vignette|Blason de la ville de Chartres. L' inventorie, étudie et interprète l'ensemble des événements du passé liés à cette ville.
Peuplé depuis la Préhistoire, le site de Chartres accueille durant la période gauloise un oppidum érigé par les Carnutes, un peuple celte vivant sur le plateau de Beauce. La ville est mentionnée par le géographe Ptolémée sous le nom d'« Autrikon », c'est-à-dire le « port sur l'Eure ». Chartres est parfois identifiée comme le lieu désigné par Jules César où s'assemblaient les druides venus de toute la Gaule.
Durant l'époque romaine, la ville, désormais nommée Autricum, prend de l'importance. Celle-ci est dotée de monuments publics et d'un vaste sanctuaire au Sud-Est constituant l'un des plus grands complexes cultuels monumentaux du monde romain. Chartres connait une phase de déclin au cours de l'Antiquité tardive en raison notamment de l'essor et de la concurrence d'Orléans mais conserve une certaine importance durant le Haut Moyen-Âge. La ville devient vers cette époque un évêché important et un lieu de pèlerinage majeur à partir du grâce au don par le roi Charles le Chauve de la relique du voile de la Vierge.
Détruite à plusieurs reprises par les Vikings, par le duc de Normandie Richard et par de fréquents incendies, la ville connait une époque de prospérité à partir du . La ville devient également un centre intellectuel important en Occident sous l'impulsion de l'évêque Fulbert et de l'École de Chartres. La construction de la cathédrale Notre-Dame de Chartres au achève de renforcer l'importance religieuse de la ville.
Du fait de sa situation géographique entre Paris et la Loire et de son rôle dans le ravitaillement de la capitale en blé, Chartres occupe un rôle stratégique qui lui vaut d'être assiégée à plusieurs reprises au cours de la guerre de Cent Ans, puis des guerres de Religion. Au cours de l'Époque moderne, la ville perd sa fonction de place forte et voit le déclin de son industrie textile. Elle se spécialise progressivement dans l'exportation des produits agricoles de la Beauce.
Au , la ville connait une forte croissance de sa population et s'urbanise. Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, Chartres connait une nouvelle phase d'essor démographique et d'urbanisation et une évolution de ses activités économiques vers le secteur tertiaire et le tourisme.
Préhistoire et protohistoire
Occupation au Néolithique Des fouilles menées au début du indiquent que Chartres et ses environs ont été un grand centre industriel densément peuplé au Néolithique. Des fouilles réalisées en 2007 à Sours, au Sud-Est de Chartres, ont ainsi révélé un four à pain datant du Néolithique ancien qui attestent de la présence ancienne de l'homme dans la région. En 2008, un four à fosse moyen datant du Néolithique moyen est exhumé dans le quartier de Beaulieu.
Vestiges de l'âge du fer Des niveaux d'occupation datant de l'âge du fer ont été mis au jour au niveau de la rue Sainte-Catherine mais ne permettent pas de conclure à une occupation durable du site. Quatre opérations d’archéologie préventive réalisées entre 2004 et 2011 ont permis de révéler deux nécropoles à crémations et à enclos de la fin de l’âge du fer sur le territoire de la commune.
Des fouilles réalisées au ont mis au jour un fossé de de long accompagné d'un talus couvrant une surface de , situé à l'emplacement des vallées de Rechèvres et de Vauroux, parfois daté de l'âge du fer et de l'époque de La Tène. Cependant, des incertitudes demeurent sur sa datation précise, certaines analyses mettant en évidence l'incompatibilité de la présence des nécropoles de l'âge du fer dans le périmètre du fossé avec les coutumes de l'époque, observées à Bibracte, à Manching et au Titelberg. Selon ces analyses, qui se basent également sur la datation de mobilier retrouvé sur le site, le fossé pourrait avoir été creusé lors de l'édification de la ville gallo-romaine à l'époque augustéenne.
Antiquité vignette|Vue de la région de Tours sur la table de Peutinger. La ville de Chartres apparaît dans la partie supérieure de la carte sous son nom antique d'Autricum.
L'oppidum gaulois Le géographe grec Ptolémée est le premier géographe à mentionner la ville de Chartres au sous le nom d'« Autrikon », le port sur l'Eure. La ville est alors un oppidum des Carnutes, un peuple gaulois celtique vivant sur le plateau de Beauce. Si la ville n'est pas citée dans la Guerre des Gaules de Jules César, celle-ci figure sous le nom d'« Autricum » sur la table de Peutinger.. L'occupation du site avant la présence romaine, et notamment la localisation exacte de l'oppidum gaulois, est cependant mal connue à ce jour.
Des incertitudes demeurent concernant l'usage durant l'époque gauloise du fossé défensif de mis au jour à l'emplacement des vallées de Rechèvres et de Vauroux. Selon les analyses, l'oppidum de Chartres aurait pu occuper ce site et serait par conséquent un oppidum de plaine. Si le creusement du fossé est postérieur à l'installation des Carnutes, l'oppidum celtique qui aurait existé avant l'occupation romaine serait ainsi un oppidum d’éperon ou de plateau, de moindre superficie, muni d’un éventuel barrage ou d’un autre type d’enceinte, qui n'aurait pas encore été localisé.
Autricum est parfois identifiée comme le lieu de l'assemblée des druides décrite par Jules César. Au , Jean de Gerson rapporte la légende médiévale d'un sanctuaire druidique qui aurait occupé le site de l'actuelle cathédrale Notre-Dame-de-Chartres.
La ville gallo-romaine au Haut-Empire Édification d'un centre urbain important vignette|redresse=1.15|Hypothèse de restitution. Structures :
La ville d'Autricum, parfois désigné sous le nom de Civitas Carnotum (la ville des Carnutes), devient une grande cité durant l'époque romaine. Un réseau de routes est installé sous Auguste ou, au plus tard, sous Tibère.
