L'attentat du Crocus City Hall est une attaque terroriste islamiste perpétrée le dans la salle de concert du Crocus City Hall à Krasnogorsk dans la banlieue de Moscou, en Russie.

Alors que le groupe de musique Piknik devait se produire à guichets fermés, quatre hommes armés ouvrent le feu sur la foule avant de déclencher un incendie.

L'attaque est revendiquée par l'État islamique au Khorassan via leur agence de presse Amaq. Elle fait au moins 150 morts et 608 blessés.

Contexte

Le , tout juste deux semaines avant l'attaque, l'ambassade américaine à Moscou met en garde les autorités russes contre des projets extrémistes visant à cibler de grands rassemblements à Moscou.. Le , soit le mardi précédant l'attaque, le président Poutine s'adressant à la direction du FSB balaie ces avertissements : ne sont que ..

Du au , en fin de la semaine précédant l'attentat, se déroule l'élection présidentielle russe de 2024, lors de laquelle Vladimir Poutine est sans surprise réélu dès le premier tour, les résultats officiels lui donnant plus de 88 % des suffrages exprimés. Cette réélection est cependant contestée par l'opposition russe et la presse internationale, qui dénoncent une fraude massive.

La guerre russo-ukrainienne, en cours depuis 2014 et qui prend un nouveau tournant lors de l'invasion de l'Ukraine par la Russie le , se poursuit par ailleurs.

Déroulement gauche|vignette|L'amphithéâtre du Crocus City Hall en 2019. L'attaque débute quelques minutes avant le début d'un concert que doit donner le groupe de rock Piknik, au Crocus City Hall, à Krasnogorsk, en périphérie de Moscou, alors que les spectateurs prennent place dans l'amphithéâtre. La manifestation a lieu à guichets fermés, dans cette salle de concert Muslim Magomayev, du nom d'un grand chanteur soviétique d'origine azerbaïdjanaise, disposant de . Quatre hommes armés font alors irruption et ouvrent le feu sur les spectateurs. vignette|Le Crocus City Hall en feu. Selon un journaliste de l'agence RIA Novosti, au moins trois personnes en tenue de camouflage font irruption dans le parterre et tirent à l'arme automatique. Elles lancent ensuite un engin incendiaire (potentiellement un cocktail Molotov), qui déclenche un incendie.

Un témoin rapporte au média Meduza :

L'évacuation des survivants les plus grièvement blessés est effectuée par des hélicoptères médicalisés, et auraient été dépêchées.. Les pompiers interviennent pour maîtriser l'incendie.. Un nombre indéterminé de personnes fuient par la scène vers le parking, tandis que d'autres s'en vont vers le toit. Les autorités déclarent le soir même qu'une centaine de personnes environ ont été évacuées par les sous-sols.. Plus tard, on apprend qu'un adolescent kirghiz de , Islam Khalilov, travaillant à temps partiel comme employé au vestiaire du Crocus City Hall, voit un groupe de spectateurs s'enfuir dans une impasse et les rattrape pour les guider vers une issue de secours en passant par une zone qui sert habituellement aux expositions et par des sous-sols. Il a ainsi mis en sécurité une centaine de personnes....

vignette|Les auteurs présumés de l'attentat.

Les forces de l'ordre russes déclenchent immédiatement une chasse à l'homme et déclarent que la Garde nationale russe est envoyée des assaillants, et que ceux-ci auraient pu s'échapper à l'aide d'une voiture blanche, une Renault Symbol.

Le soir même, les musiciens de Piknik publient sur VKontakte un message mentionnant qu'eux et leur direction sont , mais ils déclarent ensuite qu'ils n'ont pas pu contacter l'un des membres du groupe sans préciser lequel.. Le , l'un des membres du groupe n'est toujours pas joignable. Selon une déclaration faite à l'agence de presse RIA Novosti le par le directeur du groupe, Youri Tchernichevski, la directrice-adjointe du groupe, Iekaterina Kouchner, est décédée dans l'attaque terroriste.

