Le pays de Jarez est un territoire situé à la limite des départements de la Loire et du Rhône. Désignant initialement le bassin versant du Gier, il est aujourd'hui compris en majeure partie dans l'agglomération stéphanoise.
Communes du Jarez
On retrouve le terme dans la dénomination de sept communes actuelles, de part et d'autre de la ligne de partage des eaux entre les bassins versants de la Loire et du Rhône :
Saint-Christo-en-Jarez Saint-Julien-en-Jarez (ancienne commune, aujourd'hui quartier de Saint-Chamond) Saint-Paul-en-Jarez Saint-Priest-en-Jarez Saint-Romain-en-Jarez Sainte-Croix-en-Jarez Soucieu-en-Jarrest La Tour-en-Jarez
Les communes appartenant également au massif du Jarez :
L'Étrat Sorbiers Saint-Héand Fontanès La Talaudière Saint-Chamond Valfleury Cellieu La Grand-Croix Lorette L'Horme Chagnon Genilac
Climat
La vallée du Rhône : sur son versant sud, plus chaud, le Jarez est très influencé par le climat méditerranéen, une faible pluviométrie avec des été chaud et sec, la moyenne à l’année y est de . On y retrouve des arbres fruitiers, des vignes.
Les versants nord et sud dominent l’agglomération stéphanoise face au mont Pilat avec les monts d'Auvergne au sud-ouest ; la chaîne des Alpes à l'est avec le mont Blanc. Le climat du Jarez est de type continental avec des influences montagnardes marquées : une moyenne de 95 jours de gel par an, une pluviométrie de 900 mm par an, la température moyenne annuel vers 700 mètres d’altitude y’est de 9,5°C. Les hivers sont souvent rudes et enneigés avec une forte présence de congères.
L’altitude minimale y est de 257 mètres et la maximale de 940 mètres.
Histoire L'appellation actuelle de « Jarez » dérive de Jarensis ager, Garensi, Gerensis ager. Le Jarez historique comprenait la vallée du Gier ainsi que les vallées du Furan et de l'Ondaine, il n'est jamais mentionné comme pagus dans les sources historiques.
La première mention carolingienne du Jarez est relative à l'église de Saint-Jean-de-Touslas ou de Saint-Jean-Bonnefonds en 868"in Garensi ecclesiam in honore Sancti Johannis", G. Paradin, Mémoires de l'Histoire de Lyon, Lyon, 1573, . Lire en ligne. Il est également mentionné à trois reprises. dans le cartulaire de Savigny (Cellieuhoc est unum mansum in villa quæ dicitur Celsihiacus (1029). Dans , traduction en ligne.De manso in Celsihaco. Dans ., ÉchalasDe vinea de Escalati villa. Dans . et Trèveset in Gerense in villa quæ dicitur Trevedus. Dans .).
Antiquité Avant la conquête romaine, le Jarez était situé aux confins des territoires des Ségusiaves et des Allobroges., les toponymes semblant indiquer une frontière potentielle au niveau de Rive-de-Gier et du ruisseau l'EgarandePaul Valette, dans ...
Il est vraisemblable que la défaite des Allobroges et des Arvernes lors de la bataille du confluent (121 av. J.-C.), qui conduisit à la fondation de Vienne, ait donné lieu à une occupation romaine des terres confisquées aux Allobroges situées le long de la principale voie de communication reliant l'Auvergne au Viennois. Dès lors, le massif du Pilat et la vallée du Gier constituait une marge septentrionale relativement sûre de la Gaule narbonnaise car située au contact du territoire des Ségusiaves (considérés comme un peuple-frère par Rome).
Strabon fait mention d'une route commerciale de 800 stades entre Rhône et Loire qui empruntait la vallée du Gier puis celle du Langonand ou du Furan. Cette route, d'environ de Vienne à Roanne (point où la Loire devenait navigable) évitait ainsi la navigation à contre-courant sur le Rhône puis la Saône..
La fondation de la nouvelle colonie romaine de Lugdunum vers 43 av. J.-C. conduisit à la construction de l'aqueduc du Gier (dont le bassin-versant fait partie de l'archiprêtré tardi-antique). Le captage des eaux pour l'aqueduc s'étendait au moins jusqu'à Izieux (quartier de Saint-Chamond). Il a peut-être inclut la capture des eaux du Janon et du Langonand., voire celles de l'amont du Furan (bassin de la Loire). (voir l'article « Janon » pour plus de détails). S'il est avéré, ce double captage aurait modifié le tracé initial de l'actuelle ligne de partage des eaux entre Terrenoire et Saint-Étienne.
