Heinrich Böll, né à Cologne le et mort le à Kreuzau-, est un écrivain allemand. Il est considéré comme l'un des plus grands auteurs allemands de la période de l'après-guerre.

Il reçoit le prix Nobel de littérature en 1972 pour sa poésie qui, par la synthèse de sa description clairvoyante des courants de son temps et la puissance créatrice et attentive, a contribué au renouveau de la littérature allemandehttp://nobelprize.org/literature/laureates/1972. Ses romans, ses nouvelles, ses essais et ses déclarations publiques ont connu une répercussion importante dans le monde littéraire et dans la société de la République fédérale d'Allemagne d'après-guerre.

Biographie Famille Böll est né à Cologne dans une famille catholique, pacifiste et progressiste, fils de Viktor Böll, sculpteur et maître ébéniste spécialisé dans les boiseries d'église, qui à la naissance d'Heinrich était, en cette année de pire famine de la Première Guerre mondiale, de faction sur un pont du Rhin Heinrich Böll, Biographie, http://www.dieterwunderlich.de/Heinrich_Boell.htm, pestant contre l'empereur Über mich selbst -, 1958. In Erzählungen, Hörspiele, Aufsätze, Köln 1961, S. 396 f., et de Maria Böll, sa seconde épouse après la mort de KatharinaVgl. Viktor Böll und Jochen Schubert: Heinrich Böll, München 2002, S. 7f à l'âge de 31 ans. Heinrich était le huitième enfant, et le troisième fils de la famille Böll.

Origines anglo-saxonnes Ses ancêtres paternels, charpentiers spécialisés en construction navale, venaient des Îles britanniques ; ils avaient préféré émigrer plutôt que d'adopter la religion d'État d'Henri VIII. De la Hollande, ils avaient remonté le Rhin, préféraient vivre en ville qu'à la campagne, et s'étant éloignés de la mer, devinrent menuisiersQuerschnitte aus Interviews, Aufsätzen und Reden von Heinrich Böll, Kiepenheuer & Witsch, 1977, p. 12.

