Nicholas Hilliard (Exeter, vers 1547 - Londres, ) est un orfèvre et un enlumineur anglais plus connu comme portraitiste en miniatures à la cour d'Élisabeth d'Angleterre et de Jacques d'Angleterre.
Il est réputé pour ses miniatures ovales bien qu'il ait parfois utilisé des formats plus importants, jusqu'à . Pendant quarante-cinq ans, il a connu un indéniable succès artistique mais des problèmes financiers continus.
Ses portraits d'Élisabeth illustrent encore les différences qui le démarquent des autres peintres du reste de l'Europe au cours du . Il introduit un arrière-plan caractérisé par la présence d'un rideau plissé en velours au lieu du traditionnel fond bleu exécuté à l'aquarelleLe plus ancien exemple connu en est le portrait de Henry Wriothesley, comte de Southampton, daté de 1594 et conservé au Victoria and Albert Museum de Londres dans lequel le visage du modèle est encadré par ses cheveux frisés comme le voulait la mode de l'époque.
Très traditionnelles techniquement et suivant les standards en usage en Europe, ses peintures sont superbement exécutées et ont une fraîcheur et un charme qui ont fait dire qu'il « occupe une position centrale dans l'art de la période élisabéthaine et qu'il est le seul peintre dont les travaux reflètent, dans leur délicat microcosme, l'univers shakespearien. »Ellis Waterhouse, Painting in Britain, 1530-1790, éd., 1978, , Penguin Books (now Yale History of Art series)
Origine et formation thumb|left|Portrait d'un inconnu (1572) - , Victoria and Albert Museum. On ne connaît pas avec précision la date de naissance de Nicholas Hilliard. On pense qu'il aurait vu le jour vers 1547. Il est le fils de Richard Hilliard (1519-1594), un orfèvre protestant de la ville d'Exeter dans le Devon, qui est également le shérif de la ville et du comté en 1560. Sa mère s'appelle Laurence. Elle est la fille de John Wall, un orfèvre londonienArthur F. Kinney, Nicholas Hilliard's "Art of Limning", Northeastern University Press, 1983, .
Hilliard est peut-être un proche parent de Grace Hiller (Hilliar), première épouse de Theophilus Eaton (1590-1657), le cofondateur de la Colonie de New Haven en Amérique du Nord.
Il semble qu'il se soit joint très jeune à la maisonnée d'un des grands marchands à Exeter, John Bodley, père de Thomas Bodley qui créa la librairie qui porte son nom à Oxford. John Bodley s'exile lorsque la reine catholique accède au trône. Le , Hilliard, alors âgé de dix ans, est vu à Genève comme faisant partie de l'un des onze membres de la famille Bodley lors d'un service calviniste présidé par John Knox. Si le calvinisme ne semble pas avoir marqué Hilliard, le français qu'il acquiert à cette occasion lui sera d'une grande utilité ultérieurement. Thomas Bodley, de deux ans son aîné, poursuit, à la tête des érudits genevois, une éducation plutôt rigide, mais il n'est pas attesté qu'Hilliard ait suivi de telles études.
En 1560, Hilliard réalise un autoportrait. Il est alors âgé de treize ansLa date est modifiée de 1550 vers 1560 en accord avec l'ouvrage de Mary Edmond, Hilliard and Oliver. The Lives and Works of Two Great Miniaturists, Robert Hale, Londres, 1983. On dit qu'il aurait peint un portrait de Marie Ire d'Écosse, reine d'Écosse, à l'âge de 1911 Britannica, ce qui est peu probable.
Hilliard entre en apprentissage chez Robert Brandon, joaillier de la reine, qui est également orfèvre et chambellan de Londres. Sir Roy Strong, conservateur et ancien directeur du V&A et de la National Portrait Gallery, émet l'hypothèse qu'Hilliard ait pu être initié à l'enluminure par Levina Teerlinc à cette époque. Cette dernière est la fille de Simon Bening le dernier grand maître Flamand de l'enluminure traditionnelle de manuscrits qui devient peintre à la cour d'Henri VIII à la mort de Hans Holbein le Jeune. Après sept ans d'apprentissage, Hilliard est promu citoyen d'honneur de la Vénérable Compagnie des Orfèvres en 1559. Il ouvre une échoppe avec son frère John (un autre de ses frères est aussi orfèvre et le puîné, prêtre).
