Menahem Begin (en hébreu : מנחם בגין), né le à Brest-Litovsk et mort le à Jérusalem, est un homme d'État israélien. Membre du Gahal, il est Premier ministre de à .
Militant sioniste en Pologne au sein du Bétar de Vladimir Jabotinsky, combattant à partir de 1943 contre la puissance mandataire britannique en Palestine puis durant la guerre israélo-arabe de 1948, Menahem Begin devient Premier ministre du gouvernement israélien en 1977. Il négocie alors la paix avec l'Égypte et signe le les Accords de Camp David avec le président égyptien Anouar el-Sadate et la médiation du président des États-Unis Jimmy Carter. Ces accords, qui concrétisent le principe d'échange « Territoires contre Paix », valent aux deux négociateurs le prix Nobel de la paix en 1978. Les négociations continuent jusqu'à la signature du traité de paix israélo-égyptien de 1979.
Contre l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat, il ordonne l'invasion du Liban en 1982 qui se solde par le départ d'Arafat et de ses hommes du Liban. L'année précédente, il avait mis un terme aux ambitions nucléaires de Sadam Hussein en faisant détruire en Irak le réacteur Osirak par l'armée de l'air israélienne.
Il est aussi responsable du lancement des opérations de rapatriement en Israël des Juifs éthiopiens, les Beta Israel, à partir de 1977. Il lance par ailleurs une politique de colonisation intensive des Territoires palestiniens.
Origines et formation Né à Brest-Litovsk à une époque où la vie des Juifs y était très dynamique, Begin reçut une éducation combinant l'étude religieuse traditionnelle de la Torah et des études laïques ; il fréquenta notamment le mouvement de jeunesse juive sioniste de gauche Hashomer Hatzaïr. En 1929, la famille a rejoint la nouvelle branche du mouvement Betar, créée cette année-là. Begin a rejoint après avoir entendu le chef sioniste Zeev Jabotinsky parler pour la première fois au théâtre de la ville. Il conserva toute sa vie l'application des principes religieux et resta proche du judaïsme rabbinique orthodoxe. Cela lui valut d'ailleurs le pseudonyme de « rabbi Haim Sussover » des années plus tard lorsqu'il luttait au sein de l'Irgoun contre le pouvoir britannique en Palestine. Le père de Menahem Begin était un leader de sa communauté et un sioniste convaincu, admirateur de Theodor Herzl. Les parents de Begin périrent au cours de la Shoah.
vignette|250px|Photo de Menahem Begin lors de son arrestation par le NKVD (photo retrouvée dans les archives du KGB.)
Begin finit ses études de droit à l'université de Varsovie et obtient un diplôme de juriste en 1935.
Le , Begin épousa Aliza Arnold, qu'il rencontra chez son père, un donateur du parti révisionniste, dans la ville de Drohobych en Galice, où Begin étudia le droit. Jabotinsky était témoin à son mariage, auquel ont assisté des centaines de membres du Betar et de connaissances. En , Begin a un fils, .
Militantisme Avant 1943 Le grand tournant de la vie de Begin est sa rencontre avec Vladimir Jabotinsky, le fondateur du sionisme révisionniste anti-socialiste et du mouvement de jeunesse Betar. Jabotinsky l'impressionne beaucoup. Begin intègre le Betar dès sa création en 1928, puis en prend la tête en 1939, malgré quelques désaccords avec Jabotinsky, qui meurt le .
Quatre mois plus tard, en , l'Allemagne nazie envahit la Pologne. Peu de temps avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, Begin préparait les Betarim à l'immigration en Terre d'Israël. En , il est nommé commissaire du Betar en Eretz Israël , poste qu'il occupe pendant les six derniers mois de son service dans l'armée.
Cela marque les débuts de l'engagement politique de Begin. En 1939, il s'enfuit à Vilnius, ville faisant alors partie de la Pologne jusqu'à l'invasion de ce pays par l'Allemagne et son partage subséquent en 1940 entre l'Allemagne et l'URSS (en vertu du pacte Molotov-Ribbentrop dit de non-agression réciproque). Le , il est arrêté par le NKVD et détenu à la prison Lukiškės à Vilnius. Accusé d'être un agent de l'impérialisme britannique, il est alors condamné à huit ans de Goulag, puis transféré le au camp de travail de Petchora en Sibérie, expériences racontées plus tard dans son autobiographie.
