Le conflit israélo-arabe est le nom donné aux relations tendues entre l'État d'Israël et les États arabes environnants, depuis la création d'Israël le . Il a eu pour points culminants huit conflits : la guerre de 1948-1949, la guerre de Suez en 1956, la guerre des Six Jours en 1967, la guerre d'usure en 1967, la guerre du Kippour en 1973, l'invasion du Liban en 1982, la seconde guerre du Liban en 2006 et la guerre de Gaza depuis 2023.

Ce conflit occupe une place majeure dans la géopolitique du Proche-Orient, où plusieurs problématiques l'accompagnent : l'instabilité de la région, le contrôle par Israël des lieux saints de Jérusalem (ville sacrée des trois monothéismes), les colonies israéliennes de la Cisjordanie et du plateau du Golan, et le contrôle par Israël du bassin du lac de Tibériade (importante ressource d'eau potable).

Le conflit israélo-arabe est parallèle et en partie lié au conflit israélo-palestinien, caractérisé par la question des réfugiés palestiniens, par l'exacerbation du sentiment national palestinien (né dans les années 1920 mais jamais concrétisé par la création d'un État) et par l'apparition à la fin des années 1960 de groupes d'activistes palestiniens perpétrant des attentats, des prises d'otages et des détournements d'avions.

Chronologie

Le conflit israélo-arabe a ses racines dans les tensions entre le sionisme, visant à établir un État juif en Terre sainte, et le nationalisme palestinien, réaction à l'émergence du sionisme à la fin du XIXe siècle. Ces divergences ont engendré des revendications territoriales concurrentes, alimentant les conflits qui persistent encore aujourd'hui. En 1936, les arabes se rebellent contre l'autorité britannique mais sont vaincus. À ce moment également, la communauté juive se renforce militairement et la Haganah, une force paramilitaire sioniste, mène contre les Arabes des opérations de représailles.

Après la Seconde Guerre mondiale, la Haganah, créée en 1920, a été renforcée en prévision de la déclaration d'indépendance d'Israël en 1948. Lors de cette déclaration, la Haganah a été intégrée dans les Forces de défense israéliennes (FDI) pour assurer la sécurité de l'État naissant. Pendant ce temps, l'Irgoun a continué ses opérations militaires et a été intégrée dans les FDI, tandis que le Lehi, également actif avant la création d'Israël, a été dissous en 1948, avec certains de ses membres intégrés dans les FDI. À ce moment, les Etats Arabes se retrouvent moins habilement formés et moins bien pourvus en équipement. À la suite de ces évènements et devant le contexte international, les Britanniques décident de quitter la Palestine et remettent leur mandat à l'ONU. Celle-ci charge alors une commission d'enquête, l'UNSCOP de trouver une solution au problème. L'UNSCOP recommande le partage de la Palestine qui est voté par l'ONU le , et qui divise la Palestine en deux États, l'un juif, l'autre arabe. Les sionistes adhèrent pleinement à ce texte, tandis que les Palestiniens le rejettent.

Il s'ensuit le lendemain une guerre civile particulièrement sanglante, qui perdurera jusqu'à la phase suivante, le . En ce jour l'État d'Israël est proclamé et les États arabes voisins déclarent officiellement la guerre et envahissent le territoire : c'est la première guerre israélo-arabe. Dans la foulée, un exode palestinien appelé Nakba se déroule avec près de Arabes palestiniens qui fuient, sont pris par les combats, ou sont expulsés par les soldats conquérant les villages. Entre décembre et , environ Palestiniens, en majeure partie membres des classes moyennes et supérieures urbaines, quittèrent leurs maisons, espérant revenir une fois que les armées arabes auraient pris le contrôle du pays. Après la guerre, environ Arabes palestiniens qui vivaient dans les territoires qui forment Israël sont devenus réfugiés. Ces derniers constituent un élément majeur du contentieux israélo-arabe.