En 1576, il épouse Alice (1556-1611)Graham Reynolds, Nicholas Hilliard & Isaac Oliver, Her Majesty's Stationery Office, 1971, Zvereva, 2005, Portraits des maisons royales et impériales de France et d'Europe, les miniatures du Musée Condé à Chantilly, Somogy Éditions d'Art, , la fille de son maître Brandon, laquelle lui donnera sept enfants.
Le miniaturiste de la Cour d'Angleterre right|thumb|Portrait en miniature d'Élisabeth d'Angleterre 1572 Hilliard termine son apprentissage à l'époque où l'on « cherchait désespérément » un peintre pour faire le portrait de Sa Majesté. À partir de 1571, il réalise plusieurs portraits pour Robert Dudley, comte de Leicester et favori de la reine, devenant ainsi un personnage célèbre à la cour, consulté le . Grâce à son patronage, il est donc probable que Hilliard ait pu attirer l'œil de la Reine. Deux portraits exécutés à l'huile sur panneau de bois lui sont attribués : le « Phoenix » et le « Pélican » datés vers 1575. Les portraits reprennent la miniature de la reine datée de 1572. Hilliard est nommé miniaturiste attitré auprès d'Élisabeth à une date inconnue, sans doute à la même période. Dès 1573, sur son ordre, il bénéficie d'une pension « pour ses bons et loyaux services ».
Hilliard à Paris Grâce à cette protection, Hilliard, fraîchement marié, est sans doute envoyé par la reine auprès du Duc d'Alençon et embarque à l'automne 1576 pour la France « avec, pour seule intention, d'améliorer ses connaissances par ce voyage, et surtout pour gagner quelque argent auprès des lords et ladies afin de réaliser de meilleures prestations à son retour en Angleterre », comme le rapporte Sir Amyas Paulet, ambassadeur de Londres à Paris, auprès duquel Hilliard a séjourné la plupart du temps durant son séjour en France. Au cours de son voyage parisien, Hilliard peint le portrait en miniature de Francis Bacon, l'attaché d'ambassade - Paulet semble avoir soigneusement évité toute allusion à une émigration dans ses rapports à la reine..
Hilliard reste en France jusqu'en 1578-1579, pénétrant les milieux artistiques qui gravitent autour de la Cour, devenant l'ami de Blaise de Vigenère de George de GhentCette amitié est confirmée dans le testament de Georges de Ghent, daté d'avril 1577. La source est publiée par Catherine Grodecki en 1986 (GRODECKI Catherine, Documents du Minutier Central des Notaires de Paris, Histoire de l’Art au (1540-1600), t. II, Paris, Archives nationales, 1986). Elle est mise en lien avec Nicholas Hilliard par Céline Cachaud (CACHAUD Céline, Le voyage de Nicholas Hilliard en France (1576-1579) et ses conséquences sur son œuvre. Une approche holistique, mémoire de recherche, Master 2, Sabine Frommel (dir.), Paris, École Pratique des Hautes Études, 2017, étude non publiée), peintre de la Reine Louise de Lorraine. Dans son traité sur la miniature, il affirme avoir rencontré le poète Ronsard qui lui aurait dit :
Son nom paraît dans les registres de François duc d'Anjou et d'Alençon, un prétendant de la reine Élisabeth, en tant que valet de chambre appointé en 1577 à sous le nom de « Nicolas Belliart, peintre anglois ». Il apparaît également dans la liste des valets de la garde-robe du duc dans une liste publiée dans les Mémoires du Duc de Nevers, datée du et où il est payé NEVERS, Louis de Gonzague duc de, Les mémoires de Monsieur le duc de Nevers, prince de Mantoue, pair de France, gouverneur et lieutenant général pour les rois Charles IX. Henri III. et Henri IV. en diverses provinces de ce royaume, Paris, Thomas Jolly, 1665, : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k6435941k/f682.item.r=helyar. La miniature dite de Marguerite de Valois ou de madame de Sourdis est datée de 1577, année où elle devient demoiselle d'honneur à la cour de France.
