(en italien : , Vittorio Emanuele Ferdinando Maria Gennaro di Savoia), né le à Naples (Italie) et mort le à Alexandrie (Égypte), est roi d'Italie entre le 1900 et le 1946.

Il est également empereur d’Éthiopie entre le 1936 et le 1941, premier maréchal d'Empire à partir du 1938 et roi d'Albanie entre le 1939 et le 1943. Il abdique le 1946 et est remplacé par son fils Humbert II peu avant la naissance de la République italienne. Il est le fils d'Humbert et de Marguerite de Savoie. À sa naissance, il reçoit le titre de prince de Naples : comme son dernier prénom, Gennaro, qui renvoie au saint protecteur de Naples, ce titre est destiné à souligner l'intégration dynastique des provinces méridionales, moins de dix ans après l'absorption de l'ex-royaume des Deux-Siciles dans le nouveau royaume d'Italie.

Son règne de 45 ans voit, outre les deux guerres mondiales, l'introduction du suffrage universel masculin (1912) et féminin (1945), les premières formes de protection sociale, le déclin et l'effondrement de l'État libéral (1900-1922), la naissance et l'effondrement de l'Italie fasciste (1925-1943), la résolution de la question romaine (1929), l'intégration de plusieurs terres jusque là « irrédentes » du Nord-Est et des conquêtes coloniales (Dodécanèse, Libye). Victor-Emmanuel III meurt en Égypte un peu plus d'un an et demi après la fin du royaume d'Italie.

À la suite de la victoire de la Première Guerre mondiale, il est appelé le « Roi soldat ».

Il ne s'oppose ni à l'affirmation du fascisme, ni à la promulgation des lois raciales, ni aux guerres coloniales, ni à l'entrée en guerre de l'Italie dès le début de la Seconde Guerre mondiale. Par son aspect précipité, sa fuite de Rome vers Brindisi du 8 au , après la signature de l'armistice est perçue très négativement, laissant à la population comme à l'armée un sentiment d'abandon. En 1946, il tente de sauver la monarchie en abdiquant en faveur de son fils Humbert II. En Italie, de lieux lui sont dédiés..

Biographie Jeunesse et formation vignette|gauche|redresse|Victor-Emmanuel, à l'époque de son premier anniversaire à Monza, novembre 1870. Victor-Emmanuel Ferdinand Marie Gennaro de Savoie, fils d' et de Marguerite de Savoie, naît le à Naples, lieu choisi à dessein avec l'objectif de renforcer le sentiment d'appartenance des provinces du Sud au jeune royaume d'Italie alors que l'ex-roi des Deux-Siciles, François II, conteste toujours son éviction depuis son exil romain. La grossesse n'est pas facile, Marguerite manque de perdre l'enfant.

De santé plutôt fragile et de petite taille., Victor-Emmanuel grandit dépourvu de l'affection de ses parents qui ne s'entendent pas. À douze ans, ils le confient aux soins du colonel , lequel avait été attaché militaire de l'ambassade italienne à Berlin. Homme très dur, impérieux et habitué aux ordres, celui-ci donne au prince une éducation sur le modèle prussien du roi aux armées. Il semble qu'à peine installé, il aurait dit à son élève : Certains précepteurs disent que la sévérité d'Osio eut des effets nuisibles sur le caractère du futur souverain, le rendant encore plus anxieux et introverti..

