vignette|upright|Masque carthaginois du , musée du Louvre. vignette|upright|Shekel de 310-290 vignette|upright|Représentation d'un éléphant sur une stèle de calcaire du musée de Carthage (). vignette|upright|Ruines des thermes d'Antonin, vestiges les plus impressionnants de l'urbanisme romain dans la capitale de l'Afrique proconsulaire (). vignette|upright|Mosaïque des quatre évangélistes de la maison du vicus castrorum, musée national de Carthage. vignette|upright|Monnaie du roi vandale Gélimer, .

L'histoire de Carthage débute avec la fondation de la cité au sur la côte de l'Afrique du Nord-Ouest, dans l'actuelle Tunisie. Elle constitue l'une des nombreuses colonies phéniciennes de la Méditerranée occidentale créées pour faciliter le commerce depuis la ville de Tyr, sur la côte de l'actuel Liban. Nom à la fois de la ville et de la république plus large qui en est issue, Carthage s'est développée pour devenir un important empire commercial dans toute la Méditerranée.

Comme tous les comptoirs phéniciens, Carthage doit, en signe d'allégeance et de piété, verser un tribut à Tyr. Cependant, le déclin de cette dernière face à la progression des Grecs aurait incité la cité punique à prendre son indépendance au cours de la seconde moitié du Un siècle et demi après la fondation de la ville, les Carthaginois se seraient installés aux îles Baléares, selon une interprétation d'un texte de Diodore de Sicile, V, 16., puis dominent l'ouest de la Sicile, le sud de la Sardaigne et, alliés aux Étrusques, repoussent les Grecs hors de Corse lors de la bataille d'Alalia de 540-535 Ils contrôlent alors la totalité du commerce et de la navigation en Méditerranée occidentale et possèdent de nombreux territoires à l'intérieur comme à l'extérieur de l'Afrique : Maurétanie, Numidie, Ibérie, Ibiza, Sicile, Sardaigne et Corse. Comme dans le cas de Rome, son ennemie mortelle, le nom de la ville englobe tous les territoires soumis à sa juridiction.

Le terrain sicilien est le lieu d'affrontement des Puniques et des Grecs dans le long cycle des guerres siciliennes aux La même île est à l'origine de la première du cycle des guerres puniques entre la République romaine et le pouvoir carthaginois et s'achève par la défaite de ce dernier. La cité parvient à se relever, en particulier du fait de conquêtes dans la péninsule Ibérique, mais la deuxième guerre punique avec l'épopée d'Hannibal Barca s'achève aussi par la défaite et la fin de l'impérialisme carthaginois. Le dernier conflit est inégal, même si la cité résiste trois ans avant d'être anéantie.

Après la destruction de 146 , la cité est reconstruite par les vainqueurs et rebaptisée Colonia Iulia Karthago, même si elle ne regagne jamais l'importance qui fut la sienne : elle retrouve cependant une certaine aura au travers de son rôle de capitale proconsulaire puis de son rôle important dans la diffusion du christianisme.

À partir de la conquête vandale, la cité occupe cependant un rôle de plus en plus secondaire, le Moyen Âge voyant, sinon sa désertion, du moins une faible occupation du site.

Sources L'histoire de Carthage n'est guère facile à étudier du moins dans sa composante phénico-punique en raison de son assujettissement par les Romains à la fin de la troisième guerre punique en 146 Il ne reste en effet que peu de sources primaires carthaginoises et celles disponibles soulèvent davantage de questions qu'elles n'aident à la compréhension de l'histoire de la ville qui se posa en rivale de Rome.

