Alexis Vincent Charles Berbiguier de Terre-Neuve du Thym, né le à Carpentras. où il est mort le La notice d'autorité de la BNF donne 3 juillet 1764 - 7 décembre 1851., est l'auteur d'une vaste autobiographie en trois volumes et 274 chapitres intitulée Les farfadets ou Tous les démons ne sont pas de l'autre mondePublié à compte d'auteur à Paris en 1821 et réédité à Grenoble par Jérôme Millon en 1990.. Obsédé toute sa vie par des créatures démoniaques qu'il nomme « farfadets », soigné sans grand succès à la Salpêtrière par Philippe Pinel, pionnier de la psychothérapie, il est considéré par Raymond QueneauRaymond Queneau, Aux Confins des Ténèbres, les Fous littéraires, Gallimard, Les Cahiers de la NRF, Paris, 2002. et André BlavierAndré Blavier, Les fous littéraires, Éditions des Cendres, Paris, 2000 (réédition). comme un archétype du fou littéraire. Jean-Luc Steinmetz compare son cas à celui du président Schreber.
Biographie
Cousin du flutiste compositeur Benoit Tranquille Berbiguier, fils de Noël et de Marie-Claire Bertrand, il alla habiter Avignon vers 1792 et a vécu à Paris (où un de ses oncles était chanoine de Sainte-Opportune) depuis 1812 jusqu’au mois d', époque où il est revenu dans sa ville natale.
Démons, sorciers et farfadets vignette|left|Farfadets.
Tout commence par des bruits qu'il entend pendant la nuit. Apparaissent alors deux chats, qui ne sont autres que deux sorcières envoyées par Belzébuth pour le tourmenter. Berbiguier perd le sommeil et songe au suicide. Une vision de Jésus au paradis le détermine à lutter contre les forces du mal. Aux maléfices des farfadets qui se multiplient sans cesse, Berbiguier riposte par des incantations et des fumigations de soufre et de thym. Il les pique avec des aiguilles et leur jette du tabac dans les yeux. Lorsqu'il parvient à en capturer quelques-uns, il les enferme dans des bouteilles qu'il cachette avec de la cire d'Espagne. Lucifer s'inquiète alors de ses agissements et lui envoie des lettres de menace, que Berbiguier reproduit dans son livre. Les farfadets sont partout : prenant la forme d'un serpent ou d'une anguille, d'un sansonnet ou d'un oiseau-mouche, ils le privent de ses facultés intellectuelles et le font éternuer, ils harcèlent son écureuil et font souffler le vent pour briser son parapluie, ils sont la cause des entorses et ils incendient les granges et les châteaux, ils rendent les hommes impuissants et engrossent les jeunes filles. Les farfadets se camouflent même sous l'apparence des plus respectables savants de son époque.
Mû par l'espoir de délivrer l'humanité de ce fléau, Berbiguier dédie son ouvrage « à tous les empereurs, rois, princes, souverains des quatre parties du monde » :
Berbiguier s'est lui-même adjoint le nom de Terre-Neuve du Thym afin, dit-il, ne pas être confondu avec les autres Berbiguier. Il projette aussi d'acheter une « terre neuve » où il ne ferait pousser que du thym, mais il meurt avant d'avoir réalisé son rêve de pouvoir ainsi éloigner les farfadets à jamais.
Un fou précurseur
Alors que le « cas Berbiguier » s'est taillé une place dans les annales de la psychiatrie françaisePierre Morel, Dictionnaire biographique de la psychiatrie, Éditions Synthélabo, Paris, 1996. Voir aussi Henri Legrand du Saulle, Le délire des persécutions, 1871, chapitre IX, observation LXXVIII. Texte en ligne. et que ses farfadets continuent à alimenter les dictionnaires de démonologieVoir par exemple : Démonologie. Texte en ligne., c'est dans le domaine littéraire que son nom est le plus souvent évoqué. Théophile Gautier a brossé son portrait imaginaire dans Onuphrius, un conte fantastique paru en 1832Théophile Gautier, Onuphrius ou les vexations fantastiques d'un admirateur d'Hoffmann, La France littéraire, août 1832. Réédité dans de nombreuses anthologies. Texte en ligne., et Flaubert a consulté Les Farfadets en 1872 pour documenter Bouvard et PécuchetGustave Flaubert, Carnets de travail, édition de Pierre-Marc de Biasi, Balland, Paris, 1988, p. 512.. S'il est vrai que Berbiguier se situe à la frontière de la médecine et de la littérature, il peut être vu aussi comme le précurseur d'un Nerval ou d'un Nodier, qui feront de la folie de l'écrivain et de l'intrusion du surnaturel dans le quotidien le double thème d'un courant important de la littérature romantique.
Œuvre
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Notes et références
Bibliographie
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Liens externes
Berbiguier de Terre-Neuve du Thym : Préface et discours préliminaire des Farfadets (1821). Berbiguier de Terre-Neuve du Thym : Les Farfadets sur Gallica.
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