Premières années et éducation vignette|gauche|redresse| Victor-Emmanuel III en 1884 en uniforme de l'école militaire de la Nunziatella. Victor-Emmanuel apprécie William Shakespeare, parle quatre langues, dont le piémontais et le napolitain, mais n'aime ni aller au théâtre ni au concert. Il reçoit une éducation soignée qu'il complète par de longs voyages à l'étranger.. Elle comprend, entre autres, la fréquentation de la prestigieuse École militaire Nunziatella de Naples (1881-1884), puis l'École militaire de Modène (1884-1886) et enfin l'École de guerre (1886-1889) où il obtient le grade de sous-lieutenant d'infanterie en 1886.. Élevé au rang royal, il prend l'habitude de fréquenter les séances d'inauguration de l'Académie des Lyncéens ainsi que d'autres associations d’intérêt scientifique. Parmi toutes ses passions, dans le milieu culturel, émergent entre autres la numismatique., l’histoire et la géographie : sa connaissance dans ces domaines est reconnue à de hauts niveaux, jusque hors du royaume (il écrit un traité sur la monnaie italienne, le ). À plusieurs occasions, Victor-Emmanuel est appelé, en vertu de sa connaissance dans le secteur géographique, comme médiateur dans les traités de paix et les disputes de frontières. Il est appelé comme arbitre pour la dispute territoriale de l'île de Clipperton, entre la France et le Mexique.. En 1887, à l'âge de dix-huit ans, sous la protection d'Osio, Victor-Emmanuel III fait un long voyage en Égypte.

Le prince militaire alt=Photographie du Prince de Naples en 1895|vignette|redresse|Photographie du prince de Naples, 1895. À l'âge de vingt ans, Victor-Emmanuel commence une rapide carrière militaire. Pour le former au commandement, il est assigné au premier régiment d'infanterie « Roi » de Naples, où il reste pendant cinq ans (1889-1894). Tout d'abord, en 1889, major d'infanterie, il devient colonel en 1890. Devenu majeur, et ayant le même grade que son précepteur, il prend congé du colonel Osio, avec lequel il maintient toutefois une correspondance presque quotidienne. Il obtient un avancement rapide comme général-major en 1892, puis lieutenant-général en 1894. Il est commandant de la division de Florence entre 1894 et 1897, puis commandant du corps d'armée à Naples de 1897 à 1900. À Naples, il noue une amitié avec le prince Nicolas Brancaccio, qui réussit à vaincre la timidité du jeune Victor-Emmanuel, en l'initiant à la vie nocturne napolitaine faite de théâtre peu « respectable » et en logeant des actrices.

Cette période napolitaine est peut-être la plus heureuse de la vie du jeune prince : il apprend à parler couramment le napolitain. Il a plusieurs maîtresses, dont la baronne Marie Barracco (dont il aurait eu une fille), même si sa préférence va vers les actrices et ballerines.. Dans sa fonction de commandement, il montre une rigidité confinant à la maniaquerie. Comme il l'écrit dans ses lettres à Osio, cela en fait une vraie bête noire pour ses subordonnés: Victor-Emmanuel présente des capacités d'officier et se montre pointilleux, bon connaisseur des matières militaires.

Nommé général, il est critique envers la campagne d'Afrique entre 1895 et 1896. Il se moque aussi du général Joseph Ottolenghi de Sabbioneta, plus tatillon encore que lui et qui ne perd pas une occasion de faire un exemple sur des manques éventuels de forme. Victor-Emmanuel l'affuble de surnoms comme « Joseph l'Hébreu » ou « Pauvre Macchabée » marquant son dédain envers son supérieur par des allusions bibliques qui n'ont pas forcément de portée antisémite. Il entre aussi en conflit avec un colonel du dixième régiment des Bersagliers. Cette défiance réciproque avec Luigi Cadorna dure toute leur vie, avec de réelles conséquences vingt ans plus tard, durant la Grande Guerre.

Mariage vignette|redresse|Mariage de Victor-Emmanuel et d'Hélène de Monténégro. Il interrompt sa vie de caserne par des voyages qui achèvent sa formation. Après ses débuts pénibles en société, et à partir de 1888 ses premières aventures galantes, il est confronté à l'inévitable planification par la cour d'un mariage (assistée notamment par Francesco Crispi). Face aux résistances du prince, on s'en abstient jusqu'en 1894. On cherche, cependant, une princesse utile à la diplomatie à l'italienne. Le choix tombe sur Hélène de Monténégro., âgée de vingt-trois ans, pas très gracieuse, mais aux traits doux et gentils. À l'insu de Victor-Emmanuel, on favorise les occasions de rencontre et, grâce à leurs caractères proches, ils s'entendent rapidement. Les accords entre les maisons seront simples et les fiançailles brèves. Hélène de Monténégro abjure le credo orthodoxe et, le , on célèbre les noces. Suivent des années heureuses pour Victor-Emmanuel. Le couple partage une affection sincère et une vie réservée et presque frugale. Leurs passions communes sont la photographie, la pêche, la vie à la campagne et les voyages en mer. Les enfants arrivent tard mais nombreux : Yolande Marguerite en 1901, Mafalda en 1902, Humbert en 1904, Jeanne en 1907 et Marie Françoise en 1914. Durant ces années, Victor-Emmanuel pense à renoncer au trône en faveur d'une carrière académique..

