L’aéroport de Strasbourg-Entzheim , dont la dénomination commerciale est « aéroport international de Strasbourg », est un aéroport français situé sur le territoire des communes d'Entzheim, de Holtzheim et de Duppigheim, à l'ouest de Strasbourg, dans la collectivité européenne d'Alsace, en région Grand Est.
Il est le seul aéroport du département du Bas-Rhin et le 2 plus grand aéroport d'Alsace après l'aéroport de Bâle-Mulhouse-Fribourg.
Histoire Création
Le premier aérodrome de l'agglomération strasbourgeoise fut celui du Polygone au Neuhof. Sa vocation étant principalement militaire, le développement de l'aviation civile au lendemain de la Première Guerre mondiale nécessita l'aménagement d'un nouveau terrain d'aviation. Le choix se porta sur la commune d'Entzheim au sud-ouest de Strasbourg. Le nouvel aérodrome est mis en service en février 1923, il s'agit alors d'un quadrilatère de sur 750 comportant une piste engazonnée et prenant place sur des champs appartenant aux hospices civils de Strasbourg. Le site se trouve entre le village d'Entzheim et la ligne de chemin de fer Strasbourg - Saint-Dié, à proximité d'Hangenbieten et de Holtzheim.
Le nouvel aérodrome d'Entzheim est principalement exploité par la Compagnie franco-roumaine. En 1925, le terrain (d'une superficie de ) est équipé d'une station météorologique et d'un émetteur TSF rendant possible les vols de nuit.
En 1931, le trafic est de et de lettres postales. L'emprise de l'aérodrome atteint tandis que la piste est portée à . Quatre hangars sont également construits sur le site.
En 1939, l'aérodrome occupe et comporte une aérogare ainsi que plusieurs hangars. Cependant, tous les vols sont suspendus lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate.
En 1943, les Allemands rouvrent l'aérodrome et effectuent quelques travaux d’agrandissement.
Après la libération de Strasbourg, en novembre 1944, l'aérodrome passe sous le contrôle des Alliés. La piste est allongée à mètres.
Le site redevient civil en 1946, son exploitation est alors confiée à la Chambre de commerce et d'industrie de Strasbourg et du Bas-Rhin.
Aéroport mixte : civil et militaire
vignette|Fokker 27 F-BPNJ d'Air Inter à Strasbourg en mai 1978. Entre 1950 et 1959, une base aérienne aux normes OTAN est construite sur le site. Une nouvelle piste de mètres est aménagée, celle-ci est décalée d'environ 30° par rapport à la piste d'origine. Entzheim devient alors un aéroport mixte, à la fois civil et militaire.
L'Armée de l’air se voit accorder en 1955 une autorisation d’occupation temporaire, transformée en 1966 en « concession d’outillage »..
Une nouvelle aérogare est construite en 1957. Le , la compagnie Air Inter effectue le premier vol entre Strasbourg-Entzheim et Paris-Orly avec un Douglas DC-3. La ligne vers Orly est reprise par Air France dès novembre 1959« Strasbourg-Orly : clap de fin », article des DNA du 26 mars 2016..
En 1963, Strasbourg-Entzheim est classé « aéroport international ouvert ».
En 1965, l'aéroport a accueilli , soit une hausse de 30 % par rapport à 1964 () et de 62 % par rapport à 1963 (). L'aéroport est desservi par quatre lignes régulières : Strasbourg - Paris (deux fois par jour depuis le ), Strasbourg - Nice (deux fois par semaine en été, une fois par semaine en hiver), la liaison Strasbourg - Francfort est interrompue le pour être remplacée par une liaison Strasbourg - Bruxelles (trois fois par semaine) et Strasbourg - Lyon (trois fois par semaine à partir du ). On compte également deux lignes saisonnières : Strasbourg - Palma de Majorque de juillet à septembre et Strasbourg - Lydd de mai à octobre. Des vols à destination ou en provenance de Francfort et de Zurich sont affrétés lors des sessions du Conseil de l'Europe« Il y a cinquante ans : l'essor du trafic aérien », article des DNA du 31 janvier 2016..