À la suite du succès d'Israël lors du conflit israélo-arabe de 1948, les accords de Rhodes sont établis et fixent des lignes d'armistice. Malgré les précautions prises pour éviter que ces lignes d'armistice entre les belligérants ne deviennent des frontières politiques, celles tracées à Rhodes ont fini par acquérir ce statut de facto. Ces frontières se caractérisent par leur étendue limitée et leur absence de conformité avec des caractéristiques géographiques naturelles, parfois divisant les champs des villages, ce type de frontière est parfois appelé ligne verte.

Avant 1920

1920-1948 thumb|Palestine mandataire L'antisémitisme qui régnait en Europe au (particulièrement dans l'Empire tsariste, où des massacres de juifs se sont répétés, mais aussi en France avec l'affaire Dreyfus) a entraîné la naissance du sionisme. Aussi, des philanthropes juifs (entre autres, Sir Isaac Montefiore, dont on peut voir encore le moulin qu'il fit construire, près de Jérusalem) achetèrent au Sultan Turc de l'époque des terres, souvent incultes, sources de maladies (marais) pour ébaucher le futur territoire juif. Le rôle du JOINT américain (organisme /« leveur » de fonds ), est également important, son action vise à acheter de nouvelles terres aux Turcs, occupant la Palestine jusqu'en 1918.

Le journaliste Théodore Herzl a joué un rôle déterminant dans le développement de ce mouvement, grâce à son livre L’État juif. Ce mouvement s'est aussi étendu aux pays musulmans, où la situation des juifs, considérés comme sujets de seconde zone (« Dhimmis »), était parfois précaire. Le mouvement sioniste ne concernait qu'une partie des Juifs. Quant aux autres Juifs, ils considèrent le judaïsme comme une religion, et leur pays natal par exemple la France, Allemagne, Royaume-Uni, etc. Cependant sans oublier la constante référence à Jérusalem et l'Israël « historique » (c'est-à-dire les anciens Royaumes de Juda et d'Israël). La Déclaration Balfour de 1917 qui, pendant la Première Guerre mondiale, promet la création d'un « Foyer national juif » en Palestine. Cette notion qui n'impliquait pas nécessairement un État était extrêmement vague. Elle supposait seulement la possibilité pour les Juifs d'y trouver asile. La désintégration de l'Empire ottoman. Allié des puissances centrales durant la Première Guerre mondiale, cet empire fut vaincu et, conformément aux accords secrets Sykes-Picot de 1916, la France et le Royaume-Uni se partagèrent les dépouilles de l'Empire ottoman. Le Royaume-Uni obtint la Palestine, et la France la Syrie, notamment.

Les accords de 1916 allaient permettre au Royaume-Uni et à la France d'étendre leurs empires coloniaux au Moyen-Orient, en 1920, par les différents traités de paix. De plus, conformément à la déclaration Balfour de 1917, les Juifs commencèrent à immigrer en plus grand nombre en Palestine, surtout dans les années 1930 à cause de la politique antisémite d'Hitler.

Pendant la période mandataire la population juive s'est organisée en Yichouv en Palestine. 1922 : création de l'Agence juive pour la Palestine qui devient un des principaux organes de la Palestine juive, c'est un gouvernement potentiel. 1935 : cette agence est élue. David Ben Gourion en est le président. Il sera Premier ministre du gouvernement provisoire. En parallèle, le Yichouv crée des écoles, des hôpitaux, un syndicat et toute une structure sociale se construit. 80 % des travailleurs adhèrent à ce syndicat. Des entreprises naissent, un système économique s'établit sans réels contacts avec la société arabe. Dans les années 1930 : Une force armée semi-clandestine est en œuvre et compte en 1947. Tous les organes nécessaires à la viabilité d'un État pendant le mandat britannique sont opérationnels.

