Jane Boleyn dite Lady Rochford (vers 1505 - ), vicomtesse Rochford, est la belle-sœur de la reine consort d'Angleterre Anne Boleyn. Elle est exécutée avec Catherine Howard sur ordre d' à la Tour de Londres.
Biographie
Enfance et mariage
Née Jane Parker, elle est la fille de Henry Parker, de Morley et de Alice St John (), la fille aînée de John St John de Bletsoe. Sa famille est riche et puissante, elle fait partie de la haute société anglaise et est active sur le plan politique. Son père est un intellectuel, qui manifeste un vif intérêt pour l’éducation et la culture.
vignette|Femme inconnue en robe Tudor. Elle est envoyée à la cour une fois adolescente, et y rejoint la maison de la reine Catherine d'Aragon, épouse du roi .. Elle apparaît pour la première fois à la cour d'Angleterre en 1522, quand elle joue un rôle dans la reconstitution de l’assaut du Château Vert, que le roi donne pour impressionner des ambassadeursCatharine Davies, « Boleyn, Jane, Viscountess Rochford (d. 1542) », Oxford Dictionary of National Biography, Oxford University Press, septembre 2004 (édition en ligne : janvier 2008).. On ne possède pas de description physique ni de portrait d'elle, on peut néanmoins supposer qu’elle était belle, car elle a été choisie pour jouer l'un des principaux rôles, la Constance, l’une des sept Vertus, au côté de la sœur du roi, Marie Tudor et de ses futures belles-sœurs Anne Boleyn et Mary Boleyn. Dans sa biographie, Julia Fox considère que le dessin de Hans Holbein intitulé est une des meilleures représentation de Lady Rochford.
Fin 1526, elle épouse George Boleyn, vicomte de Rochefort, frère de la future épouse d', Anne Boleyn. À cette époque, cependant, cette dernière n’a pas encore noué de relation avec le roi, bien qu’elle soit déjà une figure incontournable de la noble société anglaise R. M. Warnicke, The Rise and Fall of Anne Boleyn: Family politics at the court of Henry VIII, 1989, p. 59..
alt=La signature de Lady Rochford|vignette|Signature de Lady Rochford. En cadeau de mariage, le roi offre à Jane et George le manoir de Grimston dans le NorfolkAlison Weir, The Six Wives of Henry VIII, p.159. Puisqu’elle est devenue par mariage Vicomtesse Rochford, elle est connue à la Cour, et ensuite par les historiens sous le nom de « Lady Rochford ». Alors que la richesse et l’influence de la famille augmentent, le couple obtient comme résidence le palais de Beaulieu en 1531.
Le mariage de George et Jane est généralement décrit comme malheureux. L'historienne Retha M. Warnicke suggère que George est peut-être homosexuel ou bisexuel ce qui expliquerait les difficultés de leur relation conjugale R.M. Warnicke, The Rise and Fall of Anne Boleyn: Family politics at the court of Henry VIII, 1989, p. 215-217. Selon l'écrivain George Cavendish, proche du cardinal Thomas Wolsey, George Boleyn est particulièrement gâté par la nature, il a de la grâce, de nombreuses aptitudes et qualités naturelles mais il vit « de façon bestiale, forçant les veuves, déflorant les vierges », il est lubrique et avide de toutes les femmes.
La nature exacte de ses rapports avec sa royale belle-sœur est cependant peu claire, et nous ne possédons aucun témoignage fiable de ce qu’elle pensait de son autre belle-sœur Mary, qui vit comme elle à la Cour depuis son adolescence. On pense fréquemment que Jane n’est pas particulièrement proche d’Anne, en raison de sa supposée jalousie. L'historienne américaine Retha M. Warnicke écrit qu'Anne Boleyn, belle sœur de Jane, est Toutes ces qualités fondent la légende selon laquelle Jane la hait instantanément ; cependant, quand bien même cela eût été vrai, elle n’en montre rien. D'ailleurs, Jane complote avec Anne Boleyn pour faire bannir de la Cour une des jeunes maîtresses du Roi, en 1534. Quand Henry découvre qu’elle est impliquée dans l’affaire, lady Rochford est exilée pendant quelques mois. Pour l'historienne Julia Fox .