Jeunesse et période de guerre (1917-1945) De 1924 à 1928 Böll fréquente l'école élémentaire catholique de Raderthal, un quartier au sud de Cologne, où la famille habite. Il vit son enfance sans contraintes. Il entre ensuite au lycée Kaiser Wilhelm, en section classique. Les années de la crise économique sont perçues comme une période un peu anomique, où il fallait improviser au jour le jourDrei Tage im März, Köln 1975, S. 55 f. À Cologne comme ailleurs, des bandes nazies se livraient des combats de rue avec les communistes; cela faisait partie du tableau. Il a tout juste quinze ans lorsque, le , il voit défiler dans sa ville les énormes colonnes de SA investies depuis le début de l'année du pouvoir, un plein pouvoir qui légitime désormais toute forme d'arbitraire. Cette expérience d'un genre tout particulier, et l'arrestation de camarades de ses frères, est pour lui déterminante. Le jeune Böll est opposé au parti nazi et a la possibilité de ne pas s'engager dans les Jeunesses hitlériennes. Puis, fin , vient ce qu'on a appelé la nuit des Longs Couteaux qui établit définitivement la terreur, et à la suite de laquelle la Rhénanie est occupée par la Reichswehr, les troupes de défense de l'Empire, qui devient en la Wehrmacht. À Cologne le parti nazi, la NSDAP, ne rassemblait en que 33 % des suffrages; en automne, après l'occupation de la ville, il obtint 78 %. Hermann Göring était l'un des nouveaux citoyens d'honneur de la ville. Böll comptait toujours parmi les très rares élèves qui n'avaient pas adhéré à la jeunesse hitlérienne. Les professeurs de son lycée catholique, calme et dont Böll disait qu'il diffusait - tout comme l'Église - une résistance passive, étaient pour la plupart démocrates. Un de ses professeurs, l'écrivain Gerhard Nebel, qui, à 31 ans, avait un poste de remplaçant, eut le courage de démonter Mein Kampf en cours d'allemand, et attira l'attention de ses élèves sur Ernst Jünger avec lequel il entretint une correspondance soutenue et intense« Das Meiste ist mir fremd geblieben », 1975. In: Einmischung erwünscht, Köln 1977, S. 125 f.. Après son baccalauréat, Böll commence en 1937 un apprentissage chez le libraire Matthias Lempertz à Bonn, qu'il abandonne onze mois plus tard, se doutant que la guerre va bientôt être déclarée. Il fait alors ses premiers pas d'écrivain. En marge d'une édition de Tacite, il note le : « Le délire nazi obtient gain de cause. » Dès , il est affecté pour un an au Reichsarbeitsdienst, le service du travail du Reich. À la fin , à Cologne comme ailleurs, la nuit de Cristal, avec ses arrestations, ses pillages et saccages, ses déportations, ses meurtres, annonce déjà la Shoah. Böll écrit : « J'ai toujours eu envie d'écrire et bien que mes premiers essais fussent précoces, les mots ne vinrent que plus tard. » À l'été 1939, il s'inscrit à l'université de Cologne pour y faire ses humanités. Il écrit là son premier roman : Am Rande der Kirche. À la fin de l'été, il est pourtant incorporé dans la Wehrmacht ; il est stationné en Pologne, en France, en Roumanie, en Hongrie puis en URSS. En 1942, il épouse (1910-2004), une camarade d'études de sa sœur Mechtild, avant de repartir pour le front. En fin d'année 1943 il écrit : « L'abrutissement est délirant, c'est vraiment un surplus d'abrutissement de misère. Si au moins j'avais quelqu'un à qui me confier ! », puis en : « Je hais l'enfer de l'uniforme, et en fait l'uniforme en soi »Lettres 1939-1945, fondation Heinrich Böll. . Sa mère Maria est tuée en 1944 lors d'un raid aérien. Böll est blessé à plusieurs reprises. En hiver 1944-1945, il falsifie un ordre de marche, déserte et passe trois mois auprès de sa femme. De peur d'être fusillé sur ordre de la cour martiale, il réintègre l'armée - toujours avec des ordres de marche falsifiés -, quinze jours avant d'être capturé par les troupes américaines en ; envoyé dans un camp de prisonniers, il est libéré le de la même année.

La période d'après-guerre 1945-1952 vignette|gauche|250px|Vectogramme mural à l'école Heinrich Böll à Fürth en Hesse. Il retrouve son épouse dans le petit village de Neßhoven près de Cologne, où il doit enterrer son fils Christoph âgé de tout juste trois mois et qu'il n'a vu que quelques semaines à l'hôpital. Les forces lui manquent et il envisage de passer l'hiver dans ce coin de campagne perdu et de donner des cours aux enfants des villages avoisinants pour vivre, tant bien que mal. Mais le couple se ravise, la ville lui manque, et en , ils sont de nouveau à Cologne. Annemarie se réjouit à l'idée de pouvoir travailler dans une librairie, et Böll travaille avec plus d'ardeur qu'il ne s'en sentait la force, du matin jusqu'à la nuit, dans l'atelier familial de menuiserie avec un de ses frères avec lequel il s'entend à merveille. Dans Cologne en ruines, le travail ne manque pas. Le frère qui a pris la succession du père vieillissant, a même quelques apprentis, mais les ouvriers qualifiés et les matières premières sont rares. Néanmoins, ils s'affairent au futur domicile de la famille. Heinrich Böll écrit : « Je ne peux penser renouer avec la « vie académique » qu'avec frayeur »Lettre du 24 novembre 1945 à Ernst-Adolf Kunz http://www.bilandia.de/multimedia/dtv/12300.pdf.

