L’Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain est un ouvrage rédigé par l'historien britannique Edward Gibbon et originellement publié en anglais de 1776 à 1788 sous le titre de . L'ouvrage a été traduit en français une première fois en 1795, repris en français plus moderne en 1812 ; d'autres éditions ont suivi jusque dans les années 2010.

L'ouvrage de Gibbon est le second à analyser la notion de « chute de l'Empire romain », après Montesquieu dans Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence (1734) ; cette expression a depuis été reprise dans de nombreux livres historiques et suggère parfois l'idée d'une faillite brutale du monde romain.

Résumé

Dans cet ouvrage encyclopédique, Edward Gibbon retrace l'histoire de la Rome antique entre 180 et 1453 et s'attache à déterminer les causes de sa décadence. De plus, il propose une histoire de l'Europe et de l'Église catholique pour la période s'étendant de 98 à 1590.

Dans le chapitre de son ouvrage, il rédige une biographie de Mahomet sur une centaine de pages .

Publications Cet ouvrage s'étend sur sept volumes dans son édition originale commencée en 1776, et sur treize dans une édition traduite en français de 1819Voyez la liste des tomes dans . De 1777 à 1785, le roi de France (ou son secrétaire) traduit en français classique, d'avant la réforme orthographique française de 1835, les tomes I à IV sous le nom de plume « Leclerc de Sept-Chênes » ; le reste du travail est accompli par Demeunier et Boulard, puis Cantwell et Marigné (18 volumes in-8) ; l'ouvrage est publié de 1788 à 1795. La traduction a ensuite été revue et corrigée entièrement en 1812. Pour cette édition, la révision de la traduction est confiée à , alors que François Guizot ajoute des notes . Une édition en français, revue par , sort en 1828. Une autre édition en français sort en 1837 sous la supervision de J.-A.-C. Buchon.

Une version en italien a été publiée de 1820 à 1824.

Structure La traduction en français de la version François Guizot publiée en 1819 comprend 13 tomes répartis en 71 chapitres . Le tome premier comprend cinq sections : (1) Préface de l’Éditeur, (2) Lettre à l’Éditeur, (3) Notice sur la vie et le caractère de Gibbon, (4) Préface de l’Auteur et (5) Avertissement de l’Auteur, qui sont suivies des 7 premiers chapitres de l'ouvrage. Le tome VII comprend trois sections : Observations générales sur la chute de l'Empire romain dans l'Occident, Avertissement et Post-scriptum qui ne sont pas des chapitres stricto sensu de l'ouvrage. Les autres tomes ne comprennent que des chapitres. Le dernier tome comprend en outre une Table générale des matières .

Réception en France

Dès l'annonce en juillet 1776 de la parution des premiers volumes de The history of decline dans le journal des savants (rubrique « nouvelles littéraires »), des recensions ont paru dans la presse d'expression française, notamment celle de l'abbé Jean-Baptiste Grosier, qui évoque dans son article de recension, publié dans l’Année littéraire, en 1778, la réfutation des chapitres XV et XVI par un théologien de l’Université de Cambridge ; le journaliste ajoute, à propos de la traduction française de Leclerc de Septchênes : « Tout cela nous paraît signifier, d’une manière énigmatique, que M. Leclerc a une certaine répugnance à traduire un morceau dangereux » (L’Année littéraire, 1778, t. I, p. 57). L’abbé Grosier alerte ainsi ses lecteurs au sujet des idées néfastes de Gibbon au sujet de la religion, qualifiées d’« assertions fausses et dangereuses » (p. 61)Messaoud, Samy Ben, « Quand l’Europe s’enthousiasmait pour l’Histoire du déclin et de la chute de l’Empire Romain. La réception de Gibbon dans la presse du dix-huitième siècle ». Metamorfosi dei Lumi 8, édité par Simone Messina et Valeria Ramacciotti, Accademia University Press, 2016, lire en ligne.

Les recensions sont suivies de diatribes, notamment celle du jésuite belge François-Xavier Feller dans Le Journal historique et littéraire (en 1785), puis celle du jésuite français Augustin Barruel dans le Journal ecclésiastique (mars 1788).

Critiques

Après la Révolution française, plusieurs historiens ont critiqué l'analyse de Gibbon :

François Guizot (1787-1874), dans la préface et dans les centaines de notes de bas de page de son édition-traduction de 1819 (notamment celles relatives aux chapitres XV et XVI sur la propagation du christianisme) formule des reproches à Gibbon, l'accusant notamment de partialité, d'ironie excessive et d'avoir manqué de rigueur sur l'histoire de l'Église en n'utilisant que des sources biaisées pour minimiser le rôle moral du christianisme.

