Les Unelles (en latin ) sont l’un des peuples gaulois vivant, lors de son invasion par Jules César entre et , dans la partie armoricaine de la Gaule celtique occupant le Cotentin, le nord de l'actuel département de la Manche.
Les Unelles participent dès la deuxième année à la guerre des Gaules de jusqu'en , soit de la guerre des Vénètes jusqu’au siège d'Alésia. Les Unelles rejoignent alors l'alliance anti-romaine dirigée par Viridovix, à la demande de leurs alliés les Vénètes. Jules César envoie contre eux une légion commandée par le légat Quintus Titurius Sabinus, et les soumet. Au Bas-Empire romain, le territoire des Unelles fait partie du système défensif appelé confié à des peuples fédérés, il s'agit de la partie continentale du . À la toute fin de l'Empire romain au , les Unelles intègrent la province de Lyonnaise Seconde. À la même période, l'évêché de Coutances est créé dans cette région et la christianisation se développe.
Les deux principales cités des Unelles sont et . Les autres cités sont , et peut être ainsi que les villes actuelles de Montaigu-la-Brisette et Portbail.
Au niveau économique, deux ports majeurs ( et Portbail) permettent de développer le commerce avec les provinces occidentales de l'Empire romain (Gaule, Tarraconaise, Italie). L'alimentation des principaux centres urbains est assurée par de grandes et des centres d'artisanat se développent jusqu'au .
Ethnonymie Jules César mentionne les Unelles sous le nom de V[e]nellos, Pline l'Ancien les dénomme sous l'appellation , Claude Ptolémée les mentionne comme ou et Dion Cassius les appelle .
Pour Camille Jullian, historien, philologue et épigraphiste français de la seconde partie du , le nom de ce peuple a une consonance ligure.
Histoire Guerre des Gaules
À l'automne , après sa victoire sur les , l'homme d’État romain Jules César termine sa campagne contre les peuples belges ; ce fait lui permet d'envoyer un de ses légats, Publius Crassus, avec une légion afin d'obtenir la soumission des peuples armoricains, appelés aussi « peuples de l'Océan », dont font partie les Unelles. La campagne se termine rapidement sans incident, les Armoricains ayant probablement livré des otages aux Romains.
À la fin de l'hiver, Publius Crassus envoie des officiers, Quintus Velanius et Titus Silius, chez les Vénètes pour réquisitionner du ravitaillement, principalement du blé, chez les peuples proches. Ceux-ci font prisonniers les officiers romains et, pour se défendre contre la réaction romaine, ils appellent à l'aide plusieurs peuples, dont les Unelles, afin de coopérer à l'alliance anti-romaine. D'autres peuples se joignent aux Unelles, dont les Aulerques Éburovices et les Lexoviens, et ils affrontent, entre Vire et Avranches, les trois légions du légat Quintus Titurius Sabinus. Commandée par le chef des Unelles Viridovix, l'armée gauloise coalisée est défaite, probablement par une ruse, lors de son assaut du camp romain.
Les Unelles feront, comme la plupart des peuples de Gaule, partie de la coalition qui contribue en à l'armée envoyée au secours de Vercingétorix au siège d'Alésia.
Administration romaine
À la fin de la République romaine entre la guerre des Gaules et l'avènement de l'Empire, une présence militaire pour pacifier les Unelles est possible sur des sites fortifiés comme au cap de Carteret, au mont Castre et à Montebourg. Les fouilles archéologiques ont permis de constater que la conquête romaine n'a pas apporté de destructions conséquentes ni d'émigration des localités rurales ou des fermes.
Sous le Haut-Empire romain, la semble avoir deux chefs-lieux : pour la partie nord et pour la partie sud. Une éventuelle fusion, probablement sous l'empereur Dioclétien en 297, est évoquée avec un transfert des lieux de pouvoir d' vers , devenue Constantia.
À la fin du Haut-Empire romain, soit à la toute fin du , des commencent à être abandonnées.
