vignette|droite|300px|Un homme sonne du chofar à l’aube, comme il est de coutume tous les matins (sauf le chabbat) à partir de la néoménie d’eloul.

Eloul (en hébreu : אֱלוּל, de l’akkadien eloulou « récolte » ; en amharique : loul) est le dernier mois de l’année civile (qui commence en tishri) et le de l’année ecclésiastique (qui commence en nissan) du calendrier hébraïque.

C'est un mois estival « défectif » de 29 jours. Il correspond dans le calendrier grégorien à une période entre la mi-août et la mi-septembre (ou la mi-octobre lors des années embolismiques).

Du fait de sa place dans le calendrier, le mois d'eloul est placé dans la tradition rabbinique sous le signe de la pénitence, en prélude au jugement divin rendu à Roch Hachana et scellé à Yom Kippour. Chacune des journées du mois (chabbat excepté) est saluée dans les synagogues par la sonnerie du chofar, un instrument à vent apparenté au cor. Les Juifs pieux jeûnent et certains consacrent leurs nuitées à la récitation de selihot, pièces liturgiques implorant le pardon divin.

Eloul dans les sources juives

Dans la Bible hébraïque La Bible ignore, avant Néhémie 6:15, la dénomination eloul, celle-ci ayant été empruntée au calendrier babylonienCf. . Elle n’emploie pas davantage celle de yarea'h qayitz (hébreu ancien : ירח קיץ, « lunaison de la cueillette des figues ») qui désigne le mois dans le calendrier de GezerCf. et utilise celle de « sixième moisCf. Ézéchiel 8:1 ». Le prophète Aggée, contemporain de Néhémie resté en Judée lors de la déportation des Judéens à Babylone, demeure d’ailleurs attaché à l’ancienne appellationAggée 1:1.

Dans la littérature des Sages La Meguilat Ta'anit, considérée comme l’une des premières sources écrites de la tradition rabbinique, mentionne trois jours en eloul au cours desquels elle interdit de jeûner, afin de marquer divers évènements de nature politique dont le parachèvement des murailles d’enceinte de Jérusalem, la sortie des Romains de la ville et l’expédition punitive sur des traitresMeguilat Taanit .. Ces célébrations tombent en désuétude après la destruction du second Temple Roch Hachana 18b..

La Mishna, dont la composition est achevée environ un siècle après la destruction du Temple de Jérusalem, mentionne également des pratiques révolues : au temps du Temple, le eloul marquait le nouvel an pour la dîme sur le bétailMishna Roch Hachana 1:1. et des émissaires étaient dépêchés en ce jour dans les communautés diasporiques afin de leur annoncer la néoménie et de leur permettre de célébrer la nouvelle année en son tempsMishna Roch Hachana 1:3..

En revanche, le Midrash, recueil d’enseignements transmis et élaborés au cours des âges, rapporte un aspect du mois d’eloul suivi jusqu’à nos jours : en retraçant la chronologie des évènements bibliques à partir d’indices textuels et de traditions orales, les Sages parviennent à la conclusion que c’est au du mois d’eloul que Moïse, ayant taillé les secondes tables de la Loi dans une carrière de saphir miraculeusement suscitée, serait remonté sur le mont Sinaï tandis qu’on faisait donner du chofar dans le camp, ainsi qu’il est dit (Psaumes 47:6) : « Dieu est monté au son du chofar ». Dès lors, de même que le premier séjour de Moïse sur le Sinaï avait duré quarante jours, quarante jours s’écoulent dans l’attente avant que Moïse ne redescende, le 10 tishri, avec les nouvelles tables, concrétisant la promesse faite par Dieu de pardonner au peuple le péché du veau d’or. C’est pourquoi les Sages instituent de faire sonner du chofar pendant quarante jours à partir de la néoménie d’eloulPirqé de-Rabbi Éliézer, , & .Midrash Tanhouma sur Ki Tissa, psal lekha et ailleurs. (toutefois, l’on n’a plus vu depuis l’époque d’Ezra le Scribe, de mois d’eloul durant trente jours Beitza 6a & Rachi ad loc., citant Néhémie 8:13 ; .).

Dans la littérature rabbinique médiévale et ultérieure Au Moyen Âge, le décret des Sages est suivi mais une coutume se répand à partir de la Rhénanie de réduire les sonneries à Roch HachanaEleazar de Worms, Sefer HaRokeah, Hilkhot Rosh Hashana chap. 307. Certains l’expliquent par une interprétation de Psaumes 81:4 : « sonnez le mois du chofar – sonnez un mois complet [et pas davantage] »Isaac Tyrnau, Minhaggim, Eloul, yemei haselihot, d’autres suggèrent que « l’on confond ainsi le satan » qui perd le compte des jours et se trouve incapable de jouer son rôle d’accusateur à Roch HachanaJacob ben Asher, Tour Orah Hayim 581:1. Une autre coutume se développe aussi de lire des selihot, pièces liturgiques implorant le pardon divin, et des viddouïm (confessions) mais les pratiques varient en fonction des communautés.