Accession au trône Le roi Humbert est assassiné le . Au moment de cet attentat, Victor-Emmanuel et Hélène sont en croisière en Grèce à bord de leur yacht Yela. Ils rejoignent Reggio de Calabre puis Monza. Victor-Emmanuel, désormais souverain, commence à ., aux institutions et à la monarchie. Giuseppe Saracco, président du Conseil des ministres, est à peine sorti de la chambre ardente du roi défunt que Victor-Emmanuel le convoque dans son bureau. Sans lui donner le temps de présenter ses condoléances, le nouveau roi montre les papiers qui s'amoncellent sur sa table, les décrets sur lesquels son père n'a pas eu le temps de se pencher, mais qui, selon lui, sont peu en accord avec la Constitution. Giuseppe Saracco répond que la valeur de la Constitution n'est pas de la compétence du roi, qui doit se limiter à signer comme il l'a fait depuis toujours. Le jeune roi répond .. Saracco qui, en outre, passe pour un grand expert du droit, se sent offensé et offre séance tenante sa démission. Le prince fait semblant de ne pas écouter, mais insiste pour que les décrets lui soient donnés en lecture avant toute signature. Après quoi, il explique au président comment il conçoit ses devoirs et ceux des autres :

Le , quelques jours après le régicide, dans son premier discours à la nation, le nouveau roi expose les fondements de sa vision politique.

vignette|redresse|Prestation de serment de Victor-Emmanuel III au Sénat, le , par Achille Beltrame.

Le , il jure fidélité aux statuts dans la salle du Sénat, devant le président Giuseppe Saracco et les deux chambres du Parlement présentes à ses côtés. Dans son discours, écrit de sa main, le nouveau roi expose une politique conciliante et parlementaire :

Après le couronnement, le nouveau roi commande à le projet et la construction d'une chapelle commémorative pour son père assassiné. Pour cela, il fait détruire le siège de la Società Ginnastica Monzese Forti et Liberi di Monza et le fait reconstruire de l'autre côte du boulevard Cesare Battisti de Monza.

Enfin, la réconciliation nationale veut que le souverain prenne acte avec le décret du royaume du , dans lequel le roi accorde l'amnistie pour les délits de presse et pour ceux contre la liberté de travail, et remet la moitié des peines infligées pour les mouvements populaires de 1898.. En 1901, est imprimée la première série de timbres qui inaugure les impressions philatéliques de son royaume, comme la série dite « Floreale », qui inspirera le nouveau style dit Liberty, italianisé en .

Politique extérieure : entre Triplice et nouveaux accords vignette|redresse|Carte postale des monarques régnants, prise en 1908 entre février (accession au trône du roi Manuel II de Portugal) et novembre (mort de l’empereur Guangxu). Elle peut être datée encore plus précisément entre le 5 octobre et le 14 novembre, puisque Ferdinand Ier de Bulgarie n'a pas été proclamé « roi » (comme indiqué) avant le 5 octobre. Victor-Emmanuel est présent

Selon la tradition savoyarde et dans le respect des prérogatives du statut, Victor-Emmanuel III exerce une action considérable dans le domaine de la politique étrangère et aux armées. Perçu par de nombreux observateurs comme hostile à la Triplice, il se maintient toutefois officiellement dans son sillon, tout en soutenant le rapprochement avec les puissances contre lesquelles elle a potentiellement été construite : la Russie qui entrave les projets d'expansion autrichienne et la France dont les Allemands craignent le désir de revanche.

Rapprochement avec la France gauche|vignette|Victor-Emmanuel III et le président Loubet, 1904