thumb|Statue de la façade de l'hôtel du Parlement, Québec thumb|right|Statue de Charles-Michel d'Irumberry de Salaberry au Monument aux Valeureux, à Ottawa

Charles-Michel d’Irumberry de Salaberry, CB né le à Beauport dans la Province de Québec en Amérique du Nord britannique et mort le à Chambly dans la Province du Bas-Canada, était un officier et un héros canadien-français de l'armée britannique ayant servi aux Antilles, aux Pays-Bas, en Sicile, en Irlande et au Canada.

Vainqueur de la bataille de Châteauguay avec une milice canadienne-française distinctive qu'il avait lui-même levée (les Voltigeurs), il devint rapidement un héros pour ses batailles décisives remportées lors de la Guerre de 1812 et sera le militaire canadien le plus respecté de son temps.

Biographie

Charles-Michel d'Irumberry de Salaberry est le premier fils et l'aîné des quatre enfants de Louis-Ignace de Salaberry, seigneur du Sault-Montmorency, et de Catherine-Françoise Hertel de Rouville« IRUMBERRY de Salaberry, Charles-Michel d' », dans le Dictionnaire biographique du Canada (en ligne).. Sa nièce Henriette-Julie Juchereau Duchesnay deviendra l'épouse du major Thomas Edmund Campbell et gérera la seigneurie de Rouville-Campbell avec lui.

La famille d'Irumberry de Salaberry, originaire du Pays basque, dans le royaume de Navarre, avait conquis ses titres de noblesse sur les champs de bataille. L'un de ses ancêtres était à la bataille de Coutras, où il frappa dur et fort. .

. Le grand-père, Michel de Salaberry, vint en Nouvelle-France au cours de l'année 1705, en qualité de capitaine de frégate. Il avait une grande réputation de force et de bravoure. Il épousa, en 1750, Madeline-Louise Juchereau du Chesnay, fille du seigneur de Beauport. Il prit part aux luttes héroïques qui se terminèrent par l'occupation militaire de la Nouvelle-France par la Grande-Bretagne.

Le père, Louis-Ignace de Salaberry, fut remarquable par ses vertus, son intelligence, sa haute et belle taille, la franchise de son caractère et cette force corporelle qui se transmet dans la famille de père en fils. Il collabora dans les rangs de l'armée britannique en 1773 et reçut trois blessures sérieuses dans le cours de la guerre. Le gouvernement britannique le récompensa de ses services en lui accordant une demi-pension et plusieurs charges.

Un chef de guerre sévère mais juste

Laurent-Olivier David le présente ainsi : .

Le baron de Rottenburgh l'appelait, dans ses lettres : Mon cher marquis de la poudre à canon. Bon, généreux et affectueux, n'attaquant jamais le premier et pardonnant facilement même s'il avait été offensé. Son caractère est celui du soldat moyen, soit plein d'élan et de vivacité. Il aime par ailleurs chanter, rire et danser. Bon vivant, il est aussi vaillant à la table que sur le champ de bataille.

Sévère en fait de discipline, et ne ménageant point les jurons et les punitions à ses voltigeurs qui chantaient :

Il était aimé, pourtant, de ses officiers et soldats à cause de son impartialité. Il avait reçu en héritage des traditions fort honorables.

Mais la reconnaissance qu'il devait au duc de Kent et au roi de Grande-Bretagne ne purent jamais lui faire trahir les droits de ses compatriotes. Lorsque Craig voulut, en 1809, unir les deux Canadas dans le but de mettre les Canadiens-Français sous l'empire d'une minorité britannique, il fut un de ceux qui s'opposèrent le plus énergiquement à ce projet. Et lorsque le gouverneur le menaça de lui enlever ses moyens d'existence s'il ne se rendait pas à ses désirs, il lui fit cette belle réponse : Vous pouvez, Sir James, m'enlever mon pain et celui de ma famille, mais mon honneur, jamais!.