Chartres est déjà partagée entre ville basse et ville haute, desservies chacune par un aqueduc. Dans la ville haute, Autricum comprend plusieurs monuments politiques, culturels et religieux de grande dimension. L'éperon formé par la rencontre des vallées de l’Eure et du Couesnon accueille peut-être le forum de la ville. En contrebas se trouve un amphithéâtre, occupant le secteur de l'actuelle collégiale Saint-André, dont les restes ont été exhumés lors de fouilles en 1965. Au Nord se trouve un grand bâtiment de plus de de long, adossé au pied du coteau et soutenu par des murs de terrasse. En dehors des monuments, les habitations sont construites en matériaux périssables : poteaux plantés, reposant sur des blocs ou des solins enterrés non maçonnés, élévations en torchis.
Au Sud du forum, à l'emplacement du parvis de la cathédrale actuelle, se trouvait une construction monumentale datant du milieu du , dont la fonction n'a pas encore été précisée. Deux aqueducs ont été construits à Houdouenne sur la rive droite de l'Eure et à Landelles. Ce dernier daterait de la période néronienne.
La mise en place du réseau des voies romaines en Gaule participent à la hiérarchisation des villes. Autricum est tenue à l'écart des axes importants et ne devient pas un carrefour majeur de circulation. Cette situation pèse par la suite durablement sur le développement de la ville dans les époques ultérieures. Le sanctuaire gallo-romain de « Saint-Martin-au-Val »
Le complexe cultuel, dit de « Saint-Martin-au-Val », est érigé entre les années 70 et 120 à moins d' du centre administratif et politique de l'époque antique, dans l'actuel quartier Saint-Brice. Constitué de plusieurs bâtiments, dont un temple dédié à Apollon et de plusieurs bassins rituels, ce complexe est l’un des plus grands sanctuaires monumentaux connus dans le monde romain.
La ville d'Autricum durant l'Antiquité tardive
Un déclin probable après le À la fin du , Autricum est amputée d'un vaste territoire au Sud-Est, qui est affecté à la ville de Cenabum (future Orléans), capitale des Aureliani. Cette évolution est peut-être le fait des réformes de Dioclétien, qui transforment en profondeur l'organisation territoriale de l'Empire romain durant l'Antiquité tardive et entérinent, de fait, l'importance croissante d'Orléans au plan notamment économique. Autricum, qui est rattachée à la province de Lyonnaise seconde connaît peut-être alors un certain déclin, qui pourrait être matérialisé par l'absence probable d'enceinte fortifiée (castrum) construite durant le Bas-Empire. Les fouilles archéologiques menées sur le site de la ville antique attestent également de grands changements dès le milieu ou la fin du , se traduisant notamment par l'abandon de quartiers résidentiels et artisanaux actifs durant le Haut-Empire, et par un rétrécissement de la taille de la ville. Autricum reste cependant une ville importante puisqu'elle devient le siège d'un évêché au et qu'elle compte parmi les villes les plus étendues de la Gaule du Bas-Empire, avec une superficie comparable à celle de Reims et de Bordeaux.
Selon la Notitia Dignitatum, une unité de fédérés teutons aurait été stationnée dans le pays carnute, sinon à Chartres, vers la fin du . Témoin de la présence de population germanique dans la région à la fin de l'Empire romain, deux fibules ansées en arbalète, appartenant à la tradition vestimentaire des Germains orientaux, ont été mises au jour dans la nécropole Saint-Chéron utilisée à cette époque.
À la fin du , la ville d'Autricum est intégrée dans le royaume de Soissons, un territoire romain autonome qui se maintient dans le Nord de la Gaule après la chute de l'Empire romain d'Occident. Après la victoire de Clovis contre Syagrius à la bataille de Soissons en 486, la ville est intégrée dans le royaume franc.
Christianisation de la région chartraine vignette|Vitrail de la cathédrale de Chartres montrant Calétric, l'un des premiers évêques de la ville, mort en 573 Une légende médiévale, qui ne serait pas antérieure au , donne pour évangélisateurs de Chartres les saints Savinien, Altin et Eodald venus de Sens au . Saint Altin est donné pour premier évêque d'Orléans et Chartres mais ne figure pas sur les listes épiscopales de ces deux diocèses. Selon une autre légende médiévale, des missionnaires envoyés par Saint Pierre en Gaule au auraient découvert à Chartres un proto-culte marial institué par les druides envers « la Vierge qui enfantera » (Virgini pariturae).
Les témoignages les plus anciens du christianisme à Chartres mis au jour par l'archéologie ont été cependant retrouvés en milieu rural au . Des fouilles menées sur le site de la villa suburbaine de « Loché » à Dammarie ont permis d'exhumer plusieurs objets présentant des symboles chrétiens. Les fouilles menées sur les deux nécropoles datant du Bas-Empire, Saint-Barthélémy et Saint-Chéron, n'ont pas mis en évidence de signes d'appartenance au christianisme parmi les personnes enterrées sur place. L'orientation Est-Ouest de certaines tombes dans la nécropole Saint-Barthélémy est toutefois considéré par certaines analyses comme un indice de christianisation.
Premiers évêques de Chartres Les débuts de l'épiscopat à Chartres pourraient être datés du comme à Paris, Orléans ou encore Sens. Si l'historicité d'Aventin, le premier évêque contemporain des apôtres connu par un manuscrit du , paraît peu établie, le troisième évêque cité, Valentin, a peut-être réellement existé. Le chroniqueur ecclésiastique Sulpice Sévère mentionne en effet un évêque portant ce nom qui aurait procédé à un miracle en 395 en présence de Martin de Tours.