vignette|upright|L'écrivain américain Geoffrey D. Falksen costumé en style steampunk.
Le steampunk, prononcé en français , est un sous-genre de la science-fiction. Il fait son apparition à la fin du dans des œuvres littéraires fantastique, de fantasy, d'anticipation et certains sous-genres de la science-fiction. Le terme qui signifie littéralement « punk à vapeur », parfois traduit par « futur à vapeur », a été forgée par allusion au cyberpunk par les auteurs , Tim Powers et James Blaylock à titre de boutade.. Cette uchronie ouverte dont l'action se déroule dans l'atmosphère de la société industrielle du est basée sur la projection d'un futur probable partant du et de l'époque victorienne en gardant les codes et l'esthétique de cette époque tels que ceux de l'Art nouveau (ou Arts and craft) et de l'Art déco. Le steampunk est présent dans le cinéma, la musique, la bande dessinée, l'illustration ou encore les jeux vidéo et jeux de plateau.
vignette|Steampunk HQ museum - Oamaru, Nouvelle-Zélande.
Définition
vignette|upright|Dessin extrait de La Vie électrique, ouvrage écrit et illustré par Albert Robida, 1893.
thumb|upright|gauche|The Steam Man of the Prairies (1868) d'Edward S. Ellis. Le steampunk trouve son inspiration dans les œuvres de Jules Verne, Albert Robida ou qui fournissent les caractéristiques et l'esthétique à travers leurs romans ou les adaptations cinématographiques qui en ont été faites. Autre influence, The Steam Man of the Prairies (1868), dime novel de l'écrivain américain Edward S. Ellis.
L'univers des époques victorienne et édouardienne d'avant la Première Guerre mondiale est l'un des décors favoris du genre. Pour son design, il reprend les codes de l'architecture, du mobilier ou encore des affiches Art nouveau et Art déco que le steampunk mélange ou dissocie afin de proposer des univers graphiques. Les œuvres steampunk relèvent aussi de l'aventure et du roman policier - voire du western comme Wild Wild West.
Histoire du Steampunk en littérature et au cinéma
thumb|gauche|Costume de style steampunk. L'origine remonte aux années 1980, par un hommage à l'époque qui suit la Révolution industrielle dans les délires littéraires du trio d'amis , Tim Powers et James Blaylock. Jeter écrit Morlock NightInédit en français (1979) et Machines infernales (1987), Powers rédige Les Voies d'Anubis (1983) et Le Poids de son regard (1989) tandis que Blaylock publie Homunculus (1986) et Le Temps fugitif (1992).
Dans les années 1990, ce terme fait de nombreux émules. Parmi les écrivains de langue anglaise qui s'illustrent dans le steampunk figurent William Gibson et Bruce Sterling (La Machine à différences, 1990, qui met en scène les lointains pionniers de l'informatique à l'ère victorienne, Charles Babbage et Ada Lovelace), Brian Stableford (trilogie des Loups-garous de Londres, 1990-1994, et, plus tard, L'Extase des vampires, 1996), Kim Newman (Anno Dracula, 1992, et ses suites), Mark Frost (La Liste des sept, 1993), Paul Di Filippo (La Trilogie Steampunk, 1995), Stephen Baxter (Les Vaisseaux du temps, 1995), Christopher Priest (Le Prestige, 1995) ou encore Robert Charles Wilson (Darwinia, 1998). La trilogie À la croisée des mondes de Philip Pullman a également de nombreux accents steampunk, bien que l'élément « machine à vapeur » n'y soit pas présent. Cependant, la plupart des œuvres précitées, qualifiées au moment de leur parution de steampunk, sont en réalité à classer dans le genre de la gaslamp fantasy, terme créé en 2006 mais applicable rétroactivement (voir plus bas pour la distinction fondamentale entre steampunk et gaslamp fantasy). thumb|upright|Jules Verne, figure tutélaire du steampunk dont le personnage de Robur le Conquérant fait figure de proto-héros du genre. Alors que Jules Verne ou Albert Robida font figures d'ancêtres tutélaires, les auteurs français ne sont venus que plus tardivement au steampunk comme le remarque Daniel Riche dans son anthologie, Futurs antérieurs (1999). Cette entrée tardive se manifeste par une floraison d'œuvres telles que Les Grandes profondeurs (1991) et Bouvard, Pécuchet et les savants fous (2000) de René Reouven, Les Inhumains (1992) de Serge Brussolo, les trois opus de L'Opéra du diable (2002-2005) et Magies secrètes (2012) d'Hervé Jubert, L'Équilibre des paradoxes (1999) de Michel Pagel, Confessions d'un automate mangeur d'opium (1999) de Fabrice Colin et Mathieu Gaborit, La Cité entre les mondes (2000) de Francis Valéry, La Lune seule le sait (2000) et Pandemonium (2001) de Johan Heliot, L'Instinct de l'équarrisseur (2002) de Thomas Day ou La Ligue des héros (2002) de Xavier Mauméjean. Parmi les œuvres fondatrices françaises « historiques » du genre, on peut sans doute citer aussi, en remontant au début du , les anticipations militaires d'Émile Driant alias « Capitaine Danrit ».
