Emiliano Zapata Salazar, dit El Caudillo del Sur ( – ), est l'un des principaux acteurs de la révolution mexicaine.

Il prend les armes en mars 1911 contre la dictature de Porfirio Díaz et dirige une insurrection au Morelos, contribuant à la chute du régime. Défendant avant tout l'idée d'une réforme agraire en faveur des paysans, il se brouille avec le nouveau président, Francisco Madero, qui cherche à temporiser sur la question sociale afin de rétablir l'ordre et construire un État démocratique. Alors que ses troupes de paysans-soldats procèdent à des « invasions de terres », le mouvement zapatiste se voit décrit par la presse et les classes possédantes comme une guerre contre la propriété et Emiliano Zapata qualifié de bandit..

Le gouvernement dépêche des troupes dirigées par le général Victoriano Huerta reprendre le contrôle de la région mais celles-ci se livrent à des exactions qui ne font que conforter la rébellion, laquelle s'empare durant l'année 1912 de l'ensemble du Morelos. Zapata publie le Plan d'Ayala qui réclame la restitution des terres aux villages ainsi que l'expropriation, contre indemnisation, du tiers des grands domaines. Ce plan devient le texte de référence de l'agrarisme mexicain et donne une dimension nationale à Zapata.

En février 1913, le coup d’État de Victoriano Huerta à Mexico change la donne politique. Zapata poursuit la lutte contre la dictature du général Huerta mais conserve son autonomie à l'égard des forces insurgées du Nord, celles de Pancho Villa comme celles des constitutionnalistes de Venustiano Carranza. Après la défaite de Victoriano Huerta en juillet 1914, les révolutionnaires se divisent. Zapata fait alliance avec Pancho Villa contre Venustiano Carranza, qui entend incarner la continuité avec l'ancien président Madero. Il meurt assassiné sur ordre de Carranza le 10 avril 1919.

Origines

Emiliano Zapata est né à Anenecuilco (qui est alors nommé Nenecuilco, ou San Miguel Nenecuilco) un village de la municipalité d'Ayala au Morelos, petit État situé à au sud de la capitale et peuplé en 1910 de qui représente alors 1,2 % de la population du pays, soit 0,25 % du territoire national à l'époque et premier producteur mondial de sucre de canne.. Avant-dernier enfant de Gabriel Zapata et de Cleofas Salazar, il a neuf frères et sœurs : Pedro, Celsa, Loreto, , Romana, María de Jesús, María de la Luz, Jovita et Matilde. Il suit des cours à l'école primaire d'Anenecuilco, où il acquiert des rudiments de calcul et d'écriture, mais n'ira jamais plus loin dans l'instruction.. Son père meurt lorsqu'il a .

La famille de Zapata a atteint un certain niveau d'aisance, elle possède ses propres terresJan Bazant, Cinco haciendas, tres siglos de vida rural 1600-1910, Mexico, DF, 1975, El Colegio de Mexico, centro de estudios historicos.. Le capital personnel d'Emiliano Zapata en 1910 est évalué à soit ., une somme considérable, le revenu d'un ouvrier agricole au Mexique étant en 1908 de (centimes) par jour Publicaciones del Departamento de Estadística Nacional de los Estados Unidos Mexicanos, Mexico, DF, 1929, pages 34-37.F. Tannebaum, The mexican agrarian revolution, pages 149-150, Washington D.C., 1930.. Cette somme de représente d'or (le peso mexicain à l'époque contient exactement d'or purT.V. Buttrey et Clyde Hubbard, A guide book of mexican coins, pages 236 à 241, Thomas Michael Editor, IOLA .). Zapata travaille dans la petite entreprise de transport de matériaux de construction qu'il a fondée et cultive les terres qui lui appartiennent Emiliano Zapata de Mexico, université d'État de San José, Californie.. Il confie un jour que l'un des plus beaux jours de sa vie est quand il a vendu pour ou pesos sa récolte de pastèques..