L’atmosphère pénitentielle d’eloul est encore accentuée par les décisionnaires ultérieurs : diverses correspondances sont trouvées entre des versets bibliques incitant au repentir et les initiales d’eloul, dont ani ledodi vedodi li (« Je suis à mon bien-aimé, et mon bien-aimé est à moiCantique des cantiques 6:3 ») qui indique que Dieu est proche de ceux qui L’appellentCité par R'Tsaddok de Lublin au nom du Shla"h in Pri tzadik, devarim lèrosh hodesh eloul, 4, s.v. vèzè inyan. Eloul devient particulièrement important dans les enseignements d'Israël SalanterI. Salanter, Or Israël, lettre n°14, fondateur du mouvement du Moussar, au point qu'un zman eloul (temps d’eloul) est instauré dans les académies talmudiques, au cours duquel les étudiants sont encouragés à redoubler d'attention envers leur comportement et les textes d’éthiqueYehezqel Levenstein, Or Yehezqel, p. 83. Certains jeûnent jusqu'à Yom KippourRem"a sur Choulhan Aroukh Orah Hayim 568:4 (comme il est interdit de jeûner à chabbat et à la néoménie, beaucoup commencent à jeûner après le 15 avMaguen Avraham Orah Hayim 568:17).

vignette|Feuillet de selihot daté du , découvert en 1908 dans une grotte en Chine.

Lois et statuts d’ dans le judaïsme rabbinique est, en vertu du calendrier hébraïque actuel, un mois constitutionnellement « défectif » de vingt-neuf jours ; sa néoménie est célébrée pendant deux jours, le 30 et le , lequel doit obligatoirement avoir lieu un dimanche, lundi, mercredi ou vendredi 427 & 428, 428:2, ..

Il est d'usage dans la plupart des communautés ashkénazes de s'y préparer dès la veille de la néoménie de ce mois, en jeûnant et en récitant le rituel de Shlomo Ganzfried, 128:1.. Le matin, on sonne du dès le 2 jusqu'à la veille de (jusqu'à pour les séfarades sur 128:5.). Il est de coutume de réciter, soir et matin, le jusqu'à ou , d'échanger avec les amis le souhait d'être inscrits et consignés dans le Livre de bonne vie 128:2. et de faire vérifier leurs objets de culte 128:3..

À partir du dimanche précédant pour les ashkénazes ou du 2 dans les communautés séfarades d'orient, on récite les , une à deux heures avant le lever du soleil 128:5.. L'officiant des , choisi parmi les hommes de bien notoires dans la communauté, s'enveloppe d'un emprunté afin de pouvoir réaliser la bénédiction sur le (certains séfarades ne la disent pas) bien qu'on puisse réciter les et les treize attributs sans . Les ou au moins les treize attributs doivent être récités debout 128:6-7 & ad loc..Un endeuillé qui a perdu son père ou sa mère moins de douze mois avant ou ne peut officier en ces jours mais il peut le faire lors des sauf s'il se trouve dans la semaine suivant le décès 121:8.. Dans ce dernier cas, il n'a d'ailleurs pas le droit de sortir de son domicile pour se rendre à l'office de , sauf la veille de 121:9..

À la fin du mois d’ (c'est-à-dire la veille de ), il est d’usage de se rendre sur la tombe des justes après la prière du matin 121:13..

Eloul dans le karaïsme Les Karaïtes, membres d’un courant juif n’acceptant d’autre autorité que la Bible hébraïque et rejetant l’autorité de la Torah orale, n’observent aucune des régulations rabbiniques concernant ce mois, y compris l’impossibilité pour eloul d’être un mois de trente jours.

C’est ainsi que Juda Halévi met en scène dans son Kuzari des Karaïtes se gaussant des Juifs rabbanites qui célèbrent Yom Kippour le 9 et non le 10 tishri car, selon leur méthode de détermination des néoménies, celle d’eloul a lieu un jour plus tard que la date calculée par les rabbinsJ. Hallévi (trad. de Charles Touati), Le Kuzari, apologie de la religion méprisée, éd. Verdier 2001, coll. Les dix paroles, p. 121.

Notes et références

Annexes

Voir aussi

Bibliographie

. . , abrégé du , accompagné de , , , éd. , Paris, 1996/2009.

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