Selon toute vraisemblance, le Jarez connu la double influence de la fondation des colonies romaines de Vienne puis de Lyon. Les possessions et les charges des grandes familles féodales attestaient peut-être encore au Moyen Âge de cette influence de part et d'autre du Pilat.
Moyen Âge
L'archiprêtré de Jarez
Le Jarez fut intégré au diocèse de Lyon probablement avant le "Au IVe siècle, le diocèse de Lyon ne dépassait point, sans doute, les limites du territoire de la metropolis Lugdunensis, formé au déclin de la période romaine par l'union de la Civitas Segusiavorum à la colonie romaine de Lyon". Dans .. Sans archidiacre ni doyenné, il était divisé en archiprêtrés au nombre desquels le Jarez apparaît, de loin, comme le plus vaste et le plus dense.
Le pouillé du diocèse de Lyon (rédigé vers 1225) dénombre pour l'archiprêtré de Jarez 104 lieux de cultes dont 83 églises, 2 chapelles et 19 monastères :
Écully, Grézieu, Sainte-Foy et Tassin, appartenant originellement au Jarez, apparaissent rattachées directement à l'administration métropolitaine à cette date.
L'archiprêtré était lui-même subdivisé en trois conseils ou conciles situés à : Mornant (qui devint archiprêtré à part entière au ); Saint-Julien-en-Jarez La Fouillouse Ces deux derniers furent divisés pour la composition de l'archiprêtré de Saint-Étienne au .
1156-1173 : la scission Forez/Lyonnais
À partir de 1156, le conflit opposant l'empereur Frédéric Barberousse au pape Alexandre III ravive localement les tensions entre les grandes familles féodales de la région autour de la question leurs droits héréditaires sur la ville de Lyon. Au sein de l'aristocratie locale, le jeu des allégeances royales ou impériales conduit au conflit armé entre les partisans du pape (ralliés au comte Guigues II de Forez, proche du roi de France) et ceux de l'empereur (menées par l'archevêque Héracle de Montboissier, vassal de Frédéric Barberousse).
À la veille de la permutatio (1173), le Jarez apparaît comme contrôlé par trois seigneurs, dont on ignore précisément le degré de parenté :
Guichard de Jarez : il tenait de l'archevêque de Lyon le château de Feugerolles,
Gaudemar de Jarez, (son frère ?) qui était lié par serment de fidélité à l'Église de Lyon pour ce qu'il détenait à Saint-Priest-en-Jarez,
Brian (II) de Lavieu, peut-être le neveu de Guigues II de Forez, duquel il tenait le château de Saint-Chamond en 1173 et une partie du château de Grangent. Cependant, la répartition entre les chanoines des revenus de l'Église métropolitaine (1187) indique qu'il mena la guerre contre le comteGirino de Sancto Prejecto Sanctum Johannem de Bono Fonte sine onere, dum presens guerra duraverit inter Briannum et comitem Forensem; facta autem pace' (...)'", Lire en ligne.
À la suite de la de 1173, la région fut l'objet d'un partage entre les possessions de l'Église de Lyon (qui conserva ses possessions de la vallée du Gier, Saint-Chamond, Saint-Jean-Bonnefonds et jusqu'à Saint-Genest-Lerpt) et celles du comte de Forez (qui garda la suzeraineté sur Saint-Priest-en-Jarez et la vallée du Furan). La transaction disposa également du maintien des droits des deux parties sur Saint-Héand et Sorbiers et de la démilitarisation d'un secteur compris entre Saint-Chamond, la Tour-en-Jarez et Saint-Priest, correspondant à l'actuelle agglomération stéphanoise.
La maison de Jarez
La maison de Jarez paraît avoir été la plus ancienne et semble entretenir des liens étroits de parenté avec les Saint-Priest/Durgel/Lavieu/Feugerolles ainsi qu'avec la première maison des comtes de Forez et la deuxième maison de ForezRecueil de mémoire et documents du Forez, La Diana, T. 8, 1885, .E. PERROY, Les familles nobles du Forez (1976) Lire en ligneRecueil de mémoires... T.IX, p. 8. < Lire en ligne. Vassale à la fois du comte de Forez et de l'archevêque de Lyon pour certaines possessions, elle fut la maîtresse effective de Saint-Chamond, de Rochetaillée, de Saint-Priest-en-Jarez et de Feugerolles. Leur domaine s'étendait jusqu'à Pélussin, Bourg-Argental et Malleval.