À partir de la tétrarchie, plus précisément entre 284 et 290, puis sous le règne de Constantin le Grand et de sa descendance, une nouvelle organisation militaire de la Gaule romaine voit le jour. L'objectif est de résister à la piraterie sur les côtes de la Manche organisée par les Francs et les Saxons et de protéger les ports afin d'assurer la continuité du commerce maritime et du transport de l'armée. Les Unelles font désormais partie de la province de Lyonnaise Seconde et une nouvelle région administrative militaire est créée : le . Il s'agit de la partie continentale du avec la construction de camps, de fortifications et de garnisons composées de soldats d'origine mercenaire ou des peuples fédérés provenant de l'extérieur de l'Empire romain (Francs, Frisons, Saxons) qui amènent une nouvelle population dans la sur tout le littoral normand. Deux garnisons sont installées chez les Unelles à et à (si cette dernière, non localisée, se situe bien dans le territoire des Unelles) pour un nombre de militaires estimé entre et composé principalement de , des troupes « spécialisées » dans la défense des frontières. Au , et se fortifient pour repousser les pillages des Saxons. À la fin de l'Empire romain, au , la direction militaire de la passe sous le contrôle d'un préfet des Lètes Bataves appelé . Ses guerriers sont, pour le territoire des Unelles, à partir du , des prisonniers de guerre suèves qui, en échange de leur libération, s'engagent dans l'armée romaine ou s'installent sur des terres libres.
À la fin du , la fait partie de la province Lyonnaise Seconde. Au même moment, sur le plan religieux, l'évêché de Coutances est le plus récent des évêchés créés dans cette province. Il ne comporte que deux ou trois paroisses, la christianisation de la province est probablement le fait du diocèse de Bayeux. Au début du , les Unelles sont les principaux foyers de la révolte des Bagaudes.
Moyen Âge
Après la chute de l'Empire romain d'Occident, les Unelles font partie du royaume de Syagrius. Puis après la conquête franque de ce royaume sous Clovis, les Unelles intègrent le qui fait partie de la Neustrie. Le territoire est alors dirigé par un officier dépendant du pouvoir royal et révocable à tout moment.
Traditionnellement, le premier évêque de Coutances est Saint Éreptiole jusqu'à sa mort en 475. Le second évêque de Coutances se nomme Exuperius, probablement la même personne qu'Exupère de Bayeux, évêque de Bayeux, ce qui explique le fait qu'un nombre important de dédicaces dans l'évêché de Coutances fasse référence à des saints de l'évêché de Bayeux. Cependant la liste des évêques de Coutances est considérée comme peu fiable jusqu'en 511. Peu après, le cinquième évêque de Coutances se dénomme Laud de Coutances, fondateur de nombreuses abbayes sur le territoire ecclésiastique des Unelles.
La première mention officielle d'un évêque pour ce peuple est celle de Léontianus ou Léoncien de Coutances en 511, connu pour avoir assisté au concile d'Orléans la même année à la demande de Clovis. En 549, semble être le siège de l'évêché sous le nom de , ce qui peut s'expliquer par un possible déplacement de l'évêque de vers pendant les périodes de troubles.
Jusqu'au milieu du , un seul comte nous est connu sous le nom de Genatius. La chronique de Fontenelle rédigée entre 830 et 840 par un moine de l'abbaye Saint-Wandrille de Fontenelle évoque la nomination au pouvoir politique de Rihwin vers 747 pour diriger le . En 866, Sigenand est nommé évêque de Coutances où il entame une correspondance avec le pape Nicolas sur les dangers qui pèsent sur ses églises. En 867, le roi Charles le Chauve confie à Salomon de Bretagne la protection et l'exploitation du Cotentin, mais sans gage de succès auprès des populations locales.