Rôle dans l'exécution d'Anne et George Boleyn vignette|Anne Boleyn à la Tour de Londres. Après onze ans de mariage, George Boleyn est arrêté, ainsi que sa sœur Anne, en et tous deux sont emprisonnés à la Tour de Londres. Anne est accusée d'adultère, d'inceste et de haute trahison, George est accusé d’avoir eu des relations sexuelles avec sa sœur, la Reine. D'après la biographie d' rédigée au par Lord Herbert de Cherbury (qui s'appuie sur le journal disparu d'un témoin du procès), Lady Rochford est et, par conséquent, dans l'inculpation et la condamnation de son mari. La déclaration qu'elle fait six ans plus tard sur l'échafaud confirme son implication : . , ce qui sous-entendait que George aurait été le père biologique du fœtus que la Reine avait perdu plus tôt en 1536. Ces rumeurs étaient infondées, d’après la grande majorité des témoins de l’époque, mais elles apportent un prétexte légal à Thomas Cromwell et aux ennemis des Boleyn pour conduire lord Rochford et sa sœur Anne à l’échafaud.
George Wyatt, premier biographe d'Anne Boleyn, décrit Jane comme étant une et qui souhaite sa mort. À sa suite, des générations d’historiens ont pensé que le témoignage de Jane contre George et Anne Boleyn était plus motivé par sa rancune envers une belle-sœur plus brillante, et un mari qui préférait la compagnie de cette dernière à celle de son épouse, que par une réelle conviction de leur culpabilité P. Heylin, Affairs of Church and State in England during the Life and Reign of Queen Mary, 1660, p. 91-93.. Pourtant, d'après John Spelman, l'un des juges au procès d'Anne, Lady Wingfield, sur son lit de mort et, à en croire l'un des membres de la cour du Roi, les d'Anne Boleyn sont .
Pour l'historienne Alison Weir, le témoignage de Jane est motivé par la nécessité de en se désolidarisant radicalement du clan Boleyn auquel elle est intimement liée et éviter ainsi d'être emportée par le . Il est également possible que Cromwell, conscient de la situation précaire de Jane, ne lui ait pas laissé d'autre choix que de coopérer pour .
George Boleyn est décapité à Tower Hill, le , devant une foule immense. Ses dernières paroles sont surtout destinées à affirmer sa nouvelle foi protestante. Henry Norris, Francis Weston, William Brereton et Mark Smeaton, musicien à la cour, sont exécutés avec lui, également accusés d'avoir été amants d'Anne. Seul Mark Smeaton avoue ce crime, après avoir été sauvagement torturé. Les autres, étant aristocrates, ne pouvaient être soumis à la question David Starkey, Six Wives: The Queens of Henry VIII, 2004, p. 569..
vignette|redresse|Exécution d'Anne Boleyn. Anne meurt deux jours après, décapitée par un bourreau français de Calais, dans l'enceinte de la Tour de Londres. L'historienne Julia Fox décrit la mort d'Anne comme « son ultime performance ». Son courage sur l'échafaud est beaucoup commenté, contribuant à la légende qu'elle va devenir. On ignore si Jane assiste à l'exécution de son époux ou de sa belle-sœur, mais la compassion posthume largement éprouvée envers Anne contribue à donner le mauvais rôle à tous ceux qui ont contribué à sa chute Fox, Jane Boleyn, p. 324.
Bien que l'implication de Jane soit réelle dans la chute des Boleyn, la période qui s'ensuit est extrêmement difficile pour elle, tant socialement que financièrement. Les terres que les Boleyn ont peu à peu obtenues pendant le règne d'Anne et les quatre générations précédentes, y compris les titres de Comte de Wiltshire et Comte d'Ormond, se transmettent uniquement par la lignée mâle. Tout est donc perdu à la mort de George. Jane continue de porter le titre de Vicomtesse Rochford, mais faute de fils elle ne peut pas vraiment profiter de ce qu'il reste de la fortune des Boleyn.