De 1964 à 1966, le trafic de l'aéroport a augmenté de 66 %. La croissance est principalement due à la ligne Strasbourg - Paris (deux allers-retours quotidiens) et à la liaison Strasbourg - Lyon (trois allers-retours par semaine depuis le ). Les autres lignes régulières sont : Strasbourg -Nice - Alger (une fois par semaine) et Strasbourg - Bruxelles (du au ). La ligne saisonnière Strasbourg - Lydd n'est pas reconduite en 1967 mais une liaison Strasbourg - Lympne est assurée de mai à . Pour l'année 1966, le fret aérien représente , en particulier des véhicules à destination de la Grande-Bretagne. Le trafic postal se concentre essentiellement sur les relations Paris - Mulhouse - Strasbourg et Genève - Strasbourg« Il y a cinquante ans : Le temps des carnavals », article des DNA du 12 février 2017..
L'aérogare a été remaniée et agrandie à trois reprises : 1973, 1988 et 1999. Malgré une croissance forte et un éventail de destinations en augmentation, les vols vers Orly et Paris-Charles-de-Gaulle représentent plus de la moitié des vols quotidiens.
Le , un Airbus A320 de la compagnie Air Inter en provenance de l'aéroport de Lyon-Satolas et à destination de Strasbourg-Entzheim s'écrase près du mont Sainte-Odile. L'accident fit , seuls 9 occupants de l'avion ont survécu à la catastrophe.
Fermeture de la base aérienne 124 Le , la base aérienne 124 de l'Armée de l'air ferme ses portes .. L'emprise de l'aéroport passe alors de à .
En 1998, l'opérateur de fret DHL souhaite installer une plate-forme de correspondance européenne à Strasbourg-Entzheim mais les riverains et l'opposition municipale contraignent la compagnie à annuler son projet.. et de s'installer à Bruxelles, puis à Leipzig. Après cet évènement, l'aéroport se voit imposer de nouvelles contraintes, notamment l'interdiction des vols de nuit.
Le protocole d'accord sur les vols de nuit de 1998
Le protocole d'accord sur les vols de nuit de 1998 est le fruit d'un consensus entre riverains, élus et le gestionnaire de l'aéroport et l’État.. Il a pour objet de préserver une période de repos nocturne sans trafic commercial ni privé sur une plateforme aéroportuaire qui n'est pas cadrée par un arrêté d'exploitation. Seuls les vols « d'utilité publique » tels les déroutements météo, les vols d’État ou de la Sécurité Civile et les vols sanitaires peuvent s'effectuer dans la période de fermeture.. Un seul vol postal bénéficiait d'une exception, il a été supprimé en . Ainsi la restriction s'impose à partir de 23h30 pour les décollages et 0h00 pour les atterrissages, horaires majorés de 30 minutes pour d'éventuels retards aux vols programmés, et dure jusqu'à 6h00. Tout vol non prévu au protocole doit obtenir une dérogation par la Commission de voisinage instaurée par le protocole. Le respect du protocole figure en point initial de la Charte de l'Environnement de l'aéroport de Strasbourg-Entzheim., il est unique en France.
Les vols de nuit entre 23h00 et 6h00 font aussi l'objet d'un suivi particulier prévu par le protocole et les statistiques sont mensuellement publiées dans les bulletins SYMBIOSE sur le site de l'aéroport sous la rubrique Environnement ou sur le site de l'UFNASE (Union Fédérale contre les Nuisances de l'Aéroport de Strasbourg-Entzheim)..
De à 2012, ce protocole bien que contraignant a été parfaitement respecté. Depuis, avec le développement du trafic low-cost, le nombre de vols entre 23h00 et 6h00 a augmenté d'année en année. Ainsi entre 2010, année de référence pour laquelle le nombre de passagers était au plus bas, et 2018, le nombre de passagers a progressé de 22% et les mouvements de 6h00 à 23h00 ont baissé de 6%. Dans le même temps les vols de nuit entre 23h00 et 6h00 ont augmenté de 60% et ceux durant la période de fermeture entre 0h30 et 6h00 ont progressé de +1640%.