Durant son internement, les parents et le frère de Begin, restés à Brest, sont assassinés par les Allemands après leur occupation de la ville le . Les Allemands ont sorti sa mère de l'hôpital et l'ont assassinée. Selon Begin, les Allemands ont enlevé son père avec 500 Juifs, et les ont conduits au coude de la rivière Bog. Son père ayant apparemment compris ce qui les attendait, est allé à la tête du groupe et a chanté «Je crois en la venue du Messie» et «Espoir». Les Allemands ont ligoté les Juifs et les ont jetés dans la rivière.
Libéré par les Russes après la signature des accords Sikorski-Maïski en , il s'engage en Union soviétique dans ce qui deviendra le 2e corps polonais sous le commandement du général Władysław Anders, qui obtient de Staline d'être évacué avec sa troupe via le Kazakhstan puis l'Iran jusqu'en Palestine, où il parvient vers . Begin est dit en avoir déserté en avec autres soldats juifs, sans qu'Anders ne veuille les rechercherGénéral Anders, Mémoires, 1939-1946, La Jeune Parque, Paris 1948, .Anders dit « pas un seul d’entre eux ne fut arrêté par nous. Je partais du principe que, par rapport aux minorités nationales, je ne devais pas appliquer à la lettre les règlements ». Harvey Sarner (in General Anders and the soldiers of the The Second Polish Corps, Cathedral City: Brunswick Press, 1997, p. iii) dit plus : que Begin fut libéré régulièrement, le document faisant de lui un déserteur n'ayant été rédigé que pour couvrir Anders aux yeux des Britanniques..
Chef de l'Irgun en Israël Le , à l'âge de 30 ans, Menahem Begin devient le commandant de l'Irgoun. À partir de ce moment et jusqu'à la création de l'État d'Israël, il vit dans la clandestinité, échappant à une traque continuelle par les autorités britanniques.
Le , Begin publie une proclamation à plusieurs milliers d’exemplaires, affichée sur les murs de Tel-Aviv, Jérusalem et Haïfa, intitulée « La Révolte », qui appelle « le peuple hébreu de Sion à tirer les leçons de l’holocauste et à lancer une guerre contre l’Angleterre, jusqu’à la fin de l’occupation. Nous exigeons que la souveraineté de la terre d’Israël soit transférée immédiatement à un gouvernement hébreu provisoire ».
Il s'oppose aux groupes sionistes à idéologie socialiste menés par David Ben Gourion, qu'il trouve trop complaisants avec la puissance coloniale britannique ; il s'en tient à la ligne du sionisme dit révisionniste fixée par Jabotinsky. Il n'a de cesse de dénoncer les mesures prises contre l'immigration juive en Palestine et de lutter pour que le gouvernement britannique retire ses troupes et tienne la promesse que constituait la déclaration Balfour.
Pourtant, les Britanniques maintiennent des limitations strictes à l'immigration juive en Palestine afin de ménager les populations arabes. Begin en est outré et accuse les Britanniques d'appliquer des mesures pro-arabes. Il appelle aux armes, et l'Irgoun déclenche une rébellion qui vise les installations et les positions britanniques. Begin continue à échapper aux services britanniques et à l'Agence juive qui le pourchassent et à commander clandestinement une armée de milliers de combattants, jusqu'au retrait britannique en 1948.
Au cours des quatre années où Begin commande l'Irgoun, l'organisation mène près de 300 opérations, parmi lesquelles l'explosion de l'hôtel King David en , dans l'aile où se trouvait le British Government Center, l'attaque de la prison d'Acre et la libération des prisonniers de l'Irgoun et du Lehi en .
