Les Arvernes ( ; en grec ancien : ) sont l'un des principaux peuples celtes de la Gaule indépendante, du av. J.-C. à la conquête romaine. Au cours de l'époque impériale, ils constituent les habitants d'une cité gallo-romaine portant leur nom () et rattachée à la province de Gaule aquitaine. Ils occupent dans l'Antiquité un territoire correspondant à la région de l'Auvergne qui lui doit d'ailleurs son nom. Les Arvernes les plus connus de l'Histoire sont les rois Luernos, Bituitos, son fils, et Vercingétorix, fils de Celtillos, qui fut l'un des adversaires de Jules César lors de la .
Du fait de leurs ressources en or, argent, bronze et de leur maîtrise de la métallurgie, et de l'artisanat, les Arvernes, peuple celte du Massif central, sont parmi les plus riches et les plus puissants des Gaulois, avec au moins quatre oppidums dominant la plaine. Ils formèrent une confédération avec plusieurs peuples voisins, clients ou tributaires. Les Arvernes ont créé et développé plusieurs capitales successives, toutes placées dans la plaine de la Limagne, à proximité de l'Allier. La première capitale des Arvernes est une vaste agglomération au début du , située à Aulnat. Elle est supplantée à la fin du par l'oppidum de Corent. Il est aussi probable que la capitale des Arvernes ait été pendant quelques décennies l'oppidum de Gergovie, au sud de Clermont-Ferrand, où serait né Vercingétorix. Nemossos est une autre ville arverne, bâtie sur une caldeira volcanique, qui est qualifiée par le géographe Strabon, au début du , de « métropole » des Arvernes, qui fut à l'origine de la ville romaine de Nemetum, renommée plus tard Augustonemetum en l'honneur de l'empereur Auguste. Elle fut à l'origine de l’agglomération de Clermont-Ferrand, où de nombreuses villas gallo-romaines ont été trouvées et où les fouilles se poursuivent.
L'archéologie du territoire des Arvernes a permis depuis les dernières décennies la mise au jour de sépultures collectives de chevaux et de cavaliers liées à la guerre des Gaules de -57 à -52 avant J-C. d'enceintes religieuses destinées aux banquets, d'œuvres d'évergètisme supposées être l'œuvre des rois arvernes, ainsi que des sanctuaires, un hémicycle laténien, un mobilier monétaire abondant et des restes d'offrandes (ossements animaux et amphores) liés à des pratiques cultuelles et rituelles.
La Guerre des Gaules met fin à l'indépendance politique et militaire des Arvernes. Si la victoire de Vercingétorix lors du siège de Gergovie permet à ses troupes de poursuivre les Romains vers le nord, les alliances gauloises de Jules César, déjà vainqueur des peuples Helvètes et Belges (58 à ) puis l'apport de cavaliers Germains contribuent à isoler Vercingétorix et sa coalition, qui sont défaits à Alésia, oppidum des Mandubiens où Vercingétorix a dû se retrancher en . Vaincus, les Arvernes voient leur territoire transformé en civitas romaine, avec pour chef-lieu la ville de Clermont-Ferrand, qui connait alors une continuité d'occupation au cours de l'époque médiévale et jusqu'à nos jours.
Ethnonyme vignette|Carte des peuples gaulois. La signification et l'origine du nom des Arvernes suscite le débat. Pour la plupart des historiens, il serait composé du préfixe gaulois are (« près de », « devant ») et de verno ou uerno (« aulnes » ou « aulnaies »)..
Ainsi, de même que les Armoricains étaient « ceux qui vivent près de la mer », les Arvernes seraient « ceux du pays de l'Aulnaie »J.-M. Pailler, « Les Rutènes, peuple des eaux vives », Pallas, 76, 2008, 349, « ceux qui vivent devant des terres plantées d'aulnes », ou encore « ceux qui vivent devant des terres cultivées »Pierre Charbonnier, "Histoire de l'Auvergne, des origines à nos jours", De Borée, 1999, p. 44.
Cependant selon Pierre-Yves Lambert, spécialiste de la langue celtique, le nom signifierait « ceux qui sont au-dessus ».Bernard Sergent, Les indo-européens, Payot, Paris (1995), 2005, p. 217., formé à partir du radical ver- : « sur, supérieur », les Arvernes vivant « au-dessus » de leurs voisins, sur des plateaux de hauteur.