Selon l'agence Tass ce sont au total plus de qui ont été évacuées du bâtiment en feu. La recherche des corps de victimes dans les décombres se poursuit jusque dans la soirée du . Parmi elles, des personnes venues de différentes régions de Russie et de toutes les générations, y compris des enfants.

Enquête Au , onze personnes sont arrêtées dont les quatre assaillants présumés de la voiture blanche qui sont capturés. à de la frontière ukrainienne dans l'oblast de Briansk., à environ au sud-ouest de Moscou, dans la soirée du .. Cependant, à cette date, ils ne sont pas encore identifiés. Selon le FSB, les suspects prévoient de franchir la frontière entre la Russie et l'Ukraine ; les forces de sécurité russes se coordonnent avec celles de Biélorussie pour les en empêcher.. Le comité d'enquête de la fédération de Russie lance une enquête concernant la piste terroriste de l'attaque. vignette|L'amphithéâtre après l'attaque. Le député à la Douma d'État déclare la découverte de passeports tadjiks dans le véhicule des individus détenus. et la chaîne Telegram russe Baza a identifié les quatre assaillants comme étant des citoyens du Tadjikistan.. Le ministère de l'Intérieur du Tadjikistan nie l'implication de trois des citoyens cités, affirmant que les personnes nommées par les autorités russes sont retournées au Tadjikistan des mois plus tôt et y travaillent..

Les autorités déclarent plus tard qu'aucun des assaillants n'est citoyen russe..

Une courte vidéo sur Telegram montrerait l'un des suspects, Saïdakrami Mourodali Ratchabalizoda, , torturé par des agents du FSB, qui lui auraient coupé l'oreille et l'auraient forcé à la manger. Dans une autre vidéo d'interrogatoire publiée par les médias d'État russes, un suspect de identifié comme Chamsidine Faridouni a déclaré avoir participé à l'attaque en échange d'un million de roubles (), dont il aurait prétendu avoir déjà reçu la moitié par transfert de carte bancaire de la part d'individus qui l'ont contacté sur Telegram et dont il ignore l'identité. Un suspect aurait été tué dans le Crocus City Hall, tandis qu'un autre l'a été dans l'oblast de Briansk.

Le au soir, les assaillants présumés sont présentés au tribunal du district de Basmanny à Moscou et inculpés du chef d'actes terroristes. Ils encourent la prison à perpétuité. Ils seraient citoyens du Kirghizistan et leur identité est donnée pour être : Dalerdjon Mirzoyev, , chef des assaillants selon la presse russe, marié et père de quatre enfants, ancien chauffeur de taxi ; Saidakrami Rachabalizoda, chômeur et marié, père d'un enfant, présenté avec un épais pansement de l'oreille droite, accréditant la thèse que son oreille aurait été coupée durant son interrogatoire ; Faridouni Chamsidine, , parlant mal le russe, celui qui aurait reconnu avoir reçu de l'argent ; Muhammadsobir Faïssov, , célibataire sans enfant, ancien coiffeur dans un salon d'Ivanovo, une ville à au nord-est de Moscou. Avant l'audience qui s'est déroulée à huis clos, la presse est admise à les voir alors qu'ils sont à l'intérieur d'une cage de verre. Tous sont porteurs de traces de coups et blessures (tuméfactions du visage, épais bandage, sutures chirurgicales). Muhammadsobir Faïssov a même paru dans un fauteuil roulant habillé d'une blouse d'hôpital, semblant inconscient, les yeux fermés sans répondre à aucune question, peut-être dans le coma. Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin, n'a pas répondu aux journalistes sur les éventuels actes de tortures commis à l'encontre des inculpés, déclarant : . Depuis ce , les inculpés sont placés en détention provisoire jusqu'au , une durée qui pourra être prolongée dans l'attente de leur procès dont la date n'a pas encore été fixée. Le secrétaire exécutif de la de Moscou, Alexeï Melnikov, fait savoir qu'ils s'exposent à des conditions de détention particulièrement difficiles :

Le , trois autres hommes arrêtés car suspectés d'avoir pris part à l'attentat sont placés en détention provisoire.. Les images des inculpés transmises par la presse poussent , directrice du programme Europe de l'Est et Asie centrale d'Amnesty International, à faire la déclaration suivante : .