Böll s'inscrit de nouveau à l'université, surtout dans le but de bénéficier d'une carte de ravitaillement, mais aussi afin d'avoir quelques semestres d'études à son actif. Il travaille aussi dans l'atelier de menuiserie de son frère Alois. Le rôle de soutien de famille est cependant tenu par Annemarie Böll, qui avant de devenir une traductrice littéraire renommée, jouissait d'un emploi stable d'enseignante. Böll écrit ses deux premiers romans, Kreuz ohne Liebe et Le Silence de l'ange (Der Engel schwieg), ainsi que de nombreuses nouvelles, dont le sujet traite des expériences de la guerre et des problèmes de l'époque. En 1947, Böll envoie ses premières nouvelles à différents journaux et périodiques. Il interrompt ses études pour un semestre, mais ne les reprendra pas. Annemarie lui donne un fils, Raimund, et démissionne de l'enseignement à titre temporaire. Les époux traduisent ensemble des textes de langue anglaise et entrent en relation avec la maison d'édition Friedrich Middelhauve, d'Opladen. Puis, c'est la naissance du second fils, René. En 1948, il devient écrivain à plein temps, mais ne commence à vivre de son art qu'à partir de 1951. En 1949 paraît le premier roman Le train était à l'heure (Der Zug war pünktlich). Les honoraires des publications ne lui permettent cependant pas de nourrir sa famille honorablement, il postule pour divers emplois. Dans une lettre adressée au lecteur de la maison d'édition, il écrit : « Il m'est en tout cas impossible de répondre de sacrifices répétés devant ma famille, et bien que parfois je croie avoir à m'acquitter d'un devoir, la littérature ne vaut, tout compte fait, pas une seule heure de désolation de ma femme et de mes enfants ». En 1950, alors qu'il travaille pour le service des statistiques de Cologne, paraît son premier recueil de nouvelles . Puis son troisième fils, Vincent voit le jour. 1951 est l'année de son vrai début sur la scène littéraire. Invité par le Groupe 47 à Bad Dürkheim, il en est le lauréat de l'année pour sa nouvelle . Son roman Où étais-tu, Adam ? est édité. Il signe un contrat d'auteur avec la maison d'édition Kiepenheuer & Witsch de Cologne.

1953-1963 Dans cette période de son œuvre littéraire, Böll traite des problèmes d'actualité de la République fédérale d'Allemagne. La situation politique devient, de plus en plus, le sujet de ses nombreux essais. Son roman Les Enfants des morts (Haus ohne Hüter) est édité en 1954. Il entreprend son premier voyage en Irlande. Le prix des Éditeurs français pour Les Enfants des morts lui est décerné en 1955 pour le meilleur roman étranger. La même année il devient membre du PEN allemand. L'insurrection de Budapest et les évènements de 1956 qui s'ensuivirent, ainsi que la crise du canal de Suez mobilisèrent 105 personnalités de la vie culturelle parmi lesquelles étaient Albert Camus, Jean-Paul Sartre, Pablo Picasso et Heinrich Böll. 1957 voit la parution du Journal irlandais. Un an plus tard, Böll remporte plusieurs prix. Par contre, sa Lettre à un jeune catholique qui devait passer à la radio, n'est pas diffusée, sa critique envers le catholicisme de l'après-guerre étant considérée comme trop massive. Le Silence concentré du docteur Murkes et autres satires, sont éditées en 1958. L'année suivante, le roman Les Deux sacrements paraît. Böll, de nouveau, reçoit en 1959 divers prix littéraires. Il devient cofondateur de la bibliothèque Germania Judaica de Cologne, qui regroupe des documents historiques du judaïsme allemand. Son père décède à Cologne. Au début des années 1960, Böll va encore accentuer sa critique envers l'Église catholique, à laquelle il reproche un engagement politique unilatéral. Il est coéditeur du magazine Labyrinth dans lequel, sur des bases chrétiennes, il formule un contre-projet au système social et politique en vigueur. En 1961 il est invité d'honneur de l'Académie allemande à la villa Massimo de Rome. Après la construction du mur de Berlin, survient une virulente controverse publique concernant l'engagement des écrivains en tant que « consciences de la nation ». Un appel est lancé par 23 écrivains, parmi lesquels se trouve Böll, afin que tous les secteurs de Berlin deviennent siège de l'ONU. 1962 voit la parution des deux nouvelles : Quand la guerre éclata (Als der Krieg ausbrach) et Quand la guerre fut finie (Als der Krieg zu Ende war). Böll entreprend un voyage en Union soviétique. 1963 paraît Ansichten eines Clowns, La Grimace.

En 1960, il reçoit le Prix Veillon (pour un roman de langue allemande) pour Billard um Halbzehn.

1964-1969