Plus récemment, une hypothèse a été avancée suggérant que le nom Are-vernos, traduit par « Devant d'aulne », évoque par métonymie, les boucliers en aulnes utilisés par les guerriers arvernesJacques Lacroix, Les noms d'origine gauloise : la Gaule des combats, éditions Errance, 2012, deuxième édition revue et augmentée. Cette thèse est renforcée par le fait qu'il existe d'autres peuples portant un nom inspiré par leurs armes, ainsi les Gésates, nommés ainsi en référence à un javelot particulier, le gaison.
Territoire des Arvernes Étendue et limites thumb|La cité des Arvernes superposée aux quatre départements de l'Allier, du Cantal, de la Haute-Loire et du Puy-de-Dôme Le territoire contrôlé par les Arvernes recouvre les actuels départements du Puy-de-Dôme, du Cantal ainsi qu'une portion de l'Allier et de la Haute-Loire. Il est centré sur la dépression de la Limagne et de l'Allier qui constitue alors une artère primordiale dans les circulations économiques régionales.
Les frontières de ce territoire sont assez bien connues, ayant fait l'objet de plusieurs études, notamment par analyse régressive, dans le but de déterminer leur emplacement.. Les Arvernes sont séparés des Ségusiaves à l'est, par les monts du Forez qui forment une barrière naturelle particulièrement marquée. La limite occidentale du territoire arverne, qui sépare ces derniers des Lémovices, est clairsemée de toponymes évoquant une frontière, des confins, ainsi Margerides, Eygurande, ou Randeix à proximité de Flayat.
Si des toponymes de confins, tels que le lieu-dit de Chamérande à Trévol, Guérande à Toulon-sur-Allier, balisent les marches des cités arvernes, bituriges et éduennes, on constate en revanche que le nord du territoire des Arvernes présente un faciès archéologique particulier, distinct de celui de la Limagne au sud, et montrant des échanges intenses sur ce territoire.. L'archéologue David Lallemand va plus loin et émet l'hypothèse que les Ambivarètes, petit peuple client des Eduens, qui n'a jamais pu être localisé par l'épigraphie ou la numismatique, auraient occupé un territoire centré sur Vichy, Varennes-sur-Allier et l'oppidum de Cusset, en situation de tampon entre le territoire biturige et le territoire arverne..
La frontière méridionale sépare les Arvernes des peuples des Cadurques, Rutènes, Gabales et Vellaves, en majorité des clients ou des peuples dépendants des Arvernes.. Elle est marquée par d'abondants toponymes-frontière tels que Guirande, Aurières, Couffin, L'Hirondelle, Termes ou La Durande. Les monts de la Margeride - ce dernier nom étant lui-même un toponyme-frontière - séparent ainsi les Arvernes, les Gabales et les Vellaves. L'inconnue principale sur cette limite est la position du peuple des Eleutètes, dont il est possible qu'ils soient situés entre les Rutènes et les Gabales, à proximité de l'agglomération de LieutadèsJean-Luc Boudartchouk, Les Eleutètes de César : Une hypothèse relative à leur localisation, Cahiers d’archéologie aveyronnaise, 2002, vol. 16, p. 97-99..
Le peuple des Vellaves, enfin, selon Strabon, faisait partie de la confédération Arverne, avant de prendre son indépendanceStrabon, Géographie, Livre VI, Chap.II, 2. Le témoignage de César suggère que l'émancipation des Vellaves pourrait prendre place aux alentours de l'époque de la guerre des GaulesJules César Commentaires sur la guerre des Gaules, livre VII, 8.
Organisation interne et principaux lieux de pouvoir vignette|272x272px|Confédération Arverne : Arvernes en rouge ; peuples clients en vert ; bleu : Alliés. Le territoire arverne est centré sur la plaine de la Limagne, qui est, au moins depuis le , sa principale zone de production agricole, comme en témoigne la multiplication de fermes indigènes à cet endroit et à cette époqueChristine Mennessier-Jouannet, Vincent Guichard, Yann Deberge, Les campagnes : Occupation du sol aux et s. av. J.-C.en Basse-Auvergne, site Arafa.fr, 2008.
