thumb|Les décharges publiques ou privées posent de sérieux problèmes d'environnement dans les pays en développement, et les pays riches doivent suivre ou gérer des centaines de milliers de décharges, parfois anciennes et oubliées (République dominicaine, 2002). thumb|Décharge de Yoff à Dakar (Sénégal). Les animaux mangent une grande part de la matière organique consommable, mais les déchets contiennent de plus en plus de matières non biodégradables ou toxiques.

Une décharge (sous entendu de déchets) parfois appelée dépotoir, décharge publique, terrain de décharge est un lieu dans lequel on stocke des déchets par dépôts généralement sur le sol.

Ces décharges peuvent être publiques ou privées, industrielles notamment.

Histoire et description vignette|Décharge de la Minière à Conakry (Guinée).

Des dépotoirs existent depuis la Préhistoire et leur étude par les archéologues a révélé beaucoup de choses sur la vie à toutes les époques. Les décharges se sont multipliées avec la révolution industrielle et plus encore avec la société de consommation (décharges industrielles, décharges municipales et sauvages). Souvent situées en plein air, il en existe aussi dans des lieux souterrains et plans d'eau, ce qui est problématique car ces sites sont mal répertoriés et présentent des risques pour la protection de l'environnement naturel ainsi que la sécurité et l'hygiène des populations résidant à proximité.

Dans les pays développés, la réglementation sur la récupération des déchets s'est progressivement renforcée. Elle interdit les décharges sauvages, et depuis la fin du impose d'éviter de recourir aux décharges publiques au profit du recyclage, de l'incinération, de l'écoconception. En dernier recours, peuvent être utilisées des décharges, notamment appelées centres d'enfouissement techniques (CET), qui doivent répondre à des normes de protection de l'environnement (imperméabilisation, surveillance, traitement du méthane et des lixiviats) pour protéger l'air et les nappes phréatiques, avec couche étanche et repaysagement en fin d'activité.

Dans certains pays, dont la France, seuls des déchets ultimes devraient à terme être enfouis dans des décharges appelées « centres de stockage des déchets ultimes » (CSDU), au regard de l'environnement. Mais de nombreux retards d'application de la loi sont constatés..

Quelques statistiques Dans le monde, en 2016, sur environ deux milliards de tonnes de déchets produites, 1,5 ont fini en décharge., et fin 2021, les études de prospective alertent sur le fait que le réchauffement climatique va modifier le comportement de ces déchets, dont en termes d'émissions de et de méthane..

Dans l'Europe des Vingt-Huit, selon une évaluation publiée en 2018, faite par EURELCO et i-Cleantech Flanders, basée sur des données remontées auprès de plusieurs organismes publics en Europe, il y a plus de décharges en Europe qu'on ne le pensait initialement : plus de . 90 % de ces décharges sont mal sécurisées ou non sécurisées du point de vue sanitaire, car antérieures à la directive sur la mise en décharge (1999) ; la plupart nécessiteraient des mises en sécurité et réparations coûteuses. Le respect de la directive sur la mise en décharge n'est donc pas pertinent pour au moins décharges. 80 % de toutes les décharges européennes abritent surtout des déchets solides urbains, et 20 % contiennent des déchets et résidus industriels plus ou moins spécifiques. Les premières sont surtout propriétés des collectivités et les secondes d'intérêts privés..

Typologies de décharge, vocabulaire France thumb|Détail de la décharge de la ville de Marseille, près d'Entressen, en mai 2005. En France, outre une unique , (Stocamine, située en Alsace et inutilisée depuis 2004 à la suite d'un incendie de déchets toxiques à de profondeur environ), il existe officiellement trois grands types de décharges... On distingue les installations de stockage : de déchets dangereux (ISDD) (ex- ) ; de déchets non dangereux (ISDND) (ex- ) ; de déchets inertes (ISDI) (ex- ).

Ces décharges ont de nombreux noms différents, qui sont régulièrement employés, dont notamment (CET), (CSDU) ou encore (CSDD).

