L'édit de Nantes est un édit de tolérance promulgué en par le roi de France Henri L'édit est daté seulement du mois et de l'année, sans indication de quantième. Une tradition ancienne veut que le roi l'ait signé et fait sceller dès son arrivée à Nantes le 13 avril et elle est encore reprise de nos jours par certains biographes d'Henri IV, mais des recherches récentes ont démontré que la durée des négociations du roi tant avec Mercœur qu'avec les chefs protestants rendait impossible une promulgation de l'édit avant le (voir l'article de Jean-Louis Bourgeon cité dans la Bibliographie)., pour mettre fin aux guerres de Religion qui ravageaient le royaume de France depuis 1562, et particulièrement à la huitième guerre, commencée en 1585.

Cet édit accorde aux protestants des droits religieux, civils et politiques dans certaines parties du royaume et, dans des annexes appelées « brevets », leur concédait un certain nombre de lieux de refuge, dont une soixantaine de places de sûreté et leur garantissait le versement par le trésor royal d'un subside annuel.

La première version de l'édit, effectivement signée et scellée à Nantes, est perdue et n'est plus connue que par une copie conservée à la Bibliothèque de Genève. C'est donc la seconde version, probablement rédigée plus tard, mais toujours datée d', qui constitue le texte authentique adressé aux parlements pour enregistrement.

L'édit de Nantes a été révoqué par en (édit de Fontainebleau), mais son application avait déjà subi des restrictions, d'abord sous Louis XIII, à la suite de la crise de 1627-1629 marquée par le siège de La Rochelle et conclue par la paix d'Alès puis sous Louis XIV, en raison de la politique de conversion des protestants menée à partir de 1661.

Contexte Les précédents édits de pacification L'édit de Nantes, dont le but est de clore en France la période troublée des guerres de Religion, n'est pas le premier texte de ce type. À la suite des troubles constatés depuis l'introduction de la Réforme dans les années 1520, signe le l'édit de Saint-Germain (ou édit de Janvier) qui accorde la liberté de culte aux protestants dans les faubourgs des villes. Mais le , des protestants sont massacrés parce qu'ils célèbrent leur culte dans une ville (Wassy), ce qui déclenche la première guerre de Religion. Celle-ci s'achève par la paix d'Amboise qui réserve la liberté de culte aux protestants nobles.

On peut également noter la paix de Saint-Germain (), à la fin de la troisième guerre de Religion, qui accorde aux protestants la liberté de conscience, la liberté de culte et quatre places fortes : La Rochelle, Cognac, Montauban et La Charité-sur-Loire.

Le , Henri III signe l'édit de Beaulieu pour mettre fin à la cinquième guerre de Religion, mais il n'a pas été correctement appliqué, de sorte que les hostilités reprennent en .

Ce qui fait la différence entre ces textes et l'édit de Nantes, c'est que celui-ci a été réellement appliqué grâce à l'autorité qu' avait réussi à conquérir au cours de la huitième guerre de Religion.

La huitième guerre de Religion (1585-1598) Celle-ci a été particulièrement longue et acharnée parce qu'au milieu des années 1580, il est apparu clairement qu'Henri III n'aurait pas d'enfant, et que par conséquent son successeur (selon la loi salique) serait Henri de Navarre, chef du parti protestant. Aussi, les catholiques les plus extrêmes formèrent un parti, la Ligue catholique, dirigée par le duc Henri de Guise, qui prônait, entre autres, le régicide et l'alliance avec les puissances catholiques, notamment l'Espagne.

Henri de Guise ayant été assassiné en 1588 sur l'ordre d'Henri III, celui-ci fut à son tour assassiné en 1589 par Jacques Clément, un moine ligueur. Henri de Navarre dut alors s'engager dans la conquête de son royaume, à quoi il parvint par ses succès militaires, mais aussi par sa conversion au catholicisme en 1593 et par son sacre à Chartres en . Il obtint alors progressivement le ralliement des grandes villes du royaume.

