Sergueï Sergueïevitch ProkofievOn peut également rencontrer la graphie ancienne Prokofieff. Cf. Explication au sujet des noms russes, généralement appelé Serge Prokofiev en France, est un compositeur, pianiste et chef d'orchestre russe, né le à Sontsovka (Ukraine, alors dans l'Empire russe) et mort le à Moscou (URSS).

Il est l'auteur de nombreuses œuvres musicales allant de la symphonie au concerto, de la musique de film à des opéras ou des ballets et a été reconnu de son vivant comme un artiste d'avant-garde très créatif.

Élève au conservatoire de Saint-Pétersbourg, il remporte le prix Anton Rubinstein en tant que meilleur étudiant en piano.

Né en Russie tsariste, il émigre en Occident de 1918 à 1936, avant de se laisser convaincre de revenir en URSS où il est à la fois honoré et persécuté. Il meurt le même jour que Joseph Staline.

Biographie Enfance précoce et années de conservatoire (1891-1914)

Sontsovka, la ville natale de Prokofiev, se trouve alors dans l'Empire russe, dans le gouvernement de Iekaterinoslav. Son père est ingénieur agronome et gérant d'un domaine agricole dans l'est de l'Ukraine. Sa mère, Maria Grigorievna, est une femme de bonne éducation, pianiste amatrice et première professeure de piano de son fils. Fils unique, après le décès de ses deux sœurs aînées en bas âge, il bénéficie de toutes les attentions de ses parents, et passe une enfance heureuse Serge Prokofiev, Prokofiev by Prokofiev: A Composer's Memoir, Doubleday & Company (Garden City, New York), 1979 dans un grand manoir où sa mère lui joue Beethoven, Chopin, Tchaïkovski et Rubinstein, et où il est instruit de manière rigoureuse dans tous les domainesLe pianiste aux doigts d'acier, Classica février 2023 p. 52. Les dons musicaux de l’enfant apparaissent si évidents qu’elle décide très tôt de l’engager dans une carrière musicale. Sergueï compose ses premières pièces pour piano dès l'âge de cinq ans.

En 1900, âgé de huit ans, il accompagne sa mère à Moscou, où il assiste à des opéras. Prokofiev est très frappé par ces soirées, souvent qualifiées d'. De retour à Sontsovka, il compose un opéra destiné aux enfants, Le Géant. En 1902, sa mère vient avec lui vivre à Moscou afin qu'il commence à prendre des cours avec des professeurs de renom : il travaille principalement la composition avec Reinhold Glière, qui lui enseigne la théorie et l'harmonie.

En 1904, sa mère décide de l'emmener à Saint-PétersbourgÀ partir de 1907, ils habitent au 90 rue Sadovaïa. pour qu'il poursuive ses études. Il entre au conservatoire de Saint-Pétersbourg, à l'âge de treize ans. Il étudie l'orchestration avec le compositeur Nikolaï Rimski-Korsakov, le piano avec Anna Esipova, la composition avec Anatoli Liadov et la direction d’orchestre avec Nicolas Tcherepnine.

Prokofiev est, dès son entrée au conservatoire, un enfant terrible, résolument anticonformiste, convaincu de son talent et de sa supériorité sur ses camarades et même sur ses professeurs. Prokofiev revendiquera cette étiquette tout au long de sa carrière.

Durant ces années de formation, suivant son attrait pour le théâtre, il compose deux autres opéras : Sur une île déserte (1902) et Ondine (1904-1907) qui s’inspirent de sujets repris de son enfance. En 1906, il rencontre celui qui restera son grand ami, confident et conseil jusqu'à sa mort, Nikolaï Miaskovski, de dix ans son aîné.

Il devient virtuose du piano, et ses premières apparitions aux « soirées de musique contemporaine » le révèlent comme un phénomène. En 1908, lors d'un concert à Saint-Pétersbourg, il joue l'une de ses compositions devant Igor Stravinsky. Le sa première œuvre est publiée par l'éditeur Jurgensonhttps://www.cambridge.org/core/journals/proceedings-of-the-royal-musical-association/article/abs/prokofievs-early-opera-maddalena/74268F243DD2BE579F32CAD22DAC22D8. L'année 1910 est marquée par la mort de son père, avec lequel il correspondait régulièrement. En 1912, il donne à Moscou son Premier concerto pour piano Sergei Prokofiev, Serge Prokofiev Diary (1907-1933), Fondation Serge Prokofiev, Paris, 8 octobre 2002. qui est un succès malgré un style très avant-gardiste.

