Jules Muraire, dit Raimu, est un acteur français, né le à Toulon et mort le à Neuilly-sur-Seine.

Vedette de music-hall à ses débuts, il devient, grâce à Sacha Guitry, un des du cinéma français des années 1930 et de la première moitié des années 1940, devenant notamment l'interprète fétiche de Marcel Pagnol. Raimu reste dans les mémoires pour son interprétation de César dans la « trilogie marseillaise » : Marius (1931), Fanny (1932) et César (1936)La scène de la au Bar de la marine, sur le Vieux-Port de Marseille, fait partie du patrimoine du cinéma français et de la culture marseillaise. César, interprété par Raimu, y prononce la réplique célèbre, alors qu'il triche à la manille : , et du boulanger trompé dans La Femme du boulanger (1938).

Biographie Les débuts left|vignette|Maison natale de Raimu à Toulon.

Fils de Mutius Scevola Joseph Marie Antoine Muraire, tapissier décorateur, et de Elisabeth Joséphine Gouzian, sans profession, Jules Auguste Muraire naît le , au domicile de ses parents 5 rue de l'Intendance à ToulonActe de naissance de Jules Auguste Muraire (Toulon - 7E146_362 - 1883) page 457 acte N° . ville à laquelle il voue une véritable passion. Peu porté sur les études, il se bagarre au lycée, ce qui lui vaut d'être exclu, et ses parents doivent l'inscrire dans une institution pour enfants difficiles. Il découvre très jeune le monde du spectacle et est attiré par le métier de comédien. Mais son père, qui veut le voir reprendre son atelier de tapisserie, s'y oppose et le fait embaucher comme marmiton à l'hôtel du Louvre de Toulon. La mort brutale de ce père, alors qu'il n'a que , le ramène à sa vocation d'artiste.

left|vignette|Triomphe pour Les Rois du sport en 1937, avec Fernandel. Il débute alors sous le nom de Rallum, le , à et demi, dans les cafés-concerts et les guinguettes à matelots de sa région natale, la Provence, mais sans succès, car il chante mal. Engagé par une modeste troupe locale, les Lauri-Laur, il fait même une courte tournée en Afrique du Nord. Puis il fait des petits boulots : croupier au casino d'Aix-les-Bains et commerçant. En 1903, sa fiche de recensement militaire indique une profession d'artiste lyrique et un domicile au 209 boulevard de la Madeleine à Marseille. Il est exempté du service militaire pour « obésité »Recensement militaire de Jules Raimu : classe 1903 N° matricule 1862..

En 1908, il entre au théâtre de l'Alhambra à Marseille comme souffleur, puis enchaîne au théâtre de l'Alcazar de Marseille et au « Palais de cristal ». Ayant adopté le pseudonyme de « Raimut » (verlan approximatif de son nom Muraire), il se fait finalement appeler « Raimu » et devient une vedette régionale dans un répertoire de comique troupier popularisé par Polin, dans lequel se sont essayés aussi Jean Gabin et Fernandel.

vignette|Raimu en 1939 (Studio Harcourt). Félix Mayol, immense vedette, chansonnier et directeur de music-hall d'origine toulonnaise, le repère et le fait venir à Paris pour jouer dans les revues qu'il monte dans son propre théâtre, le Concert Mayol. Jusqu'à la guerre de 1914, Raimu se produit dans de nombreux cafés-concerts et music-halls, tels La Cigale, les Folies Bergère et le Casino de Paris.

En , il demeure au rue de La Tour d'Auvergne à Paris, et demeure en au rue de la République à Marseille. Reconnu apte au service de l'armée le , il est mobilisé à Orange au sein du (escadron du train des équipages militaires) et part au front en . Lors d'un de ses premiers contacts, il est enseveli sous une sape. Il en réchappe, mais perd du poids, tombe malade et est réformé en .

Premiers succès au théâtre vignette|redresse=1.2|Raimu et Marcel Pagnol en 1931, aux studios de Paramount France. Andrée Spinelly, vedette de l'époque avec laquelle il entretient une liaison, le fait jouer à ses côtés dans Plus ça change au théâtre Michel en 1915, puis c'est Sacha Guitry qui lui confie son premier rôle important de théâtre dans Faisons un rêve en 1916. On le remarque ensuite dans L'École des cocottes (1920) avec Andrée Spinelly, Le Roi de Flers et Caillavet (1920), Le Blanc et le Noir (1922) de Sacha Guitry. Léon Volterra, propriétaire du Casino de Paris, du théâtre de Paris et du théâtre Marigny, le fait jouer avec succès dans des revues, dans le sketch du Forçat, satire des scandales financiers de l'époque, et dans des comédies d'Yves Mirande, de Sacha Guitry ou de Flers et Croisset. En 1928, lorsqu'il rencontre Marcel Pagnol, Raimu est un acteur reconnu, mais il n'a pas encore interprété de rôle de premier plan.

