La criminologie est l'étude de la nature, des causes, du développement et du contrôle de la criminalité à la fois d'un point de vue individuel et social. C'est un champ interdisciplinaire qui étudie le phénomène criminel et qui fait appel à de nombreuses disciplines allant de la psychologie, au droit, en passant par la sociologie (en particulier dans le domaine de la sociologie de la délinquance) ou l'économie. Le champ de recherche criminologique couvre les incidences, les formes, les causes et les conséquences du crime autant que la régulation sociale et institutionnelle de la réaction au crime. Enseignée dans des universités, elle est parfois désignée par les vocables « sciences criminelles » en français, ou « » en anglais et le spécialiste en criminologie se nomme criminologue. Le phénomène criminel, toutefois, peut aussi bien englober tout ce qui est relatif ou qui constitue un crime que ce qui est relatif à la répression, à la sanction du crime, à ce qui conçoit un crime, à l'étiologie du crime ou encore ce qui est considéré comme délinquant. Son caractère scientifique est controversé.

Histoire

Platon, Aristote et plus tard Saint Thomas d'Aquin se sont intéressés au crime et au criminel.

La dénomination même de cette discipline n'a pas été une évidence et s'est faite par tâtonnement (anthropologie criminelle, sociologie criminelle, criminalogie) à la fin du et cette recherche .. Le premier ouvrage utilisant explicitement le terme de « criminologie » dans son titre est le manuel intitulé La Criminologie, que publie Raffaele Garofalo en 1885. En 1977, l'étude spécifique de la criminologie féministe, est initiée par l'ouvrage de : ..

Au-delà de ces questions de terminologie, il reste difficile de déterminer avec précision la date de naissance de la criminologie. Il est toutefois possible d'identifier quelques grands mouvements qu'a connu le sujet.

Au , deux courants principaux, regroupant ceux qui sont aujourd'hui le plus souvent considérés comme les fondateurs de la criminologie, vont s'opposer : l'école positiviste italienne et l'école classique.

École classique À la fin du et au début du , de nombreux professionnels, chacun dans leur spécialité (droit, médecine, statistiques, etc.), se sont intéressés au phénomène criminel. Leurs travaux forment le terreau à partir duquel ceux que l'on considérera plus tard comme les fondateurs de la criminologie ont posé les premiers jalons de la discipline que nous connaissons aujourd'hui.

right|thumb|Frontispice de la première édition (1764) de Des délits et des peines (Dei delitti e delle pene) de Cesare Beccaria.

Cesare Beccaria et Jeremy Bentham, principaux représentants de l'École classique, ne mènent pas leurs réflexions dans le sens de la constitution d'une discipline criminologique à part entière. Cependant, s'inscrivant dans une réflexion sur le crime et sa prévention, ils peuvent être considérés non seulement comme des penseurs du droit pénal mais également comme des précurseurs de la criminologie et de la politique criminelle. Cesare Beccaria expose ainsi sa philosophie politique et juridique dans son ouvrage majeur intitulé Des délits et des peines (1764). L'auteur y développe la notion de responsabilité individuelle, de libre arbitre et de prophylaxie sociale. Il y exprime également ce que l'on appelle aujourd'hui le principe de légalité (en français : ) aujourd’hui qualifié de principe de légalité, la formule ne sera forgée que plus tard (par Feuerbach). De plus l'idée avait déjà été formulée (sans doute pour la première fois par Thomas Hobbes), mais Beccaria lui donne une importance inédite., s'y oppose à la peine de mort et à la torture, y prône la prévention plutôt que la répression et désigne l'éducation comme meilleur moyen de lutte contre la délinquance.

Un autre penseur de ce courant est Jeremy Bentham, inventeur de la notion de panoptique. (architecture en forme d'étoile utilisée pour les prisons) et père de la philosophie utilitariste. Cette conception pose que chaque individu recherche le plaisir et tente d'éviter la peine. Il calcule donc chacune de ses actions en fonction de ce couple coût (peine) / bénéfice (plaisir). En partant de ce principe, Bentham met en avant la fonction dissuasive de la peine dans son ouvrage intitulé Théorie des peines et des récompenses (1811).

École positiviste italienne thumb|left|upright|alt=Portrait de C. Lombroso|Cesare Lombroso.

Cette école est principalement représentée par Cesare Lombroso et par ses deux disciples Enrico Ferri et Raffaele Garofalo. Cesare Lombroso, médecin légiste italien, inspiré par la théorie évolutionniste de Charles Darwin et par la physiognomonie, est convaincu que l'homme criminel représente un type particulier, moins avancé dans son évolution que ses contemporains. Il va donc chercher à identifier les signes qui permettraient de témoigner de cet état de fait. Ces signes peuvent être d'ordre anatomique (forme du crâne, insensibilité à la douleur, par exemple) mais aussi comportementaux (tatouages, usage de l'argot). Fort de ses recherches sur des milliers d'individus, il publie en 1876 son principal ouvrage, L'Homme criminel (1876), dans lequel il expose sa théorie du criminel-né. Il y défend l'idée du caractère inné de la criminalité, qui résulterait donc selon lui d'un processus d'atavisme, c'est-à-dire de la résurgence de caractéristiques archaïques chez ces individus. Appliquant la méthode scientifique à l'étude du criminel, Lombroso est souvent considéré comme le fondateur de la criminologie scientifique..