Territoire vignette|gauche|upright=0.5|alt=Carte montrant l'hypothèse de deux civitates (en rouge) chez les Unelles au Haut-Empire romain avec une première proposition au niveau de deux marais (en vert) et l'autre au niveau de deux cours d'eau (en bleu)|Hypothèse des années 2010 sur l'existence de deux chez les Unelles au Haut-Empire romain. vignette|alt=Carte des territoires des capitales de cités des peuples gaulois sous le Bas-Empire-romain. Les Unelles se situent au nord-ouest de la carte|Proposition de localisation du territoire des Unelles au Bas-Empire romain. Dans le secteur géographique des Unelles, les sites romains sont nombreux et plutôt dispersés, particulièrement dans le nord de la région naturelle du Cotentin. À l'inverse, il semble y avoir peu de peuplement dans le secteur à l'est du département actuel de la Manche, probablement en raison de la présence du bocage ou de fouilles archéologiques moins nombreuses. Dans l'historiographie traditionnelle, les diocèses sont hérités des provinces romaines, qui eux-mêmes sont l'héritage des gaulois, même si une partie de l'historiographie contemporaine est plus nuancée sur ce sujet.. Cette hypothèse s'appuie sur le fait que les conciles de Nicée en 325, puis de Constantinople en 381 auraient fait remplacer les par des limites ecclésiastiques. Plus tard, à partir du , les sources tentent de lier les aux limites ecclésiastiques, idée reprise plus tard par Melchior Tavernier en 1640, Jean-Baptiste Nolin en 1757 et Auguste Longnon en 1878. Une première délimitation du territoire des Unelles en lien avec les limites du diocèse de Coutances est établie par Guillaume Mariette de La Pagerie en 1689 et reprise par Guillaume Delisle en 1742 en délimitant ce dernier sur les de la Vire pour la frontière est et jusqu'au Thar pour la frontière sud. Pour la frontière occidentale, les îles à l'ouest ne semblent pas faire partie du territoire des Unelles.
La des Unelles semble être un cas particulier, puisque les recherches historiques des années 2010 mettent en avant deux chefs-lieux : et . Deux hypothèses pour la délimitation de cette frontière interne existent : la première se situe au niveau des marais des Ponts d'Ouve et de la Sangsurière et la seconde sur la rivière Taute et le fleuve Ay. Les frontières pour la partie nord vont donc des marais jusqu'à la côte et les frontières de la partie sud seraient limitées par quatre cours d'eau : l'Airou, la Douquette, le Thar et le Sienne. Les frontières de la ont donc évolué entre le Haut-Empire romain et le Haut Moyen Âge, mais toujours en reposant sur des frontières physiques et visibles dans le paysage (cours d'eau, forêt, marais, relief).
est le chef-lieu des Unelles au Haut-Empire romain selon l'historienne Élizabeth Deniaux, il s'agit de la localité la plus peuplée de ce peuple et elle correspond aujourd'hui à Valognes. Pour Laurence Jeanne et Laurent Paez-Rezende, il ne s'agit pas du chef-lieu des Unelles mais du chef-lieu de la partie septentrionale du territoire des Unelles ( dont la limite serait fixée des marais proches de Carentan jusqu'au littoral nord. Elle perd son statut de chef-lieu au profit de probablement au moment des réformes de Dioclétien et son territoire est fusionné avec la de pour devenir la . La cité est uniquement évoquée par lItinéraire d'Antonin comme un point de départ et apparaît comme une simple agglomération sur la table de Peutinger. Le site semble encore être occupé dans une moindre mesure pendant l'Antiquité tardive et au début du Moyen Âge.
Son site est occupé des localités gauloises, puis la fondation romaine date du . Elle se situe au nord des marais de la Sèvres et de l'Ay, qui barrent la presqu'île du Cotentin. Sa superficie est évaluée à avec de nombreux monuments construits à l'époque de Néron puis sous la dynastie flavienne tels que des thermes au milieu du et un théâtre au . Deux nécropoles aux entrées et deux sanctuaires (et une hypothèse pour deux autres supplémentaires) sont également présents. Le déclin de la ville commence au avant son abandon au début du .