Le Steampunk se raccroche à une longue tradition littéraire qui joue sur les rapports de la fiction et de la machine. Mary Shelley, Jules Verne, Mark Twain et développaient déjà les thèmes de l'artifice ou de l'automate. Le dispositif littéraire du récit fantastique se reflète dans les ruses et les pièges d'inquiétantes mécaniques échappant au contrôle de leurs inventeurscf. Brian Stableford, Space, Time, and Infinity: Essays on Fantastic Literature : https://books.google.fr/books?id=ap_IN0EWi4kC&source=gbs_navlinks_s. C'est sur la scène des théâtres que la machine est entrée en littérature : le dramaturge Pierre Corneille, en 1660, monte au château du Neubourg la première pièce à machines, La Toison d'or. Dès les origines, la machinerie des théâtres fut perçue comme une métaphore de cet autre engin qu'est l'intrigue, comme en témoigne l'expression deus ex machina. Le steampunk systématise et industrialise la puissance littéraire de la machine et de ses représentationscf. Mark Llewellyn, "What is Neo-Victorian Studies?" http://www.neovictorianstudies.com/issues/NVS%201-1%20M-Llewellyn.pdf.
Rétrospectivement, la critique s'intéresse à des titres publiés avant 1979 qui répondent aux critères de définition du steampunk et qu'elle a baptisé du terme générique de proto-steampunk. Le proto-steampunk comporte des œuvres marquantes comme Le Voyage de Simon Morley (1970) et sa suite tardive Le Balancier du temps (1995) de Jack Finney ; la trilogie uchronique qui met en scène le personnage d’Oswald Bastable (1971-81) de Michael Moorcock ; Frankenstein délivré (1973) de Brian Aldiss ; les extravagances de Philip José Farmer comme Chacun son tour (1973) ou Le Saigneur de la jungle (1974) ; La Machine à explorer l'espace (1976) de Christopher Priest ; voire Fata Morgana (1977) de William Kotzwinkle, influencé par le polar.
Les amateurs de bande dessinée, eux, avaient déjà découvert Le Démon des glaces (1974) de Jacques Tardi ou le méconnu Captain Hard (1989) de Walter Fahrer. thumb|upright|gauche|Robert Conrad dans la série télévisée Les Mystères de l'Ouest. Les téléspectateurs américains ont quant à eux été confrontés au proto-steampunk dès 1965 avec la série The Wild Wild West (Les Mystères de l'Ouest), mixant western et espionnage et mettant en scène deux agents du United States Secret Service, James T. West et Artemus Gordon, utilisant des gadgets à la James Bond, opposés à des criminels aux projets et aux inventions machiavéliques dans l'Amérique des années 1870.
En 1986, Le Château dans le ciel des studios Ghibli, réalisé par Hayao Miyazaki, possède tous les codes du steampunk, avec une esthétique inspirée de l'ère industrielle anglaise de la fin du . Miyazaki poursuivra cette esthétique dans plusieurs de ses œuvres, notamment Le Château ambulant, et d'autres comme Porco Rosso et le Vent se lève, dans un style plus réaliste, se déroulent explicitement dans l'entre-deux-guerres.
Le courant steampunk a donné naissance à deux catégories d’œuvres : celles qui créent leur propre univers en obéissant aux contraintes fixées par les pionniers du genre, Powers, Blaylock, Gibson & Sterling et Stableford, et celles qui se veulent systématiquement référentielles.
