Le backgammon est un jeu de hasard raisonné pour deux joueurs pratiqué sur un tablier avec des dés. Un joueur gagne lorsqu'il retire tous ses pions du tablier. Le backgammon fait partie de la famille des jeux de tables, une des plus anciennes catégories de jeu de tablier.
Malgré la présence du hasard, la stratégie y tient un rôle important. À chaque jet de dés, le joueur doit choisir parmi un grand nombre d'options pour déplacer ses dames et anticiper les actions de son adversaire. Les joueurs peuvent augmenter la valeur de l'enjeu en cours de partie. Il existe un répertoire de tactiques de base et d'ouvertures.
Comme de nombreux jeux, le backgammon a fait l'objet d'études par des informaticiens ayant abouti au développement de logiciels capables de battre des joueurs de classe mondiale.
Historique du jeu Histoire ancienne vignette|droite|Tablier de XII scripta au musée d’Éphèse Aujourd’hui le plus connu d'entre eux, le backgammon n'est pourtant qu'un exemple parmi la nombreuse famille des jeux de tables. On considère les anciens jeux de parcours, dont les pions sont déplacés suivant les résultats d’un générateur aléatoire de nombres (dés divers, coquillages, bâtonnets, etc.), comme leurs antécédents.
C’est ainsi qu’une découverte archéologique récenteSchädler, Dunn-Vaturi, Ulrich, Anne-Elizabeth. "BOARD GAMES in pre-Islamic Persia". Encyclopædia Iranica, Voir aussi World's Oldest Backgammon Discovered In Burnt City". Payvand News. December 4, 2004., dans les années 2000, près de la frontière sud-est de l'Iran, dans la province de Sistan-Balûchistân, a pu faire remonter l’origine des jeux de tables à il y a environ L'Origine du Backgammon. De même, le senet de l’Égypte antique et le jeu royal d'Ur sont parfois considérés comme deux de leurs lointains ancêtres.
Les jeux de tables sont caractérisés par un matériel particulier : un tablier de 24 cases, divisé symétriquement, un nombre de dés cubiques variable selon les différents jeux, et des pions le plus fréquemment au nombre de 15 par joueur, parfois moins.
Le plus ancien jeu connu remplissant ces critères est le ludus duodecim scriptorum (jeu des douze lignes) ou XII scripta largement pratiqué dans la Rome antique. Mais les règles ne nous sont pas parvenues, et le tablier comportait trois rangées de 12 cases au lieu de deux. Son descendant, aussi romain, appelé utilisait un matériel totalement identique à celui qui caractérise les jeux de tables. L’expression « jeu de tables » est issue du mot tabula (« planche », « table » en latin) qui désigne le tablier, mais aussi plus tardivement chacun de ses quatre quadrants de 6 cases, et même, au pluriel, les pions qui y circulent suivant les jets des dés.
On en trouve des citations dans l'œuvre d'Ovide. Plusieurs empereurs romains sont tenus pour en avoir été de grands adeptes : Claude (qui lui aurait consacré un livre), Néron et Commode qui y auraient joué des fortunes. Zénon écrit même une épigramme sur ses échecs répétés à ce jeu. Deux peintures murales de Pompéi illustrent des scènes du jeuMichael Crane, Backgammon, .
vignette|Todas tablas du Libro de los juegos, 1283 Déjà largement diffusé dans l'Empire romainVoir en particulier les articles « abacus » et « tabula » et « ludus » in Anthony Rich, Dictionnaire des antiquités, Grand Bibliothèque Payot, 1995, le futur backgammon s'est popularisé dans le reste de l'Europe et le Moyen-Orient, à la suite des échanges commerciaux et des diverses invasions principalement chrétiennes puis musulmanes. Les jeux de tables sont cités dans La Chanson de Roland, les poèmes de Charles d'Orléans, etc.