Certains textes puniques ont été traduits en grec ou en latin, comme des inscriptions sur des monuments d'Afrique du Nord.. Cependant, la majorité des sources reste disponible par le biais d'auteurs grecs et romains : Tite-Live, Polybe, Appien, Cornélius Népos, Silius Italicus, Plutarque, Dion Cassius et Hérodote. Ces auteurs proviennent de cultures souvent en rivalité avec Carthage : les Grecs lui disputèrent la suprématie en Sicile, V, 2, 165–7. et les Romains entrèrent en guerre contre la cité, I, 7-60.. Ces sources rédigées par des étrangers ne sont donc pas toujours dénuées de préjugés. Toutefois, des fouilles archéologiques récentes ont mis au jour des sources primaires plus fiables, même si elles restent insuffisantes ; le produit de certaines fouilles confirme des aspects de la vie à Carthage telle que la décrivaient les auteurs anciens, mais d'autres non, beaucoup de découvertes restant encore peu probantes.

Colonisation phénicienne Phéniciens Au , les diverses populations issues de l'aire culturelle syro-palestinienne, qui habitent un territoire correspondant au Liban actuel, connaissent une expansion de leurs cités maritimes en dépit d'une division politique. De profonds changements ont lieu vers 1200 , époque où les cités se développent et apparaissent puissantes. On y parle alors une langue sémitique nommée le phénicien, semblable à l'araméen, à l'hébreu et à l'arabe anciens.

Face à un arrière-pays limité, le développement ne pouvait venir que de la mer. De ce fait, les Phéniciens vivent du commerce et disposent de ports importants, ce développement étant à relier à des progrès dans la construction navale comme l'usage du bitume.. Cet état de fait constitue l'élément déclencheur du phénomène de colonisation : c'est depuis leur cité principale de Tyr qu'ils fondent des postes commerciaux à travers le bassin méditerranéen.

Les Grecs désignent ce peuple sous le nom de « Phéniciens » ou , terme provenant du mot grec « pourpre » ( ou phoĩnix), spécialité répandue par les commerçants phéniciens et issue du coquillage dénommé murex. Le terme « Puniques » qui qualifie les Phéniciens d'Occident signifie « phénicien » en latin.

Extension des comptoirs phéniciens

gauche|vignette|Routes commerciales des Phéniciens, du Levant au bassin occidental de la Méditerranée.

L'expansion phénicienne fait encore l'objet de débats intenses..

Pour assurer des escales à leur flotte marchande et conserver un monopole sur les ressources naturelles des régions méditerranéennes, les Phéniciens établissent de nombreuses colonies sur le littoral. La recherche de matières premières, en particulier de minerai, est l'une des finalités principales de ce mouvement.. Le minerai recherché était l'argent, l'étain et le cuivre, sans oublier l'or. Ils fondent donc ces comptoirs à des fins commerciales — pour payer le tribut exigé par Tyr, Sidon et Byblos — mais aussi par crainte d'une totale emprise des Grecs sur la Méditerranée qui signifierait la ruine de leur commerce. Ils ne sont cependant pas assez nombreux pour établir des cités autonomes et beaucoup de leurs comptoirs atteignent à peine les .

Après un certain nombre de créations coloniales en Méditerranée orientale, en particulier à Chypre et Rhodes, les fondations les plus anciennes en Méditerranée occidentale sont Lixus, Gadès en 1110 et Utique en 1101 . La première phase est considérée comme « pré-coloniale », la colonisation se situant à proprement parler à compter du et de façon plus assurée au ..

Les implantations phéniciennes et carthaginoises ne sont pas aisées à distinguer. Quelque 300 comptoirs carthaginois auraient été présents en Afrique du Nord au moment de la troisième guerre punique selon Strabon, XVII, 3, 15.. En outre, Carthage possédait des cités dans la péninsule Ibérique et, dans une moindre mesure, sur les côtes de l'actuelle Libye. Les Phéniciens finissent par contrôler Chypre, la Sardaigne, la Corse et les îles Baléares, ainsi que des possessions mineures en Crète et en Sicile. Ces deux îles se trouvent alors en conflit permanent avec les Grecs. Pendant un temps limité, les Phéniciens gardent le contrôle de la Sicile entière ; l'île passe ensuite sous la domination de Carthage, qui à son tour envoie de nouveaux colons fonder d'autres établissements ou renforcer les comptoirs qui se sont séparés de Tyr et Sidon. Quant au positionnement central du site de Carthage, il a été l'une des causes de l'installation des Phéniciens sur ce site, afin d'apporter une réponse aux dangers que représentaient pour le commerce phénicien la puissance assyrienne et les concurrents hellènesM'hamed Hassine Fantar dans ..