Zapata est un homme toujours bien habillé, vêtu comme l'exige la classe sociale à laquelle il appartient.. Il ne porte jamais le costume traditionnel des villageois (calzón) ni l'habituel sombrero de paille. Il veille toujours à ne jamais être vêtu qu'en charro, ce qui coûte très cher Zapata, Instituto Nacional de Antropología e Historia. ; il n'existe aucune photographie de lui habillé autrement. Son attrait pour les beaux vêtements le fait plutôt ressembler aux hacendados bien que ceux-ci affectionnent une mode plus européenne.

Apprécié et respecté des habitants d'Anenecuilco, Emiliano Zapata, alors âgé de trente ans, accède à la tête du « comité de défense », un poste qui fait de lui un défenseur des intérêts de son village.

Emiliano Zapata se « marie » au moins 27 fois, son dernier mariage étant le seul qui prend des apparences de légalitéGutiérrez y Gutiérrez Luis, Zapata - Hoy visita a la viuda de Zapata, Mexico, 1953 – et déjà cités ci-dessous Robles Serafin et André Castelot.. Les femmes les plus connues avec qui il se marie sont : Inés Alfaro Aguilar, Josefa Espejo Merino (Sánchez), Margarita Sáenz Ugalde, Petra Portillo Torres (dont la fille qu'elle a avec Zapata, Ana María, est députée fédérale et reçoit Charles de Gaulle lors de sa visite au Mexique), María de Jesús Pérez Caballero, Georgina Piñeiro, Gregoria Zuñiga, Luz Zuñiga, Agapita Sánchez, Matilde Vázquez.Robles Serafin, M. El Caudillo se casa en Villa de Ayala, Morelos, El campesino, 1954, Mexico et André Castelot, Le Calendrier de l'Histoire, pages 233-234, Paris, France.Carlos Mario Gil Velasco, Zapata, su pueblo y sus hijos, Historia mexicana, El Colegio de Mexico, Centro de estudios históricos, volume 2, Mexico DF, 1952..

À la veille de la révolution Contexte Après le départ de Santa Anna en 1855, une nouvelle constitution est promulguée en 1857 par le congrès de prédominance juariste.

Après une guerre de trois ans contre les conservateurs (1858-1860) dite guerre de réforme, les libéraux (juaristes) promulguent des lois de nationalisation des biens ecclésiastiques qui dépouillent l'Église catholique de ses terres en application des Lois de Réforme et de la . L'intervention européenne de l'hiver 1861-62 aboutit à la mise en place en 1863 de Maximilien comme Empereur du Mexique, mais il ne réussira jamais à juguler les juaristes que les États-Unis soutiennent. Maximilien fait publier un décret qui reconnaît la personnalité juridique des villages pour défendre leurs intérêts et exige la restitution de leurs terres.. Le , il fait publier une loi agraire qui parle de restitution et de dotation de terres et qui, en son essence, est en avance de sur la Constitution de 1917. Cette loi ne dura pas plus longtemps que le Second Empire mexicainEnrique Krauze, Emiliano Zapata: El amor a la tierra, Fondo de Cultura Económica, Mexico, 1987 .. Incidemment, Maximilien protège personnellement une de ses maîtresses indigènes habitant non loin d'Anenecuilco, le village de ZapataEnrique Krauze, Emiliano Zapata: El amor a la tierra, page 31..

Dès 1867, les milieux juaristes libéraux mettent en œuvre la nationalisation des terres qui étaient propriété de l'église ainsi que celles propriétés collectives des villages dont les titres datant de la colonisation espagnole ne sont pas reconnus par la Constitution de 1857Henry B. Parkes, Histoire du Mexique, pages 186 à 285, Payot, Paris ., l'Etat les vend alors aux plus offrants : les grands propriétaires terriens qui remplacent les anciennes cultures vivrières par des cultures rentables destinées parfois à l'exportation, principalement la canne à sucre.