Une gestion financière hasardeuse L'argent est un problème récurrent chez Hilliard. pour une miniature semble être le prix habituel pratiqué par le miniaturiste. Il faut le comparer aux prix pratiqués par Cornelis Ketel dans les années 1570 et qui sont de pour un portrait et 5 pour une représentation en piedStrong, English Icon, . En 1599, la reine assure à Hilliard une pension annuelle de , ce qui est tout à fait normal. En 1617, le miniaturiste s'arrange pour obtenir l'exclusivité de la production de miniatures et de gravures représentant Jacques , ce que la reine Élisabeth lui a refusé en 1584.
Quoi qu'il en soit, Hilliard est brièvement incarcéré à la prison de LudgateLudgate était un pont enjambant la Tamise en direction du centre de Londres et auquel est attachée une prison. Le pont et sa prison sont détruits en 1780. Un quartier londonien existe toujours sous le nom de Ludgate Hill, proche de l'ancien Ludgate dont il est question ici. La cathédrale Saint-Paul est érigée à Ludgate Hill. en tant que caution pour la dette d'un autre et incapable de payer la somme demandée. Son beau-père accorde, d'évidence, peu de confiance à son sens des affaires. Le testament qu'il fait en 1591 assure à sa fille un revenu administré par la Compagnie des Orfèvres. Cette même année, la reine lui fait don de (une somme considérable) eu égard au fait qu'une de ses annuités a été omise. Il regrette encore amèrement, quelque plus tard, d'avoir investi de l'argent, après son retour de France (en 1578), dans un projet (ou, peut être, s'agissait-il d'une escroquerie) concernant une mine d'or en Écosse.
Le retour à Londres thumb|Grande miniature représentant George Clifford, comte de Cumberland, par Hilliard vers 1590, après sa nomination en tant que Champion de la Reine. Il arbore le gant de la reine épinglé sur son chapeau - .
Après être rentré au pays en 1578, il habite et tient son atelier dans une maison située dans le centre de Londres, très exactement à Gutter Lane près de la rue Cheapside. Il y sera présent de 1579 à 1613 jusqu'à ce que son fils et élève prenne la relève de son atelier pour des dizaines d'années. Hillard déménage alors dans la paroisse de St Martin-in-the-Fields, loin du centre de Londres et près de la Cour d'Angleterre.
L'atelier d'orfèvrerie Strong écrit que l'ouverture de son atelier est une « révolution » qui lui amène rapidement une importante clientèle recrutée depuis les personnages de la Cour jusqu'à l'aristocratie et, vers les dernières années du siècle les marchands importants de Londres.
Mis à part son fils Laurence, qui perpétue une version médiocre du style paternel, Isaac Oliver, de loin le plus connu, et Rowland Lockey figurent parmi ses élèves. Il semblerait qu'il ait également enseigné à des amateurs. Une lettre d'une jeune femme ayant « terminé » ses études à l'atelier en 1595 parle ainsi : « J'ai pris une heure dans l'après-midi pour mes cours de dessin... Ma patronne... m'a dit, un jour où elle était de bonne humeur, qu'elle demanderait à Hilliard d'être mon maître. Si elle pouvait le faire, elle le ferait. ». thumb|left|Jacques , 1603-09, Victoria and Albert Museum.
Hilliard poursuit, parallèlement à son travail de miniaturiste, celui d'orfèvre et produit quelques spectaculaires boîtes incrustées de miniatures ainsi que des entourages sertis de diamants pour les miniatures afin que ces dernières puissent être portées, en médaillon, autour du cou à l'image de celui que Jacques (de ce point de vue plus généreux que la reine Élisabeth) a offert à un courtisan, Thomas Lyte, en 1610 (de là vient le nom de « joyau de Lyte » donné à cette production de médaillons). Le « joyau Armada » offert par Élisabeth à Sir Thomas Heneage ainsi que le « pendentif Drake » qui a été donné à Sir Francis Drake sont les exemples les plus connus de la production d'Hilliard.