Les Viducasses sont un peuple gaulois occupant un territoire situé dans le département du Calvados (Normandie).
Le premier texte qui les mentionne, mais sans les localiser, remonte au avec Pline l'Ancien. Leur capitale de cité, , connaît son apogée aux mais elle décline et perd son statut sous le Bas-Empire romain quand les Viducasses sont rattachés aux Bajocasses, leurs voisins occidentaux, sans doute au début du . Dès lors, plus aucune mention des Viducasses n'est faite dans les sources d'époque ; disparaît au profit de Vieux, édifiée à proximité immédiate du site antique .
Si l'histoire des Viducasses est globalement mal connue, il n'en est pas de même de celle de Titus Sennius Solemnis, un notable de la cité. Une inscription lapidaire presque complète, le marbre de Thorigny, donne de nombreux détails sur sa biographie et les charges qu'il a exercées, à , mais aussi dans la région de ainsi qu'en Bretagne inférieure.
Étymologie Le nom de « Viducasses » est un composé gaulois (ancien celtique continental), fondé sur les éléments vidu- (autrement noté uidu-) « bois, arbre » et casses « chevelure (bouclée) ». Il désignait ainsi « ceux qui ont la chevelure emmêlée (« embrouillée ») comme les branches d'un arbre »... Cet ethnonyme se perpétue dans le toponyme Vieux (Vedeves, Vedocis ), aujourd'hui Vieux-la-Romaine, ancienne , conformément au processus selon lequel certains toponymes gaulois d'origine ont été remplacés au Bas Empire par le nom des peuples dont ils étaient le chef-lieu.
L'élément -casses (distinct de cassi-) signifiait probablement davantage « aux cheveux bouclés, crépus » et se retrouve dans le nom de différentes tribus gauloises, notamment la tribu voisine des Bodiocasses (devenus Bajocasses > Bayeux) « [Ceux] aux boucles blondes », dont le nom a été rapproché du vieil irlandais Buide-chass « [Ceux] aux boucles blondes » et également en Normandie (et Île-de-France), les Véliocasses (Uellio-casses > Veliocass + ini > Vexin) « les Bouclés ». Par ailleurs existaient aussi les Durocasses (Duro-casses > Dreux), les Sucasses (su-casses) « [Ceux] aux belles boucles » et les Tricasses (Tri-casses) « [Ceux qui ont] trois boucles (ou trois tresses) ». Quant à l'élément Vidu- « arbre, bois », il est apparenté par le celtique commun au vieil irlandais fid « forêt », au gallois gwydd « arbres » et au vieux breton guid « arbre, bois » > breton gwez « arbre ».
Le gentilé pseudo-savant Sommerviducasse utilisé pour désigner les habitants de Sommervieu dans le même département, à , est fondé sur un rapprochement erroné de l'élément -vieu avec Vieux, qui procède de Viducasses, alors qu'il s'agit vraisemblablement d'un toponyme saxon en -wik ou anglo-saxon -wic au sens de « village ».
Histoire vignette|alt=Carte de la Normandie localisant d'anciens évêchés.|Évêchés de la province ecclésiastique de Rouen au Haut-Moyen Âge. Pendant La Tène finale, les Viducasses ont déjà fixé leur implantation dans la plaine de Caen où une forte concentration des structures d'habitat est observée. En outre, à Baron-sur-Odon, le site du sanctuaire du Mesnil est fréquenté depuis cette époque, voire depuis l'âge du bronze.
Durant le Haut-Empire romain et depuis la réorganisation territoriale des Gaules menées par Auguste au début de son principat, la cité des Viducasses fait partie de la province de Gaule lyonnaise ainsi que le mentionne Ptolémée.. vignette|gauche|alt=Carte de la Basse-Normandie localisant des édifices religieux.|Dédicaces à saint Martin. Au , la cité des Viducasses est dite « libre » selon Pline l'Ancien. À une époque qu'il n'est pas possible de déterminer, elle reçoit le statut privilégié de colonie, ce qu'indique clairement le marbre de Thorigny. Sous le règne de Postume, les Viducasses sont rattachés à l'empire des Gaules, comme le mentionne une inscription lapidaire sur un autel daté entre 263 et 267.