À la suite de la pendaison de membres de l'Irgoun par l'administration britannique en , après la condamnation à mort de trois autres de ses membres en , l'Irgoun enlève deux sous-officiers britanniques et annonce que la pendaison de ses hommes entraînera la pendaison des deux Britanniques. À partir de ce moment, les Britanniques décident la suspension des pendaisons de membres de l'Irgoun jusqu'à leur retrait de Palestine.
Attaque de l'hôtel King David
Le , Menahem Begin coordonne l'attentat contre l'hôtel King David à Jérusalem. Des membres de l'Irgoun, déguisés en Arabes, font sauter la partie de l'hôtel abritant le Secrétariat britannique, le Commandement militaire et une branche de la Division criminelle. En dépit d'un coup de téléphone prévenant de l'attaque, les Britanniques n'avaient pas fait évacuer le bâtiment. Quatre-vingt-douze personnes sont tuées, la plupart employées du Secrétariat ou de l'hôtel : 28 Britanniques, 41 Arabes, 17 Juifs et 5 non répertoriés. Dans le même temps 45 personnes sont blessées à des degrés divers.
En , le mandat britannique pour la Palestine prend fin. Il y a un débat animé parmi les historiens sur la question de savoir à quel point les opérations terroristes de la clandestinité ont été un facteur accélérant pour la fin du mandat britannique en Palestine et a mis la lutte pour l'indépendance de ce qui deviendra l’État Israël à l'ordre du jour de la politique mondiale.
Le , Begin signe un accord avec le représentant du gouvernement provisoire Israël Galili. Cet accord entraine le démantèlement progressif de l'Irgoun et son intégration dans l'armée israélienne. L'accord stipule que les opérations de l'Irgoun sont interrompues « en tant que brigade militaire dans l'État d'Israël et sur le territoire du gouvernement d'Israël ».
Deir Yassin Le a lieu le massacre de Deir Yassin perpétré par une centaine de combattants de l'Irgoun et du Lehi dont Begin nie l'existence dans ses mémoires disant que ses « soldats avaient comme priorité de sauver les Juifs de Jérusalem. Il y a bien eu des combats pour passer par ce village, mais pas de massacre de civils. Ce sont des calomnies de la Haganah pour nous salir. Cela a rendu service à nos combattants, car cette nouvelle a fait fuir les habitants des villages suivants, mais elle a sali pour toujours l'image d'Israël » (traduit du roumain).
L'attaque du village et le massacre qui suivit, dont des exécutions dans une carrière attenante, fit plus de cent morts selon l'historien israélien Benny Morris.
Tragédie du bateau Altalena thumb|Stèle sur la plage de Tel-Aviv commémorant les victimes de l’Altalena. Begin avait envoyé des agents en Europe, en particulier en France, pour acheter des armes. Au printemps 1948, ils réussissent à acheter un bateau rebaptisé Altalena (nom de plume de Zéev Jabotinsky) pour transporter de nouveaux immigrants, ainsi que des armes. Le bateau transportait 900 combattants volontaires d'Europe recrutés et entraînés par l'Irgun, ainsi qu'une cargaison d'armes et de munitions offertes par la France, chargées dans le plus grand secret le à Sète, suffisantes pour équiper plusieurs milliers de combattants.
Mais en Israël Ben Gourion exige que toutes les armes soient remises à la Haganah et interdit le déchargement de la cargaison. Begin veut en garder 20 % pour ses troupes sur le front de Jérusalem, ne cède pas, ne croit pas que le chef du gouvernement provisoire puisse mettre à exécution sa menace d’ouvrir le feu. Il se trompe. Plusieurs obus sont tirés sur l’Altalena et le bateau coule, Begin ne quittant le navire en flammes que le tout dernier. Une partie seulement des armes fut déchargée, seize Juifs furent tués, une trentaine blessés. Begin s'opposa à toutes représailles, disant « Jamais je ne permettrai qu’un Juif tire sur un autre Juif ». Dans ses mémoires, il se dit fier d'avoir su éviter la guerre civile : « ils finiront peut-être aussi par comprendre qu'il est parfois préférable qu'un homme verse des larmes sur un acte abominable commis en Israël, plutôt que le peuple ait à en pleurer les conséquences ».