Francis Parker Yockey, né le à Chicago et mort le à San Francisco, est un essayiste et théoricien politique fasciste, pan-européiste et nationaliste révolutionnaire américain Jeffrey Kaplan (dir), Encyclopedia of White Power: A Sourcebook on the Radical Racist Right, Altamira Press, 2000, ; Leonar Weinberg, « Neo-nazism in comparative perspective: no longer Germany's problem? », in James Sperling (dir), Germany At Fifty-Five: Berlin Ist Nicht Bonn?, Manchester University Press, 2004, ; Peter Knight, Conspiracy Theories in American History: An Encyclopedia, ABC-Clio, 2003, ; Allan J. Lichtman, White Protestant Nation: The Rise of the American Conservative Movement, Atlantic Monthly Press, 2008, ; George Michael, Willis Carto and the American far right, University Press of Florida, 2008, p. 55.. Il doit sa notoriété à son livre néo-spenglérien Imperium : la philosophie de l'histoire et de la politique, publié sous le pseudonyme d'Ulick Varange en 1948 sur adl.org., qui était dédié à Adolf Hitler et appelait à la création d'un empire néonazi européenStaff (ndg) "Extremism in America: Willis Carto" Anti-Defamation League , ADL.Staff (February 1, 1996) "Poisoning the Airwaves: The Extremist Message of Hate on Shortwave Radio" Anti-Defamation League.

Son ouvrage fut . Yockey a soutenu des causes d'extrême droite dans le monde entier. Il a exercé une influence considérable auprès des mouvements néofascistes et nationaux-bolcheviques, ainsi qu'au sein de la mouvance identitaireStéphane François, , Fragments sur les temps présents, 5 mars 2009.. Antisémite, il vénérait le nazisme allemand et était un des premiers négationnistes de la Shoah (bien qu'il l'a loué en privé). Durant les années 1930, il a pris contact et travaillé avec les Silver Shirts et le Bund germano-américain.

Il a servi dans l'armée américaine en 1942 et 1943, mais il devint absent sans permission officielle pour aider les espions nazis. Après des nominations juridiques à Détroit en 1944 et 1945, il a travaillé pendant onze mois au tribunal des crimes de guerre en Allemagne, avant de démissionner ou d'être renvoyé pour avoir pris le parti des nazis. À Londres, il a travaillé pour l'Union Movement du fasciste britannique Oswald Mosley et, après s'être brouillé avec ce dernier, il a fondé le Front européen de libération en 1949, le dirigeant jusqu'à sa dissolution en 1954.

Yockey croyait que les États-Unis étaient un moteur du libéralisme, contrôlé par les juifs sionistes. En conséquence, il était devenu un partisan de l'unification européenne contre les États-Unis, bien qu'il fût lui-même américain, afin de contrer . Pendant la guerre froide, Yockey a travaillé avec les services de renseignement du bloc de l'Est et a plaidé pour une alliance tactique d'extrême droite avec les Soviétiques contre ce qu'il considérait comme l'hégémonie .

Il a rencontré le président égyptien Gamal Abdel Nasser et écrit une propagande antisémite pour le gouvernement égyptien, considérant le mouvement nationaliste panarabe comme un autre allié pour défier . Yockey est resté influent dans les milieux fascistes jusqu'à son suicide en 1960, alors qu'il était sous détention par le FBI. Son dernier visiteur en prison était Willis Carto, qui est finalement devenu son principal avocat et l'éditeur de ses écrits.

Biographie Jeunesse Il était né de Louis et Nellie Yockey et avait deux sœurs et un frère. Yockey reçut sa licence de lettres à l’Université de Georgetown en 1938, et son diplôme en droit avec mention à l’université Notre-Dame en 1941.