Enrico Ferri, un étudiant de Lombroso, a cru que l'environnement social ainsi que les facteurs biologiques jouaient un rôle prédominant et que l'accumulation de tous ces facteurs rendaient le criminel irresponsable de ses actes car hors de sa volonté. Les criminologues ont depuis rejeté les théories biologiques de Lombroso. Cette école s'est enrichie des apports de la médecine, de la biologie et de l'anthropologie.

Psychiatrie et phrénologie thumb|left|Philippe Pinel.

Les noms de Philippe Pinel et de Jean-Étienne Esquirol sont davantage associés aux débuts de la psychiatrie plutôt qu'à ceux de la criminologie. En effet, les comportements délinquants ne sont pas l'objet principal de la psychiatrie mais sont de fait entrés dans le champ de ses observations, notamment sous l'angle de l'évaluation de la responsabilité pénale..

Pinel tout d'abord travaille ainsi à distinguer différentes formes d'aliénations (en se basant sur l'observation des troubles dont ses patients sont atteints) et élabore l'une des premières classifications des maladies mentales. Parmi les pathologies ainsi isolées, il décrit la manie. Il souligne la violence des crises maniaques, 1801, et suivantes. et explique que le délire n'est pas systématique. Il décrit la manie sans délire de la façon suivante : Pinel défend enfin l'idée de la guérison possible des manies, guérison qui nécessite un traitement moral dans un cadre institutionnel adapté, 1809, et suivantes..

Esquirol, élève de Pinel, poursuit l'œuvre de celui-ci et isole, en partant de la mélancolie décrite par son maître, l'entité nosologique des monomanies. Elles se caractérisent par un délire partiel, ne touchant au début qu'un seul (ou un nombre restreint) d'idées in J.-É. Esquirol, Des maladies mentales : considérées sous les rapports médical, hygiénique et médico-légal, 1838, tome 2, . Lire en ligne. Esquirol inscrit les monomanies dans le prolongement des passions humaines, constituant une forme d'exagération qui échappe au contrôle de l'individu. C'est dans le cadre des monomanies qu'il fera entrer dans le domaine de la maladie mentale des comportements conduisant jusque-là leurs auteurs davantage devant un juge que devant un médecin. Il décrit en effet la monomanie homicide comme

Pinel puis Esquirol provoquent ainsi plus ou moins directement de nombreux débats sur la question de la responsabilité pénale des criminels.

Franz Joseph Gall est un médecin allemand qui a concentré son travail sur l'étude du cerveau. S'il commence par travailler sur les liens entre la matière grise et la substance blanche, il développe par la suite une théorie localisationiste selon laquelle les facultés mentales sont liées spécifiquement à certaines parties du cerveau. Il poursuit sur cette voie et, d'après des observations faites notamment sur ses étudiants, en déduit que la forme du crâne est influencée par le développement des zones cérébrales qu'il contient. Il fait donc un lien direct entre la morphologie du crâne et les traits de caractères, ouvrant la voie aux futurs travaux de Cesare Lombroso sur le criminel né. Si la question des localisations corticales reste encore aujourd'hui importante dans l'étude du cerveau, la phrénologie et les recherches sur un lien supposé entre anatomie du crâne et traits de personnalité seront quant à elles vite abandonnées, ..

Statistiques morales

André-Michel Guerry pour la France et Adolphe Quetelet pour la Belgique, sont considérés comme les fondateurs de la statistique moraleVoir l'Essai sur la statistique morale de la France (lire en ligne) de Guerry (1833) et Sur la statistique morale et les principes qui doivent en former la base (lire en ligne) de Quetelet (1848).. Ils sont en effet parmi les premiers à s'intéresser aux statistiques des crimes et délits. Leurs études sur la consistance numérique des crimes suscitèrent une large discussion entre liberté et déterminisme social. Tout au long de sa carrière, Guerry s'intéressa par exemple à la recherche de relations entre variables sociales et morales. Il remarqua la grande régularité des taux de criminalité et de suicide à travers les époques, ce qui lui laissa entrevoir que les actions humaines étaient peut-être régies par des lois plus générales, semblables à celles qui régissent la physique. Leurs travaux constituent l'une des prémices de la criminologie ainsi que de la sociologie.

Premiers enseignements La première école de police scientifique est fondée en Suisse, en 1909, par Rodolphe Archibald Reiss : il s'agit de l'Institut de police scientifique de l'Université de Lausanne. Photographe, Reiss a tiré parti de sa passion pour doter les sciences criminelles de nouveaux outils d’analyse. Sur invitation du gouvernement serbe, il examina les crimes de guerre commis pendant la Première Guerre mondiale et participa à la conférence de paix de 1919.

Stabilisation de la criminologie contemporaine

À l'origine, dans la première moitié du , la criminologie est d'abord un discours sur le crime et la criminalité, ce qui en fait un des premiers champs d'étude de la sociologie. Mais, comme depuis le siècle des Lumières, d'une part des juristes s'intéressent au sort que l'on doit réserver aux délinquants (voir Beccaria, Faustin Hélie), d'autre part des médecins cherchent à comprendre et à traiter l'esprit criminel (voir Pinel), très rapidement la criminologie s'est développée dans la direction de la compréhension du criminel (voir Lombroso, Ferri, Lacassagne, Dallemagne) et un peu plus tard celle de sa victime.