Les Aquitains, parfois qualifiés de proto-basquesMaïté Lafourcade, La frontière des origines à nos jours: actes des journées de la Société internationale d'histoire du droit tenues à Bayonne, les 15, 16, 17 mai 1997, Presses universitaires de Bordeaux, 1998, 519 p., , Notre langue, nos racines, Clàudia Labandés, Per Noste, 2010, 39 pages., sont un ensemble de peuples protohistoriques et antiques situés entre les Pyrénées occidentales, la rive gauche de la Garonne et l'océan AtlantiqueCorrespondant approximativement à la Gascogne et au Pays basque français..
Selon de nombreux linguistes, leur langue, l'aquitain, est apparentée à celle des Vascons, ancêtres des Gascons et des Basques comme une partie des autres peuples aquitains.
Présentation Selon le géographe grec Strabon, les Aquitains . Il ajoute qu'.
Les Aquitains vivaient principalement de l'élevage de brebis, de bovins et de chevaux, ainsi que de l'agriculture, pratiquée dans la région depuis le NéolithiqueJean Guilaine, La France d'avant la France, Hachette, 1988Christian Goudineau, Regards sur la Gaule, Errance, 1998.. Les populations installées dans les vallées pyrénéennes pratiquaient la transhumance, y compris à travers la péninsule Ibérique, tandis que celles de l'intérieur de la Gascogne vivaient principalement de la culture céréalière, notamment du bléPierre Tucoo-Chala, La Gascogne antique, Privat, 1991.Roland Viader, Hommes et montagnes dans les Pyrénées, CNRS, 2009.. Les Aquitains maîtrisaient également la métallurgie du fer, ainsi que le travail de l'or et de l'argent, comme l'attestent les sources antiques concernant les Tarbelli de Chalosse, connus pour l'exploitation de gisements aurifères.
Probablement peu belliqueux, ils ne formaient pas une unité politique avant l'arrivée des Romains, ce qui facilita la victoire de ces derniers, soit par influence ou menace militaire, soit en écrasant les tribus qui résistèrentAndré Coffyn, Recherches sur les Aquitains, Revue des Études Anciennes, 1986. Il note que les Aquitani diffèrent clairement des Gaulois par leurs coutumes et lois, ce qui a été interprété comme un mode de vie moins centré sur la guerre que chez certaines tribus gauloises ou belges.. Jules César remarque qu'ils s'apparentaient plus à des Ibères qu'à des Gaulois.
Ayant une « indépendance relative », par-delà les Romains, cette volonté d'autonomie se manifestera par la suite avec les Wisigoths et les Francs avec la création sous tutelle de la Novempopulanie puis du duché de Vasconie ou en association avec les Vascons avec la Vasconie.
On a souvent écarté l'affiliation aux Ibères au milieu du , après les travaux de Bosch-GimperaLa Prehistoria de los Iberos y la Etnologia Vasca, RJEB, t. XVI, 1925. en 1925, puis de Caro BarojaObservaciones sobre la hipótesis del vascoiberismo considerada desde el punto de vista Histórico, 1942., confirmés par Gerhard Bähr Baskisch und Iberisch, Volume 2 de Linguistica vasca : folletos, Darracq, 1948, 119 pages.. Depuis ces dernières décennies, l'hypothèse basco-ibère est reprise sérieusement.
Aquitains et langue basque
Témoignages Le géographe grec antique Strabon les distingue des Gaulois tant par leur type physique que par leur langue. Il les rapproche des Ibères. Si un lien avec l'Hispanie préromane est incontestable, leur langue est couramment distinguée de celle des Ibères., bien qu'il ne nous reste que quelques traces de l'ibère avec des mots concordants (l'argument principal étant qu'on ne saurait en dire plus) mais la piste est logiquement défendue, serait-ce en variété linguistique.