Dans le cadre des réformes administratives de l'Antiquité tardive, avec le découpage en diocèses qui intervient peut-être au début du , la cité des Viducasses est vraisemblablement fusionnée avec celle voisine des Bajocasses. Bayeux devient le chef-lieu de la nouvelle entité administrative, ce qui accélère le déclin d' et de la cité dans son ensemble, aboutissant à la perte de l'identité viducasse.
Les premiers édifices chrétiens dont la datation soit attestée dans l'ancien territoire viducasse sont trois églises de la fin du à Vieux dont l'une d'elles, disparue, est dédiée à Martin de Tours ; le nom de ce saint se retrouve par ailleurs dans de nombreuses dédicaces d'édifices cultuels normands de cette époque..
Territoire vignette|alt=Carte représentant des territoires administratifs antiques en Normandie.|Cités des peuples gaulois en Normandie sous le Haut-Empire romain. Les limites du territoire des Viducasses sont mal connues avec précision. Toutefois, par comparaison avec les frontières des diocèses médiévaux souvent héritées des limites administratives antiques, il est possible d'estimer que ce peuple occupe à peu près le centre du département actuel du Calvados, sur un territoire allongé du nord-est au sud-ouest, bordé à l'ouest par ceux des Bajocasses et des Unelles, au sud-ouest par celui des Abrincates, au sud par celui des Sagiens et à l'est par celui des Ésuviens. La Vire, la Mue et la Seulles en forment à peu près la limite géographique naturelle occidentale, l'Orne la limite orientale, comme le suggérait René-Norbert Sauvage en 1905. Au nord, la baie de Seine constitue une façade maritime pour les Viducasses. Le territoire viducasse correspond sensiblement à la plaine de Caen au nord et au bocage virois au sud. et sa superficie est estimée à .
Du point de vue géologique, la plaine de Caen est établie sur un plateau calcaire du Bajocien (Jurassique moyen recouvert de limon au Pléistocène. Le bocage virois a une structure moins homogène : les roches du Briovérien ou du Cambrien formant le socle du massif armoricain, remaniées par la tectonique, sont localement affleurantes quand elles ne sont pas recouvertes par les sédiments marins jurassiques ou entaillées par les vallées des cours d'eau.
(Vieux-la-Romaine)
vignette|gauche|alt=Photographie en couleurs d'un ensemble de murs arasés sous une toiture de protection.|Vestiges du forum. est le chef-lieu de la cité des Viducasses mais il occupe une position très excentrée en son sein, au contact de sa limite orientale. La création de la ville n'est pas antérieure au , l'occupation du site à l'époque gauloise n'étant pas attestée. Elle atteint son plein développement aux . À cette époque, sa population est estimée à .
Les témoignages architecturaux de son importance sont nombreux : la ville compte un forum, des thermes romains, un théâtre, un temple et plusieurs aqueducs. Elle est quadrillée par un réseau de voies orthogonal et régulier qui dessert les édifices publics et des demeures privées dont certaines sont fastueuses comme la maison au grand péristyle ou la maison à la cour en U.
La ville décline vers la fin du , touchée par la crise économique et politique qui secoue l'empire ; il n'est pas jugé utile de la protéger par une enceinte et elle perd son statut de capitale de cité. Malgré l'essor du christianisme, elle ne devient pas le siège d'un diocèse. Elle n'est pas totalement désertée pour autant pendant le Bas-Empire : des maisons sont construites ou restaurées et une certaine activité économique semble perdurer.
Sous le Haut Moyen Âge, le site d' est abandonné au profit de constructions plus légères situées plus au nord et autour d'une église.
Agglomérations secondaires Des vestiges gallo-romains retrouvés à la faveur de fouilles suggèrent qu'une agglomération secondaire antique a pu exister à l'emplacement de Caen, au croisement de deux voies (Bayeux-Lisieux et Vieux-littoral maritime) ; elle semble le siège d'une certaine activité artisanale mais ni ses caractéristiques ni son importance ne peuvent être définies..