En 1913, il termine ses dix ans de conservatoire en recevant la plus haute distinction donnée à un étudiant, le prix Anton-Rubinstein comme pianiste-compositeur pour le Concerto pour piano 1 (opus 10). Cette année est cependant assombrie par le suicide de Maximilian Anatolievitch Schmidthoff, pianiste et ami intime que Prokofiev avait rencontré au Conservatoire de Saint-Pétersbourg en 1908 et qui lui avait envoyé une lettre annonçant son gesteProkofiev lui a dédié ses Deuxième et Quatrième sonates ainsi que son Deuxième concerto. La première femme de Prokofiev, Lina Llubera, suggère une romance entre les deux hommes. Cf. David Nice, Prokofiev: From Russia to the West (1891-1935), Yale University Press, 2003, 390 pages, p. 59-60 et 136-137..

La Grande Guerre et la révolution bolchévique (1914-1917)

Prokofiev décide de partir en Europe, où Igor Stravinsky et Serge de Diaghilev triomphent à Paris avec les Ballets russes. Il fait la connaissance de ce dernier à Londres en 1914 et lui joue son Second concerto pour piano. Diaghilev est tellement impressionné qu'il lui commande sur-le-champ une composition pour ballet sur un thème de son choix. Prokofiev compose Ala & Lolli, mais Diaghilev est déçu par le résultat et refuse de monter le ballet. Prenant cela comme un défi, Prokofiev transforme l'œuvre et décide de la monter lui-même, mais c'est finalement un échec. Diaghilev monte cependant un autre ballet du compositeur,Chout ou L'histoire d'un bouffon, qui est, lui, un succès.

Entre 1915 et 1917, Prokofiev aborde tous les genres et poursuit simultanément la réalisation de partitions radicalement différentes. La trilogie symphonique est complétée par la Symphonie classique tandis que le piano lui inspire les Troisième et Quatrième Sonates. Enfin, la voix est utilisée dans l'opéra Le Joueur, dans plusieurs cycles de mélodies et dans la cantate Sept, ils sont sept.

À la chute de Nicolas II en , Prokofiev se réfugie dans le Caucase pour continuer à écrire. En 1918, il revient à Pétrograd pour y présenter sa Symphonie classique, sa première symphonie, mais le pays est au bord de la guerre civile et ne facilite pas ses représentations. Prokofiev, qui était plutôt sympathisant des idées libérales, décide de suivre Stravinsky dans l'exil, mais il conserve des relations avec le pays.

Les années d'exil (1918-1932)

Au début de 1918, Prokofiev prend le Transsibérien pour Vladivostok pour gagner le Japon et l'Amérique. En voyage, pour tuer le temps, il commence à écrire de courts récits, des contes fantastiques débordants d’imagination. Prokofiev dans son journal écrivit : « Si je n’avais pas été compositeur, j’aurais sans doute été écrivain ou poète ». Au Japon, il donne quelques récitals, puis s'embarque pour San Francisco. Une fois installé aux États-Unis il abandonne ses essais littéraires et reprend sa carrière musicale. Les débuts sur la côte ouest sont difficiles. La révolution russe n'a pas bonne presse et sa musique avant-gardiste est considérée comme « mécaniste ». Totalement ruiné, il doit emprunter pour se rendre à New York, où il a déjà une certaine réputation. Il a un peu plus de succès à Chicago où il compose l'une de ses principales œuvres L’Amour des trois oranges, créée en 1920, qui aura également un grand succès en Europe dès l'année suivante.

En 1921, il revient en Europe, d'abord à Londres, puis en France où il passe six mois, de la fin mars à la fin septembre, dans la station balnéaire de Saint-Brevin-les-Pins« Un après-midi chez Prokofiev... à La Caravelle - Saint-Brévin-les-Pins », Ouest-France, . (Loire-Inférieure), en compagnie de sa mère et de son ami Constantin Balmont, un poète symboliste russe, lui aussi en exil. Là, il achève la Suite scythe, le Troisième concerto« 2009-2010 : Prokofiev : Concerto pour piano 3 », Fantastique 331, Radio France, . et les Cinq poèmes sur des vers de Constantin Balmont. À la fin de l'année, il est de nouveau aux États-Unis : il dirige le Troisième concerto pour sa création, à Chicago.