Vedettariat left|vignette|Costumé pour jouer Molière en 1944, il pose pour le Studio Harcourt. L'arrivée en 1929, en Europe, du cinéma parlant fait connaître Raimu par son jeu, sa personnalité et sa voix méridionale tonitruante si caractéristique.

En 1929, il connaît un triomphe au théâtre de Paris avec Marius de Marcel Pagnol (avec Orane Demazis). Ces deux Provençaux, l'un d'Aubagne, l'autre de Toulon, s'apportent mutuellement la gloire et la célébrité avec ce classique du théâtre. En 1931, Raimu connaît un nouveau triomphe avec l'adaptation de la pièce au cinéma : Marius, film d'Alexander Korda et premier film de la « trilogie marseillaise » de Pagnol, devient un des premiers films parlants à succès du cinéma français. Étant fâché avec le directeur du théâtre de Paris, Léon Volterra, il ne participe pas à la création sur scène de Fanny, le rôle de César y étant tenu par Harry Baur, mais il reprend en 1932 ce rôle dans la version filmée de Fanny, tournée par Marc AllégretMarcel Pagnol, Confidences, Paris, Fallois, 1990. Il figure également dans les adaptations filmées de pièces qu'il a jouées sur scène comme La Petite Chocolatière (1932), L'École des cocottes (1935) et Le Roi (1936).

Le , il se marie dans la salle de mariages de la mairie du , avec Ester Honorine MétayerNée à Narbonne le et morte en 1977., actrice de cinéma et mère de leur fille de , Paulette (1925-1992).

La même année, il joue une dernière fois le rôle de César dans César, réalisé par Marcel Pagnol. La « trilogie marseillaise » devient un classique du cinéma français. En 1937, il fait partie de la prestigieuse distribution des Perles de la couronne, film de Sacha Guitry, puis tourne dans Un carnet de bal de Julien Duvivier. Il retrouve en 1938 Pagnol pour le rôle du boulanger trompé dans La Femme du boulanger, puis celui du puisatier dans La Fille du puisatier tourné au début de l'Occupation. Durant cette période, il est très sollicité par la firme cinématographique allemande, Continental Films, pour laquelle il tourne Les Inconnus dans la maison d'Henri Decoin (1942), puis élude toutes les autres propositions en prétextant être sous contrat de longue durée avec d'autres producteurs, dont Roger Richebé.

Consécration vignette|Il interprète Le Bourgeois gentilhomme en 1944 (Studio Harcourt). Le , il entre comme pensionnaire à la Comédie-Française sans en devenir sociétaire. En effet, son séjour au Théâtre-Français va tourner court. Après deux comédies de Molière dans lesquelles il tient le rôle-titre, Le Bourgeois gentilhomme et Le Malade imaginaire, on ne lui confie qu'un « lever de rideau » en un acte, L'Anglais tel qu'on le parle de Tristan Bernard. Aucun autre projet — ni Les affaires sont les affaires ni Le Voyage de monsieur Perrichon — ne se concrétisera. Pagnol, sarcastique, lui écrit :

Il compte parmi ses amis Paul Chambrillon, .

Il retrouve le cinéma en 1946 avec Les Gueux au paradis de René Le Hénaff et L'Homme au chapeau rond de Pierre Billon, son dernier film.

vignette|redresse=1.2|gauche|Raimu et Marcel Pagnol en février 1946, répétant pour la pièce César.

Mort Le , Raimu roule en voiture sur la nationale 6 — qui, à l’époque, est, entre Paris et Lyon, la route vers la côte méditerranéenne — dans le but de se rendre à Monte-Carlo ; il est accompagné du dramaturge et réalisateur Yves Mirande. Aux environs de Tournus, il est victime d’un accident qui lui occasionne de multiples fractures. Il est rapatrié en ambulance à Paris, où il est opéré à la clinique Lyautey. Il n'en sort que le dimanche , au bout de cinquante-quatre jours. Quatre mois plus tard, il est admis à l'hôpital américain de Paris pour une nouvelle opération chirurgicale, en apparence bénigne, sans rapport avec l’accident. Il meurt au bloc opératoire le d'une crise cardiaque — probablement une syncope blanche due à une allergie à un produit anesthésiant.

vignette|Domicile de l'artiste Raimu, rue Washington à Paris. vignette|Plaque commémorative rue Washington à Paris.

