n'y a qu'un accord étranger à la tonalité initiale, il n'y a pas modulation, mais un simple emprunt.
Les problèmes posés par la modulation sont un peu analogues à ceux posés par la transposition et sont fortement affectés par le type de gamme utilisée.
Histoire La modulation est une pratique relativement récente car les compositeurs du l’évitaient avec soin. C'est que l'accord des instruments de l'époque — notamment l'inégalité des intervalles entre les 12 demi-tons de l'octave — ne permettait pas de jouer dans les douze tonalités de manière satisfaisante — plus on s'éloignait de la gamme de départ, plus les autres gammes « sonnaient faux ». À partir du , avec l'invention du tempérament égal, la modulation est devenue une pratique courante, propre à augmenter l’attrait de la musique. C'est ainsi que la science de la modulation bien menée distingue les plus grands compositeurs.
Généralités Lorsqu'on module, il peut arriver que l'on reste un certain temps dans la nouvelle tonalité avant de retourner dans la tonalité primitive, ou encore, avant d'aller dans une troisième tonalité — c'est-à-dire, avant de moduler à nouveau. Si l'on ne fait entendre qu'une simple cadence parfaite, et que l'on quitte aussitôt la nouvelle tonalité, on parle alors de modulation passagère. Dans le cas contraire, lorsque le séjour dans la nouvelle tonalité se prolonge sur plusieurs mesures, ou même, sur plusieurs phrases, on parle de modulation prolongée.
Que la modulation soit passagère ou prolongée, les accords qui la constituent doivent évidemment être analysés par rapport à la tonalité à laquelle ils appartiennent — le contraire n'aurait aucun sens.
Le dernier accord appartenant en propre à la tonalité primitive est appelé accord de sortie ; le premier accord appartenant en propre à la nouvelle tonalité — produite par la modulation — est appelé accord d'entrée. Toute la difficulté de la modulation réside dans l'enchaînement correct de ces deux accords. Ce qui compte en effet, c'est le changement de tonalité proprement dit, c'est-à-dire, le passage dans la nouvelle tonalité, ou encore, la « transition entre l'accord de sortie et l'accord d'entrée ». Le reste du segment musical — si le séjour dans la nouvelle tonalité se prolonge — ne pose pas de problèmes.
Notes modulantes Les notes modulantes — appelées également notes nouvelles, ou notes caractéristiques — sont des notes appartenant à la nouvelle tonalité, mais qui sont étrangères à la tonalité primitive.
Par exemple, dans la modulation de do majeur vers ré majeur, les deux notes modulantes sont fa et do — les cinq autres, ré, mi, sol, la et si, étant communes aux deux tonalités — ; inversement, dans la modulation de ré majeur vers do majeur cette fois, les deux notes modulantes sont fa et do.
Sur la partition, les notes modulantes apparaissent ordinairement sous forme d'altérations accidentelles — dièse, bémol, bécarre, etc. —, surtout en cas de modulation passagère. En revanche, une modulation prolongée peut être accompagnée d'un changement d'armure.
Il convient de distinguer deux types de notes modulantes : les notes modulantes constitutives et les notes modulantes découlant du mode mineur.
Notes modulantes constitutives Les notes modulantes constitutives sont les notes figurant ordinairement dans l'armure de la nouvelle tonalité correspondant à la transposition de l'échelle diatonique.
Par exemple, dans la modulation de do majeur vers sol majeur, la note fa, sensible de sol majeur et unique note nouvelle, est une note modulante constitutive.
La modulation à la tonalité relative est la seule modulation ne produisant aucune note modulante constitutive, puisque deux tonalités relatives — par exemple, do majeur et la mineur — ont les mêmes notes constitutives, et par conséquent, la même armure — en revanche, une telle modulation produit bien une note modulante découlant du mode mineur.
Selon la direction du déplacement entre les échelles constitutives des deux tonalités concernées par la modulation, on peut dire, soit qu'on va vers les dièses, soit qu'on va vers les bémols. Lorsqu'une modulation — autre qu'une modulation vers la tonalité relative — entraîne une addition de dièses — ou une soustraction de bémols —, on dit qu'on « va vers les dièses ». Lorsqu'une modulation — autre qu'une modulation vers la tonalité relative — entraîne une addition de bémols — ou une soustraction de dièses —, on dit qu'on « va vers les bémols ».
En cas de pluralité de notes modulantes constitutives, le degré qui fait la différence, autrement dit, la note modulante caractéristique, est : Lorsque l'on va vers les dièses : le dernier dièse ajouté, ou le dernier bémol retranché. Lorsque l'on va vers les bémols : le dernier bémol ajouté, ou le dernier dièse retranché. En effet, la seule présence de cette dernière altération ajoutée sous-entend la présence des autres. On l'appelle pour cette raison, la dernière note modulante constitutive, ou encore la dernière altération constitutive.
Exemples : 500px|Nombre de notes modulantes constitutives
En conséquence, dans une modulation vers une tonalité majeure, la note modulante caractéristique — ou : dernière altération constitutive — est : soit le septième degré — la sensible — de la nouvelle tonalité, lorsqu'on « va vers les dièses » ; soit le quatrième degré de la nouvelle tonalité, lorsqu'on « va vers les bémols ».