L'autre élément polarisateur de la plaine de la Limagne est l'Allier, axe de communication majeur vers les civitates de la Loire et, par là, vers le nord de la Gaule et l'île de Bretagne.
Les Arvernes sont l'un des rares peuples celtiques, dont on ait fouillé six agglomérations d'époque gauloise, montrant ainsi l'évolution de leur urbanisme et des modalités de l'occupation de leur territoire. Le mode de structuration très centralisé de la cité arverne est matérialisé par la succession de centres urbains de grande importance en Limagne, et par la quasi-absence de ceux-ci en périphérie de la cité. Toutefois, les recherches menées sur les oppidums de Bègues et de Cusset nuancent ce dernier point, qui pourrait être dû à un biais de la recherche archéologique en Auvergne.
Axes de communication Plusieurs axes de communication se croisent sur le territoire arverne. L'un des plus importants à l'époque antique est le tracé de la voie romaine d'Agrippa de Lyon à Saintes, passant par Feurs, Clermont et Limoges. De cette voie, part également une bifurcation en direction de Bordeaux et la cité des Bituriges, Vivisques, via le territoire des Rutènes.
Par ailleurs, plusieurs axes routiers relient Clermont-Ferrand (Augustonemetum) aux chefs-lieux des cités voisines, ainsi la voie de Poitiers à Clermont dessert également le territoire Biturige via Chantelle, Néris-les-Bains, Châteaumeillant et Argenton-sur-Creuse, eux-mêmes reliés à Bourges (Avaricum) par un réseau secondaire. Une autre voie relie Clermont à Saint-Paulien (Ruessio), capitale des Vellaves en suivant le cours de l'Allier. De Saint-Paulien, elle permet de rejoindre le territoire des Helviens, la province de Narbonnaise et le Rhône. Un troisième axe relie les Arvernes aux Gabales et par eux à Narbonne.
On doit aussi mentionner la Via Celtica passant en hauteur par le Plomb du Cantal vers le Midi.
Ces voies romaines sont partiellement ou en totalité héritées d'itinéraires et de routes gaulois antérieurs à la conquête romaine..
La cité arverne possède par ailleurs un axe de communication fluvial, l'Allier. Par cet axe, le peuple arverne bénéficie d'un accès privilégié au commerce transitant par la Loire.
Agglomérations urbaines et oppida connus Agglomération ouverte d'Aulnat : découverte en 1939 lors de travaux d'aménagement de la base aérienne. Occupée tout au long des , cette agglomération, s'étendant sur 150 à 200 hectares et, dépourvue de fortifications, est considérée comme la première capitale de la cité arverneC. Vermeulen, J. Collis, Y. Deberge, La première ville des Arvernes, site Arafa.fr, 2008. Oppidum de Corent : oppidum gaulois de 50 à 60 hectares situé à Corent dans le Puy-de-Dôme, à une quinzaine de kilomètres de Clermont-Ferrand. Occupé de la seconde moitié du jusqu'au lendemain de la guerre des Gaules, le site fait l'objet de campagnes de fouilles régulières depuis 2001.. Ces fouilles récentes ont permis d'y découvrir un sanctuaire, un hypothétique édifice de réunion communautaire, une place publique, un ensemble de bâtiments destinés au commerce, de nombreuses habitations et un important site de stockage de céréales, pouvant potentiellement compter mille silos, permettant un stockage total de plusieurs centaines de tonnes de céréales. Corent prendrait le relais d'Aulnat comme capitale des Arvernes à la fin du et tient ce rôle jusqu'à la transition vers Gergovie et la fondation d'AugustonemetumH. Dartevelle, C. Mennessier-Jouannet, N. Arbaret, La capitale des Arvernes, une histoire en boucle, suppl. à la RACF, 2009. Le sanctuaire de l'oppidum cependant, ainsi qu'une partie de l'agglomération, se maintiennent à l'époque romaine et l'ensemble reste un pôle religieux important jusqu'au Le site de l'oppidum connaît également des occupations antérieures, à l'âge du bronze et au premier âge du fer.