À noter que les abandons de déchets ou les installations qui fonctionnent de manière irrégulière sont généralement appelés. : Dépôt sauvage de déchets : (quelles que soient la taille, le volume ou la qualité des déchets, qu'ils soient abandonnés volontairement ou par négligence, qu'ils soient dans l’environnement, sur le domaine public ou sur des terrains privés, avec ou sans l'accord du propriétaire ; c'est l'abandon d'un objet ou d'une substance qui en fait un déchet). Décharge illégale : .

En 2019, le projet de loi de lutte contre le gaspillage et pour l'économie circulaire (devant être examinée par les parlementaires à partir de septembre) comprend une disposition visant à combattre les dépôts sauvages et améliorer la valorisation des déchets du bâtiment. Une reprise gratuite de certains déchets pourrait être imposée à certains acteurs du BTP, si ces déchets ont été triés auparavant ; et pour lutter contre la pollution plastique (100 % de plastiques doivent être recyclés avant 2025), un système national de consigne est rendu possible..

Modes de stockage Il existe d'autres modes de stockage des déchets : l'utilisation en remblaiement ou en sous-couche routière de certains déchets du BTP, l'enfouissement de déchets dangereux dans d'anciennes mines, les centres de stockage de déchets nucléaires à durée de vie courte ou longue.

Enjeux

Les « décharges contrôlées » sont un des moyens (avec l'incinération) les plus utilisés pour tenter d'éviter l'accumulation de déchets dangereux ou peu, pas (déchet ultime) ou trop coûteusement recyclables dans l'environnement.

Enjeux de sécurité Beaucoup d'anciennes décharges et de décharges sauvages sont d'anciennes carrières ou manquent de barrière étanche isolant les déchets de la nappe et du sol. Elles sont sources d'inquiétudes en tant que source potentielle ou avérée de pollution vers les sols et les nappes, voire vers l'air (via l'émission de polluants gazeux tels que solvants, HAP, monoxyde de carbone, dioxyde de carbone, vapeur de mercure… et parfois via des feux de décharges), ou encore comme source significative de méthane (), contribuant au dérèglement climatique. Certains déchets sont sources de risque d'explosion et incendie en cas de forte sécheresse.

Dans les pays avancés, en théorie, les décharges sont de plus en plus sécurisées (mais aussi plus coûteuses) et ne devraient plus accepter que des déchets ultimes, c'est-à-dire ne pouvant être recyclés ou valorisés par d'autres filières (ressourceries, recycleries).

Enjeux de gouvernance Comme pour les unités d'incinération, l'installation de nouveaux centres d'enfouissement se heurte souvent à l'hostilité des populations locales.

Enjeux climatiques Stockés en décharge, les déchets non inertes combustibles, putrescibles ou fermentescibles sont des sources très importantes de et de méthane, deux puissants gaz à effet de serre.

Émissions de méthane Il n'y a pas de consensus sur le nombre de décharges anciennes, ni sur la qualité et la quantité de déchets enfouis dans le monde, ni sur les variations interannuelles d'émissions de méthane de ces déchargesBogner, J., and E. Matthews, Temporal variations in landfill methane emissions: A global perspective, in Proceedings Sardinia 99 Seventh International Waste Management and Landfill Symposium, vol. IV, Environmental Impact, Aftercare and Remediation of Landfills, edited by T. H. Christensen, R. Cossu, and R. Stegmann, p. 33–42, Environ. Sanit. Eng. Cent. (CISA), Univ. of Cagliari, Sardinia, Italy, 1999., ni sur la méthodologie la plus fiable pour évaluer finement les émissions globales de méthane par les décharges dans le monde, qui était considérée comme l'une des plus grandes sources anthropiques directe de méthane dans de nombreux pays développés au milieu des années 1990..