À la fin de l'année 1597, il ne restait à la Ligue que la Bretagne, notamment la ville de Nantes, tenue par le gouverneur de la province, Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur et de Penthièvre, marquis de Nomeny, baron d'Ancenis, un des principaux chefs ligueurs. Mais la France était aussi en guerre contre l'Espagne, alliée de la Ligue.

Les opérations militaires et les négociations de 1597-1598 vignette|Henri par Frans Pourbus le Jeune.

En 1597, la ville d'Amiens est reprise aux Espagnols. peut tourner toutes ses forces vers le dernier bastion de la Ligue. La situation du duc de Mercœur n'est plus tenable face à un roi qui contrôle presque tout le royaume.

Dans les premiers jours de 1598, le roi se met en chemin en suivant la vallée de la Loire. Des milliers de soldats convergent vers l'Anjou et Angers devient une ville de garnison. Le sieur de La Rochepot, gouverneur de la place, organise avec la population et les édiles locaux l'accueil et le séjour du roi de France, du au . C'est peut-être à ce moment qu'a commencé la rédaction du futur édit de Nantes.

Arrivé à Angers, Henri IV multiplie les gestes symboliques pour rallier les catholiques favorables à la Ligue. Il se rend à la cathédrale pour entendre la messe. Il reçoit à genoux, à l'entrée de l'église, la bénédiction de l'évêque. Quelques jours après, il suit la procession des Rameaux, une palme à la main et son collier de l'ordre du Saint-Esprit sur les épaules. Il lave les pieds de treize pauvres au palais épiscopal, touche les malades des écrouelles sur le parvis de la cathédrale suivant la tradition royale. Enfin il pose la première pierre du couvent des Capucins.

Une partie de la Bretagne se soulève contre son gouverneur et Mercœur perd plusieurs places fortes qui rallient le roi de France, notamment Dinan, où la population, secourue par les Malouins, crie « Vive le Roi », « Vive la liberté publique ».

Le duc de Mercœur délègue alors auprès du roi sa femme, Marie de Luxembourg, accompagnée de ses représentants, afin de négocier sa soumission. refuse d'accueillir la duchesse de Mercœur à Angers. Elle est refoulée aux Ponts-de-Cé, faubourg situé sur la Loire au sud de la ville. Néanmoins elle rencontre la maîtresse du roi, Gabrielle d'Estrées. Les deux femmes se mettent d'accord pour un mariage entre la fille unique des Mercœur, Françoise, avec César de Vendôme, fils naturel du roi et de Gabrielle d'Estrées. Après cette entrevue, se laisse convaincre par sa maîtresse et accepte enfin de recevoir à Angers la duchesse de Mercœur, ainsi que les délégués envoyés par son mari.

Un accord est signé avec les émissaires de Mercœur le : ce marché permet à Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur, d'obtenir l'oubli de sa rébellion et de conserver l'intégralité de ses biens à l'exception du gouvernement de Bretagne moyennant une importante indemnité (on parle de de livres sur les utilisés pour le rachat des Ligueurs) ; il doit de plus consentir au mariage de sa fille unique héritière des titres et biens de Penthièvre, à César de Vendôme.

Le , le duc de Mercœur rencontre Henri IV à Briollay, chez le duc de Rohan avec lequel le roi aime chasser. Mercœur se jette aux pieds du roi et jure de lui être fidèle. Duplessis-Mornay, ami fidèle d' assiste à cette manœuvre de Mercœur. Le roi n'est pas dupe, mais il accepte cette soumission de bonne grâce. Il est vrai que Mercœur possède encore des forces militaires, notamment stationnés au Pellerin le long de la Loire en aval de Nantes, et de sur le Blavet, sous le commandement Don Juan d'Aguila.

Edit de pacification ou paix de Véretz ? Henri IV quitte alors Angers pour Nantes le , laissant son grand conseil au couvent des Jacobins d'Angers mettre la dernière main à la rédaction de l'édit qui sera signé à Nantes dont le nom officiel à l'époque est « édit de pacification ». Une autre version place le lieu de rédaction de l'édit de Nantes au château de Véretz.. non loin de Chenonceaux.