Déjà en 1936, Yockey avait développé des idées qu’il appelait « impérialisme » européen. Son idéologie était résolument celle du nationalisme autoritaire. En 1939, il avait écrit un article pour le journal Social Justice du populaire radio-prêtre Charles Coughlin, un journal à grand tirage avec des tendances fascistes. L’article, intitulé « La tragédie de la jeunesse », appelait à un puissant nationalisme chrétien parmi les jeunes afin de résister aux influences de gauche et s’opposer à l’entrée des États-Unis dans toute guerre menée en Europe contre Hitler. Orateur de talent, Yockey parla lors d’un meeting du mouvement fasciste de William Dudley Pelley, la Légion des « Silver Shirts » d’Amérique, en 1939. Son essai de 1940, La vie comme un art, expose une large esquisse des idées qu’il développa plus tard dans son œuvre majeure Imperium – avec des références à Oswald Spengler, Karl Haushofer, Nietzsche, l’élitisme, la hiérarchie et l’idée d’« Empire occidental ». En 1942, ses relations incluaient Hans Haupt, qui devait être exécuté aux États-Unis pendant la guerre, en tant que saboteur, et qui avait assisté à des meetings du Comité « America First » (le lobby anti-guerre) avec la sœur de Yockey, Alice.

La guerre En dépit de son opposition à la guerre contre l’Axe, Yockey s’engagea dans l’armée et fut affecté à une section G2 de renseignement, sans doute pour faire ce qu’il pouvait en faveur de sa vision de l’Europe, de l’intérieur. Bien qu’ayant disparu pendant deux mois (et suspecté par le FBI d’avoir effectué une mission d’espionnage pour l’Allemagne), Yockey fut réformé pour raison médicalesSelon le journaliste américain Kevin Coogan, unique biographe de Yockey, il aurait simulé des troubles psychiatriques (cf. Dreamer of the day: Francis Parker Yockey and the postwar fascist international, Autonomedia, 1998) en 1943.

L'après-guerre Après avoir monté un cabinet de juriste privé, Yockey parvint à décrocher un poste au Tribunal des crimes de guerre, et partit en Allemagne avec l’équipe juridique américaine pour juger les nazis de second ordre à Wiesbaden. « Indubitablement, son intention était de venir en aide à certaines des personnes poursuivies »Déclaration du principal collègue américain de Yockey dans l’après-guerre, H. Keith Thompson, dans une interview en 1986. Yockey se rebella, jouant des hymnes allemands au piano du club des officiers, et, après une confrontation avec le procureur Robert Jackson, fut congédié. À partir de ce moment il fut repéré par le FBI et par les diverses branches des renseignements militaires, qui devaient tous avoir de grandes difficultés pour retrouver la trace de Yockey pendant les 15 années suivantes, le FBI à lui seul entretenant un dossier de plus de mille pages.

En 1947, le service de contre-espionnage de l’US Army fit une descente au domicile de Yockey en Allemagne, mais Yockey était déjà parti. Il se rendit alors en Irlande, dans une auberge isolée à Brittas Bay, où en six mois il termina son livre majeur Imperium, qui fut publiée sous le pseudonyme d’Ulick Varange. Ce livre, publié à l'origine en deux volumes, fait part de ses réflexions sur la philosophie de l'histoire, de la politique (démocratie, libéralisme, marxisme) et sur la conception de civilisation. Rejeté par les grands éditeurs, notamment à cause de passages à fortes connotations antisémites (où il qualifie les Juifs de « déformeurs de la civilisation » Ulick Varange, Imperium, Noontide press, sd, et ss. Ce terme a été compris comme « destructeurs de la civilisation » par certains auteurs comme Neil A. Hamilton, Rebels and Renegades: A Chronology of Social and Political Dissent in the United States, Routledge, 2002, .), il dut se contenter d'un éditeur confidentiel, Westropa Press (à peine exemplaires pour la première édition). En Europe, l'essai de Yockey est remarqué par Julius Evola et Maurice Bardèche.

Avec son manuscrit non publié, Yockey alla ensuite à Londres, où il rechercha Sir Oswald Mosley, le leader fasciste d’avant-guerre qui était revenu à la politique en tant que leader de l’Union Movement, appelant à une Europe unie. Yockey obtint un poste rétribué d’organisateur de la Section des Contacts Européens de l’Union Movement, qui lui permit d’établir des contacts avec les nationalistes dans toute l’Europe.