En , José Zapata, « gouverneur » d'Anenecuilco et natif de Mapaztlán, écrit à Porfirio Díaz :

En 1910, le Mexique compte officiellement dont 80 % vivent à la campagneChiffres du recensement issus du journal officiel mexicain Diario oficial de la federacion du 27 mars 2002 publié dans sa section 3.. Le Mexique est alors gouverné par le général Porfirio Díaz qui avait accédé au pouvoir en 1876Fernando Orozaco Linares, Porfirio Diaz y su tiempo, Editorial Panorama, page 88 et suivantes, Mexico, juin 1986.. Des élections doivent avoir lieu en 1910, Díaz se représente. Certains hommes politiques, vu le grand âge de celui-ci et la lassitude engendrée par une si longue période de pouvoir, tentent leur chance, à l'instar de Francisco I. Madero, le plus connu d'entre eux, en qui les hommes politiques américains voient un successeur plus docile que DíazFernando Orozco Linares, Porfirio Díaz y sut tiempo, Panorama Editorial Mexico D.F. Édition de juin 1986.Friedrich Katz, The secret war in Mexico, The university of Chicago, États-Unis, 1986..

Zapata s’engage dans la lutte Le premier acte politique de Zapata consiste à soutenir, en 1909, un candidat indépendant, Patricio Leyva, au poste de gouverneur au Morelos. En septembre de la même année, il est élu président du comité de défense (junta de defensa en espagnol) du village d'Anenecuilco (une sorte de « calpuleque », chef de village dans la lignée de la tradition préhispaniqueJohn Mérionés Shawi, Zapata, Éditions de Lacortille, Paris, 1977 et François Chevalier, Un facteur décisif de la révolution agraire au Mexique : le soulèvement de Zapata, 1911-1919, Annales, 1961, .), ce qui lui permet de parler au nom de tous. Il a pour fonction de répartir chaque année les terres du village, de répartir les récoltes, il doit être d'une intégrité absolue et jouit ainsi de la confiance de tous. Il commence par établir grâce à des actes datant de la colonie espagnole les droits des paysans sur des terrains objets de disputes.

En , Zapata est mis en prison trois jours sous prétexte d'ébriété publique, mais en réalité pour l'obliger à faire son service militaire.. Il est conscrit le au de cavalerie à Cuernavaca et placé sous les ordres du colonel Bouquet. Il est démobilisé le , grâce à l'intervention d'un puissant hacendado qui l'avait employé et qui avait de l'estime pour lui, d'Ignacio de la Torre y Mier beau-fils de don Porfirio DíazEnrique Krauze, Emiliano Zapata, El amor a la tierra, Biografía del poder, pages 47 et suivantes, Fondo de Cultura Económica, Mexico, 1987.. Il a le grade de soldat« Cuando fue consignado E. Zapata ? », El Hombre libre, 5 avril 1937 et John Womack, Emiliano Zapata, cahiers libres, Maspero, pages 88 et suivantes, Paris (France) .. Contrairement à une légende Zapata n'a pas servi en 1908 sous les ordres de Pablo Escandón y BarrónSerafin M. Robles, « Emiliano Zapata sienta plaza como soldado en el año 1910 », El campésino, décembre 1951 et John Womack, Emiliano Zapata, page 89 – déjà cité..

Au printemps 1910, les habitants d'Anenecuilco, inquiets de ne pas pouvoir cultiver des terres dont la possession leur est contestée par la hacienda El Hospital, s'adressent aux autorités, qui les éconduisent. Après son retour au village, Zapata et quatre-vingts hommes finissent par occuper les parcelles contestées. À partir de ce moment, sa réputation commence à s'étendre..

Il s'implique dans la lutte des villageois pour récupérer les terres dont se sont accaparés les grands propriétaires terriens. Il supervise alors la restitution pacifique et contre indemnisation (en conformité avec le plan de Ayala) des terres de certaines haciendas à leurs anciens propriétaires. En , il prend par la force des terres à Villa de Ayala. Il est alors acteur de nombreux conflits opposant les villageois entre eux, aux propriétaires souvent absents, aux gérants des haciendas et des planteurs de canne à sucre, à propos de l'accaparement des terres des villages et est témoin des brutalités commises par les rurales, police formée par des gens du cru mais au service des hacendados.

Durant de nombreuses années, il milite avec persévérance pour les droits des villageois. Puis, il essaye de convaincre le gouverneur de l'État de rendre les terres à leurs anciens propriétaires, mais irrité par l'inertie dont font preuve les autorités et par celle des tribunaux de la République qui ne reconnaissent pas les titres de propriété datant des rois d'Espagne, il s'arme pour prendre possession des terres disputées.