En , Henri IV se rendant à Nantes par les bords de la Loire et du Cher avait en effet été reçu, avec Gabrielle d'Estrées, au château de Chenonceau par Louise de Vaudemont, veuve d'Henri III et sœur de Philippe-Emmanuel de Lorraine. Il semblerait que ce soit là que le roi posa les bases de l'édit et qu'il aurait chargé deux juristes d'en arrêter la formulation d'une manière qui pût satisfaire à la fois les catholiques et les protestants : il choisit Pierre Forget de Fresnes, baron de Véretz, et Daniel Chamier, pasteur, député du Dauphiné et ministre du roi, tous deux réputés pour leur prudence consommée et jouissant chacun de la confiance de leurs partis. Les deux hommes se retrouvèrent au château de Véretz, à quelques kilomètres, face au château de la Bourdaisière fief de la famille de Gabrielle d'Estrées, où elle était née et où résidait Georges Babou de la Bourdaisière, son oncle. Une fois l'édit rédigé et relu, le texte fut signé conjointement par Pierre Forget et Daniel Chamier comme l'atteste le registre paroissial de Véretz et Pierre Forget offrit une nouvelle cloche à l'église qui fut baptisée le et dont l'acte porte en marge : « l'année que la paix fut signée au chasteau dudict Veretz ».

L'édit de pacification vignette|La main droite levée, le roi de France prête serment devant des dignitaires le , date de l'enregistrement de l'édit de Nantes par le parlement de Paris. En réalité absent ce jour-là, est de surcroît représenté incorrectement en souverain constitutionnel jurant sur la couronne plutôt qu'en monarque absolu imposant autoritairement l'édit aux magistrats parisiens.Eau-forte hollandaise tardive et fantaisiste, gravée par Jan Luyken pour l'ouvrage d'Élie Benoist, Histoire de l'Édit de Nantes, … jusques à l'Édit de Révocation (1693)...

Circonstances de la promulgation L'édit de Nantes promulgué dans la capitale du duché de Bretagne, est daté d'. Le sceau de l'exemplaire transmis au Parlement de Paris pour enregistrement est aujourd’hui de couleur brune, et certains historiens du le voyaient jaune : on a donc cru qu'il n'avait pas été scellé avec de la cire verte, utilisée pour les édits perpétuels, mais avec de la cire jaune, comme un édit temporaire, ce en dépit des sources de l'époque (en particulier le registre d'enregistrement au Parlement). Des études faites sur la composition chimique du sceau montrent cependant qu'il contient bien un pigment vert : il semble que la cire utilisée par la chancellerie à cette époque ait été de mauvaise qualitéVoir en particulier la note de Bernard Barbiche dans le numéro 17 des Collections de l'Histoire, 2002.. La thèse du calcul politique est donc exclue.

Rien ne prouve qu'il ait été promulgué au château des ducs de Bretagne dans lequel le roi séjournait, mais cette affirmation est reprise par plusieurs historiens. tandis que d'autres disent, sans plus de preuves, mais s'appuyant sur la tradition populaire, que celui-ci aurait pu être signé dans une demeure baptisée maison des Tourelles, située au du quai de la Fosse (au niveau de la rue Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny), hôtel particulier du plus riche marchand de la ville, André RhuysGaëtan de Wismes, « Les personnages sculptés des monuments religieux et civils de Nantes », ... Cette demeure a été détruite après avoir été endommagée lors des bombardements durant la Seconde Guerre mondiale.

Dans la même logique pacificatrice, Henri IV reçoit les ambassadeurs d'Angleterre et des Provinces-Unies qui tentent de le persuader de continuer la guerre contre l'Espagne, mais il refuse, tenant à mettre un terme à « tant d'années de souffrances, de malheurs et de calamités dans son royaume », comme le rapporte Sully.

Le , la paix de Vervins est signée entre la France et l'Espagne. Le royaume récupère toutes ses possessions au nord du pays et les troupes espagnoles quittent Le Pellerin et le Blavet. L'édit est donc l'aspect intérieur d'une pacification globale.

vignette|Médaille commémorant l'imposition de la loi commune (l'édit de Nantes) en Béarn par Louis XIII.