En Espagne, le Libro de los juegos, manuscrit réalisé à la demande du roi Alphonse X de Castille et achevé en 1283, contient les règles illustrées de quatorze jeux de tables, parmi lesquels le todas tablas qui présente les principales caractéristiques du backgammon actuel, dont la position des pions au départSur l'illustration, l'emplacement des pions sur le tablier est conforme au backgammon mais pas l'alternance des couleurs. Ceci est probablement une erreur dans la représentation, la règle associée décrivant clairement pour un compartiment la bonne alternance. Cependant la description du positionnement des pions dans l'autre compartiment étant conforme à l'illustration, un doute peut subsister. et les règles de baseLes doublets n'y sont pas joués deux fois, et il n'y a pas de partie double ou triple..
L'acclimatation des jeux de tables se fait assez difficilement. Le roi Richard Cœur de Lion interdit aux non-nobles d'y jouer, et d'y perdre plus de 20 shillings par jourMichael Crane, Backgammon, . Louis XII de France essayera aussi de les bannir du royaume, mais avec peu de succès. En 1526, le cardinal anglais Thomas Wolsey ordonna de brûler tous les jeux de hasard. Selon la légende, c'est cette instruction qui aurait donné au tablier (un des inhonesti ludi) sa traditionnelle forme de mallette pliable, qui aurait permis de le faire discrètement passer pour un livre. Un tablier et des pions sont représentés dans le bas du panneau de droite du Jardin des délices (1503 ou 1504) de Jérôme Bosch, en bas à droite du Triomphe de la Mort (1562) de Brueghel l'Ancien, ou encore dans Les Tricheurs (1595) du Caravage.
En France, le « toutes tables » apparaît en 1534 dans la liste des jeux du GargantuaGargantua, Livre I, Chapitre XXII de Rabelais. Bien que la règle n'y soit pas présentée, il est pensable qu'il s'agisse, plus ou moins, du même jeu que le todas tablas espagnol, les deux appellations étant équivalentes.
Histoire récente vignette|Traité du jeu de backgammon, par Edmond Hoyle, 1753. Au , une variante proche du todas tablas, nommée irish, est le jeu de tables favori en Angleterre avec le tick-tack. Elle y sera supplantée dans la première moitié du par une version plus rapide — les doublets s'y jouent alors deux fois —, appelée backgammon.
Mais c'est en France que la règle la plus proche du backgammon moderne, sous le nom de « toute-table », est publiée pour la première fois en 1699 à la suite du traité Le Jeu du trictrac, chez Charpentier, à Paris. Par rapport au backgammon moderne, la possibilité de gagner une partie triple, et l'utilisation d'un dé doubleur, sont les seuls points à ne pas être présents au « toute-table ».
En 1743, Edmond Hoyle publie A Short Treatise on the Game of Back-Gammon relié avec un traité du whist. Plus qu'un livre de règles du jeu, il s'agit d'un traité présentant des stratégies, tactiques, ouvertures et probabilités. À ce traité sont ajoutées cinq lois codifiant l'utilisation des pions, par exemple, « dame levée, dame jouée ». Le backgammon présenté par Edmond Hoyle ne diffère pas du toute-table.
En France, l'appellation « toute table » est tombée en désuétude après la chute de Napoléon au profit de celle anglaise backgammonPierre Marie Michel Lepeintre, Cours complet de trictrac, avec un abrégé du gammon, du jacquet et du garanguet, Guillaume, Paris, 1818, .. Un jeu analogue au backgammon, le jacquet est attesté en France en 1827. Bien que tombé en désuétude à la fin du , il a perduré jusqu'à la fin des années 60.
Aujourd'hui, le « toute-table » de 1699 est toujours pratiqué traditionnellement en Grèce sous le nom de portes, en Turquie sous le nom de tavla, en Géorgie sous le nom de Nardi (ნარდი en géorgien), en Arménie sous le nom de Tavlou ou Nardi, dans les pays du Mashreq (Irak, Syrie, Liban, Jordanie, Égypte) sous le nom de Tawla ou Tawlé, en Iran sous le nom de Takhteh Nard et en Israël et en Palestine sous celui de Chech Bech (mot composite, associant le chiffre six hébreu ou persan (Chech) et le chiffre cinq turc (Besh)).