L'exécution de George et Anne prive également Jane de source de revenu et de sa position à la cour. Elle dépend dès lors du bon vouloir de son beau-père, Thomas Boleyn, à respecter les conditions de sa jointure et se voit contrainte de auprès de Cromwell. C'est donc un vrai désastre pour Lady Rochford, qui apparait comme une victime collatérale de la chute de la famille Boleyn aux yeux de l'historienne Charlie Fenton, et en aucun cas une complice.
Intrigues
Après l'exécution de son époux, Lady Rochford s'absente de la Cour. Pendant cette période, elle passe la majorité de son temps à tenter de stabiliser sa situation financière, notamment en négociant avec son père et son beau-père, mais principalement avec Thomas Cromwell, le principal ministre du Roi. Les Boleyns lui allouent la confortable pension de 100 £, exactement ce qu'ils ont accordé à leur fille aînée Mary quand elle est devenue veuve huit ans plus tôt Fox, Jane Boleyn, p. 218. Cela n'est pas ce qu'elle avait quand elle était la belle-sœur de la Reine, mais c'est assez pour lui permettre de maintenir le niveau de vie moyen de la haute société anglaise, essentiel pour qu'elle puisse paraître à la Cour, ce à quoi elle travaille activement de 1536 à 1537. On ignore la date précise de son retour à la Cour, mais elle y est dame d'honneur de la Reine Jeanne Seymour, ce qui signifie que c'est environ un an après la mort de son époux (Seymour meurt dix-huit mois après être devenue reine) Fox, Jane Boleyn, p. 219. Son titre de vicomtesse l'autorise à être accompagnée d'une partie de ses serviteurs, de vivre au palais, et d'être appelée « Lady Rochford ». Des repas fins lui étaient fournis chaque jour, payés par la maison de la reine Fox, Jane Boleyn, p. 228.
Quand Jane Seymour meurt, le Roi se remarie avec une princesse allemande, Anne de Clèves. Lady Rochford aide le Roi à divorcer d'elle, en , en affirmant que la Reine lui a confié que le mariage n'a jamais été consommé. Henry peut ainsi obtenir l'annulation du sacrement, et épouser sa jeune maîtresse, Catherine Howard.
Lady Rochford conserve son poste de dame d'honneur de la nouvelle reine, et exerce sur elle une influence considérable, devenant l'une de ses favorites. Quand la petite reine se lasse de son vieil époux obèse, c'est Lady Rochford qui participe à l'organisation des rendez-vous secrets entre Catherine et le séduisant courtisan Thomas Culpeper.
Catherine Howard avoue plus tard ne pas avoir été chaste avant son mariage, mais on ignore si sa relation avec Culpepper fut consommée. Le passé de Catherine est dévoilé au grand jour à l'automne 1541, et une enquête sur sa vie privée est diligentée. Au début, la Reine est confinée dans ses appartements, puis enfermée à l'abbaye de Syon, un couvent éloigné de la Cour. On interroge les proches de Catherine, et leurs appartements sont fouillés. La plupart des servantes et des dames d'honneur mentionnent la conduite suspecte de Lady Rochford vis-à-vis de Catherine et Culpepper, ce qui mène à l'arrestation de Jane. On découvre par la suite une lettre d'amour écrite par Catherine, et adressée à Culpepper, qui faisait explicitement part du rôle de la vicomtesse dans leur rendez-vous. Aider la reine à commettre un adultère est un crime passible de la peine de mort dans l'Angleterre des Tudor. Jane est emprisonnée à la Tour de Londres pendant plusieurs mois, alors que le gouvernement statue sur comment et quand décider du sort des accusées.
Déchéance et exécution
Pendant son incarcération à la Tour, elle est interrogée de nombreuses fois, mais, étant noble, elle n'est pas torturée. Cependant, soumise à une intense pression psychologique, elle semble avoir souffert d'une profonde dépression nerveuse, et elle est déclarée folle au début de l'année 1542 A. Weir, Henry VIII: King & Court, 2002, p. 455-456.. Ses crises d'hystérie empêchent toute poursuite pour complicité d'adultère dirigée contre elle. Mais, déterminé à ce qu'elle soit châtiée, le roi édicte une loi permettant l'exécution des fous Calendar of State Papers: Spanish.
Jane est donc condamnée à mort par décret, sans procès, et la date d'exécution est fixée de , le même jour que Catherine Howard.