L'antique région court jusqu'à l'Èbre espagnole, avec la tribu des Jacetani (qui sonnent comme « Aquitani » avec des variations phonologiques) autour de la ville de Jaca. La Jacétanie est toujours le nom d'une comarque espagnole.
vignette|En orange, les peuples supposés proto-basques. Les témoignages de la langue des Aquitains sont principalement des inscriptions sur des dalles funéraires romano-aquitaines, où figure ce qui semble être des noms de divinités ou de personnes. Ces noms s'avèrent analysables par le basque actuel. Cela a conduit de nombreux philologues et linguistesCette opinion avancée pour la première fois par Luchaire (1877), défendue plus tard par Schuchardt (1923) et Meyer-Lübke (1924) ou Koldo Mitxelena à conclure que l'aquitain a été étroitement lié à une forme plus ancienne de la langue basque. Joint à d'autres indices toponymiques, le fait que, au haut Moyen Âge (du ), la région ait été connue sous le nom de Wasconia, toponyme qui a donné le nom de Gascogne, corrobore cette hypothèse. Les thèses de Theo Vennemann vont même jusqu'à donner un grand rôle au basque, dans toutes les langues européennes.
Euskarisation tardive
Selon Francisco Villar Liébana, la langue basque a commencé à se diffuser depuis l'Aquitaine en direction du Pays basque actuel seulement à partir de l'époque de la République romaine et dans les siècles suivants, notamment du . Ainsi après avoir rappelé la quasi-absence au , sur les territoires de l'actuel Pays basque de noms basques que ce soit pour l'hydronymie, la toponymie ou l'anthroponymie, il souligne qu'à la même époque, il existait en Aquitaine une abondante anthroponymie vasconique Francisco Villar Liébana, Indoeuropeos, iberos, vascos y sus parientes. Estra tigrafía y cronología de las poblaciones prehistóricas, Ediciones Universidad de Salamanca, Salamanca 2014, 366 pp..
Pour lui, cet ensemble de faits est compatible avec les hypothèses qui postulent une infiltration tardive de population venant d'Aquitaine en direction du Pays basque. L'absence presque complète d'anciens noms de lieux d'étymologie vasconique serait ainsi expliquée : les locuteurs vasconiques, récemment arrivés et encore peu nombreux, n'auraient pas eu la possibilité de modifier en profondeur l'héritage toponymique avant leur arrivée. Les bascophones n'ont commencé à pénétrer dans la péninsule ibérique de l'autre côté des Pyrénées qu'à partir de l'époque de la Rome républicaine, puis ont intensifié leur présence au cours des siècles suivants.
Villar fait observer que les hydronymes de l'Aquitaine sont également connus dans d'autres régions d'Europe et sont facilement compatibles avec des étymologies indo-européennes (Argantia, Aturis, Tarnes, Sigmanos) ; et parmi les noms de lieux, beaucoup sont aussi compatibles avec des étymologies indo-européennes non gauloises ou pas nécessairement gauloises (Curianum, Aquitaine, Burdigala, Cadurci, Auscii, Eluii, Rutani, Cala- (gorris), Latusates, Cossion, Sicor, Oscide, Vesuna, etc.). En revanche, il n'y a pratiquement pas de noms, ni de série de noms, pouvant raisonnablement être expliqués par une étymologie proto-basque (Anderedon pourrait en être une).
Pour cette raison, il conclut que l'onomastique de l'Aquitaine n'est pas compatible avec la possibilité que le proto-basque y soit « l'élément primordial ». Au contraire, cela est davantage compatible avec l'hypothèse que les locuteurs de cette langue sont également arrivés tardivement en Aquitaine, alors que l'hydro-toponymie était déjà établie. Ils devaient « vasconiser » tout ou partie de la population précédente, qui a commencé à utiliser dans une large mesure l'anthroponymie vasconique. Mais la toponymie précédente est restée et le processus de vasconisation a probablement été bientôt interrompu par la celticisation puis par la romanisation.
Les ethnonymes ci-dessous, notamment en -ate, ont été évalués comme étant ligures.
Néanmoins l'aire culturelle des ligures, désignée largement sur la base des écrits des grecs de l'antiquité, premiers à écrire sur la partie sud de la France, est réduite maintenant par les historiens à une zone géographique qui va du Var au Pô, ce qui ne permet plus de déterminer que les langues ligures aient été la base de ces noms de lieux.