Le FBI rapporta à cette époque : « Yockey poursuivait son but d’établir de nombreux contacts par l’intermédiaire de l’Union Movement et d’attirer un cercle de gens autour de lui. »

Son principal contact dans l’UM à cette époque était Guy Chesham. Son principal contact allemand était Alfred Franke-Kriesche, conseiller allemand de l’UM et dirigeant de la Bruderschaft, qui avait entretenu des liens avec le renseignement soviétique et qui devait disparaître lors d’une mission à Berlin-Est.

Avec un groupe de supporters dans l’UM, Yockey commença à s’opposer à ce qu’il considérait comme l’orientation pro-américaine et anti-russe de Mosley, ce qui semble s’être terminé par des violences physiques entre Yockey et Mosley lors d’un rassemblement à Hyde Park. Cela fournit une base pour ce qu’un rapport du FBI décrivit comme « un nouveau mouvement politique avec une orientation favorable à l’Est – recommandant le neutralisme et l’activité antiaméricaine extrémiste ». Cette réévaluation du rôle de l'Union des républiques socialistes soviétiques en Europe, dont la politique envers l’Allemagne était plus conciliante, et la réévaluation du rôle des États-Unis comme étant l’influence la plus négative, était aussi la même position soutenue par des vétérans allemands comme Otto Remer et le Parti du Reich Socialiste, et d’autres plus tard. Yockey entendait notamment lutter contre l'influence de la communauté juive, qu'il considérait comme intrinséquement étrangère (cultural alien, ou culture-alien) à l'Europe. En 1952, les purges dont furent victimes en Tchécoslovaquie plusieurs membres juifs du parti communiste lui parurent de bon augure, en ce qu'elles semblaient indiquer une rupture de l'Union soviétique avec la et rendre possible une alliance avec la Russie.

En 1948 les amis de Yockey, en particulier la baronne Alice von Pflugle, réunirent des fonds suffisants pour publier Imperium. Le Front européen de libération (European Liberation Front) fut fondé au domicile de la baronne en 1949. Au cours de la réunion de fondation Yockey appela à la formation d’un mouvement de résistance clandestin en Allemagne qui soutiendrait toute action militaire soviétique future contre les États-Unis et les autres puissances alliées occupantes en Allemagne de l’Ouest. Le mouvement se signala surtout par la publication en 1949 d'un texte virulent rédigé par Yockey, la Proclamation de Londres, qui appelait l'Europe à s'unir et dénonçait le et la (American-Jewry) et exposait sa conception du Juif comme élément étranger et destructeur au sein de la culture européenneThe Proclamation of London of the European Liberation Front. Une petite lettre d’information, Frontfighter, fut publié pendant un certain nombre d’années, continuant à publier des communiqués de Yockey, pendant que Yockey voyageait à travers l’Europe et entrait et sortait des États-Unis alors que les services de renseignements et le FBI tentaient sans succès de le garder sous surveillance.

En 1950, Yockey retourna en Allemagne et travailla pour la Croix Rouge américaine jusqu’en 1951. Cette année-là il alla en Italie organiser une délégation étrangère pour le congrès fondateur du Mouvement des Femmes Italiennes, une branche du Mouvement social italien néo-fasciste, et prononça un discours devant le congrès. La même année, il se rendit au Canada en compagnie d’un fasciste italien, cherchant à créer un magazine qui s’appellerait Fourth Front. Ils voulaient aussi aider à la renaissance du mouvement fasciste canadien, le principal contact canadien de Yockey étant Adrien Arcand qui avait dirigé un grand parti avant la guerre et qui avait été interné pendant la Seconde Guerre mondiale. Mis sous surveillance, leurs conversations furent rapportées au FBI, pendant que le Consulat Général US à Montréal recommandait une enquête sur Yockey pour activités subversives et l’annulation de son passeport.