Pour devenir moderne, le backgammon a ajouté en premier lieu la possibilité de gagner une partie triple, puis surtout le dé doubleur à partir de 1920 et les règles concernant ses modes d'utilisation. Les progrès de l'industrie ont aussi rendu possible la fabrication de dés parfaitement identiques, permettant l'utilisation d'une paire de dés par joueur au lieu de la même pour les deux auparavant ; ce qui a amené à simplifier la réglementation concernant la détermination du début et de la fin du tour d'un joueur.
Matériel Un tablier, souvent sous forme d'une mallette que l'on ouvre à plat, composé de deux compartiments de 12 « flèches » ; 2 ensembles de 15 pions de deux couleurs distinctes ; 2 paires de dés à jouer ordinaires (à 6 faces) (une par joueur) ; 1 dé doubleur appelé « videau » qui affiche les nombres 2, 4, 8, 16, 32, 64.
Règles L'objectif d'une partie de backgammon est de sortir tous ses pions du tablier. Au début de la partie, les pions sont répartis sur le tablier d'une manière imposée. Ils circulent dans un sens déterminé, et selon le résultat du lancer de deux dés. Sur leur chemin vers la sortie, ils peuvent être bloqués ou « battus » par ceux de l'adversaire.
Une partie peut rapporter 1, 2 ou 3 points au gagnant selon la position finale des pions de l'adversaire. La durée d'une partie est relativement courte. Aussi, pour limiter les effets de la chance due aux lancers de dés, une rencontre de backgammon se joue en un nombre convenu de points supérieur à 3. Plusieurs parties sont généralement nécessaires pour atteindre cet objectif.
La possibilité pour les joueurs de demander, ou refuser, au cours d'une partie de doubler et même redoubler les points de base accordés au gagnant, donne une dimension stratégique et psychologique au jeu. Cette possibilité a également pour effet d'écourter une partie : l'adversaire qui n'accepte pas la demande perd immédiatement la partie.
Description du tablier Chaque côté du tablier comporte 12 triangles appelés « flèches » ou « cases ». Les deux groupes de 12 cases sont considérés comme connectés par une de leurs extrémités, l'ensemble constituant ainsi une piste en forme de fer à cheval d'une longueur de 24 cases. vignette|upright=1.75|centré|Circuits des dames rouges et noires, position de départ, numérotation des cases pour les dames noires. Les cases sont numérotées de 1 à 24Une numérotation qui n'apparaît normalement pas sur les tabliers. Chaque joueur déplace toujours ses pions d'une case plus élevée à une plus faible et en sens inverse l'un par rapport à l'autre. De ce fait, la numérotation des cases vues par les joueurs est aussi inversée, la case 1 de l'un étant la case 24 de l'autre.
En son milieu, le tablier comporte une cloison, la « barre » qui le partage en deux compartiments. Les groupes de cases ainsi délimités sont appelés pour chacun des deux joueurs : jan intérieur : cases 1 à 6 jan extérieur : cases 7 à 12
Début de la partie Chaque joueur commence avec deux pions sur sa case 24, trois sur sa case 8, et cinq sur ses cases 13 et 6. La position de départ correspond ainsi à celle de la figure précédente.
Pour débuter, chaque joueur lance un seul dé dans le compartiment à sa droite, celui qui obtient le nombre de points le plus élevé effectue son déplacement en utilisant le résultat affiché par les deux dés. Pour être valables, les deux dés doivent reposer bien à plat dans leur compartiment et sur aucun pion. Si les deux dés ont un nombre de points identique, les deux joueurs recommencent la procédure.
Après le coup initial, les joueurs alternent en lançant à leur tour deux dés. Les dés doivent être toujours lancés dans le compartiment de droite en utilisant un cornet, une sorte de gobelet à ouverture ronde ou ovale, après y avoir été secoués au moins trois fois.
Déplacements Une fois les deux dés correctement stabilisés, le joueur doit déplacer ses pions du nombre de points que chacun affiche. Par exemple, si le résultat est 6 et 3 (noté 6-3), il doit avancer un pion de six cases et le même ou un autre, de trois cases. Le même pion peut être déplacé deux fois du moment que les déplacements sont bien distincts : six cases puis trois, ou trois cases puis six.