Les réactions par rapport au mandat britannique sont très différentes au sein de la population juive. Les populations demandent à la Société des Nations (SDN) « la formation d'un gouvernement national parmi ceux qui résidaient en Palestine depuis avant la guerre, musulmans, chrétiens, et juifs ». La SDN refuse. Les populations arabes refusent toute participation aux institutions mandataires car ceci légitimerait « le foyer juif ». Ils reconnaissent un mufti, figure religieuse, à la tête d'un conseil musulman suprême à Jérusalem. En 1936, le Haut comité arabe présidé par le Mufti (Amin al-Husseini) finira par s'allier avec l'Allemagne nazie. Les mobilisations arabes n'ont pas pour objectif de créer un mouvement national, contrairement aux populations juives. La situation est différente aussi parce qu'il n'y a pas d'identité nationale, et la mobilisation se structure avant tout autour de solidarités traditionnelles, et non autour de l'idée d'un État futur. Il existe des clivages entre notables en clans rivaux, entre notables ruraux et urbains, sans communication entre les notables et les masses populaires. Les partis politiques, quand ils existent, ne font que couvrir ces clivages traditionnels. Au milieu des années 1930 s'opère une radicalisation de la mobilisation. En Galilée, les campagnes se rebellent sous la direction d'un chef local : Izz al-Din al-Qassam. La mobilisation gagne ensuite les villes et appelle à la grève générale jusqu'à la cessation de l'immigration juive.

Entre 1946 et 1948, les Britanniques attaquent et arraisonnent des navires, notamment l'Exodus, sur lesquels des migrants juifs tentent de rejoindre la Palestine. Un faux groupe organisé par les services secrets britanniques, les Défenseurs de la Palestine arabe, revendique ces attaques.

1948-1967

La structure politique existante soutient des grèves, puis demande son arrêt en accord avec les souverains des pays voisins (Transjordanie, Irak, Arabie saoudite) afin de ménager la force mandataire et faire confiance au Royaume-Uni, dans les années 1940 pendant la Seconde Guerre mondiale. La lutte est une lutte politique arabe pour la Palestine et non pas une lutte palestinienne. : les populations arabes en Palestine refusent cette décision unilatérale, d'où la création d'un gouvernement de toute la Palestine sous la direction du mufti. Le mufti fait appel aux États arabes car il n'a pas de structures ni d'armée. Les forces armées de la ligue arabe franchissent les frontières dès le lendemain de la création d'Israël. L'Égypte cherche à s'assurer le contrôle des territoires proches de ses frontières, surtout des territoires côtiers. La Transjordanie veut s'emparer de la Cisjordanie et de Jérusalem. Dès le premier conflit, la population palestinienne est réduite à une simple force d'appoint, prisonnière des Arabes. La Ligue arabe subit un échec militaire et des conventions bilatérales d'armistice sont signées. Israël la bande de Gaza administrée par l'Égypte qui contrôle le gouvernement de toute la Palestine ; la Cisjordanie et Jérusalem-Est sont annexées en 1950 par le roi de Jordanie, à la suite d'un vote de notables palestiniens.

Ceci comble un vide administratif et la nationalité jordanienne est accordée aux Arabes vivant en Jordanie. Ces accords se font en leur absence. En termes de réfugiés, 65 % vont dans des camps de Cisjordanie et de Gaza, et les autres partent en Syrie, au Liban et en Transjordanie. La libération de la Palestine devient un élément de mobilisation des foules, un but se fonde autour de la destruction d'Israël .

En 1958, la République arabe unie (RAU) est créée par la fusion de l'Égypte, de la Syrie et du Yémen Nord. Le Grand Mufti de Jérusalem lance une campagne pour l'intégration de la Palestine dans la RAU. Il pousse la Ligue arabe vers la reconstitution de l'identité palestinienne. L'Irak répond en proposant l'instauration d'une république palestinienne à Gaza et en Cisjordanie et une armée de libération de la Palestine. Ce positionnement inquiète Nasser et va inciter le sommet de la Ligue arabe à accepter l'établissement d'une entité palestinienne en 1963 et en 1964 : apparaît alors l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) à Jérusalem. L'Égypte tente de concurrencer les créations irakiennes.