thumb|Une banque brulée lors des manifestations de 2008 en Grèce
Le terme « casseur » ou « casseuse ». désigne des individus se livrant à une forme de militantisme fondé sur des dégradations (destruction de vitrines, de mobilier urbain...), voire à l'affrontement avec des forces de police mobilisée dans le cadre de manifestations. Le est aujourd'hui considéré comme un synonyme de vandale. Il est parfois utilisé comme synonyme d'hooligan dans le cadre spécifique des manifestations sportives.
Il s'agit avant tout d'un terme émique : il n'est pas utilisé au premier degré en sciences sociales. L'historien Marc André le présente néanmoins comme un du fait de son emploi récurrent dans les médias et discours politiques.
Histoire du terme Le terme casseur est d'abord utilisé au XVIe siècle pour nommer la profession « de ceux qui cassent de la pierre ou de la fonte ». Il faut attendre le début du XIXe siècle pour qu'il commence à prendre une connotation politique et sociale avec les mouvements luddites de bris de machines par des ouvriers. Lors de l'insurrection parisienne de juin 1832, il s'étend aux personnes détruisant vitres et lanternes. Mais c'est surtout à partir des années 1950 que son acception contemporaine commence à se diffuser massivement pour désigner des manifestants commettant des dégradations, des prisonniers mutinés, les commettant des dégradations…
En argot, il pouvait aussi désigner celui qui pratiquait un casse, c'est-à-dire un cambriolage.
Au début du XXe siècle, il est très utilisé pour désigner le hooliganisme et les dégradations lors des manifestations, et très repris dans les discours politiques et médiatiques. Il est alors utilisé pour désigner l'ensemble des personnes pratiquant des actes de vandalisme et/ou violents en marge des manifestations protestataire. Ils interviennent parfois lors de manifestations syndicales, lycéennes ou étudiantes, en usant du mouvement et de l'anonymat de la foule, mais également de manière spontanée et séparée.
Approche sociologique Faire des dégâts matériels, particulièrement en manifestation, fait partie des ou du protestataires identifiés par les sciences sociales. À partir des résultats des enquêtes CEVIPOF de 1988 et 1995 et du Panel électoral français de 2002, la chercheuse en science politique Nonna Meyer constate que la dégradation est le mode d'action le moins accepté de tous en France, culminant à 2 % d'approbation en 1995 et 2002.
+Résultats d'enquêtes enquêtes CEVIPOF de 1988 et 1995 et du Panel électoral français de 2002 à la question « Voici un certain nombre de moyens que les gens utilisent parfois pour faire connaître leurs opinions ou leurs revendications. Pouvez-vous me dire pour chacun d’eux si vous l’approuveriez ou pas du moins dans certaines circonstances ? »198819952002Provoquer des dégâts matériels1 %2 %2 %Peindre des slogans sur les murs6 %6 %5 %Refuser de payer les impôts23 %37 %32 %Occuper un bâtiment administratif28 %42 %43 %Participer à des manifestations de rues49 %62 %77 %Faire grève66 %74 %79 %Nombre de réponses384740784107
Un terme polysémique Au premier degré : désigner le trouble à l'ordre public thumb|Manifestation à Washington après l'assassinat de Martin Luther King en 1968 Le terme ne fait référence qu'à l'acte de casser or il peut désigner à la fois : les personnes opérant des larcins parmi les manifestants) ; les auteurs d'actes de vandalisme, perpétrés contre le mobilier urbain (abribus, cabines téléphoniques), contre des boutiques (vitrines brisées, avec parfois ensuite des vols dans les magasins vandalisés, etc.), contre des distributeurs automatiques, contre des bâtiments publics… ; les manifestants qui s'en prennent physiquement aux forces de l'ordre (CRS, Police Nationale, Gendarmerie, parfois même les Sapeurs-Pompiers).
Le casseur se caractériserait donc par sa nature violente et intimidante.
L'appellation "casseur" désigne l'acte en soi, et non les motivations. Il pourrait ainsi servir à orienter l'opinion, à discréditer certaines revendications. Le vandale étant inéluctablement réprouvable, l'utilisation du terme constituerait une manière d'exclure une certaine forme d'action politiqueDans le livre LQR, la propagande au quotidien, Eric Hazan montre comment le langage peut nier le caractère politique d'une révolte, désormais appelée émeute.. Le terme de vandalisme lui-même est un néologisme né avec la Révolution française, et dont la valeur de discréditation de l'action d'opposants politiques se trouve prolongé par le terme contemporain.
Le terme "casseur" est parfois confondu avec celui d'émeutier (auteurs d'émeutes) qui provoquent et invectivent les forces de l'ordre et expriment un message de révolte : révolte
Au second degré : retourner le terme contre le pouvoir Prenant le contrepied de son utilisation la plus courante pour désigner des personnes troublant l'ordre public, les déclinaisons peut ainsi désigner les forces de l'ordre, et « briseur de grève » ou peuvent désigner les syndicalistes soutenant leur direction contre leurs collègues en lutte sociale (syndicalisme jaune). Plus largement, il peut s'agir de désigner la casse d'un modèle social. On retrouve un exemple de cet usage dans le titre du livre Les Casseurs de l'État social - Des retraites à la Sécu : la grande démolition de Michel Husson en 2003.
L'historienne Ludivine Bantigny observe en 2020 que cette tendance s'est récemment accélérée, et parle même d'un début de du terme casseur. En France, durant les manifestations contre la loi Travail de 2016, la mise en perspective de la matérielle et de la est très reprise par les mouvements protestataires, par exemple à travers le slogan . Pour l'anthropologue Alain Bertho,
Voir aussi Articles connexes
Violences urbaines - Violence Manifestation Médias Anarchisme - Black Bloc Nihilisme Lumpenproletariat Hooligan
Bibliographie Apologie du Casseur, Serge Roure, Éditions Michalon, 2006 C'est de la racaille ? Eh bien, j'en suis, Alèssi Dell'Umbria, L'Échappée Pourquoi cassent-ils ? Présentation des discours et motivations des casseurs, Gwenola Ricordeau, Déviance et société vol. 25 n° 2 (2001).
Liens externes
Pourquoi je casse ? (2006) par le journal Le Monde Nouveau lumpenprolétariat et jeunes casseurs (Brigitte Larguèze, Frédéric Goldbronn et José Reynes) par le journal Le Monde (infos.samizdat.net)
Notes et références
Catégorie:Conflit Catégorie:Émeute Catégorie:Rebelle par type Catégorie:Article incluant une approche sociologique