Les estimations faites dans les années 1980 de la quantité de CH4 émis dans le monde par les seules décharges ont considérablement varié (de 9 à 70 Tg an−1)... Les modèles d'émissions sont calculés sur la base du type et de la quantité de déchets solides enfouis en condition anaérobie par pays, mais ces données sont parfois fausses ou manquantes. En modifiant une méthode du GIEC et à partir de données disponibles sur les déchets et sur la quantité de méthane récupéré, des chercheurs ont rétrospectivement évalué et reconstruit les estimations historiques annuelles de CH4 des décharges du monde sur une quinzaine d'années (de 1980 à 1996). À la fin des années 1990, les estimations d'émissions de CH4 par les décharges et/ou d'élimination par puits de méthane variaient de plus de 7 ordres de grandeur et pour toutes ces raisons, il n'existait pas de modèles empiriques ou semi-empiriques fiables, intégrant la latitude et le climat, susceptibles de prédire les émissions saisonnières de CH4 et le puits de carbone par oxydation/méthanotrophie.

En 2003, deux chercheurs ont produit quatre scénarios d'émissions mondiales de CH4 par les décharges, deux basés sur la méthodologie standard du GIEC et deux basés sur une autre méthodologie : selon les méthodes et scénarios, les évaluations variaient de 16 à 57 Tg CH4/an (fourchette relativement comparable à celles des estimations antérieures), soit une part non négligeable des 450 à 550 Tg estimées d'émissions anthropiques émises à la fin des années 1990 selon Matthews (2000).. Selon les auteurs, sur la base d'extrapolation pour les pays où les données manquent, le chiffre de 16 à 20 Tg CH4/an, associé à une récupération commerciale >15 % avant 1996 serait le plus proche de la réalité.

Rôle des bactéries méthanotrophes Il est mal évalué. En effet, il varie considérablement selon les circonstances ( il sera important en éliminant 100 % du méthane traversant un sol de couverture de décharge épais, humide et chaud, jusqu'à 10 % du méthane émis par la décharge dans d'autres cas)... ou sans aucune élimination (0 %) dans le cas d'une décharge étudiée en France en hiver (publication de Chanton et Liptay en 2000)..

L'élimination du méthane y sera plus ou moins marquée et partielle selon la latitude et l'altitude de la décharge, selon le cycle saisonnier et la variation jour/nuit de température et d'humidité... Le degré de perméabilité, l'épaisseur, les propriétés physicochimiques et la teneur en humidité du sol de couverture affectent directement l'oxydation du CH4.

Knightley , en 1995. et Visscher , en 1999. ont calculé que dans le « sol de couverture » de décharges « classique », le taux d'oxydation du CH4 peut atteindre 166-240 g CH4 par mètre carré et par jour (m−2 j−1) et plus de 1000 g m−2 j−1 dans des couvertures épaisses enrichies en compost pour y doper l'oxydation bactérienne du méthane, selon Humer et Lechner (2001).. Ce taux est parfois plusieurs fois plus élevé que celui relevé dans les zones humides ; et sur les décharges bénéficiant d'une collecte du CH4, les méthanotrophes peuvent alors consommer le faible reste de CH4 dégazant vers l'atmosphère et en plus, oxyder un peu de CH4 atmosphérique., selon Borjesson et Svensson, 1997. Selon certains modèles, en présence d'une récupération optimale des gaz par pompage, des « émissions négatives » de CH4 seraient même possibles à l'échelle de la décharge, selon Bogner (2000).

En 2001 en France, une étude de bilan massique. a complété une analyse isotopique du carbone stable, faite par Chanton et Liptay (2000). Ces travaux ont montré que l'oxydation du CH4 était négligeable dans la décharge de Montreuil-sur-Barse en hiver froid et humide, alors qu'à Lapouyade (en climat méditerranéen), 15 % du méthane émis par la décharge était consommé par les méthanotrophes en hiver. Dans une décharge située en Floride, de zéro à plus de 40 % du méthane était ainsi éliminé, selon la saison.

Structure