L'historien byzantiniste Charles Diehl (1859-1944), dans Figures byzantines (1906) critique la vision occidentale de l'Empire byzantin telle qu'elle a été fixée par l'œuvre de Gibbon ; dans Histoire de l'Empire byzantin (1919) il affirme que « l’Empire byzantin a été chez nous sévèrement jugé », puis corrige ce jugement en rappelant qu’il faut le comprendre comme un État du Moyen Âge, situé aux frontières de l’Europe et de la barbarie asiatique ;

Louis Bréhier (1868-1951), élève de Charles Diehl, déconstruit la thèse de la « décadence » dans sa trilogie Le Monde byzantin (1946-1950), à travers plusieurs axes majeurs : la réfutation du concept de « déclin continu » de Byzance, la réévaluation positive des institutions et de la diplomatie de l'appareil d'État byzantin, et la reconnaissance de Byzance comme un bouclier et un phare culturel.

Selon Henri-Irénée Marrou (1904-1977), dans Décadence romaine ou Antiquité Tardive ? (1977), la fin de l'Empire romain aurait été une époque de renouvellement dans les domaines spirituels, politiques et artistiques, notamment avec la naissance du premier art byzantin et de l'art préroman. Pour Pierre Grimal, la La Civilisation romaine, Flammarion, 1981. Néanmoins, la ville de Rome perd en étendue et en habitants, les ressources de l'Empire cessant de converger vers elle.

Paul Veyne (1930-2022) remet aussi en cause les idées de Gibbon concernant la conversion de l'Empire romain au christianismePaul Veyne, Quand notre monde est devenu chrétien (312-394), Albin-Michel, 2007.

La plupart des commentateurs et historiens religieux qui ont critiqué l'ouvrage l'accusent d'être injuste envers l'Église, mais aussi envers les saints et les savants de l'Église. En particulier, le quinzième chapitre (De la religion chrétienne et de ses progrès) , qui documente les raisons de la rapide expansion du christianisme dans l'Empire romain, a été fortement critiqué et plusieurs pays ont interdit la diffusion du livre (l'Irlande, par exemple, a levé cette interdiction au début des années 1970).

Points de vues favorables

En dépit de ces objections, l'ouvrage, considéré comme une critique argumentée et fondée de la faillibilité de la condition humaine, continue à inspirer les historiens et les étudiants en littérature anglaise.

Le style de Gibbon est grave, solennel quelque peu emphatique parfois. Gibbon semble avoir eu une haute idée du devoir, tant du dirigeant que du simple citoyen, envers l'État. Son style se rapproche de celui de certains auteurs antiques.

En , The Guardian classe la version originale de l’Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain à la place dans la liste des cents meilleurs ouvrages de non-fiction de tous les temps, précisant qu'il s'agit de l'un des plus influents livres d'histoire en anglais, qui n'a, par ailleurs, rien perdu, aujourd'hui, de sa force.

Extraits

tome 1

tome 2

(citation de Tacite qui commente les guerres intestines des Germains)

(à la suite d'une invasion perse menée par )

(À l'époque des Trente Tyrans)

tome 3

tome 4

tome 5

tome 6

tome 7

tome 8

tome 9

tome 10

tome 12

tome 13 (à la suite de la chute de Constantinople en 1492)

Dans la culture Winston Churchill nota : « J'ouvris Histoire de la décadence et de la chute de l'Empire romain de Gibbon et je fus dominé à la fois par l'histoire et le style. J'ai dévoré Gibbon. Je l'ai parcouru triomphalement de bout en bout ». Il s'attacha plus tard à imiter le style de Gibbon dans ses écrits. Isaac Asimov, écrivain de science-fiction, s'inspira de cet ouvrage pour rédiger la trilogie initiale de Fondation. L'historien Hugh Trevor-Roper considéra Gibbon comme un modèle et s'en inspira largement pour ce qui est du style et de l'ironieAdam Sisman, Hugh Trevor-Roper, 2010, passim.. Le musicien Iggy Pop a livré en 1995 à la revue Classics Ireland un article dans lequel il se demande dans quelle mesure les thèses de Gibbon peuvent s'appliquer au monde moderneClassics Ireland, vol. 2, 1995.

Traductions en français Édition de 1819

La traduction Guizot est éditée en 1983 en deux volumes dans la Collection Bouquins de Robert Laffont avec une préface de Michel Baridon.

Édition de 1970

Réédition de la traduction de Guizot

Notes et références

Divers

Voir aussi

Bibliographie

Michel Baridon, Edward Gibbon et le mythe de Rome, histoire et idéologie au siècle des Lumières, Paris, Honoré Champion, 1977

Articles connexes Déclin de l'Empire romain d'Occident Histoire de l'Empire byzantin Études byzantines Antiquité tardive Succession de l'Empire Romain

Liens externes

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