Le nom Gaudemar était à l'origine celui des rois burgondes, un hypothétique lien de filiation est difficilement vérifiable.
Vers 1200, les possessions de la famille "de Jarez" étaient distribuées autour du massif du Pilat et relevaient pour partie du Viennois, du Forez et du Lyonnais.
Gaudemar de Jarez (1095) approuva la donation faite au prieuré de Saint-Sauveur-en-Rue, dépendant de la Chaise-Dieu, fondé par les seigneurs d'Argental"Gaudemarus de Gares", Cart. du prieuré de St.-Sauveur-en-Rue, LVII, p. 23, Lire en ligne.
Guichard de Jarez, seigneur de Feugerolles, cité dans la permutation de 1173, frère du suivant (?).
Gaudemar I de Jarez (av. 1152-ap. 1217), seigneur de Saint-Chamond, de Virieu, de Chana, de Malleval et de Rochetaillée.
En 1152, Gaudemar de Jarez, gendre d'Artaud seigneur de Malleval, fait hommage de ladite seigneurie à l’Église de VienneRecueil de mémoires et documents sur le Forez, vol. 8, Diana, p. 279. Lire en ligne.
Il apparaît en 1164 comme signataire d'un acte de donation de Dreux de Beauvoir en faveur de l'abbaye de Bonnevaux (abbaye-mère de Valbenoîte)Cart. de l'abbaye N.D. de Bonnevaux, n° 54, p. 30 "Gaudemarius de Jaresio" Lire en ligne"Testes... Gaudemarus de Jaresio", Dreux de Beauvoir archevêque de Lyon pour Bonnevaux (abbaye Notre-Dame), 1164 Lire en ligne/.
À la veille de la permutation, il tenait Saint-Priest-en-Jarez pour l'Église de Lyon. Le texte dispose de son hommage en le transférant au comte de manière qu'il doive désormais Saint-Priest à l'Église (bien que le roi ait octroyé les droits régaliens au comte).
Il conclut un accord avec le prieur de Saint-Julien-en-Jarez en 1202.
Il rendit hommage à l'Église de Lyon pour le château de Saint-Chamond en 1217 où il reconnait tenir en fief de l'Église tout ce qu'il possédait de la Croix-de-Montvieu"Croix-de-Montvieu: hameau, à la limite des communes de Pélussin et de La-Terrasse-sur-Dorlay - Strata (qua itur) a Cruce Montisvioli versus Forisium, 1173 (Chart. du Forez, , ) (...) Cette croix était placée sur des voies antiques importantes". Jean-Étienne Dufour, Dictionnaire topographique du département de la Loire, PUSE, 1946 (rééd. 2006), . Actuelle commune de Doizieux au mandement de Malleval.
Il échangea finalement avec l'archevêque de Lyon Renaud de Forez la seigneurie de Condrieu contre celle de Saint-Chamond"Et in pararia quam habebat Gaudemarus de Jarefio apud Coyndreu, & ut recognosceret idem Gaudemarus se habere ab ecclesia quicquid habebat a cruce Montis Violi, inferius, usque ad mandamentum de Mala Valle, accepit in pignus dictam parariam ab eodem Gaudemaro pro centum & viginti marchis argenti, & facta permutatione de Coindreu & de Sancto Annemundo, tranflata suit ista gageria ad Chavannay (Chavaney ?), ubi remissis viginti marchis remanserunt in gageria solum- modo centum marche". Notice de l'archevêque Renaud de Forez, J.-M. DE LA MURE, tome III, preuve 36 bis, . Lire en ligne.
Sa femme Clémence lui donna :
Guigues de Jarez (v.1167Cart. de l'abbaye N.D. de Bonnevaux, n° 114, p. 54 "Guigo de Jaresio" Lire en ligne-1236), seigneur de Saint-Chamond, Virieu et Chavanay, fils de Gaudemar et de Clémence (?). Il est mentionné dans la notice de l'archevêque Renaud de Forez vers 1200"in gageria quam habebat ecclefia a Guigone de Jareis apud Chavannai, centum marchas misit". Notice de l'archevêque Renaud de Forez J.-M. DE LA MURE, tome III, preuve 36 bis, . Lire en ligne.
En 1224, Guigues de Jarez accorda une charte de franchise aux habitants de Saint-ChamondLA TOUR-VARAN, Châteaux et abbayes, T. II, . Lire en ligne (traduction en français).