Un établissement gallo-romain est signalé à Saint-Pierre-la-Vieille dans la partie méridionale du territoire viducasse. Cette possible agglomération secondaire, où sont identifiés un temple et des vestiges d'habitations, est située au croisement de deux voies, l'une venant d' au nord et l'autre d' au nord-est.
Autres sites La gallo-romaine de la Chasse, à Fontaine-Étoupefour, est occupée du . Trois autres sont attestées, à Hérouville-Saint-Clair (Lébisey et la Grande Delle) et à Feuguerolles-Bully (la Sente).
À Louvigny (Athis) et à Feuguerolles-Bully, deux gués sont établis sur le cours de l'Orne.
Société et religion Personnalités vignette|alt=Gravure ancienne des trois faces d'un monument couvert d'inscriptions|Gravure des différentes faces du marbre de Thorigny, par Édouard Lambert en 1833. Titus Sennius Solemnis (ou Sollemnis) est l'une des rares personnalités viducasses dont la biographie soit bien connue, grâce aux inscriptions du marbre de Thorigny. Sans doute originaire d', il naît vers 170. Il est le dernier représentant connu d'une famille riche et puissante qui a peut-être fait fortune dans l'exploitation des mines de fer. Son père, Sollemninus, a participé au financement des thermes d'.
T. S. Solemnis devient peut-être au tournant des . Présidant le conseil des Gaules en 219, il est à la même époque prêtre près de Lyon et entre au service du gouverneur Tiberius Claudius Paulinus. Il parvient à faire annuler des accusations visant Paulinus, qu'il accompagne en Bretagne inférieure. C'est à cette occasion qu'il se fait mieux connaître et que ses responsabilités vont s'accroître. En 238 il est administrateur des mines de fer pour l'ensemble des trois Gaules (Aquitaine, Belgique et Lyonnaise). C'est le de cette année qu'il est décidé d'élever un monument à sa gloire à , une statue posée sur un socle ; la statue a disparu mais le socle est conservé, c'est le marbre de Thorigny. Aucune mention de T. S. Solemnis n'est connue après 238.
Évergète comme son père, il finance la fin des travaux de construction des thermes d' ainsi que certains combats de gladiateurs donnés à Lyon. Il offre également des spectacles à Vieux.
Religion vignette|gauche|redresse|alt=Photographie en couleurs de la tête d'une statue antique en tere cuite.| de Vieux-la-Romaine. vignette|alt=Carte représentant les lieux ou Mercure est cité en Normandie.|Présence de la divinité Mercure. Les mentions des divinités vénérées chez les Viducasses sont rares. Deux inscriptions sont connues, l'une à Mars (dédicace d'un autel) et l'autre, incertaine, à Vulcain. Les représentations sont celles de la de Vieux-la-Romaine, une figuration de Mars., une autre de Mercure ainsi qu'une déesse-mère à Saint-Aubin-sur-Mer. vignette|alt=Plan en couleurs d'un monument antique.|Plan du sanctuaire du Mesnil. À Baron-sur-Odon, à un peu plus de au nord-ouest de Vieux auquel le relie le Chemin Haussé, le sanctuaire du Mesnil succède à un probable monument cultuel laténien, lui-même établi sur un site de l'âge du bronze. D'un diamètre de , il est constitué de trois enceintes concentriques de forme dodécagonale qui délimitent deux galeries entourant une aire centrale non couverte ; l'ensemble est ouvert à l'est. Les plus récentes recherches suggèrent que les galeries seraient les portiques du péribole, les structures accolées au sud-est constituant une décentrée. C'est aussi à l'est qu'est construit un long bâtiment annexe à la fonction non déterminée ainsi que, dans son environnement, de nombreuses structures.. Plusieurs phases d'occupation du site se succèdent, du au pour ce qui est du sanctuaire lui-même mais jusqu'au pour ses dépendances.