En 1922-1923, il réside à Ettal, dans les Alpes bavaroises, où il termine son nouvel opéra, L'Ange de feu, puis travaille sur une Seconde Symphonie qui sera un échec et un Concerto pour violon.

Il rencontre celle qui deviendra sa femme en 1923, Carolina Codina, une soprano d'origine espagnole et franco-polonaise, plus connue sous son nom de scène de Lina Llubera, avec qui il aura deux fils.

vignette|Plaque 5, rue Valentin-Haüy (Paris 15° arr.), où il vécut de 1929 à 1935. Il revient ensuite à Paris« Serge Prokofiev à Paris (son passage dans le arrondissement) ». Résumé d'un article de Gilberte Paupe publié dans Bull. Soc. hist. et arch. du 15e arr. de Paris, . où il demande à sa mère de le rejoindre et où il poursuit sa coopération avec Diaghilev. En 1928, il monte Le Pas d’acier et, un an plus tard, Le Fils prodigue. Il rencontre les artistes de son temps comme Pablo Picasso et Henri Matisse qui fait de lui un portrait au fusain. C’est lors de ce séjour en France qu'il se querelle avec Igor Stravinsky. On opposait souvent la « perfection » de Stravinsky à l’art plus « rocailleux » de Prokofiev.

À partir de 1927, Prokofiev supporte de plus en plus mal l'exil et correspond de plus en plus avec ses amis restés en URSS. Il décide d'y faire une tournée dont le succès est tel qu'il fait salle comble pendant plus de deux mois ; il est fêté comme un héros national ayant conquis l'Occident.

Il envisage alors sérieusement un retour au pays, ce qui lui permettrait de sortir enfin de l'ombre de Stravinsky, d'autant que Diaghilev disparaît de manière totalement inattendue à Venise en 1929. Mais de 1930 à 1932, il trouve un véritable soutien dans le chef d'orchestre Serge Koussevitzky, basé aux États-Unis, qui lui permet de connaître de nombreux succès outre-Atlantique.

Il écrit à la demande du pianiste autrichien Paul Wittgenstein son Concerto (pour la main gauche), mais la collaboration se révèle infructueuse : Wittgenstein refuse de jouer l'œuvre.

Le retour en URSS (1933-1941) En URSS, le début des années 1930 est marqué par de nombreuses polémiques à propos de Prokofiev, qui est accusé d'avoir un style « bourgeois ». Le compositeur est très attentif à ces critiques. Lors d'une troisième tournée à succès en 1932, le gouvernement soviétique lui promet un appartement à Moscou, une voiture et une datcha. Il décide alors de rentrer au pays, mais ce n'est qu'en 1936 qu'il devient résident permanent à Moscou.

Une période prolifique s'ouvre de nouveau à lui. Il devient chef d’école, se voyant confier des fonctions officielles, même s'il doit s’adapter aux inévitables rigueurs des nouvelles disciplines. Il commence à écrire de la musique pour le cinéma ainsi que son second concerto pour violon. La première de ses commandes d'état est le thème musical pour le film d'Aleksandr Faintsimmer Le lieutenant Kijé, il consiste en seize morceaux, que Prokofiev arrangera en une suite pour concert en 1934. C'est entre Paris et Moscou qu'il compose pour le Kirov, puis le Bolchoï le ballet Roméo et Juliette (1935). Sur une commande du Théâtre central des Enfants, il écrit aussi un conte musical qui a vocation à éveiller les enfants à la musique, Pierre et le Loup (1936).

En 1936, Lina et ses deux enfants, Oleg et Sviatoslav, arrivent eux aussi en URSS. Vingt ans après la révolution bolchevique, le pays est en souffrance. Depuis 1932, Staline met en œuvre sa politique culturelle de réalisme socialiste qui consiste essentiellement à laisser à des bureaucrates le soin de trier ce qui est compatible avec le régime. Le pouvoir soviétique tourne alors brutalement le dos à Prokofiev, qui tombe dans une profonde misère. Pourtant, il essaye de suivre autant que possible la ligne du parti, mais il manque de chance.