Devenu seigneur de Beauport, son manoir fut pendant vingt ans l'aimable rendez-vous où gentilshommes français et britanniques, réunis par la conquête, apprirent à s'estimer après s'être battus ; les plus hauts personnages du Royaume-Uni y trouvaient une hospitalité pleine de charme et de distinction. Le noble seigneur avait épousé, en 1778, la belle et distinguée Marie-Anne-Julie Hertel de Rouville, sa cousine, et de ce mariage étaient nés sept enfants, tous beaux et bien faits, trois filles et quatre garçons, dont l'aîné fut le héros de Châteauguay.

Les Canadiens-Français étaient fiers de l'éclat qui environnait cette belle et bonne famille et des hommages qu'elle recevait de leurs fiers conquérants. De toutes les sympathies qui l'honorèrent, la plus illustre et la plus bienveillante fut, sans doute, celle d'Édouard-Auguste de Kent, père de la reine Victoria.

On sait que ce prince vint en Canada en 1791, à la tête de son régiment, et qu'il fut, pendant son séjour au milieu de nous, l'idole de la population. C'était un bon prince, aussi, que le duc de Kent, généreux, affable et loyal, aussi noble par le cœur que par la naissance. Il n'eut pas mis le pied, une fois, dans le manoir de Beauport qu'il fut épris d'admiration et d'amitié pour ses aimables hôtes.

Les heures les plus agréables de sa vie étaient celles qu'il passait au sein de cette famille, dont il fut toujours l'ami fidèle et le protecteur puissant. Une correspondance de vingt-trois ans, depuis 1791 à 1814, démontre toute la profondeur et la sincérité de cette honorable amitié qui se manifeste, à chaque ligne, par les sentiments les plus délicats, les épanchements les plus gracieux.

C'est par son influence que les quatre fils du seigneur de Salaberry, Michel, Maurice, Louis et Édouard, son filleul, purent satisfaire leurs inclinations militaires en entrant dans l'armée britannique, où ils se firent tous en peu d'années, à la pointe de leur épée, une belle position. De ces quatre frères si beaux, si vaillants, qui faisaient l'orgueil de leur famille, de leur protecteur et de leurs compatriotes, il ne resta bientôt que l'aîné. Les trois autres moururent au service du Royaume-Uni, de 1809 à 1812, à quelques mois d'intervalle. Maurice et Louis périrent de la fièvre sous ce ciel empesté des Indes dont la conquête et la conservation ont coûté au Royaume-Uni des flots de sang.

Le plus jeune, Édouard, fut tué à la tête de sa compagnie sous les murs de Badajoz ; il n'avait que 19 ans. Quelques heures avant l'assaut, sous l'empire d'un noir pressentiment, il avait écrit une lettre à son protecteur le duc de Kent, pour le remercier de toutes les bontés qu'il avait eues pour sa famille et pour lui. Ils étaient tous trois lieutenants, aimés de leurs chefs et de leurs compagnons d'armes pour leur bravoure, leurs talents et la bonté de leur caractère.

Une humble tombe fut élevée en l'honneur de Maurice par les officiers et soldats de son régiment sur cette terre funeste.

La tradition parle des sympathies que la famille de Salaberry trouva dans sa douleur ; ce fut un deuil universel. Le duc de Kent ne fut pas le moins affecté ; il manifesta son chagrin dans des lettres touchantes où il parle du sort de ces pauvres enfants avec une tendresse toute paternelle.

Pendant ce temps-là, l'aîné des de Salaberry faisait vaillamment son chemin dans l'armée britannique à travers les balles et les boulets ; la mort craignait de briser une si belle destinée. Soldat à quatorze ans, il partait, à seize, pour les Indes Occidentales, en qualité d'enseigne, devenait rapidement lieutenant et capitaine, grâce à la protection incessante du duc et à l'admiration que sa belle conduite inspirait dans l'armée.

On était fier, au pays, lorsque l'écho y apportait la nouvelle des succès et de la gloire du jeune Canadien. On applaudissait, lorsque la rumeur apprenait comment il savait soutenir l'honneur de sa famille et de sa patrie. Il avait montré, en arrivant aux Indes, que, malgré sa jeunesse, il ne se laisserait pas insulter impunément.