Les premiers comptoirs se situent sur la double route des minéraux ibériques, vers l'espace dénommé Tarsis par les sources bibliques ou Tartessos, même si ces dénominations restent incertaines : d'une part, le long de la côte africaine, et d'autre part en Sicile, en Sardaigne et aux îles Baléares. Si Tyr reste le centre économique et politique du monde phénicien, la cité perd peu à peu son pouvoir à la suite de nombreux sièges, jusqu'à sa destruction par Alexandre le Grand. Même si chaque comptoir paie un tribut à Tyr ou à Sidon, aucune des deux cités n'exerce un contrôle véritable sur eux. Cette politique entraîne le ralliement de plusieurs colonies ibériques aux côtés des Romains lors des guerres puniques.

Fondation de Carthage : légende et histoire Légende

vignette|Didon construisant Carthage, par Turner (1815). vignette|Didone abbandonata par Andrea Sacchi, 1630-1635, musée des Beaux-Arts de Caen.

Selon la tradition transmise par les sources littérairesTimée de Tauroménion, Ménandre et Justin., la cité de Qart Hadasht — qu'il faut traduire par « Nouvelle Ville ». ou « Capitale Nouvelle » — a été fondée par la reine Élyssa. Fille du roi de Tyr Muttoial ou Bélus , elle s'enfuit de Phénicie lorsque son frère Pygmalion assassine son mari Sychée (aussi appelé Acherbas), grand prêtre de Melqart, pour accéder au pouvoir et surtout lui voler ses richesses. La princesse soustrait les trésors et s'enfuit avec des serviteurs craignant la répression du nouveau souverain.. Élyssa, également orthographiée Alissa, est nommée Didon chez les Romains, encore que ce second nom soit présent dans les sources grecques sous la forme Deidô ; l'héroïne aurait été baptisée de ce nom par les populations autochtones, le nom signifiant « l'Errante »..

Après une escale à Chypre, Élyssa s'installe sur les côtes d'Afrique, dans l'actuelle Tunisie, avec d'autres Tyréens, dont certains sont des notables ayant abandonné la ville, et des vierges de Chypre enlevées alors qu'elles devaient s'adonner à la prostitution sacrée. C'est donc un contingent hétéroclite qui serait à l'origine de l'une des plus grandes cités de l'Antiquité. La tradition la plus couramment admise date la fondation de la ville en 814 Selon les traditions les plus répandues, le roi du pays, Hiarbas ou Iarbas, consentit à leur offrir un territoire « aussi grand que pourrait en recouvrir une peau de bœuf ». Élyssa, en ayant recours à une ruse punique (punica fides) découpa alors la peau en lanières dont elle entoura un territoire suffisant pour y bâtir une citadelle, les arrivants payant un tribut au roitelet local.. Ce territoire, appelé Byrsa (« bœuf »), deviendra le centre historique de la cité punique.

Le récit de la fondation donne une explication pour le nom de la citadelle de Carthage et pose la ruse employée par les Phéniciens face aux populations autochtones perçues comme naïves. S'interpose alors un épisode destiné à expliquer le destin de la cité : les arrivants déterrent une tête de bœuf, cet événement étant considéré comme un présage de dur labeur. Creusant ailleurs, ils trouvent une tête de cheval, animal considéré comme plus noble et plus propice à la nouvelle cité. La légende de cette création finit tristement, car Élyssa se serait jetée dans le feu pour protéger sa cité et rester fidèle à son époux, trois mois après que le roi Hiarbas exigea le mariage avec la nouvelle venue. L'amour de cette femme et du prince Énée a été chanté par Virgile dans L'Énéide. Au cours de son périple pour fonder une nouvelle Troie, Énée atteint le sol d'Afrique et y fait escale après une tempête. Il est accueilli par Élyssa arrivée avec sa sœur Anna.