Au contraire, en cas de modulation vers une tonalité mineure, la note modulante caractéristique est : soit le deuxième degré de la nouvelle tonalité, lorsqu'on « va vers les dièses » ; soit le sixième degré de la nouvelle tonalité, lorsqu'on « va vers les bémols ».
Notes modulantes découlant du mode mineur Une note modulante découlant du mode mineur est, soit un degré quelconque transformé en sensible du mode mineur, soit au contraire, une sensible reprenant sa hauteur initiale.
Par exemple, dans la modulation de do majeur vers la mineur, l'armure ne changeant pas, sol — sensible de la mineur — est une note modulante découlant du mode mineur ; de la même façon, et pour les mêmes raisons, dans la modulation de la mineur vers do majeur, sol — dominante de do majeur — est également une note modulante découlant du mode mineur.
Selon la modulation, il peut y avoir, soit, une ou plusieurs notes modulantes constitutives, soit, une ou deux notes modulantes découlant du mode mineur, soit encore, une combinaison de ces deux possibilités.
Par exemple, la modulation de la mineur vers mi mineur, produit une note modulante constitutive — fa — et deux notes modulantes découlant du mode mineur — sol et ré.
Distance relative entre deux tonalités Parmi les sept degrés constitutifs de deux tonalités données, on trouve un certain nombre de notes communes et un certain nombre de notes différentes. Les notes communes et les notes différentes permettent d'apprécier la distance relative entre ces deux tonalités.
Par exemple, les tonalités de do majeur et sol majeur — six notes communes et une note différente — sont voisines ; au contraire, celles de do majeur et do dièse mineur — deux notes communes, et par conséquent, cinq notes différentes —, sont très éloignées.
Sont qualifiées de tonalités voisines, deux tonalités n'ayant pas plus d'une note modulante constitutive de différence. Une tonalité donnée a donc cinq tonalités voisines : la tonalité de la dominante, la tonalité de la sous-dominante, la tonalité relative, et enfin, les tonalités de la dominante et de la sous-dominante de la tonalité relative.
Par exemple, les tonalités voisines de do majeur sont : sol majeur, fa majeur, la mineur, mi mineur et ré mineur.
Sont qualifiées au contraire de tonalités éloignées, deux tonalités ayant plus d'une note modulante constitutive de différence.
Par exemple, toujours par rapport à do majeur, les tonalités suivantes sont éloignées : ré majeur, sol mineur, mi bémol majeur, fa dièse mineur, mi majeur, etc.
Par ailleurs, la parenté entre une tonalité donnée et chacune de ses cinq tonalités voisines peut varier entre une et trois altérations de différence, compte tenu, cette fois, non seulement des notes modulantes constitutives, mais aussi, des notes modulantes découlant du mode mineur. C'est ainsi qu'on peut distinguer, d'une part les tonalités voisines principales — n'ayant qu'une seule altération de différence —, d'autre part les tonalités voisines secondaires — ayant plus d'une altération de différence.
Au cours du , les modulations sont généralement effectuées parmi les seules tonalités voisines ; puis, progressivement, aux siècles suivants, les modulations se produisent dans des tonalités de plus en plus éloignées.
Tonalités voisines du mode majeur Pour une tonalité majeure, la tonalité de la dominante, celle de la sous-dominante et la tonalité relative mineure, ont chacune une altération de différence ; celles de la dominante et de la sous-dominante de la tonalité relative mineure, en ont deux.
Une tonalité majeure possède donc trois tonalités voisines principales, et deux tonalités voisines secondaires : 350px|Tonalités voisines du mode majeur
Tonalités voisines du mode mineur Pour une tonalité mineure, la tonalité relative majeure, a une seule altération de différence ; les tonalités de la dominante et de la sous-dominante de la tonalité relative majeure, en ont chacune deux ; celles de la dominante et de la sous-dominante de la tonalité mineure, en ont trois.
Une tonalité mineure possède donc une tonalité voisine principale, et quatre tonalités voisines secondaires :
350px|Tonalités voisines du mode mineur
Juxtaposition de tonalités vignette|Juxtaposition de tonalité Le passage entre une tonalité donnée et une tonalité voisine principale peut se faire sans recourir à une modulation, c'est-à-dire par simple juxtaposition de tonalités, en particulier dans le cas d'un retour à la tonalité primitive.
Exemple : 500px|Juxtaposition de tonalités
Deux grands procédés de modulation Il existe principalement deux manières de moduler, selon que l'on fait ou non appel aux accords de transition.
Il convient de noter au préalable qu'une modulation sans accord de transition est plus réussie lorsqu'au moins l'un des deux accords qui s'enchaînent est un accord de quatre ou cinq notes ; pour une modulation en harmonie purement consonante, l'utilisation des accords de transition est donc généralement recommandée.
Les divers procédés décrits ci-après — avec ou sans accords de transition — peuvent évidemment être combinés entre eux.
C'est ainsi par exemple, qu'une modulation chromatique peut produire la sixte napolitaine de la nouvelle tonalité ; ou encore, qu'une modulation avec accords de transition peut aboutir à l'homonyme de la tonalité voisine, etc.
Modulation avec accords de transition