Le , le tribunal moscovite annonce sur Telegram l'incarcération en détention provisoire d'un huitième suspect ; les autorités judiciaires ne détaillent pas le ou les chefs d'inculpation. Selon elles, il est originaire du Kirghizistan. L'agence Interfax indique qu'il a et est de nationalité russe. Plus tard, on apprend qu'il s'agit d'Alisher Kasimov, entrepreneur russe d'origine kirghize, mais il affirme n'avoir loué qu'un appartement via , célèbre plateforme russe de petites annonces, ignorant les intentions terroristes de ses locataires, selon Interfax.

Le , après les assaillants, les propriétaires des véhicules et le loueur de leur appartement aux terroristes, la commission d'enquête russe annonce l'arrestation d'un neuvième suspect, son inculpation et sa mise en détention provisoire, sans en préciser l'identité. Selon elle, il est lié au financement de l'opération, que la commission lie toujours à l'Ukraine relate Telegram. Selon cette commission chargée des investigations criminelles complexes, les quatre terroristes ont reçu d'. Mais l'Ukraine et les Occidentaux rejettent ces allégations, qualifiées de « propagande absurde » par Washington.

Le , l'agence Reuters rapporte que le comité d'État pour la sécurité nationale du Tadjikistan a arrêté cette semaine-là neuf personnes soupçonnées d'avoir des liens avec les suspects de la fusillade ainsi qu'avec le groupe État islamique au Khorassan.

Le , le FSB annonce que quatre personnes arrêtées la veille, le au Daghestan sont liées à l'attentat. Elles s'apprêtaient d'ailleurs à commettre un attentat à Kaspiisk. Toujours selon le FSB, elles seraient . Le service de presse des tribunaux de Moscou indique qu'un dixième suspect, parmi les douze personnes interpellées, a été placé en détention provisoire. C'est Iakoubdjoni Ioussoufzody, originaire du Tadjikistan, accusé de terrorisme et quelques jours avant l'attaque afin ..

Bilan vignette|Secours durant l'attaque terroriste du Crocus City Hall. Le vers , le FSB annonce un premier bilan d'au moins et .

Le , le bilan s'alourdit à . Plus tard dans la matinée, le directeur du FSB, Alexandre Bortnikov, a informé Vladimir Poutine de l'arrestation de onze personnes, dont les quatre terroristes directement impliqués dans l'attentat.

Le au matin, il atteint et .. vignette|Façade du Crocus City Hal après l'attaque.

Le , la publication d'un nouveau bilan fait état de et . Le colonel Timour Miasnikov des forces spéciales du GRU est au nombre des décédés. Militaire ayant participé à la guerre civile du Tadjikistan, à la prise de l'aéroport de Pristina et à l'invasion de l'Ukraine, il était en permission au moment de l'attentat et a contribué à mettre sa femme et son fils à l'abri avant d'être mortellement touché par trois balles.

Le au matin, le bilan s'alourdit à à la suite du décès d'un sixième enfant.

Le , le comité d'enquête de la fédération de Russie publie un bilan révisé de et .

Le , l'agence Tass révèle que, d'après les documents de l'enquête, près de la moitié des victimes décédées dans l'attentat ne présentent aucune trace de blessures et sont mortes d'inhalation de fumées ou d'intoxication au monoxyde de carbone, provoquées par l'incendie.

Dans la nuit du au , le producteur de musique Dmitri Saraïev, blessé au dos lors de l'attentat, décède après une longue convalescence, portant le nombre de morts à 150.

Revendication L'attentat est revendiqué sur Telegram le soir même par l'État islamique Attaque près de Moscou : "Le contentieux entre la Russie et l'État islamique est très ancien", France 24, 23 mars 2024., qui indique que entre le groupe et .

Dans son communiqué, l'État islamique affirme : Le groupe État islamique (EI) revendique l'attaque meurtrière de Moscou, AFP, 22 mars 2024.

Des responsables du renseignement américain confirment peu après qu'il s'agit de la branche État islamique au Khorassan, basée en Afghanistan.