Peuples principaux Bien que le territoire occupé à l'origine par les Aquitani ait été désigné sous le nom de Novempopulania (« province des neuf peuples ») à la fin de l'Empire romain et durant le haut Moyen Âge (jusqu'au VIᵉ siècle), cette dénomination administrative ne reflète pas la diversité ethnique antérieure de la régionE. Demougeot, La formation de la Novempopulanie, Paris, 1979.. Les sources antiques indiquent que le nombre de peuples aquitaniens était nettement plus élevé. Strabon mentionne environ vingt peuples dans sa GéographieStrabon, Géographie, IV, 2, 1–2. Les listes fournies par Pline l'Ancien et Ptolémée, complétées par des informations ponctuelles chez Jules César, permettent d'identifier plus de trente ethnonymes distinctsPline l'Ancien, Histoire naturelle, IV, 108–109.Ptolémée, Géographie, II, 7.Jules César, Commentaires sur la Guerre des Gaules, I, 1 ; III, 20–27.. Le recoupement de ces sources, ainsi que les données épigraphiques, conduit les historiens modernes à estimer que l'ensemble aquitanien pré-romain comprenait environ trente-deux ou trente-trois peuplesJ.-P. Bost, L'Aquitaine antique, Bordeaux, 1991.Barry Cunliffe, The Ancient Celts, Oxford University Press, 1997..
Ausques (Auscii en latin) les plus nombreux et les plus connus. Ils ont occupé les Landes, le Gers, les Hautes-Pyrénées et pratiquement toute la Vasconie , le centre à Illiberis (Auch). On a pu penser que la racine du mot '', nom de la langue basque, était Auscii, mais cette hypothèse, qui s'appuie sur le passage fréquent de a à e en basque (ici ausc- > eusk-), n'est pas encore définitivement retenueL'hypothèse la plus reçue jusqu'à présent est celle selon laquelle l'adjonction du suffixe -(k)ara (« forme de ») au verbe enautsi aurait donné le mot enauskara (« façon de dire », « façon de parler ») bien qu'il n'existe aucune preuve de la chute du -n- intervocalique.. Biguerres (Bigerriones en latin) en Bigorre. Boïates du Pays de Buch (Lamothe près du Teich, Gironde). Campanii. Cocosates avec comme centre Cocosa (entre Dax et Bordeaux). Convènes (Convenae en latin), avec comme centre Lugdunum Convenarum fondée par les Romains (Saint-Bertrand-de-Comminges aujourd'hui). Elusates en Armagnac, ils dominaient le Condomois (Gers). Garoumnes (Garumni en latin) dans le Val d'Aran et dans la haute-vallée de la Garonne, avec comme centre Salardunum (Salardú). Lactorates (Lactoratenses en latin ?) en Lomagne, leur capitale était Lactora (Lectoure), entre Gers, et Tarn-et-Garonne. Sotiates au nord du Condomois et le canton de Nérac (Lot-et-Garonne), avec le centre à Sotium (Sos). Suburates (Sibuzates en latin ?) dans la Soule. Tarbelles (Tarbelli en latin) en Chalosse, avec comme centre Aquae tarbelliae (Dax). Tarusates dans l'actuel Tursan (dans les Landes) avec ville principale Atura (Aire-sur-Adour). Onesii ou Monesi avec comme centre Onobriva (Luchon), Hautes-Pyrénées. Oscidates. Vasates du Sud-Est girondin ou Bazadais. Vernani en Béarn.
Notes et références
Voir aussi
Articles connexes Aquitain Aquitaine historique Gaule aquitaine Novempopulanie Butin de Hagenbach Histoire des Basques Origines des Basques
Liens externes Textes antiques : Que disaient les textes anciens sur l'Aquitaine ? et Les textes antiques. Carte des peuples ou clan Aquitani ou Aquitain Carte de l'Aquitaine à l'époque romaine
Joaquín Gorrochategui, Linguistique et peuplement en Aquitania (L'âge du Fer en Aquitaine et sur ses marges.) André Coffyn, Recherches sur les Aquitains, Revue des Études Anciennes, 1986, Volume 88, Numéro 1 pp. 41–61 (Fait partie d'un numéro thématique : Hommage à Robert Étienne.) Marc Bouchain, L'Aquitaine et ses marges (III-I av. J.-C.), Master 2, Recherche, Cultures et Sociétés, Département d'Histoire, d'Histoire de l'Art et Archéologie, Histoire Ancienne: Peuplements et Cultures, 2012-2013, Université de Pau et des Pays de l'Adour.