Ces dernières exploitent l'environnement littéraire et culturel de l'époque victorienne pour mettre en scène des personnalités réelles ou imaginaires (Sherlock Holmes, Frankenstein, Dracula et le Jekyll, mais aussi Jack l'Éventreur, Charles Babbage ou Ada Lovelace), ou bien s'inspirent de romans de l'époque de Wells, Verne ou Doyle. Le fameux univers généalogique Wold Newton, rassemblant tous les grands héros de la littérature populaire, inventé par Philip José Farmer, n'est pas étranger à cet engouement. Ce dernier sous-genre est illustré notamment par la BD La Ligue des gentlemen extraordinaires d'Alan Moore, traduite et portée à l'écran depuis, mais aussi par des auteurs comme Kim Newman, Stephen Baxter, René Reouven ou Johan Heliot.
Ces œuvres se caractérisent par un intertexte foisonnant. Le personnage de M, de la Ligue des gentlemen extraordinaires, évoque d'abord James Bond mais se révèle être le professeur Moriarty, l'ennemi juré de Sherlock Holmes. « Appelez-moi Ishmael », se présente le chauffeur du capitaine Nemo en accueillant l'équipe des gentlemen extraordinaires à bord du NautilusCitation de l'incipit de Moby Dick. « Il manque un portrait sur votre mur », fait-on remarquer à Dorian GrayVoir Le Portrait de Dorian Gray, d'Oscar Wilde. Le personnage de HydeVoir L'Étrange Cas du docteur Jekyll et de M. Hyde de Robert Louis Stevenson est de son côté retrouvé dans la rue MorgueVoir Double assassinat dans la rue Morgue d’Edgar Allan Poe).
De nombreux textes steampunk n'ont pas été traduits en français, à commencer par la pièce fondatrice, de , (1977) de Howard Waldrop et Steven Utley, (1990) de Rudy Rucker, Anti-Glace (1993) de Stephen Baxter ou l'irrespectueux Zeppelins West (2001) de Joe R. Lansdale.
Littérature proto-steampunk
Paris au et La Journée d'un journaliste américain en 2889 de Jules Verne. Le Vingtième Siècle (1883), La Guerre au vingtième siècle (1887) et Le Vingtième Siècle. La vie électrique d'Albert Robida. L'Évolution du militarisme aérien et la dissolution des infanteries, forteresses et flottes européennes de Paul Scheerbart.
Esthétique du steampunk
L'esthétique steampunk est un monde n'ayant pas existé mais se basant sur un où l'emploi de la vapeur devient plus présent et laisse de côté le pétrole et l’électricité.
Les origines techniques du steampunk
vignette|gauche|Le « Tsar », dit le « char Lebedenko ». thumb|Machine des aciéries de John Cockerill à Seraing, foyer de l'industrialisation belge. Le travail et les œuvres des inventeurs et des auteurs de romans d'anticipation de la fin du ne peuvent pas être qualifiés de steampunk mais de proto-steampunk.
Les auteurs modernes se sont fondés sur les créations de cette époque, tels l'Aérostation à vapeur de Henri Giffard ; le Plongeur de Bourgois et Brun, premier sous-marin propulsé par moteur (1863) ; le premier scaphandre autonome de Benoît Rouquayrol et Auguste Denayrouze (1864) ; l'arsenal steampunk : Thorsten Nordenfelt, le Char du Tsar, le de l'armée américaine, des projets improbables., et les tenues expérimentales de l'Armée française. ; l'aviation à vapeur (Clément Ader) ; les œuvres de José Moselli : La Guerre des océans et La Fin d'Illa ; la motocyclette à vapeur., Louis-Guillaume Perreaux et ses brevets ; Albert Robida ; les revues américaines. : Popular Science, Popular Mechanics, Modern Mechanics et Science and Mechanics ; les uchronies militaires d'Émile Driant alias Capitaine Danrit ; le tramway à air comprimé de Louis Mékarski, dans le roman airpunk l'Ère du vent de Pierre Bameul.
Le design industriel 1900 et l'inspiration Art nouveau et Belle Époque
gauche|vignette|Costume steampunk. thumb|Machine steampunk.