Raimu habitait alors au 17, rue Washington à Paris.

vignette|gauche|Toulon, place Victor Hugo, scène de bar en mémoire de Raimu

Marcel Pagnol relate l'annonce de son décès :

À midi et demi, on vint m'appeler à table. Je pensai qu'il n'était pas encore réveillé, mais que la serviable infirmière allait me donner de ses nouvelles. C'était une voix inconnue, une voix de femme.

— Le cas de M. Raimu était beaucoup plus grave qu'on ne vous l'a dit. L'opération a duré deux heures, il ne s'est pas réveillé. — Vous voulez dire pas encore ?

Il y eut un silence tragique. Puis la voix murmura :

— Non. Il ne se réveillera plus.

Il avait prévu de quitter la Comédie-Française mais ne s'était pas résolu à envoyer sa lettre de démission, .

Des funérailles grandioses, auxquelles ont assisté des milliers de personnes, sont organisées en l'église Saint-Philippe-du-Roule, puis il est inhumé au cimetière des Batignolles tout près de son ami Charpin puis au cimetière de Toulon, sa ville nataleSa fille Paulette Raimu-Brun (1925-1992) est inhumée à ses côtés, ainsi que son beau-fils Jean-Louis Brun (1909-1995) et sa petite-fille, Isabelle Nohain-Raimu (1947-2025).. Le poète Maurice Rostand lui rend hommage en composant ces vers :

Marcel Pagnol prononce son éloge funèbre : ..

Orson Welles estima qu'il était . Pagnol raconta avoir vu arriver Orson Welles dans son bureau, lui demandant : Marcel Pagnol lui répondit que Raimu venait de mourir deux mois auparavant et vit alors Orson Welles fondre en larmes :

Filmographie

Films muets 1912 : L'Agence Cacahuète, moyen métrage () de Roger Lion 1912 : Godasse fumiste de Gérard Bourgeois 1913 : L'Homme nu d'Henri Desfontaines 1915 : Paris pendant la guerre, revue filmée d'Henri Diamant-Berger 1916 : Sacré Joseph, court métrage () de Roger Lion - sous le nom de Rallum 1916 : L'Enlèvement de Vénus de Roger Lion 1917 : Le Vagabond, court métrage () - sous le nom de Rallum

Films parlants 1931 : Le Blanc et le Noir de Marc Allégret et Robert Florey : Marcel Desnoyers 1931 : Mam'zelle Nitouche de Marc Allégret : Célestin, alias Floridor 1931 : Marius d'Alexander Korda : César Ollivier 1932 : La Petite Chocolatière de Marc Allégret : Félicien Bédaride 1932 : Fanny de Marc Allégret : César Ollivier 1932 : Les Gaités de l'escadron de Maurice Tourneur : le capitaine Hurluret du chasseur 1933 : Charlemagne de Pierre Colombier : Charlemagne 1933 : Théodore et Cie de Pierre Colombier : Clodomir 1934 : J'ai une idée de Roger Richebé : Audrey Hanilgthon, inventeur 1934 : Ces messieurs de la Santé de Pierre Colombier : Jules Taffard / Gédéon 1934 : Tartarin de Tarascon de Raymond Bernard : Tartarin 1934 : Minuit, place Pigalle de Roger Richebé : 1935 : L'École des cocottes de Pierre Colombier : Labaume 1935 : Gaspard de Besse d'André Hugon : Samplan 1936 : Le Roi de Pierre Colombier : Bourdier 1936 : César de Marcel Pagnol : César Ollivier 1936 : Faisons un rêve de Sacha Guitry : le mari 1936 : Les Jumeaux de Brighton de Claude Heymann : Alain Beauregard et ses deux fils 1936 : Le Secret de Polichinelle d'André Berthomieu : 1937 : Les Rois du sport de Pierre Colombier : Jules de l'Estaque 1937 : Vous n'avez rien à déclarer ? de Léo Joannon : 1937 : La Chaste Suzanne d'André Berthomieu : 1937 : Un carnet de bal de Julien Duvivier : François Patosset 1937 : Le Fauteuil 47 de Fernand Rivers :