Voici comment M. de Gaspé raconte ce fait : « Les officiers du soixantième régiment, dans lequel Salaberry était lieutenant, appartenaient à différentes nationalités. Il y avait des Britanniques, des Prussiens, des Suisses, des Hanovriens et deux Canadiens-Français, les lieutenants de Salaberry et Des Rivières. C'était chose assez difficile de maintenir la paix parmi eux ; les Allemands surtout étaient portés à la querelle ; excellents duellistes, ils étaient de dangereux antagonistes. Un matin, Salaberry était à déjeuner avec quelques-uns de ses frères d'armes, quand entre l'un des Allemands qui le regarde et lui dit d'un air de mépris: Je viens justement d'expédier un Canadien-Français dans l'autre monde, faisant par là allusion à Des Rivières qu'il venait de tuer en duel. Salaberry bondit sur son siège; mais, reprenant son sang-froid, il dit: Nous allons finir le déjeuner, et alors vous aurez le plaisir d'en expédier un autre. »

Ils se battirent, comme c'était alors la coutume, à l'arme blanche. Tous deux firent preuve d'une grande adresse, et le combat fut long et obstiné. Salaberry était très jeune ; son adversaire, plus âgé, était un rude champion. Le premier reçut une blessure au front dont la cicatrice ne s'est jamais effacée. Comme il saignait abondamment et que le sang lui interceptait la vue, ses amis voulurent faire cesser le combat ; mais il refusa. S'étant attaché un mouchoir autour de la tête, le combat recommença avec encore plus d'acharnement. À la fin, son adversaire tomba mortellement blessé, et la plupart dirent qu'il n'avait eu que ce qu'il méritait. Le duel mit pour toujours de Salaberry à l'abri des insultes ; il avait fait ses preuves.

La guerre des Indes se faisait alors entre la France et le Royaume-Uni ; la possession de la Martinique et de la Guadeloupe devait être le prix de la victoire. Il devait en coûter au jeune de Salaberry, si français par l'origine et le caractère, de se battre contre la France ; il devait lui répugner de combattre le drapeau pour lequel ses ancêtres avaient versé leur sang. Mais la loyauté était pour lui un devoir et la carrière militaire une vocation. La lutte fut vive, les batailles acharnées, les dangers continuels ; les maladies dévoraient ceux que les balles épargnaient. Il vint un jour où de son régiment il ne resta plus que deux cents hommes. Il apprenait cela à son père dans une lettre où parlant des milliers d'hommes qu'il avait vus tomber autour de lui, il ajoutait : Je crois que je serai aussi heureux que mon grand-père.

Lorsque le général Prescott se décida à abandonner la dernière place forte de la Guadeloupe, le fort Mathilde, c'est à Salaberry, alors âgé de seize ou dix-sept ans, qu'il confia le soin de protéger la retraite de l'armée. Le jeune lieutenant se montra digne de la confiance de son chef. Il était fait capitaine peu de temps après.

En 1808, on le trouve en Irlande, major de brigade, amoureux d'une blonde et belle jeune fille qui aurait enchaîné le jeune officier pour la vie sans l'intervention du duc de Kent. Celui-ci écrivit à son protégé une longue lettre pour lui démontrer que chez les militaires le cœur doit céder à la raison, lorsqu'ils n'ont pas de fortune. En 1809, il prenait part à la malheureuse expédition de Walcheren, qui coûta cher et rapporta peu de gloire au Royaume-Uni.

L'année suivante, il devenait aide de camp du général de Rottenburg et partait pour le Canada, où des parents et amis dévoués l'accueillirent avec des transports de joie. Les Canadiens-Français se montraient avec enthousiasme le jeune officier, qui, parti enfant de son pavs, revenait plein de force, dans tout l'éclat de la gloire et de la beauté. On était alors aux mauvais jours de Craig, époque de fanatisme et de persécution, mais époque aussi de grandeur morale et nationale. La lutte devenait difficile ; l'énergie des Plessis, des Bédard et des Papineau n'en pouvait plus.