En réaction à cette dérive du trafic commercial et privé vers les plages nocturnes et empiétant sur la période de fermeture, les riverains ont manifesté leur mécontentement devant l'aérogare le et ont réclamé le strict respect du protocole. En réponse, une nouvelle « Commission de suivi » du protocole a été instaurée en décembre fin 2018, composée respectivement de deux représentants de l'aéroport, des maires des communes riveraines et de riverains issus de l'UFNASE. En , l'ACNUSA (Autorité de Contrôle des Nuisances des Aéroportuaire) a effectué un audit auprès des divers acteurs concernés par l'aéroport pour envisager la mise en place, a terme, d'un arrêté d'exploitation plus contraignant que l'actuel protocole, simple "gentlemen agreement".
Extensions De 1994 à 2001, un programme d’investissements est réalisé pour un total de de francs ; une partie des travaux est inscrite dans le contrat triennal Strasbourg Ville Européenne.. On compte parmi les réalisations l’extension de l’aérogare de 1996 à 1999 ., une nouvelle aérogare de fret en 1999-2000 et la reconstruction de la piste durant l'été 2000.
En 1999, l'aéroport accueille 2,25 millions de passagers (son record) dont 60 % à destination ou en provenance de Paris.
Chute du trafic En 2003, Ryanair se retire de l'aéroport où la compagnie assurait une liaison vers Londres Stansted, à la suite de poursuites de Brit Air sur les subventions reçues par la compagnie irlandaise..
En 2007, l'inauguration de la première phase de la LGV Est européenne entraîne une importante chute du trafic passager de l'aéroport.. Un an après l'ouverture de la ligne TGV, le trafic passagers de l'aéroport passe de à 1,7 million par an., principalement grâce au temps de trajet du train qui passe de à 2 h 20. Sur la liaison Paris - Strasbourg, la SNCF passe dès la première année à 60 % de parts de marché contre 35 % avant l'inauguration du TGV.
Avec l'arrivée du TGV et la concurrence des aéroports de Karlsruhe-Baden-Baden et de Bâle-Mulhouse, Strasbourg-Entzheim n'atteint en 2009 que 1,1 million de passagers par an, soit une baisse de près de 50 % par rapport à 2006..
En 2010, le projet de création de la zone d'entraînement militaire transfrontalière « CBA 22 » menace l'aéroport, car il contraint les avions commerciaux à voler plus bas, ce qui cause une forte augmentation de leur consommation de carburant.. Le projet est finalement remodelé pour laisser l'aéroport poursuivre une activité commerciale sans entraves..
En raison de la proximité des aéroports de Bâle-Mulhouse et de Karlsruhe-Baden-Baden, et de la bonne desserte de Strasbourg par les TGV, la question de l'utilité de l'aéroport de Strasbourg est clairement posée rapport-maillage-aeroportuaire-français-2017 sur cget.gouv.fr Voir pages 31, 33 et 46.
Nouvelles stratégies vignette|Avion Air France à l'aéroport d'Entzheim. vignette|L’aérogare vue de la piste. vignette|Jaguar et Mirage IIIE exposés près de l'aérogare, côté tarmac. Le , l'aéroport change de statut et devient une société d'exploitation aéroportuaire. L’État devient actionnaire majoritaire (60 %), l'Eurométropole de Strasbourg, la région Alsace et le département du Bas-Rhin 5 % chacune, et la Chambre de commerce et d'industrie de Strasbourg et du Bas-Rhin passe quant à elle de 100 % à 25 % des parts..
Après des tractations entre l'État, la ville de Strasbourg et la CCI, une diminution de la taxe d'atterrissage est approuvée et rendue possible par l'attribution de subventions. Cette baisse de est effective au , la taxe coûtant désormais ., rendant les taxes aéroportuaires du complexe égales à celle de l'EuroAirport. de Bâle Mulhouse.
À la suite de la montée du trafic du TGV Est, Air France annonce en juillet 2012 l'arrêt de sa liaison Paris-Charles-de-Gaulle - Strasbourg pour fin , trop déficitaire., la liaison avec Orly n'étant pas concernée. La compagnie indique reporter le trafic de la ligne sur les TGV de la SNCF. Les élus locaux, les syndicats de l'aéroport et de l'entreprise s'inquiètent de l'arrêt de cette liaison, représentant près de par an, soit environ 8 % du trafic de l'aéroport.. À la suite de cette fronde, l'entreprise est convoquée par le ministre chargé des Affaires européennes, Bernard Cazeneuve et reporte son projet de fermeture sans pour autant l'abandonner..